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Full text of "Revue des études anciennes"

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ANNALES DE LA FACULTE DES LETTRES DE BORDEAUX 



REVUS 



DES 



ÉTUDES ANCIENNES 



AFB., IV Sékie. - Ae». El. anc, M II, 1913, 1. 



BORDEAUX. IMPRIMERIES GOUXOUILUOU, RUE GUIRAUDE, g-II. 



Annales de la Faculté des Lettres de Bordeaux 

et des Universités du Midi 

QUATRIÈME SÉRIE 
Commune aui Universités d'Aix, Bordeaux, Montpellier, Toulouse 

XXXVII* ANNÉE 



REVUE 



DES 



ÉTUDES ANCIENNES 

Paraissant tous les trois mois 



TOME XVII 
1915 




Bordeaux: /a / l j (V 



FERET & FILS, ÉDITEURS, 9, RUE DE GRASSI 

Grenoble : A. Gratier & C", a3, Grajde-Rub 

Lyon: Hesri GEORG, 36-ia, passaob de l'H6tbl-Dibu 

Marseille: Paul RUAT, 5i, rue Paradis | Montpellier: G. C0ULET,5,Gr\m>Rle 

Tonlonse: Edouard PRIVAT, ii, rue des Arts 

Lausanne : P. ROUGE k G 1 *, 4, rue Haldimajd 

Paris : 

FONTEMOINC. & C?», i, rle Le GofF 



1 f\ 

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NOTES ARCHÉOLOGIQUES 

(Art grec) 
IX 1 



Architecture. 

Le temple de Tégée. — Parlant du temple d'Athéna Aléa à 
Tégée, qui fut reconstruit et décoré par Scopas dans la pre- 
mière moitié du iv e siècle, Pausanias (VIII, 45,5) dit : « Il a le 
premier ordre de colonnes dorique, celui d'après corinthien; 
et puis se dressent hors du temple des colonnes ioniques. » 
Une petite correction, qui donnait, il est vrai, à une partie du 
texte un sens nouveau exactement contraire à son sens anté- 
rieur (hrcbç pour sxtàç, dans le au lieu de hors du), avait été 
généralement adoptée et permettait de croire qu'il s'agissait 
d'une réunion des trois ordres d'architecture dans un même 
édifice; le temple de Tégée. à cause de cela, tenait dans tous 
les manuels une place remarquée. Mais des fouilles récentes 

i. I à VIII : cf. /tei\ Et. anc, XII, 1910, p. 1 17-131 et3a5-36i ; XIII, 191 1. p. tsS-iGi 
et 38i-4i5; XIV, 1912, p. 117-136; XV, 1913, p. 1 1 7-169 et 367-395; XVI, 191$, 
p. 1Ô9-196. — [Cet article était rédigé, tout à fait prêt pour l'impression en juillet 1914. 
Je n'ai pas besoin dédire pourquoi il est publié seulement en mars ioi5, ni d'excuser 
ce retard. J'ai tenu à honneur de ne pas changer un mot, pas un seul, aux comptes 
rendus que j'avais faits de certains travaux allemands. Mais je tiens aussi à déclarer 
aujourd'hui le regret que je sens de n'avoir point dédaigné, d'avoir au contraire 
étudié avec respect et sympathie les mémoires de tel archéologue qui devait signer, 
depuis, cet immortel monument de cynisme, de mensonge, d'insolente bravade, dit 
>< Appel aux nations civilisées » et Manifeste des ç3 intellectuels, ou de tel autre qui, 
écrivant à un correspondant d'un pays neutre, l'informait que l'armée française, dans 
la guerre actuelle, employait les balles dam-dam. On ne peut, d'ailleurs, qu'éprouver 
un dégoût général en pensant aux abominables Barbares qui, dans toute l'Allemagne, 
ont accueilli « avec le plus grand enthousiasme » (voir les télégrammes de l'époque) 
la nouvelle du bombardement et de l'incendie de la cathédrale de RflilBl 
pendant à la destructiondu Parthénon, accomplie en 1687 par les canons d'un 
lunebourgeois. un Allemand aussi; avec cette différence pourtant, preuve éclatante 
du progrès de la koultour allemande, que le Parthénon était plein de pouii' 
cathédrale pleine de blessés.] 



3 REVUE DES ETUDES ANCIENNES 

ont dérangé ce bel arrangement; elles nous ont apporté quel- 
ques précisions, et, comme de juste, quelques incertitudes 
nouvelles 1 . 11 est certain aujourd'hui que l'ordre de la péri- 
stasis, ainsi que celui du pronaos et de l'opislhodomos. étaient 
doriques. De l'ordre intérieur, pas trace; on peut supposer 
qu'il y avait contre les murs du naos des demi-colonnes avec 
chapiteaux corinthiens; à cela s'appliqueraient les mots de 
Pausanias, b sa k-\ wjtw = le second ordre. Quant aux colonnes 
ioniques, il n'y a point de place pour elles à l'intérieur; il faut 
donc lire le texte de Pausanias comme il l'a écrit : ï/.-bç, hors 
du temple. Et le difficile est de fixer où étaient et ce qu'étaient 
ces colonnes qui n'appartiennent pas au temple, et qui cepen- 
dant, d'après la manière dont en parle Pausanias, apparte- 
naient au même ensemble architectural. C'est à ce problème 
que M. Thiersch vient de proposer une réponse qui est ingé- 
nieuse et vraisemblable, et peut bien être la bonne 3 . 

Aux deux angles de la façade principale (Est) du temple, on 
a découvert encore en place deux grandes bases rectangulaires, 
égales entre elles, symétriquement disposées, toutes pareilles 
à la crépis voisine pour les matériaux et leur appareillage. 
Ces bases sont ainsi contemporaines de la construction du 
temple. On avait pensé qu'elles devaient supporter des œuvres 
de statuaire. M. Thiersch est d'avis plutôt qu'on doit planter 
là deux colonnes ioniques, comme on en voit dans l'exemple 
classique du temple romain de Vénus et Home, représenté sur 
des monnaies d'Hadrien. Ainsi disposées, ces colonnes répon- 
dent bien aux données que nous indiquions tout à l'heure : 
elles contribuent à La décoration et à l'effet de la façade du 
temple, elles font partie du même ensemble architectural, el 
pourtant elles sont en dehors de l'édifice, n'appartiennent pas 
;ni temple, qui est complet sans elles 3 . La solution proposée 

i. Cf (',. H. Acad. Inscr., n)ii, p. af>7 tqq. (CIi. Dugas). 

a. 11. Thiersch, Zum ProbUm <t?s TtgeatempeU (Areh. Jahrbueh, WVIll, igtS, 

3. Ajoutons ■! m- oela m concorde pu seulement avec la lettre du texte cité, 
mai- oerUloee nuances d'expression qu'on >■ peu) relever: Pausanias 

emploie le mot coeuoc (ordre) uniquement pour le» oolonnea doriques et pour les 
. Qftothieones, qui, en effet, lei unis et les su très, appartenaient à nn ordre arefaltec 
tarai mple; mala, pour les Ioniques, il emploie le simple mol kIovsc, qui 

• 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 3 

est donc satisfaisante. — Mais je me demande si M. Thiersch 
ne l'a pas un peu compromise, en voulant aller plus loin. Ces 
colonnes portaient-elles quelque chose? Pausanias n'en dit 
rien, et l'on doit conclure de ce silence, semble-t-il, qu'en 
effet elles ne portaient rien, ou du moins ne devaient porter 
qu'un objet ou une figure de simple décoration (trépied. 
Sphinx, Niké...). M. Thiersch, au contraire, leur donne pour 
couronnement des images plus significatives, représentant 
les deux Grands Jeux propres à la ville de Tégée, les Aleaia et 
les Halotia; ces allégories étaient placées devant le temple, 
parce que le stade (où se faisaient les Jeux) en était « non 
loin » ', peut-être même juste en face. Or, continue M. Thiersch, 
de ces figures quelques débris ont été retrouvés : un torse de 
femme, que l'on a cru à tort appartenir à VAtalunte du fronton 
Est du temple 3 , provient de l'une des deux; et une remar- 
quable tête de femme 3 provient de l'autre... Il me paraît que 
nous sommes ici en pleine fantaisie; à ces affirmations si pré- 
cises et si complètes manque tout commencement de preuve. 
Ayons donc le courage de nous arrêter, lorsque nous sommes 
en pleines ténèbres, dans la matérielle impossibilité d'aboutir; 
et laissons les colonnes sans rien dessus, quand nous ignorons 
totalement ce qu'il y avait dessus et ne savons même pas s'il 
y avait dessus quelque chose. 

Symposion de Ptolémée II. — Sous le règne du deuxirme 
Ptolémée, qui succéda au fondateur de la dynastie en 280 
avant J.-C, Alexandrie vit se déployer un cortège splendiilr. 
magnifique, de la plus éblouissante richesse. Il s'agissait 
d'une grande fête en l'honneur de tous les dieux, plus spécia- 
lement de Dionysos, laquelle se célébrait chaque année dans 
le milieu de l'hiver, et avec plus d'éclat tous les quatre ans. 

1. Pausanias, VIII, \~,'i. 

a. Cf. Bull. Corr. hell., \\V, 1901, pi. 6, p. 209 -2<>o (Mendel). — Notons ici 
dantque tout le monde ne croyait pas à cette Atalante. M. Thiersch parait ignorer 
que la première idée d'utiliser ce torse comme figure isolée, et d'y voir par exemple 
une décoration d'acrotère, est de M. Studnicska (cf. une de mes Noies précédantes : 
Rev. Et. anc, XIII, 191 1, p. 1G1). — Voir maintenant, surce torse, Ncugehauer, Stadien 
iiber Skopas, p. 9-22. 

3. Cf. Bail. Corr. hell, XXV, 1901, pi. |-5, p. 3O0-3O1 (Men ; 



t\ REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

Une année (vers 275 avant J.-C. ') que revenait la solennité 
pentaétérique, Ptoléméc II Philadelphe, en même temps qu'il 
faisait donner à la procession un développement et un éclat 
exceptionnels, ordonnait d'élever sur l'Acropole une tente, 
exceptionnelle aussi par ses dimensions et son luxe, pour le 
plus somptueux des banquets. La tente a été décrite et la pro- 
cession racontée par Callixeinos de Rhodes, auteur d'un 
ouvrage sur Alexandrie, aujourd'hui perdu; mais les passages 
en question nous sont connus, ayant été cités par Athénée 
dans son Banquet des sophistes 3 . Dommage que ce Callixeinos 
n'ait pas eu en main la plume savante et artiste de l'écrivain 
de Salammbô ou de l'écrivain du Roman de la momie, que son 
style n'ait été à aucun degré capable de faste ni de couleur ni 
de luisance, et que, pour décrire tant de choses prodigieuses, 
il n'ait fait que juxtaposer brièvement des détails en une prose 
obscure souvent, toujours plate, sans ombre de valeur litté- 
raire. Cette prose de comptable est précieuse cependant, à 
cause des renseignements que, seule, elle nous fournit sur 
l'Alexandrie des Ptolémées. Aussi avait-elle été étudiée et 
commentée à plusieurs reprises, mais de façon incomplète et 
incertaine, jusqu'à ce qu'enfin elle a eu la bonne fortune de 
retenir l'esprit du plus chercheur et plus sagace des archéolo- 
gues d'aujourd'hui : M. Studniczka, ayant pris le premier 
extrait de Callixeinos, celui qui concerne la tente de banquet, 
l'a analysé et disséqué avec sa sûreté coutumière, a projeté 
sur chaque mot, sous chaque mot, le rayon d'une lumière aiguë 
et pénétrante, a essayé et réalisé une œuvre de reconstitution 
poussée au maximum d'exactitude, laquelle doit inspirer à 
tous ceux qui en peuvent mesurer les difficultés une véritable 
admiration 3 . Je me bornerai ici à exposer en abrégé les résul- 
tats de ce beau travail. 

I ut; tente : c'est-à-dire une construction de toile et de bois, 

1. Entre l'an 378 et l'an 370. on ne peut pal préoUer davantage. 

t<uis que Callixeinos lui-même partit n'avoir écrit son livre que mis l.i 
fin du m' ilècle; c'est donc d'apret quelque antre narrateur plus ancien qu'il 
de Ptolémée If. 

ii'/kn, bat Symposion Ptolemaiot II, nach der Beschreibumi dt 
liremos iiirJerUcrgestclU (At>h<mdl. d. Sœctisisehen Crsellsch. d. Wiitensch.. l'hil.-Htst. 
K latte. \\\ 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 5 

élevée pour un court moment, faite par conséquent de maté- 
riaux légers et fragiles; mais le bois y est revêtu d'or, la toile 
y devient soie et pourpre; et. par sa hauteur inouïe, par les 
aigles qui la surmontent, évoquant l'idée du roi des dieux, il 
semble que ce soit une demeure olympienne. Elle avait un 
précédent illustre en celle qu'avait érigée Alexandre, l'année 
3a4, à l'occasion des fameuses « noces susiennes » ; précédent 
pour l'ampleur et l'éclat, non point pour le mode d'architec- 
ture. Car, si la tente de Suse avait son plan et sa construction 
inspirés, comme il est naturel, de l'apadhana des palais royaux 
perses, non moins naturellement celle d'Alexandrie a em- 
prunté, dans l'une et l'autre des deux parties qui la compo- 
sent, certaines formes séculaires et certains aspects des tem- 
ples égyptiens : la partie centrale, très haute, avec son toit 
plat et son éclairage latéral, rappelle évidemment le milieu 
des grandes salles hypostyles ; l'autre partie, un portique plus 
bas. enveloppant sur trois côtés la pièce centrale, rappelle 
aussi bien la colonnade de la cour qui précédait la salle 
hypostyle ' ; en sorte que, si on imagine l'espace vide de cette 
cour rempli par une construction surélevée et éclairée comme 
l'était la nef médiane de la salle hypostyle. on obtiendra à peu 
près, il me semble, l'esquisse générale de la tente d'Alexan- 
drie. Mais cette esquisse doit maintenant être précisée. 

La partie centrale, le symposion proprement dit. s'offrait 
sous la forme d'un rectangle plus long que large, délimité 
par des colonnes hautes de 5o coudées, plus de 26 mètres 1 , 
lesquelles étaient au nombre de i4 : à sur les longs cotés, 
4 sur les petits, en comptant deux fois les colonnes d'an- 
gle. Ces 4 colonnes d'angle « semblaient des palmiers ». 
et les 10 autres « étaient en façon de thyrses » (claire allusion 
au dieu qui avait l'honneur principal de la fête); les unes et 
les autres devaient être dorées. M. Studniczka admet que les 
entre-colonnements, d'axe en axe, étaient de 1 1 mètres environ, 
ce qui donne pour la superficie couverte, à raison de quatre 

1. Cf., par exemple, le temple de Khonsou à Karnak (Michaelis. I[".nJbach9, 
p. Si, fig. 78). 

a. Étant admis que la coudée en question est celle qui mesurait o* 



6 REVUE DES ETUDES ANCIENNES 

entre-colonnements sur les longs cotes et de trois sur les petits, 
une longueur totale d'environ 43 mètres et une largeur d'en- 
viron 32 m 5o (mesures prises à l'intérieur). Les colonnes por- 
taient un entablement architrave, haut d'environ i"'5o, qui 
lui-même soutenait sur les deux longs côtés des caissons, les- 
quels faisaient comme l'amorce et les premiers compartiments 
d'un riche plafond en bois; mais ce plafond ne se continuait 
pas, et la majeure partie de la salle était recouverte d'un vélum 
écarlate à bordure blanche, tendu horizontalement à l'aide de 
câbles. Par dessus l'entablement et sur ses quatre angles étaient 
posés, tels que des figures d'acrotères, quatre aigles dorés, 
hauts de près de 8 mètres; M. Studniczka ne croit pas qu'ils 
fussent de bronze, mais plutôt, sur une légère armature en 
bois, d'un de ces cartonnages épais comme l'Egypte en a tant 
fabriqué pour les couvercles peints de ses cercueils de momies. 
Tel était le corps central, le symposion véritable. La façade 
en demeurait libre et dégagée; mais ses trois autres côtés 
étaient bordés par une autre construction plus basse, une 
sorte de portique long et large, qui se repliait autour du sym- 
posion , enserrait et enveloppait précieusement la cella, peut-on 
dire, de ce sanctuaire de mangeaille. Le portique était destiné 
à la foule des serviteurs qui avaient suivi les convives; c'est là 
que circulait la domesticité. Pas de murs pleins ; rien que 
deux rangs de piliers en bois, qu'on peut comparer aux 
poteaux d'une « pergola » ; ils étaient hauts de 1 1 mètres et 
régulièrement espacés d'environ 5"'5o. Les murs absents 
étaient remplacés, du côté de l'extérieur, par de grands rideaux 
de pourpre sur lesquels étaient fixés, vers le dedans, des peaux 
de bêtes (panthères, etc.) admirables par la grandeur et par 
les bigarrures et, vers le dehors, des tableaux excellents alter- 
nant avec des vêtements brodés d'or (chitôns et chlamydes), 
chefs-d'œuvre de tissage, vraies u pièces de musée», dirions 
nous aujourd'hui, ofTrant des portraits de la famille royale ou 
des compositions mythiques. La sculpture, comme bien on 
pense, n'avait pas été moins mise à contribution que la pein 
ture el la tapisserie : autour des piliers du portique, côté exté 
rieur, étaient disposées une centaine de figures en marbre, 



NOTES ARCHEOLOGIQUES 7 

des premiers maîtres 1 . Enfin, sur l'entablement il y avait, 
faisant tout le tour, des boucliers longs, d'argent et d'or, 
alternés. Le portique était recouvert d'un plafond arrondi, 
très surbaissé, et au-dessus était posé un étage non accessible, 
destiné seulement à la décoration. Celle-ci consistait en des 
fac-similés (cartonnages) de hautes 3 grottes rocheuses (6 sur 
chacune des faces latérales, 4 sur la face postérieure), dans 
lesquelles festoyaient joyeusement des convives empruntés 
aux trois genres dramatiques : tragédie, comédie, drame saty- 
rique 3 : entendons des mannequins d'osier, trois au moins 
pour chaque grotte, vêtus d'habits de théâtre, portant sur le 
visage ou plutôt en guise de visage un masque tragique ou 
comique ou satyrique, étendus sur des lits de table et ayant 
devant eux des vases à boire en or. Le fond de la grotte, laissé 
libre au milieu entre les deux lits, apparaissait creusé en 
petites niches, comme on en voyait dans les grottes consacrées 
aux Nymphes, et là se dressait (souvenir encore de Dionysos 
et de l'ancien prix offert au chœur dithyrambique) un haut 
trépied d'or posé sur une base en argent. Une telle décoration, 
qui ne pouvait être vue que du dehors, répondait bien à ce qui 
se passait dedans : ces ^x/.y/.x àcnpz, peuplés de héros bachi- 
ques et remplis d'accessoires bachiques, ne rappelaient pas 
seulement par allusion le dieu principal de la fête ; avec leurs 
lits occupés et leurs tables somptueusement garnies, ils 



i. M. Studniczka suppose que la façade du symposion était débordée par les deux 
côtés latéraux du portique, lesquels auraient été ainsi plus longs que le côté posté- 
rieur. Celte disposition se fonde sur de bonnes raisons, il est vrai; cependant elle 
n'est pas non plus sans prêter à la critique. Elle a d'abord l'inconvénient, semble-t-il, 
de trop resserrer et renfermer le symposion, qui gagnerait plutôt à avoir sa façade 
bien dégagée. Puis, il y a la difficulté de distribuer autour des piliers la centaine île 
statues en marbre. Que ce chiffre de ioo ne doive pas être pris à la lettre et soit un 
chiffre arrondi, que le chiffre exact ait été par conséquent un peu inférieur (car on 
n'arrondit jamais qu'en grossissant), cela est infiniment probable; mais encore 
fallait-il que le chiffre réel ne fût pas très loin d'atteindre 100. Or, ce n'est qu'à 
grand'peine, avec force subtilités, que M. Studniczka trouve le compte voulu. Je 
remarque, au contraire, combien tout est facilité, à ce point de vue, si on suppose 
égaux les trois côtés du portique: car, en admettant pour chaque pilier 3 statues 
(une à droite, la seconde à gauche, la troisième devant) et 4 pour les deux 
piliers d'angle du côté postérieur, on arrive du premier coup et tout simplement à 
go statues, c'est-à dire, en chiffre rond, à la centaine indiquée. 

a. Hauteur, environ 4'ao. 

3. Rappelons encore une fois que la fête pour laquelle on déployait cet appareil 
était essentiellement en l'honneur de Dionysos, le dieu du théâtre. 



REVIE DES ETUDES ANCIENNES 

offraient l'image de l'éternel festin des bienheureux, prolon- 
gement à l'infini du réel festin d'en bas, où pendant quelques 
heures les vivants mangeaient et buvaient. — N'omettons pas 
de mentionner les beaux jardins, fleuris à profusion, qui, tout 
à i'entour de la construction, recouvraient le sol d'un magni- 
fique tapis diapré. 

Une salle à manger, dont les parois à l'intérieur et à l'exté- 
rieur étaient si prodigieusement luxueuses, devait être meu- 
blée avec un luxe non moindre, et l'était en effet. Elle conte- 
nait ioo lits de table l , pour 200 convives, l'usage grec étant de 
placer deux convives par lit; et ces lits étaient en or. Ils mesu- 
raient approximativement un peu plus de 2 mètres en lon- 
gueur et au moins 1 mètre en largeur. Le dessus en était garni 
avec des tapis de la plus fine laine teinte en pourpre et des 
housses brodées du travail le plus rare; entre les pieds pen- 
daient des voiles de Perse, où étaient tissées des figures d'une 
incroyable finesse. Devant chaque lit se dressaient deux petites 
tables à trois pieds, en or, portées sur une commune base en 
argent : 200 tables en tout, une par convive. Derrière chaque 
lit on trouvait un bassin en argent avec son aiguière, pour le 
lavage des mains après le repas : soit donc 100 bassins et 100 
aiguières. — Enfin, près de cette tente merveilleuse, face à 
l'entrée et dans l'axe môme du symposion proprement dit, il 
y en avait une seconde, plus petite, qui était comme le buffet 
de la grande : on y voyait exposés les plats, les vases à boire, 
bref toute la vaisselle à l'usage des convives; et cette vaisselle 
était en or, et l'or en était constellé de pierres précieuses, et 
l'art en était admirable... 

Est-ce tout!» Oui, pour ce qui est de la salle où PtolémtV II 
avait offert à dîner à ses hôtes. Mais rappelons-nous que le 
dîner n'étail qu'une partie de la fête, partie forcément réservée 

1. La salle en pou vail contenir i3o, en chiffre rond; mais l'espace voisin de la 
Le avait été laissé libre, Los 100 UU existant! étaient distribués en 7 groupements, 
qui formaient comme des petites salles partielles, êtlf-ctntrtd, comprises ensemble 
dans la grande roopements comptaient chacun 16 lits; Ils étaient rsn 

>té de droite et S mr le long oôté de gauche, si ils mesuraient exi 
m me en largeur Is distance entre deux coimmi 
ipem< nt, de i" lits seulement, réservé au roi, à la reine et à leurs pro 
• il l'entre colonnement du milieu dans le rond de II salle, lace i l'enti 



NOTES ARCHEOLOGIQUES 9 

aune élite; après les pages consacrées à la tente du banquet. 
Athénée ' a cité d'autres pages, empruntées au même Callixei- 
nos de Rhodes, qui décrivent la longue, éblouissante, incroya- 
ble procession. Et de nouveau, ces mots se suivent et se répè- 
tent sans cesse : or, pourpre; or, argent; or...; c'est un fleuve 
d'or qui semble couler ininterrompu, seulement caché çà et là 
par quelque amas d'autres richesses. Comme dans les contes 
de fées, on croirait à une source inépuisable de perles et de 
gemmes et de métaux précieux, obéissant à l'appel de la 
baguette magique. Mais d'où vient que ces magnificences 
inouïes, qui enchantent notre imagination tant qu'elles res- 
tent dans le domaine des fées, nous causent au contraire, dans 
la réalité, une sorte de malaise et de gêne? Je ne crois pas me 
tromper en disant que la plupart des lecteurs accueillent cette 
kyrielle de monceaux d'or avec une froideur croissante. C'est 
qu'on y sent trop l'étalage brutal et grossier, et que toute 
impression d'art disparaît peu à peu, cédant la place à un sec 
calcul qu'on ne peut s'empêcher de faire, à la supputation 
mentale des grosses sommes, des énormes sommes représen- 
tées. Vaisselle d'or, lits d'or, tables d'or ne se discernent plus, 
on voit à leur place plutôt des piles de pièces d'or s'élevant et 
se succédant sans fin. Quelle figure font les vraies œuvres 
d'art, au milieu de cette débauche de luxe matériel? Lorsque 
Ptolémée II entasse une centaine de statues autour de son 
symposion et y fixe sur les rideaux de pourpre des oeuvres de 
peinture alternant avec des tapisseries tissées d'or, les unes et 
les autres adossées à de superbes peaux de bêtes, n'éprouve-t-on 
pas, quelle qu'ait pu être la valeur particulière de beaucoup 
de ces œuvres, que leur ensemble n'était à vrai dire qu'un 
déballage, inspiré d'un goût médiocre et d'une âme vulgaire? 
Cela est oriental, cela n'est pas grec; et l'on peut mesurer par 
cet exemple à quel point les Grecs transportés en Orient par la 
conquête d'Alexandre subissaient l'influence des pays dont ils 
se croyaient les maîtres. — A Athènes, Socrate, à qui l'on fai- 
sait son procès, se condamnait lui-même à être nourri dans le 

i. V, 197 c à jo3 c. 



tO RËVlE DES ÉTUDES kftCIEfCXES 

Prytanée aux frais de l'État. Ce Prytanée n'était point une 
bâtisse somptueuse, et, s'il nous eût été conservé, il nous 
étonnerait sans doute par sa simplicité, sa pauvreté; Socrate 
y aurait été frugalement nourri, il n'eût point mangé dans 
l'or, et n'eût point perçu autour de lui le moindre miroitement 
d'or. Pourtant, la vision de Socrate causant avec ses disciples 
dans cet humble Prytanée, non loin des nobles monuments 
de l'Acropole, n'est-elle pas plus attirante infiniment que celle 
de tous les ors de la tente alexandrine? Et, si on veut, enfin, 
comparer or à or, rappelons-nous comment Athènes, depuis 
Périclès jusqu'à la fin du iv' siècle, tint à conserver, sous la 
forme de Victoires en or consacrées à la divinité, une partie 
des réserves métalliques de l'État, si bien que, le jour venu 
où il fallait les convertir en monnaie pour les besoins de 
la guerre, on pouvait user de cet admirable euphémisme : 
z j-,7 [pr, -i ;j.£Ôa xx: N(xorç si; to* it£Xe[Aov... *. Qui ne sent la délica- 
tesse et la grandeur, l'élégance morale et le raffinement artis- 
tique dont témoigne une pareille idée, et que ce n'est pas du 
tout la même chose, d'envoyer à la fonte un lit de table en or 
ou une Niké d'or? Non décidément, l'âme attique n'était pas 
pour goûter les fêtes de Ptolémée II, leur gros luxe oriental, 
leurs monstrueuses splendeurs. 

Sculpture. 

Phidias. — Si on procède à une répartition géographique 
des œuvres connues de Phidias, on trouve pour Olympie et 
l'Élide, après le Zens colossal, deu\ statues seulement : un 
jeune athlète anadouménos, en bronze, à Olympie; et une 
Aphrodite Ourania, en or et ivoire, à Klis. On admet en général 
et il est vraisemblable, non pas matériellement prouvé cepen- 
dant, que ces statues furent faites dans le même temps que 
Phidias travaillait à son Zens. et qu'elles appartiennent ii <•<■ 
qu'on peut appeler la période « élidienne » de sa carrière 
On croit connaître Y Anadownrne par une copie, d'ailleurs 

i. Ilnll. CfclT. ML, Ml. 1888, p. j83-î;,3(P. Fourarl). 



Notes archéologiques t i 

médiocre, qui est le marbre appelé « Diadoumène Farnèse », 
au British Muséum » ; et M. Frickenhaus vient de nous annoncer 
qu'il croyait bien avoir, de son côté, identifié YOurania*. 
L'Aphrodite ainsi surnommée avait des dimensions sans doute 
ordinaires; elle était drapée; elle avait un pied posé sur une 
tortue 3 : nulle autre figure dans nos musées ne peut mieux 
nous la représenter que cette Aphrodite de Berlin, publiée 
jadis par Kekulé comme anonyme, mais « sortant du même 
atelier que les figures des frontons du Parthénon » * ; elle 
a sous le pied une tortue rajoutée, que Kekulé voulait 
à tort remplacer par une oie, car cette restauration, toute 
moderne qu'elle soit, demeure probablement exacte. Rappe- 
lons ici que Y Anadoumène de Londres est apparenté de la façon 
la plus proche avec les sculptures du Parthénon, et que 
Y Aphrodite de Berlin semble une sœur debout de la célèbre 
« Parque couchée » : nous verrons tout à l'heure quelle est la 
signification précise du lien ainsi aperçu entre la statue 
athlétique d'Olympie, la statue de culte d'Élis et les frontons 
du temple athénien. 

Mais ne quittons pas encore l'Élide. Dans l'énorme travail 
du Zeus d'Olympie, Phidias (nous dit Pline à deux reprises) 
eut pour collaborateur Golotès, « son élève ». On a pensé 
quelquefois que cet élève pouvait avoir été formé à Athènes, 
et de là, par attachement à son maître, l'avoir suivi à Olympie. 
Tel n'est pas l'avis de M. Frickenhaus 5 , qui fait remarquer 
que Golotès, originaire de l'Élide et qui semble n'avoir 



i. Cf. Smith, Catalogue sculpt. in Brit. M., I, 5oi; Brunn-Bruckmann's Denk- 
tnxler, 371, 

2. A. Frickenhaus, Phidias und Kolotes (Arch. Jahrbuch, XXVIII, 1913, p. 3ii-369). 

3. L'animal lent et sa maison,... 
Portemaison l'infante..., 

comme l'appelle La Fontaine, était là pour rappeler aux femmes qu'elles doivent 
garder le logis et le silence: c'est du moins ce que dit Plutarque. 

/». R. Kekulé, Weibliche Gewandstatue aus d. \\ r erk$tatt d. Parthenongiebelfiguren 
(i8 9 i). 

5. Article cité ci-dessus. 

6. Pausanias (V, ao, 2) dit qu'il était d'iléracleia. Mais quelle Héraclcia, puisqu'il 
y en avait plus d'une? M. Frickenhaus émet l'opinion très vraisemblable qu'il s'agit 
d'iléracleia en Klide. Pausanias s'est borné, selon son habitude, à nous transcrire la 
signature: Khùmtï;; È; 'Hpa/.>,£ia;,qui marquait la table chryséléphantine d'Olympie. 
Golotès, travaillant hors de l'Élide, aurait signé. 'HXtto; è; 'Hpax'/.»:*;; mais, en 
Élide même, il signait: l\ 'Bfaxkûai tout court. 



REVUE DES ETUDES ANCIENNES 



travaille que pour L'Élide seulement', n'a jamais dû quitter 
L'Élide: c'était donc un artiste local, que Phidias s'adjoignit 
ou qui lui fut adjoint d'office, quand il vint à Olympie entre- 
prendre son grand chef-d'œuvre. Entre les statues qu'exécula 
personnellement Colotès, la plus marquante fut une Aihéna 
(1 ivoire et or pour un temple à Elis; et M. Frickenhaus pense 
l'avoir retrouvée. Nous en aurions conservé maintes copies, 
grandes et petites: la plus belle des grandes, ayant la taille du 
modèle, serait le torse Médicis, aujourd'hui au Louvre 3 ; et 
parmi les statuettes, il y en a une, au musée d'Athènes, qui 
fut trouvée justement à Élis. On sait que M. Amelung, étudiant 
naguère ces copies 3 , a démontré que l'original d'où elles 
dérivent était une statue chryséléphantine ou pseudo-chrysé- 
léphantine; et, selon lui, cet original devait être attribué à 
Phidias. Non pas à Phidias même, réplique maintenant 
M. Frickenhaus, mais à Colotès, élève de Phidias; on pouvait 
du reste s'y tromper, l'erreur n'a rien d'étonnant, et les 
anciens l'ont parfois commise : Pausanias ne nous dit-il pas 
que d'aucuns donnaient cette Aihéna d'Élis à Phidias? L'attri- 
bution erronée des anciens n'est explicable que si Colotès 
avait su s'approprier la manière et le style de son maître, et 
si son Athéna rappelait de près certaines œuvres authentiques 
de Phidias. Or, le torse Médicis, copie la meilleure que nous 
possédions de celte statue 4 , offre une étroite parenté avec les 



i. Collaboration au Zeus d'Olympie; table sculptée, en or et ivoire, à Olympia; 
statue d' Athéna, en or et ivoire, dans un temple d'Élis ; statue d'Âsclépios, en or et 
Ivoire, h Kjlléné, prèa d'Élis: ce sont là les seuls travaux connus de Colotès. — Pline 
( V //.. \\\IV, 87) lui attribue aussi des statues en bronze de «[philosophes »; mai- 
Cellei (i doivent platOt être attribuées à un autre Colotès, plus récent, qui était de 
l, et fut élève de Pasitélès. 11 y a eu quelquefois confusion entre ces deux 
artistes de même nom. 

■i. Il y a été Irai l'Ecole des lVanx-Arts de Paris, dans h> courant de 

depuis les pledl (-ans la plinthe) jusqu'au bord du cou (le cou 

et la téta manquent), est de »"45, 

H'ien. Jahreshcftr, M. 1908, p. iGgoii, pi. 5-6; Helblg-AmelUDg, FiihrcrZ, 

II. ; ',1.7. 

l'écho de La coiu h lion de M. Prickanhaua ; maia une rtiaon prave, 
1 me laiaae irréaolu, Pauaaniae dit que VAthina d'Ella avait sur son 
tendla que aes prétendue* copiée portent nn caaque à cimier triple. 
m. ii oeia n'a pai d'Importance, que le coq lervelt simplement 

de su; te du milieu. Je n'en croii rien; lea mois . 1 . • Pauseniea 

pereiaaent Impliquer que le ooq était l'unique ou du moina la principale décoration 
ducs et mordoré avait dn fournir la matière d'une 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES l3 

figures du fronton Est du Parthénon, à tel point que 
Furtwamgler, jadis, voulait reconnaître dans ce marbre, non 
pas une copie, mais un original qui aurait été... la figure 
centrale et principale de ce fronton même ». 

Récapitulons maintenant. L' Anadoumène d'Olympie (« Dia- 
downène Farnèse » à Londres) et YOurania d'Élis (Aphrodite 
à Berlin), deux œuvres de Phidias exécutées probablement 
durant le séjour à Olympie, sont apparentées d'aussi près que 
ble, la seconde surtout, aux sculptures des frontons du 
Parthénon; YAthéna d'Élis (torse Médicis), œuvre de Colotès 
qui était un élève de Phidias, mais ne l'avait connu et n'avait 
reçu ses leçons que pendant leur étroite collaboration à 
Olympie, est également très proche parente des mêmes 
sculptures. Qu'est-ce à dire, sinon que ces statues d'Elide ont 
du être faites à une époque très voisine de celle où avaient été 
taillés les derniers marbres (frontons) du temple d'Athènes, 
et que, par conséquent, la période élidienne de la carrière de 
Phidias n'a pu venir qu'après sa période athénienne? Ainsi 
se trouveraient confirmés, par une étude de style, les résultats 
des plus récents calculs sur la chronologie de cette carrière. 
M. Frickenhaus, en effet, a repris et soumis à une nouvelle 
critique les textes bien connus relatifs au procès, au bannis- 
sement et à la mort de Phidias; et il est arrivé à cette 
conclusion, que Phidias dut quitter Athènes en '»32. condamné 
au bannissement par suite de son procès, que son séjour à 
Olympie commença seulement alors, et que le Zens ne fut 
terminé, au plus tôt, que pour les Grands Jeux de 'iaS. D'après 
quoi, Phidias est resté présent à Athènes pendant tout le 
temps que durèrent les grands travaux de Périclès, et notam- 
ment la construction, puis la décoration du Parthénon. 
Celui-ci était terminé pour le principal l'année 438, où la 

curieuse polychromie, dans une statue chryséléphantine. (Ce coq pouvait, d'ailleuri, 
très bien former un cimier triple, s'il était représenté lanrant son cocorico, les ailes 
s'éployant: les deux ailes faisaient alors figure de cimiers latéraux, et le corps, 
prolongé d'un coté par la queue abaissée, de l'autre par le col levé, faisait le cimier 
du milieu.) Cela n'était point difficile à copier en marbre, et on s'explique malaisé- 
ment qu'un détail aussi curieux ait disparu des copies. Faut-il donc croire que Im 
dites copies ne reproduisent pas YAthéna au coqf... 
i. Furtwaengler, Intermezzi, p. 17 sqq. 

Rev. Et. anc. 2 



l4 lU.Vl K DES BÎUDES ANCIENNES 

statue d'ivoire et or était mise en place; dès l'année précé- 
dente, ses frontons, qui furent exécutés en dernier, étaient 
activement poussés, et ils étaient terminés en 434'. Phidias 
était là, chargé de tout par Périclès, nous dit Plutarque, et 
c'est à lui qu'il faut attribuer tout. 

On ne le lui attribuait donc pas jusqu'ici? Non; depuis 
quelque temps du moins, on avait cessé de lui attribuer frise 
et frontons du Parthénon. La science allemande en avait ainsi 
décidé. Puchstein avait «magistralement» démontré, en 1890, 
que ces sculptures, les frontons surtout, n'étaient phidiaques 
ni par l'invention, ni par l'exécution. Kekulé faisait honneur 
de telle partie des frontons à Alcamène et de telle autre à 
Agoracritos. Pour la frise, on nommait le peintre Parrhasios 
comme ayant pu en fournir le carton. Bref, on désignait tout 
le monde, sauf Phidias. Vainement Furtwaengler 2 , en quel- 
ques mots énergiques, avait essayé de réagir contre cet 
égarement; lui-même finit par ne plus résister et s'abandonna 
au courant général. Aujourd'hui, l'article de M. Frickenhaus 
fait entendre un son de cloche tout différent; par rapporta 
l'opinion régnante depuis un quart de siècle, c'est une grande 
nouveauté, en Allemagne, de dire que Phidias est décidément 
l'auteur, le seul auteur des sculptures du Parthénon; qu'en 
conséquence celui qu'on se plaisait à présenter comme mysté- 
rieux, nébuleux, insaisissable, est en somme « le mieux connu 
des maîtres de l'antiquité»; enfin, que l'on doit croire le 
témoignage de Plutarque, si clair, si net, répété avec in 
tance 3 , sur le rôle qu'assuma Phidias de tout surveiller et 
tout diriger, dans les embellissements d'Athènes ordonnas 
par Périclès, et que de ce témoignage, « il n'\ a pas la moindre 
raison de douter ». C'est à cette orientation nouvelle de la 
science que j'attache, dans l'article en question, le plus de 
prix; elle me parait compter bien davantage que les raisons 
mêmes qui l'ont déterminée. Car, si complaisant qu'on soit 

1. Heaume de la grande inscription, trèa mutilée, donnant lei comptât doi 
,\ du Parthénon: Ameriean Joarn. anh., Wli, igiS, p. 77-80 (Wnwnoor). 

j Mri'ln n'prkf ijr. l'iaslili, p, 7.^-7 '* ; lntcrme::i, j>. 10, note 1. 

. {Pirietît, i.'iiii'a fait, naturellement, que puieerà oneaource plui 
1 < ne ; nous ne «avons pa- laquelle* 



NOTES ARCHEOLOGIQUES l5 

pour ses propres hypothèses, M. Frickenhaus ne saurait se 
dissimuler que l'identification de l'Aphrodite de Berlin avec 
VOurania d'Élis et celle du torse Médicis avec une œuvre de 
Golotès demeurent un peu fragiles et seront discutées. D'autre 
part, les supputations chronologiques, en vertu desquelles 
il laisse Phidias à Athènes jusqu'en 432, lui donne le Zeus à 
exécuter seulement après cette date, et incline à placer son 
second procès et sa mort vers 420, sont encore beaucoup plus 
incertaines et sujettes aux doutes les plus graves. Mais j'estime 
que c'est là seulement un détail: que Phidias ait inauguré son 
Zeus en 432 ou en 428, qu'il soit parti d'Athènes en 43; ou au 
début de 432, cela n'a pas très grande importance relativement 
aux sculptures du Parthénon, puisque dès 43y ces sculptures, 
pour la plus grande partie, étaient faites 1 . Certes, j'aimerais 
mieux être sur qu'il y a donné ou vu donner le dernier coup 
de ciseau; mais à cela près!... Et, revenant à l'article de 
M. Frickenhaus, je dirai que ce que j'en apprécie le plus, c'est 
le retour à un jugement sain et droit, qui trouve naturel de 

1. Dès 43g, la statue d'Alhéna était terminée, et elle fut inaugurée aux Grandes 
Panathénées de 438: cf. American Journ. arch., XVII, iqi3, p. 70-71 (Dinsmoor). Dès 
43g, la construction entière du temple était finie, an point que les riches portes du 
naos pouvaient être placées en 438 (cf. îbiff., p. 79): les métopes sont comprises dans 
la construction. Dès 44o (peut-être même déjà auparavant, les lacunes de l'inscription 
ne permettent pas d'en rien savoir), on amenait aux ateliers de l'Acropole plusieurs 
des blocs de marbre destinés aux frontons (cf. 76 id., p. 71 et 78): ce qui implique 
nécessairement que les maquettes de ceux-ci étaient prêtes". En -43g/438, on travaille 
exclusivement aux frontons (cela me parait indiquer que la frise était alors finie), et 
il est très probable que, pour la fête où fut inaugurée la Parthénos. le fronton de 
l'Est se trouvait terminé. Puis le travail, tout en continuant, se ralentit, parce que 
les trésoriers d'Athéna, entre 437 et 433, disposent de leurs ressources pour les 
Propylées, que l'on construit alors; mais en 434 se marque une vive reprise, 
puisqu'une somme de plus de 16,000 drachmes est payée aux àya'/ua-ro-v.o: (cf. 76id., 
p. -h et 79): il y a lieu de croire que le fronton ouest fut achevé pour les Grandes 
Panathénées de 434- — En résumé, on doit considérer comme quasi certain, si 
Phidias partit d'Athènes au début de 437, six ou huit mois après l'inauguration de la 
Parthénos, qu'il laissait derrière lui le temple entièrement fini et presque entièrement 
décoré, sauf en ce qui concerne le fronton Ouest; mais de celui-là il laissait la 
maquette, et, pour l'exécuter, des élèves bien formés et une équipe d'àrfoXparoxoiot 
disciplinés. 

* Cela corrobore une excellente remarque faite par Michaelis (Parthénon. p. 17): 
lorsqu'on construisit, avant 418 nécessairement, la large corniche sur laquelle posent les 
sculptures, les statues des frontons « devaient être déjà prêtes, on du moins la composition 
desdits frontons derait être arrêtée ne rarietur dans le dêUil de toute» les ligures, pin 
c'est alors qu'on lixa les barres de fer destinéesà porter le poids des plus lourdes», lesquelles 
birres furent posé îs expressément en vue de telle ou telle ligure, a ce point que leur dispo- 
sition et leur direction sont invoquées aujourd'hui pour restituer de telle façon plutôt que de 
telle autre les figures disparues et inconnues (cf. les études ic II. sauer, dans Ant. 
Denkmœler, I. pi. Ma, o, p. 1841). 



I 6 REVUE DES ÉTUDES .ANCIENNES 

mettre un lien entre le plus grand des sculpteurs et les plus 
beaux des marbres antiques, dès lors que ce sculpteur élait là 
tandis qu'on taillait ou préparait ces marbres, et que l'on sait 
qu'il avait la baute main sur tous les travaux d'art; c'est 
l'abandon de cette hypercritique étroite et déraisonnable, qui 
a encore aujourd'hui des répercussions surprenantes 1 ; c'est, 
pour m'exprimer d'un seul mot, le retour au bon sens. 
Et quel soulagement on en éprouve! — Gœthe, ai-je lu 
quelque part, assurait qu'au dernier jour le Juge suprême, 
après avoir placé les boucs à sa gauche et les brebis à sa 
droite, dirait aux hommes de bon sens: « Vous autres, mettez- 
vous tout droit devant moi, afin que j'aie le plaisir de vous 
regarder. » J'espère que le petit dieu de l'archéologie, en haut 
de son petit ciel à lui, fera la même chose pour les archéo- 
logues; le jour qu'il pensera à Phidias, ayant placé les 
Puchstein à sa gauche et les Kekulé à sa droite (ou inver- 
sement), il mettra devant sa face souriante les hommes qui 
auront eu tout simplement du bon sens, le bon sens de ne 
jamais perdre de vue l'explicite et formel témoignage de 
Plutarque relativement au rôle de Phidias durant les grands 
travaux d'Athènes, le bon sens de considérer que le Parthénon 
fut de tous ces travaux le plus important et le plus signi- 
ficatif et comme la plus belle fleur du bouquet, le bon sens 
enfin d'admettre que Phidias, qui devait s'occuper de tout, a dû 
s'occuper du Parthénon d'abord et surtout, qu'étant sculpteur 
il a dû porter à la sculpture un intérêt particulier, notamment 
à la décoration sculptée de ce noble temple qui devait contenir 
sa Parthénos, qui devait être l'écrin de sa plus précieuse et 
plus majestueuse Athéna, de son chef-d'a^uvre athénien. 

La Vénus d' irles. — C'en est fini maintenant, nous pouvons 
l'espérer, du grand bruit que l'on mena, lorsque fut naguère 

i. Récemment, M. Schrader (Aa$wahl arek Marmor-Sealpt. im Akrojioli* 

tltué un parallèle entre l'art athénien du n* siècle et oelnl «lu lampe <i<' 

Miiiiit, h l'une et l'autre époque, une Influence <)'• Parce iut l'Attique. 

Pourquoi Ceel que oertalne itatue archaïque do l'Acropole le fait penser aux 

■ lu fronton Eal du Parthénon, et que • Kekule* h ru juste, -ans uni iioute, 

en attribuant < m Bfuree*lt ;• Agoracrltoa 'le Paroi » : d'aprèt quoi II il que 

ni Parieu ' 



NOTES ARCHÉOLOGIornS 17 

retrouvé en Arles un ancien moulage de la Vénus d'Arles. 
Jamais on n'avait tant parlé d'elle, ni quand elle fut décou- 
verte en i65i, ni quand elle fut donnée au Roi en i68't, ni 
quand, restaurée par Girardon, elle fut placée en i685 dans la 
Grande Galerie du palais de Versailles 1 . Le moulage arlésien 
avait été fait en i683, avant que le marbre fût expédié à Paris; 
il reproduisait donc la statue, non pas telle absolument quelle 
était sortie du sol (il y avait eu déjà des raccords et même de 
petits compléments), mais du moins telle qu'elle était avant 
sa restauration complète par Girardon. Et alors, une fois ce 
moulage retrouvé, ce fut contre le malheureux Girardon un 
beau concert d'imprécations, où se mêlèrent toutes les nuances 
de la colère, du dédain, de l'indignation, de la pitié sourde- 
ment irritée... 3 . Cependant quelques personnes, un peu 
méfiantes, déclarèrent réserver leur jugement 3 . Elles n'avaient 
point tort. On s'aperçut bientôt, en effet, que les premiers 
commentateurs, emportés par leur ardeur à dénoncer et 
redresser les torts de Girardon, les avaient exagérés de la 
façon la plus injuste, rabaissant le marbre et exaltant le plâtre 
à tout propos, même, nous allons le voir, hors de propos. 
Les photographies jointes à leurs articles, pour montrer face 
à face la statue du Louvre et le moulage d'Arles', avaient été 
prises sous un éclairage différent, en sorte que l'une (moulage) 
apparaissait avec des accents vigoureux, des ombres fortes, 
tandis que l'autre était pâle, presque blanche, sans relief, 
comme frottée et usée: involontaire, je n'en doute pas, un tel 
truquage restait toujours fâcheux. Le plus étonnant fut la 
méprise relativement aux seins. C'est là que le pauvre 
Girardon fut le plus malmené. Comme on lui reprocha 

1. Il y avait dans la Galerie huit statues antiques de marbre ; la Vénus était l'une 
de ces huit. Ces statues furent transportées de Versailles au Louvre en 1798. 

a. Cf. surtout J. Formigé, Note sur la Vénus d'Arles (C. R. Acad. Inscr., 191 1, 
p. 658-664; cf. aussi p. 656-637); A. Héron de Villefosse, Un moulage ancien de la 
Vénus d'Arles (Rev. de l'art ancien et mod., 191a, 1, p. 81-96); J. Formigé, .\<>te sur un 
moulage ancien de la Vénus d'Arles (Les musées de France, 191a, p. 919a). — Aux deux 
premiers de ces articles sont empruntés tous les mots et phrases, qu'on trouvera ici 
mis entre guillemets. 

3. Par exemple, M. André Hallay.-, dans un article du Journal des Débats, 
10 novembre 191 1 . 

4. Cf. surtout celles du premier article de M. Formigé : C. R. Icad. Insrr., 191 1, 
p. 660-661 ; ou bien celles de l'Illustration, n° du U novembre 191 r, p. U9. 



l8 nEVUE DES KTIOES ASCIEMM 18 

aigrement de n'avoir pas épargné « l'ampleur magnifique de 
la poitrine », d'avoir porté atteinte à sa « majestueuse pléni- 
tude » ! Quel désastre! «La poitrine qui, sur le marbre du 
Louvre, n'existe pour ainsi dire plus, est ici [sur le moulage] 
d'une opulence aimable et juste; les seins s'en détachent avec 
fermeté. » Or, cette poitrine date simplement de l'année 1796. 
A cette époque, quelques soldats excités mutilèrent à coups de 
sabre le moulage; on alla chercher, pour réparer le mal, un 
plâtrier, peut-être un maçon ; et celui-ci refit les seins en 
maçon qu'il était: de toutes les restaurations qu'a subies 
la statue (marbre ou plâtre), celle-là est vraiment la plus 
« déplorable », la plus « déshonorante », la plus « sauvage », 
ou mieux disons que c'est la seule à laquelle ces fortes 
épilhètes sont à juste titre applicables; et l'on « reste 
confondu » que des observateurs cultivés aient pu prendre 
pour chef-d'œuvre un si grossier gâchage de plâtre, attribuer 
à un sculpteur antique l'ignoble rapiéçage d'un maçon 
moderne ». Dès lors, il n'y a plus à tenir compte des premiers 
articles qu'a suscités le moulage d'Arles ; cette grosse méprise 
les domine et les fausse entièrement; des qualificatifs vigou- 
reux qui s'y suivent en abondance, les uns sont erronés, les 
autres excessifs: tous sont à écarter. L'étude devait être refaite. 
M. Etienne Michon s'est chargé de la tâche et l'a accomplie 
avec une exactitude irréprochable, une belle sûreté d'infor- 
mation, — avec aussi une discrétion généreuse qui mérite la 
reconnaissance de ceux qui en bénéficient 2 . 

Les restaurations faites à Versailles ont porté sur les bras : 
avant-bras gauche, la main tenant un miroir; bras droit tout 
entier, la main tenant une pomme. De l'avant-bras gauche il 
m'y a rien à dire, la restauration est généralement tenue pour 
exacte. Il n'en va pas ainsi du bras droit; outre que l'attribut 
de la pomme ne se justifie pas, il paraît certain que la position 
du bras et son ploiement au coude devraient être modifiés. Il 
d'ailleurs, difficile de préciser quel en lui l'étal primitif. 

1. Qu'on va jUgfl par l'image publier I l.i p. v 1 'I'' !■ ' |V| '- <(• Yvt anrien et ROd . 
icji a, I, el par cilles publiées h la p. 16 6t I la p. 3.'i «1rs Mon. l'iot, \XI, igiS, 

a. f:t. Miclnm, Lu Y i-nm d'Arles et su restauration par (iirardon (Mon, /'('•'. \\l. 

p. i3-6S, pi. 3), 



XOTES ARCHEOLOGIQUES ig 

M. Michon laisse la question en suspens, tout en déclarant que 
le bras ne pouvait pas être porté vers la chevelure, à cause de 
la présence d'un tenon sur la hanche droite, tenon destiné à sou- 
tenir le bras et donc impliquant (d'après M. Michon) que celui-ci 
n'était pas très éloigné du flanc. La raison n'est pas bonne 1 . 
Rien ne nous renseigne, en réalité, sur le mouvement du bras, 
si ce n'est le relèvement léger de l'épaule, par quoi on est sûr 
que le coude se trouvait passablement écarté du corps; et il 
n'y a nul obstacle à se figurer Favant-bras replié, la main près 
des cheveux ou près de la bandelette sur l'épaule 2 . On objecte: 
la toilette de la chevelure est entièrement terminée. Eh bien 

1. Voici comment M. Michon présente les choses. Le tenon sur la hanche droite 
servait évidemment à soutenir le bras. Si l'avant-bras était relevé, le tenon ne pouvait 
rejoindre le bras qu'au coude, ce qui obligeait à lui donner une longueur d'environ 
a5 centimètres. Longueur excessive. Comme l'écrit le Père Dumont (Description des 
anciens monuments d'Arles, p. 27), «l'ancien sculpteur avoit sûrement évité, dans le 
soutien, une longueur inusitée, désagréable et peu solide. » — Mais souvenons-nous 
que la statue est une copie; dans leurs copies, souvent destinées à des transports 
lointains, les anciens ont usé sans scrupule des tenons, dont le public, à son tour, 
parait s'être fort bien accommodé. Le tenon de a5 centimètres, que nous supposons à 
la Vénus d'Arles, n'avait rien d'extraordinaire. Si j'apporte un autre exemple de statue 
antique, munie d'un tenon trois fois plus long et encore plus en vue, tiendra-t-on la 
preuve pour décisive? Il s'agit d'une des statues les plus connues du monde. LMpoxvo- 
mene, au Vatican, a le poignet gauche relié au thorax par un tenon de plus de i5 centi- 
mètres, et, son bras droit étant jeté devant lui horizontalement, le poignet de ce bras 
était soutenu par un second tenon qui descendait quasi jusqu'au genou droit; ce 
tenon-là mesurait au maximum (c'est-à-dire en comptant la partie taillée en biseau qui 
s'enfonce peu à peu dans la jambe) 92 centimètres, et au minimum (en ne comptant 
que depuis l'endroit où il se trouve entièrement dégagé) 70 centimètres. Il était encore 
intact quand la statue fut exhumée; c'est au Vatican même qu'on l'a cassé aux deux 
deux extrémités, en raison du mauvais effet qu'il produisait icf. Amelung, ï'atikan- 
Katalog., p. 86: Braccio nuovo, 67). On notera, enfin, que cet énorme tenon était bien 
plus offensant et, si l'on veut, plus agressif que celui de la Vénus d'Arles, qui, partant 
de la hanche droite, allait en s'écartant et s'éloignantdu corps, tandis que celui de 
V Apoxyomene , partant du bas de la cuisse par devant et remontant jusqu'au niveau 
de la poitrine, s'offrait au premier plan et coupait en deux les lignes du corps. La 
preuve annoncée est complète, je crois. Le Père Dumont, qui écrivait avant la Révo- 
lution, ne pouvait point connaître VApoxyomene, lequel fut découvert seulement en 
18A9 ; et M. Michon l'a ouhlié. — Ajoutons en dernier lieu qu'il n'est pas impossible 
d'employer à deux fins l'exemple que nous venons de citer: la Vénus serait arrivée 
à Arles, munie de son tenon, pour plus de sûreté durant le voyage; puis, une fois 
mise en place, on l'en aurait débarrassée, sommairement, en le cassant aux deux 
bouts, comme on fit au Vatican pour l'/tpojryomène. Mais cela reste, bien entendu, une 
pure hypothèse. 

a. M. Michon a mis hors de doute, d'après d'anciennes gravures et d'anciens 
témoignages, l'existence de cette bandelette: cf., par exemple, la gravure en face de 
la p. 3i de l'ouvrage de Seguin, Les Antiquité: d'Arles (1O87), gravure faite à Arles et 
non suspecte, puisqu'elle montre le tenon sur la hanche droite; et elle a aussi sur 
l'épaule droite les fragments de la bandelette. Or le moulage, le fameux moulage, où 
on nous disait qu'il fallait voir maintenant « le véritable original », n'offre point 
trace de la bandelette; il a donc été retouché, et M. Michon dénonce avec raison cotte 
infidélité. 



20 REVUE DES ET IDES ANCIENNES 

oui, la déesse vient d'arranger ses cheveux, d'arranger la ban- 
delette dont elle les a entourés; elle vient d^ mettre (c'est le 
cas de le dire) la dernière main; elle a encore la main près 
d'eux, mais ne les touchant plus, mollement suspendue au- 
dessus de l'épaule, cependant que, d'un regard dans son 
miroir, elle s'assure que tout est bien. — Après les restaura- 
tions, il y a les réparations. On a accusé Girardon d'avoir refait 
et « aplati » les pieds. Erreur : les blessures qu'on voit aux 
pieds dans le moulage proviennent d'accidents survenus au 
plâtre même. On l'a accusé encore d'avoir « surchargé de 
détails » les cheveux, « amaigri » les joues, saccagé les yeux, le 
nez, la bouche. Autant d'erreurs que de mots : l'unique diffé- 
rence entre la tête de marbre et la tête de plâtre vient de ce que 
le moulage a été recouvert d'un enduit de chaux et de couleur, 
qui a pour effet d'empâter les lignes. Et si l'inclinaison vers la 
gauche n'est point la même ici et là, c'est que la tête (avec le 
cou), détachée du corps et trouvée à part, ne s'ajustait pas bien 
sur le haut du torse : il se peut que l'inclinaison que Girardon a 
préférée soit meilleure que celle qu'on voit au moulage d'Arles ; 
il se peut aussi que ni l'une ni l'autre ne soit exactement la 
bonne. Pour le reste du corps, au contraire, pour le nu comme 
pour les draperies, il est certain que Girardon a retouché le 
marbre, l'a en quelque sorte remis à neuf. Il y avait sans 
doute, sur les seins, les flancs ou le ventre, quelques é< 
chures, éraflures, traces de coups: il a donc fait reprendre la 
surface entière, d'où est résulté un certain amaigrissement de 
la poitrine, un amincissement des hanches, un aplatissement 
général du torse. Mais tout cela est bien moins grave (pion ne 
l'avait dit. Ce n'est pas la a platitude extraordinaire » qu'on 
a dénoncée avec horreur; et, bien mieux que par le moulage 
d'Arles, on en jugera parle torse en marbre d'Athènes ', autre 
copie du même original, laquelle présente, en effet, des Beina 
un peu plus développés cl des hanches un peu plus amples a . 

i. Cf. \U mm Iti -m kiiiaim's heulcmu-lrr, Boo. 

i ;i afltaeté de comparer la Vénal d'Ailes à la Venu </<• Stilo. J<* m m!i pu 
beaucoup de statues antiques capabl un tel rapprochement, la Vénut 

de Mil') étant pertlculleremenl remarquable pat l'ampleur <t la rondeur dea tormea 
de a hfala la Vinui de Milo n'avait i< i ri'ii .1 \<>ir. l'iiisqu'on admet que I "ii 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 21 

C'est à la draperie, enfin, que Girardon a le plus travaillé, 
justement parce que c'est la draperie qui avait souffert le plus 
de dommages ; ses plis en saillie étant plus ou moins ébréchés, 
il fallut les retailler, et, en conséquence les dessécher et les 
appauvrir : là-dessus le moulage d'Arles nous renseigne utile- 
ment, et le moulage seul, puisque le torse d'Athènes ne se 
continue pas plus bas que le ventre. 

Résumons. Le moulage d'Arles fut une découverte heureuse, 
mais dont l'importance a été accrue démesurément. Il ne 
devient pas pour nous « le véritable original » ; ce n'est qu'un 
des documents propres à le rétablir. Ce document est d'une 
valeur limitée et fort inégale. Pour la tête et le haut du corps, 
il n'apprend rien; les seins neufs que lui a collés le maçon 
d'Arles déshonorent sa poitrine ; on lui a supprimé la bande- 
lette sur l'épaule droite, et on a retouché cette épaule. Le 
tenon au bas du flanc droit était connu par des gravures; et le 
marbre d'Athènes nous avait déjà renseignés sur l'ampleur 
relative du torse et des hanches. Seule, la partie inférieure du 
corps est précieuse, en ce qu'elle nous a gardé l'état exact de 
la draperie. — Faut-il maintenant montrer le poing àGirardon? 
Cela est bien inutile, et même un peu ridicule. Il n'y avait pas 
de musées au xvn e siècle, surtout des musées d'antiques tels 
que nous les comprenons aujourd'hui. La statue étant destinée 
à la Grande Galerie de Versailles, où elle devait 1 ajouter un 
rayon de beauté antique aux splendeurs toutes récentes de la 
décoration moderne, nécessité s'imposait de la restaurer, de 
la présenter entière de tout point: le goût universel du temps 
ne permettait pas à ce sujet la moindre hésitation ni le moindre 
doute 2 . Le mieux est donc de laisser Girardon tranquille. Il 

ginal de la Vénus d'Arles est de Praxitèle, il fallait comparer celle-ci à des an 
praxitéliennes, par exemple à la Cnidienne du Vatican, laquelle est beaucoup plus 
près de c l'aplatissement » de la statue d'Arles que de l'ampleur de la statue de Miln. 
Bien entendu, je ne nie pas du tout que Girardon n'ait «aplati» sa Vénus; je me 
borne à dire que les termes dont on s'est servi à cette occasion dépassent de beaucoup 
la mesure juste, et qu'on n'a pas même cité les seules statues qu'il convenait d'ap- 
peler en comparaison. 

i. Avec sept autres : cf. ci-dessus, p. 17, note 1. 

I. M. André Hallays, dans un article du Journal des Débals (ji février igi3), a dit 
fort bien: «... Au temps de Louis XIV, personne, ni parmi les amateurs, ni parmi 
les artistes, ni même parmi les archéologues, ne trouvait scandaleux qu'on refit des 
statues antiques pour en orner la maison des princes et des rois. Cette pratique avait 



2 2 REVUE DES ETUDES ANCIENNES 

a fait ce qu'unanimement on lui demandait de faire, et il la 
fait sans fantaisie, sans arbitraire, avec une mesure irrépro- 
chable, un tact exquis. Paix à son ciseau ! Regardons en soi ce 
moulage, ce document qui ajoute un peu (touchant la dra- 
perie) à notre connaissance de l'original d'où dérive la Vénus 
d'Arles. Nous ne sommes pas ingrats pour ce qu'il nous apporte 
de neuf. Mais fallait-il l'accueillir avec des chants de triomphe, 
lui réserver une place d'honneur? Ah non! n'oublions pas le 
reste, la collaboration fâcheuse du maçon arlésien ! Au terme 
de la Note où il exposait à l'Académie des Inscriptions sa décou- 
verte, M. Formigé disait qu'il serait « nécessaire de placer une 
reproduction du moulage au Musée du Louvre, à côté de la 
statue restaurée ». Cela a été fait, on a vu et jugé. Il apparaît 
qu'il n'y a pas « nécessité», voire utilité à prolonger cette 
épreuve. L'administration du Louvre, elle-même, finira quel- 
que jour par le reconnaître. 

Portraits grecs. — Le Musée Ny Carlsberg, à Copenhague, 
est particulièrement riche en portraits grecs et romains, et il 
ne se lasse point d'augmenter ses richesses. Quelques-unes des 
plus récentes acquisitions qu'il a faites en ce genre viennent de 
nous être présentées par M. Frederik Poulsen «, et je ne 
cacherai pas le vif plaisir que j'ai eu à lire ces commentaires 
sans banalité, pleins de suc et de nerf, où l'impression directe 
et franche, reçue par des yeux clairs bien ouverts, pénétrants 
et fouilleurs, — des yeux qui savent voir, — s'énonce toujours 
en un langage animé et coloré. Cela fait rêver d'un beau choix 

été mise a/la mode par les plus grands sculpteurs italiens de la Renaissance. On 
n'avait pas encore imaginé que les chefs-d'œuvre de lu Grèce fussent des oeuvre» mor- 
tes, bonnes à distraire les historiens et les antiquaire-. Kn 1rs restaurant, lorsqu'elles 
étaient endommagées, en pansant leurs plaies, en effarant leurs souillures, on m 
croyait pas manquer de respect aux aminh : ou ressuscitai! et on vengeait les dieux 
ensevelis par les Barbares. Puis, quel effet auraient produit des sculptures mutilée* 
et cassées au milieu des ors et des peintures du Versailles de Louis \l\ ?.. . » 

i. If, Poulsen a publié presque en même temps le- trois articles suivants : Tête 
de prêtre d'Isis trouvés à Athènes (Mélanges llolleaux, p. 1 17-33$, pi. C-7); Te tes et battes 
grecs ricemmnit aeqail par lu QlyptOth&qtU ffj Carsllierg (liiillrtin de l'Armt. des Science* 
et Lettres de Danemark, i;ii3, n° .'>, p. I « portrait dé l'orateur llypt'ride (M, m. 

l'iol. \\\ 1 n'. p, 17-58, pi. '■'>). Ces articles concernent uniquement les pOftreitl 
grecs; le» romain- viennent d'être l'objet, tout récemment, d'unr autre publication : 
K. PouUen, }iucmische l'ortrœts in der Nj Harlsherg Clrptothek :u Kopcnfuig M (Ham, 

MUUU . \\i\. .v',, p SS-70, pi. i-4). 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 2 3 

de portraits pris à Ny Carlsberg, qu'accompagneraient des 
notices écrites de ce style qui ne sent pas le renfermé, avec ce 
souci d'une érudition irréprochable, mais surtout avec cette 
aptitude à rendre la science vivante et à faire circuler en elle 
une sève active : cet ouvrage-là, sans nul doute, recevrait du 
public cultivé le plus favorable accueil. — Voici en quels 
termes M. Poulsen parle d'un portrait provenant de Grèce et 
qu'il date du i er siècle après J.-G. : «... Ce n'est pas une tête 
intelligente ou distinguée; le front est bas et fuyant, et la capa- 
cité de la boite crânienne n'est pas grande. Les yeux sont peu 
profonds, longs, et ont un regard vide. Les narines fortement 
ouvertes produisent l'impression d'un animal qui flaire une 
piste, et la bouche close, avec ses lèvres larges, sans beaucoup 
de finesse, contribue, ainsi que les fossettes des joues, curieu- 
sement rentrées et comme aspirées, à évoquer l'idée d'un 
individu de condition inférieure et mécanique, de quelque 
ftâvzuao;. Pour peu qu'on ait observé déjeunes « sportsmen » de 
type populaire, on sera frappé de la ressemblance qui existe, 
dans l'expression et dans les détails, entre leur physionomie 
et celle de notre buste. Il y a là de la virilité jeune, fraîche 
et hardie, et un souffle robuste, mais une intellectualité médio- 
cre 1 . >) Comme c'est cela! Comme ce garçon vigoureux, avan- 
tageux et vulgaire correspond bien, pour son temps, à nos 
gloires actuelles du ring et du vélodrome ! Quelle bonne odeur 
de sueur, de poussière, même de crottin (puisqu'il s'agit d'un 
cocher), on sent flotter autour de lui! Et que sa chevelure pla- 
tement ramenée en avant sur son front bas va donc bien avec 
son grand air de contentement ! Ses pareils aujourd'hui présen- 
tent à l'objectif photographique une raie pommadée; mais pour 
tout le reste il y a identité complète. — A un autre endroit, par- 
lant d'une tête de l'époque hellénistique, dont les cheveux sont 
ceints d'une bandelette royale, M. Poulsen dit: «C'est une 
puissante figure de tyran, au regard sombre et dur, aux joues 
rondes, pleines et tendues, aux lèvres épaisses;. . . une barbe 
coupée court recouvre le bas du visage fortement prognathe. 

i. Bull. Acad. Danemark (ci-dessus cité), p. I16-417. 



24 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

Faisant contraste avec les joues encore fermes, le front est 
déjà très plissé et se termine par des lignes de sourcils forte- 
ment accentuées qui s'abaissent en deux pointes vers la racine 
du nez. Les yeux sont allongés et plats. La chevelure au-dessus 
du front est courte, épaisse, remontante, tandis que deux 
larges masses de boucles qui couvrent les oreilles tombent en 
avant, lourdes comme deux chutes d'eau. La moustache est en 
forme de croissant et se recourbe dans les coins mêmes de la 
bouche. A la face large surmontée d'un front bas correspond 
un cou formidablement épais, court, sur lequel se redresse la 
face du dominateur. . . ». » IN 'y a-t-il pas, dans les lignes de ces 
rapides croquis, un trait net et serré, et comme une morsure 
du burin qui les grave profondément, en ajoutant à la justesse 
de la description, scrupuleuse jusqu'au moindre détail, une 
fermeté d'accent, une netteté de prise, qui semble ajouter 
encore à la vie du modèle? 

Entre les nouveaux portraits qui nous sont offerts, deux sur- 
tout retiennent l'attention: dans l'un M. Poulsen reconnaît 
Lycurgue et dans l'autre Hypéride. Le premier est des plus 
curieux. Une tête qui a le nez écrasé, dont le front est marqué 
d'une grande meurtrissure, dont l'œil droit est gonflé et 
informe. . . : résultat, dira-ton, des mille accidents que peut 
avoir subis au cours des siècles un marbre antique. Non, il ne 
s'agit pas d'accident; à côté de certaines mutilations qui sont 
accidentelles vraiment, celles que nous venons de dire ont été 
voulues par l'auteur du portrait et faisaient partie de son 
œuvre. Alors, reprendra-t-on, nous avons donc affaire à un 
boxeur, que l'artiste tenait à nous montrer endommagé par 
quelques coups de poingi' Non plus, car le visage n'a rien d'un 
athlète, il est grave et triste, avec une longue barbe, et la tête 
est couronnée de cheveux comme on n'en voit guère qu'aux 
vieux savants; cette tête est celle d'un philosophe, d'un peu 
seur, d'un sage. Mais reste que ce Bage a reçu un coup terrible 
sur le front, qu'il a eu le ne/ écrasé et un œil cret é : c'est o un 
sage maltraité, un martyr antique». Le nom de Lycurgue 

i. Hull. Arud. hanrinnrk, p. 4oi-4o5. (J'ai, dans cette citation, pour Mpu l'allou- 
Ippriné <|ui|ijtics mots.) 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 20 

vient naturellement à l'esprit. La légende du grand réforma- 
teur et législateur Spartiate, se développant au cours des 
siècles, a fini par s'épanouir en véritables fleurs d'hagiogra- 
phie : ainsi, on racontait qu'il avait ameuté contre lui, par ses 
réformes sévères, les riches, et que ceux ci un jour l'avaient 
entouré avec menaces, l'avaient frappé et poursuivi, tant qu'à 
la fin le jeune Alcandros lui avait crevé un œil d'un coup de 
bâton; Lycurgue, cependant, était resté debout, tourné vers les 
fanatiques, leur montrant sa face sanglante et son œil arraché; 
alors, revirement des esprits, conversion, peut-on dire; et le 
saint homme pardonne à tous, à Alcandros tout le premier '. 
Voilà le souvenir qu'évoquait pour les anciens la tête meurtrie 
de Ny Carlsberg. La statue originale d'où elle dérive doit dater 
de la première moitié du iv e siècle avant J.-C; pourtant, un tel 
réalisme n'est point du tout dans les habitudes de l'art de cette 
époque. Aussi n'avons-nous point là une copie tout à fait 
fidèle. 11 y en a une seconde, au Vatican, qui, étant identique 
à la première pour les traits et pour l'aspect de la physionomie, 
n'offre point, comme elle, trace de blessures récentes ; il 
semble qu'un long temps a passé; et la journée de sang est 
rappelée seulement par l'œil droit, qui est mort, entre deux 
paupières un peu gonflées et tendant à se fermer. Cette façon 
discrète et voilée de marquer les laideurs physiques convient 
à un portrait du iv e siècle, et c'est d'après la tête du Vatican 
que nous devons nous représenter l'original. Mais, sous l'Em- 
pire romain, alors que prévalait un goût de brutal réalisme, 
quelqu'un a pu désirer que la copie lui montrât Lycurgue, au 
moment même de l'émeutei ensanglanté, avec des coups sur 
le front, sur le nez, avec l'œil tuméfié et fermé: et de ce désir 
serait née la tête Ny Carlsberg. 

Le second portrait dérive d'un original qui doit être rapporte 
au iv* siècle également, soit au milieu ou au troisième quart 
de ce siècle. Il représente un homme déjà Agé, le crâne chauve, 
le front ridé, la barbe pleine et bien soignée, homme d'aa 
intelligent et distingué, mais à qui son regard dur et ses lèvres 

i. Pliilarquc, Lycurgue, it. 



a6 REVUE DES ETUDES ANCIENNES 

fortement serrées donnent un air peu commode. Au premier 
instant, il rappelle les portraits connus de l'avocat Lysias, ou 
du rhéteur Isocrate; pourtant ce n'est pas Isocrate, ni Lysias : 
il offre en commun avec eux seulement ces traits généraux, 
constituant le pli professionnel, d'où naît, entre individus 
différents d'une même classe, ce qu'on peut appeler la ressem- 
blance de classe. Et nous savons que les artistes grecs avaient 
tendance, en général, dans les effigies qu'ils sculptaient, à ren- 
forcer plutôt qu'à effacer ce pli professionnel, qui faisait un 
portrait de philosophe, par exemple, différent dès l'abord d'un 
portrait d'orateur. La ressemblance superficielle constatée avec 
les têtes de Lysias et d'Isocrate nous fournit donc une première 
indication, à savoir que la tête Ny Garlsberg doit être rangée 
dans la même classe sociale à laquelle appartenaient Isocrate 
et Lysias. Cet orateur ou avocat était célèbre. Son buste est 
connu déjà à quatre exemplaires, dont le meilleur et le plus 
intéressant, à tout point de vue, se trouve au Musée de Gom- 
piègne 1 . L'exemplaire Ny Garlsberg provient d'un hermès 
double, et celui de Compiègne est également un double her- 
mès, où la seconde tête est en partie conservée : tête de femme, 
dont tout le devant du visage a aujourd'hui disparu, et dont il 
ne reste plus guère que la chevelure, caractérisée par un gros 
nœud de cheveux au-dessus du front. Un tel genre de coiffure 
se rencontre d'une façon sporadique dès la première moitié du 
iv* siècle, il se généralise vers le milieu du siècle; il appartient 
surtout, dans l'histoire de la sculpture, à Praxitèle et à son 
école. Jointe à une tête d'homme qui est de toute évidence un 
portrait, cette tête de femme en était un aussi, nécessairement ; 
nous devons écarter l'idée d'une invention de fantaisie, d'une 
représentation de divinité ou de Nymphe, d'une image conven- 
tionnelle comme eut été celle deSappho ou de Corinne. Il s'a.-: il 
d'une femme qui vivait au temps de Praxitèle, d'une femme 
réelle tout autant que l'homme avec qui elle nous est présentée 
ici, d'une femme qui avait eu assez de célébrité pour mériter 
son portrait, et dont la célébrité fui durable asseï pour qu'au 






JiOTES ARCHEOLOGIQUES 1*[ 

i er siècle de notre ère on songeât encore à copier ce portrait. 
Notre pensée n'a pas à chercher longtemps avant de s'arrêter 
à Phryné, de qui Praxitèle avait fait deux fois la statue ', et 
a qui son fameux procès, enjolivé par de piquantes légendes, 
assura un renom prolongé durant l'antiquité entière. Or, 
l'avocat de Phryné dans ce procès, l'auteur du plaidoyer qu'on 
admirait tant à Rome, le vieux routier du barreau à qui on 
prêtait des moyens si imprévus pour tourner l'esprit des juges, 
Hypéride, enfin, était l'homme dont le souvenir s'impo- 
sait immédiatement à l'esprit d'un Romain évoquant le sou- 
venir de Phryné ; car, pour ce Romain cultivé, la principale 
raison qu'il pouvait y avoir à l'existence d'une Phryné, c'était 
d'avoir un jour fourni à Hypéride l'occasion de déployer 
toutes ses ressources d'éloquence et d'habileté. Rien donc de 
plus naturel, à l'époque romaine, que d'avoir voulu réunir, 
dans un double hermès, l'avocat et sa cliente, d'avoir joint 
ensemble la copie d'une des Phryné de Praxitèle et celle de 
Y Hypéride qu'avait fait Zeuxiadès, élève de Silanion. Quel 
dommage (quoi qu'en dise M. Poulsen) que, en raison de la 
ruine partielle du marbre de Compiègne, le visage de Phryné 
soit aujourd'hui détruit et méconnaissable ! Du moins Hypé- 
ride nous reste, et c'est chose instructive d'avoir l'effigie de cet 
habile homme, intelligent et souple, dont le talent valait 
mieux que le caractère, de ce viveur dur et sceptique, de ce 
charmeur fertile en ruses, qui, bien moins noble que le grand 
Lycurgue de Sparte, eut l'honneur, comme lui, de connaître le 
martyre ; car il mourut en martyr, mais il avait derrière lui 
(le pli de sa lèvre et le fin sourire de sa moustache ne nous 
permettent pas de l'oublier) d'aimables et voluptueux souve- 
nirs et nombre de jolies roueries. 

Portraits byzantins. — Descendons plusieurs siècles, et, sans 
même nous arrêter devant le bronze colossal, haut de plus de 
5 mètres, qui est aujourd'hui à Barletta, dans la Pouille 
(Apulie des Anciens), et qui représente un empereur du 

i. Pausauias, IX, j-j, ô, et X, ii, 7. 



28 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

iv' siècle, Valenlinien I" (né en 32 1, empereur avec capitale à 
Milan de 364 à 3y5) ', descendons plus bas encore, jusqu'au v% 
jusqu'au vr* siècle de notre ère: nous y rencontrons des têtes 
en marbre, portraits d'impératrices byzantines, que M. Del- 
briick vient d'étudier avec un soin particulier 2 . Ce sont 
d'abord trois têtes qui représentent la même personne; toutes 
les trois furent trouvées à Rome : l'une est au Musée de Latran, 
la seconde au Palais des Conservateurs 3 , et la troisième au 
Louvre (collection Camondo) 4 . Elles sont de grandeur natu- 
relle, et proviennent sans doute de statues. Il n'y a entre elles 
que de légères différences concernant surtout la coiffure, 
laquelle semble une sorte de gros turban rond et lisse (c'est, 
en réalité, quelque chose de plus compliqué, nous l'analyserons 
plus loin), que ceint le diadème et que décore une profusion 
de perles. La personne représentée est une femme accusant 
environ cinquante ans, avec les joues pleines et grasses, un 
double menton, et de larges yeux dont la placidité bovine 
serait rassurante, si les lèvres minces et durement serrées 
n'engageaient au contraire à se méfier. M. Delbriick propose 
d'\ reconnaître Ariadné, fille de l'empereur Léon I er le Grand, 
femme d'abord de Zenon I er Tlsaurien (empereur de .\-\ 
à 491), puis en \ç)i, quand un meurtre l'eut délivrée de 
celui-ci, femme du successeur qu'elle-même lui donna sur 
le trône: Anastase le Silentiaire. Ses trois portraits dateraient 
de la fin du v e siècle 5 . 

Un autre portrait, dont on ne connaît encore qu'un seul 
exemplaire, a été trouvé à Milan et il est conservé au Musée 

1. Cette statue intéressante et jusqu'ici mal connue I < • I «'■ publiée excellemment 
par M. Kocli, qui en a donné des planches superbes et un loiifj commentaire, 
témoignant avec quelli' minutieux' attention le. limn/e i été examiné sur place: 
1 f. II. Koeh, Bronzestatuc in Iiarlettn (Ant. lu-nkmirler, III, a, 1911-1913, p. 30-37, 
pi. 30-31). — Un peu avant M. Koeh, M. Ifayer avait aussi publié et commente cette 
statue, en laquelle il cri >j ait reconnaîtra ThéodoM t»« le (ira ml (né en 346, empereur 
de 87g à 3g5): cf. Arndt-Hruckmann's Qriêth. and rœm. Portrait, 890-898 (texte de 

3. 11. Delbrûck, PorlrmU byzantinitehtr Kaiscrinnen (Rœm. Mittni. wvin. tgiS, 
p. 3io-3S>, pi, 9-18). 

I 1. Helbig>Amelung, h'Mirrr 3 , I, go». 

■ 1.1ml. -s photographiai de cette tête dam Arndt-Bruckmann'i Portatif, 

ii.lné fut la femme de Zenon de • 11vn.11 cinquante ans 

m 'i.|t ; alla mourut 1 • 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 39 

archéologique du château Sforza. C'est une tête de grandeur 
naturelle, qui doit provenir d'une statue ; elle appartient à 
une époque un peu plus récente que les trois précédentes. 
Sa coiffure et sa parure, essentiellement les mêmes, sont 
cependant un peu plus compliquées et raffinées : on sent que 
la mode a fait des progrès. En voici le détail, autant qu'il est 
possible de le faire comprendre. Les cheveux sont revêtus 
entièrement d'un fin tissu de soie, et, en outre, partiellement 
d'une coiffe raide ; mais on voit ou l'on devine quelle est, 
là-dessous, la disposition qu'ils ont reçue. Sur le devant, ils 
sont arrangés de manière à former des languettes plates 
et longues, qui descendent droit parallèlement sur le front, 
d'une oreille à l'autre, et vont même au delà des oreilles, 
lesquelles en sont recouvertes et cachées. Le reste des cheveux, 
en haut du crâne et par derrière, est divisé en deux grosses 
nattes, qui descendent d'abord jusqu'à la nuque, puis, arrivées 
à la nuque, se replient sur elles-mêmes et remontent parallè- 
lement; leurs extrémités font sur le haut du crâne deux 
protubérances qui, vues de face, semblent le gonflement de 
grosses cornes naissantes, pointées droit vers le ciel. Vu 
d'ensemble par derrière, le crâne offre sur les cotés, de bas en 
haut, grâce à ces nattes repliées et remontantes, deux crêtes 
d'une forte saillie, entre lesquelles s'ouvre comme une 
profonde vallée: cette forme est celle même de la coiffe qui, 
raide et verticale sur les côtés, se creuse mollement au milieu. 
Par là-dessus vient le diadème; il se compose d'un premier 
bandeau qui ceint la tète circulairement, et d'un deuxième qui 
est comme le diamètre du premier, car il recoupe le crâne 
suivant son grand axe, d'un bout à l'autre de la «vallée». 
Chacun de ces bandeaux est décoré de deux cordons de grosses 
perles rondes. L'arête des deux crêtes saillantes de la coiffe 
par derrière est aussi ornée d'un cordon de perles; un autre 
cordon descend obliquement de chaque coté à la hauteur des 
oreilles, depuis le diadème jusqu'à la nuque. Le milieu du 
diadème par devant s'orne d'une grande gemme ' oblongue, 

1. Quelque chose d'analogue à ce que les Italiens appelaient autrefois la broechetta 
da testa. 

liev. El. anc. 3 



3o RÈVUÈ DES ÉTUDES ÀNC1ENXES 

un peu convexe, enchâssée dans une monture d'où pendent 
trois énormes perles; et des perles encore terminaient les 
cordons flottants qui nouaient le diadème par derrière. A l'état 
de neuf, cette parure brillait d'une vive polychromie : le tissu 
de soie était violet, et la coiffe rouge écarlate ; les bandeaux 
du diadème étaient rouge pourpre ou dorés, les perles blan- 
ches, la grande gemme rouge ou bleue ou verte, et sa monture 
dorée. Mais, en l'absence même des couleurs, ne reste-t-il pas, 
dans cette parure de tête, quelque chose de trop voyant 
encore? Et il va de soi que le costume (que nous n'avons pas 
ici) était à l'avenant. Cet excès de luxe ne nous cause-t-il 
pas une gêne, à nous qui arrivons de la Grèce? Que nous 
voilà loin des nobles figures féminines de l'art grec classique, 
pour qui (je parle cependant des plus graves, des plus chastes, 
des plus matronales) les accessoires de la toilette pouvaient se 
réduire en somme à trois épingles 1 ! Au vrai, cette tète 
byzantine nous détourne de la Grèce d'autrefois et nous oblige 
à regarder plutôt dans la direction opposée, vers les siècles, 
voisins de nous, en Occident. N'est-ce pas au moyen âge et 
jusque dans le xv 6 siècle que l'on retrouve le plus ces cheveux 
entièrement cachés sous un voile étroit et faisant là-dessous 
quelquefois d'étranges protubérances, comme, par exemple, 
les deux cornes du portrait de la femme de Jean van Eyck 
(i43g, Musée de Bruges)? Faudrait-il chercher longtemps 
parmi les religieuses d'aujourd'hui, avant de retrouver quel- 
que coiffe raide et empesée, analogue à la coifle byzantine? et 
nous savons que ces coiffes des religieuses n'ont fait souvent 
(les anciennes miniatures l'attestent) que prolonger jusqu'à 
nous telle ou telle coiffe paysanne du moyen âge. Enfin, où 
retrouvons-nous pareil ruissellement de perles sur la tête, 
sinon dans certains portraits italiens de la Kcnaissance, 
comme la Simonetta.de Chantilly et la Femme à l'aigrette, 
attribuées Botticelli'? Revenons à notre Byzantine. Sous Le 
haut édifice impeccable de sa chevelure, la tête, petite, semble 

i. lieux fibulee -m les épaulée pour ralenti le péplot, i't une lonfui épâosl* pouf 
hier les cheveux, 

3. Francfort, Mutée de iln-lilul SUsdel, 



Notes archéologiques 3i 

plus petite encore; son ovale allongé est porté sur un cou 
mince ; la bouche est menue et d'un ferme dessin ; les yeux, 
larges, sont immobiles sous l'arc très relevé des sourcils; le 
visage est beau et donne l'impression à la fois de l'intelligence 
et d'une volonté froide et tenace. Mais cette beauté est sur son 
déclin; en dépit de tous les soins, et malgré la tension imposée 
aux traits, des signes* révélateurs s'aperçoivent : une ride 
marquée de chaque côté du nez, les joues qui se creusent, de 
petites poches sous les yeux font comprendre que la quaran- 
taine est venue, ou du moins qu'elle est proche... Eh bien, 
quelle est donc cette impératrice diadémée, coiffée de perles 
et d'escarboucles, cette impératrice volontaire sous les plus 
aimables dehors, aux longs traits impassibles, qui nous 
regarde de ses grands yeux fixes, lesquels semblent lire en 
nous, mais ne laissent pas lire en eux? C'est Théodora, la 
fameuse Théodora, femme de l'empereur Justinien; son 
portrait date de 538 environ «. 

Petits bronzes. 

Fileuse. — Je ne dirai pas que c'est un bijou ; le mot comporte 
une idée de mièvrerie, tout au moins de fignolage. Je ne dirai 
pas non plus qu'elle est charmante, bien qu'elle le soit; mais 
je craindrais qu'on ne pensât qu'à un charme banal. Or, c'est 
une petite fleur, modeste et naïve, une sorte de fraîche violette, 
d'où s'exhale le plus pénétrant parfum d'art grec. 11 s'agit 
d'une statuette de bronze, en fonte pleine, qui aurait été 
trouvée, dit-on, à Olympie; elle est entrée au Musée de Berlin 
en 19 ii, et M. Wiegand vient de l'offrir cérémonieusement à 
l'ombre vénérable de Winckelmann, pour sa fête annuelle 2 . 
Haute de 16 à 17 centimètres, elle est debout sur une base en 
forme de clochette, qui elle-même ne mesure guère plus de 
5 centimètres de hauteur: cela fait peu de matière. Pieds nus, 
bras nus, tête nue, vêtue d'un péplos simple et grave dont les 

1. Théodora était née vers 5oo; elle épousa en 5a5 Justinien qui devint empereur 
deux ans plus tard; elle mourut en 518. 

2. Th. Wiegand, Bronzefigur einer Spinnerin im Antiquarium der K. Museen 
(73" Berlin. Winckclmprogr., 1913, 20 p., 4 pi.). 



32 KEVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

grands plis droits s'arrêtent au niveau des chevilles, les bou- 
cles de sa courte chevelure ramenées en avant et entourant 
son visage d'un cadre carré, elle tenait dans sa main gauche 
fermée une quenouille (rjXr/.xrr,), d'où partait le fil de laine qui 
passait entre le pouce et l'index de la main droite, pour de 
là, ayant reçu sa façon, venir s'enrouler autour du fuseau 
(atpaxToç), lequel pendait verticalement le long de la jambe. 
Qu'elle est jolie, la petite fileuse, et comme elle travaille 
gentiment! Ses deux bras levés sont d'une frôle rondeur toute 
neuve; sa tête, un peu tournée de côté et imperceptiblement 
penchée en avant, semble porter attention, une attention 
joxeuse à l'activité des mains: on dirait qu'il n'y a pas très 
longtemps qu'on l'a jugée capable de manier quenouille et 
fuseau, et que cette tache n'a point perdu pour elle, qui 
l'accomplit en souriant, l'attrait de la nouveauté. Elle est à l'âge 
où la femme s'annonce déjà, et l'on voit poindre un peu, sous 
l'étoffe qui couvre sa poitrine, le premier printemps des sein-* : 
mais en tout le reste elle est une petite fille, à qui même ses 
courts cheveux taillés en carré donneraient, pour nos yeux. 
un air de garçonnet. Seulement elle a le corps vêtu du péplos, 
cette noble draperie dont la simplicité n'a d'égale que la 
grandeur, et qui peut aussi bien, sans qu'un de ses plis soit 
changé, habiller la plus modeste femme d'ici-bas ou la plus 
fière des Olympiennes. Aussi est-il légitime, après avoir 
comparé notre fileuse à ses voisines immédiates, les statue! les 
de même taille et vêtues de même façon, qui servent de pied 
à des miroirs, de la comparer ensuite aux œuvres les plus 
importantes de la sculpture contemporaine, vers &6o-45o 
avant J.-C, à des figures comme l'héroïne Stéropé, sur le 
fronton Est du temple de /.eus à Olympie, ou comme la déesse 
M/ir/m, sur certaines métopes dudil temple: le petil bronze 
Bupporte siins fléchir ces rapprochements redoutables, tant 
il y a de grandeur innée sous s;i gentillesse, tant les doigts de 
L'artiste ont su mettre, sans la chercher, de naturelle noblesse 
dans ce corp> menu, dans le geste de ces jeunes bras. d;ms le 
'.uii.ini de relie fillette, sagement attentive au lil qui 
soi! de sa quenouille. — Si la Grèce antique avail eu en quelque 



NOTES ARCHÉOLOGIQUES 33 

Spartiate sa Jeanne d'Arc, c'est sous ces traits justement, avec 
ce vêtement simple et ces cheveux courts, avec ce franc regard 
heureux et ce jeune sourire si frais, que l'arteût pu représenter 
la sublime enfant 1 , avant le temps que « ses voix » commen- 
cèrent à lui parler, lorsqu'elle était encore une enfant et ne 
faisait que suivre ses trois moutons, d'un pas distrait, en filant 
la laine, aux bords de l'Eurotas. 

Henri LECHAT. 

Lyon, juillet 1914. 



Additions aux Xotes antérieures. 

J'ai résumé (cf. Rev. Et. anc, XVI, 1914, P- 166) le raisonnement 
de M. Schrader, selon quoi le fronton principal du temple des 
Alcméonides à Delphes pourrait être attribué au sculpteur athénien 
Anténor. J'ai fait l'éloge de cette hypothèse, mais j'eus le tort de dire 
qu'elle était « peu attendue». Elle n'est pas du tout nouvelle, en 
effet : elle a été déjà suggérée, voilà huit ans, par M. Studniczka, au 
cours d'un de ces articles des S eue Jahrbiicher, moins connus qu'ils 
ne devraient l'être, où le savant professeur de Leipzig sème tant 
d'idées neuves et de vues pénétrantes. Dans les y eue Jahrbiicher de 
1906, p. 54q, M. Studniczka écrivait ceci à propos de l'auteur des 
Tyrannoctones : « Geradezu die Hand des fur Kleisthenes ta'tigen 
Meisters wiederzuerkennen meine ich an den Frauenstatuen vom 
(delphischen) Alkmeonidentempel. . . So genau stimmen sie mit seiner 
breitschulterigen Kore von der Akropolis... ». C'est, en trois lignes, 
toute la thèse de M. Schrader. 

— Il parait que la tête de Néron, dont j'ai parlé ici (Rev. Et. anc, 
XV, 1913. p. 3g3-395), est un faux moderne qui a trompé l'adminis- 
tration du Musée des Thermes. H. L. 

1. Voir surtout les pi. 3 et 3 du mémoire de M. Wiegand. 



INSCRIPTIONS DE DJEMIIA (ALGÉRIE) 



Parmi les nombreuses inscriptions que le Service des Monu- 
ments historiques d'Algérie a découvertes en déblayant la 
grande place qui s'étend devant le Capitole de Djemila, 
l'ancienne Cuicul, figurent deux textes, l'un absolument intact, 
l'autre extrêmement mutilé, mentionnant un personnage dont 
les titres sont assez énigmatiques. 

L'inscription complète 
M A r\ T I v AV G v ET cst une dédicace à Mars 

G EN IQ V COLQNlAE Auguste et au Génie de 

la colonie. L'auteur en 
J A C l\ es t un certain T. Flavius 

T" FLAV/VS-OVI/VMEVCVS Breucus, de la tribu Qui- 

krina, — qui n'est pas, on 
V5 le notera, la tribu où 

MILITAVIT INALAT PAf\fc\ Cuicul é,ait inscrih> : 

La seconde partie du 

DEC ET- PRINCE P5-AN- XXV! texte nous apprend que 

FLAMÊN-COLON-PERPETWS c ' élait un vétér * n <ï ui 

avait servi comme décu- 

-3 ' rion et comme décurion 

pr inceps, c'est-à-dire, je pense, comme décurion de la première 

turme 1 dans une aile de cavalerie et qui avait été appelé 

ensuite à la dignité de (lamine perpétuel de la colonie 7 . 



li <>n a rencontré une foi» le litre de dêcurlo princepi dans une inscription d'An* 

fil -terre (C. /./.., VU, 888). 

■• Cf. C. /. /.., VIH, ' m. -ut très 1 1 1 1 1 1 1 1 ■ - qui piirait relatif au même 

perso m 



INSCRIPTIONS DE DJEMILA (ALGERIE) 35 

C'est du même personnage qu'il s'agit assurément dans le 
second texte, celui qui est mutilé : 

Dans l'une et l'autre inscription le C\ \J [ D 
mot acceptarius n'est pas douteux : il est 
appliqué comme épithète à veteranus. rcPpTARfA 
C'est la première fois, si je ne me trompe, 
que ce mot se rencontre. On ne connais- j p\yA 

sait que acceptorius, qui n'est pas de 
même formation. Sa signification est loin m . VV\J 

d'être évidente. Pour l'établir, il suffît 
pourtant, ce semble, de se rappeler que h.Jf, ^Jll. ' /"-*' ) 
la retraite des vétérans consistait, d'après 

les dispositions prises à l'origine par Auguste, en une somme 
d'argent payée une fois pour toutes; dans la suite, au lieu 
d'argent, on attribua pour l'ordinaire aux soldats congédiés 
un lot de terres, soit dans un terrain appartenant à l'Etat, soit 
dans un terrain acheté aux frais du trésor public. Les zones 
ainsi assignables étaient subdivisées, pour chaque colon, en 
parcelles ou lots dits sortes ou acceptae*. 

Acceptarius dérivé de accepta, comme legatarius de legatum, 
quadratarius de quadratus, lectarius de leclum, argenlarius 
d'argentum, sectarius de secta, spatarius de spala, etc., serait 
le vétéran à qui l'on avait accordé à la fin de son service, non 
pas une somme d'argent, mais un lot de terres. 

Le nom de l'aile de cavalerie dont T. Flavius Breucus fut 
officier n'est pas sans offrir une sérieuse difficulté d'inter- 
prétation. Dans les deux inscriptions, il se présente sous forme 
d'une série de lettres liées, qui commence par PAN et se 
termine par RVM. Or, parmi les noms des ailes de l'armée 
romaine connus, il n'y en a qu'un seul qui débute par le 
groupe PAN; c'est le surnom Pannoniorum 3 . 

On peut retrouver ici tous les éléments de ce mot. Le double 



i. Marquardt, Organis. milit., p. 3io; Humbert dans Saglio, Dict. des Ant.. -. v. 
Colonia (I, p. i3 1 7). 

3. Sic. Flac, De cond. agr., p. as : Saepe unius ejusdcmquc hominis duo domini 
acceptam sibi defendunt; ib., p. 17 : manipulus singulas acceptas accipii-l. Var. auct. 
de Uni., p. 3->". Ifodus jugerattonum secundura acceptant aoiatcojusqoe *c\'< 

3. Cf. Cichorius dans la Ftealencyclopùdie de Ptuly-WiMOW», S. v. Ala. 



36 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

A 7 du début est représenté par la lettre qui suit l'A dans un 
cas, qui y est réunie dans un autre; YO qui vient ensuite et 
celui qui précède RVM peuvent se reconnaître dans la boucle 
supérieure du /?, fortement arrondie et rejoignant la barre 
verticale ; enfin NI se présente sous la forme habituelle N. 

L'explication Pannoniorum est d'autant plus vraisemblable 
qu'une ala i Pannoniorum a tenu garnison en Numidie pendant 
toute la durée de l'Empire ». 

Il n'en reste pas moins assez singulier de trouver dans une 
inscription et même dans deux inscriptions du milieu de 
l'Empire un monogramme qui serait à sa place à une époque 
beaucoup plus récente. 

Les textes dont il vient d'être question permettent de 
compléter partiellement une dédicace très mutilée, qui a été 
trouvée antérieurement à Djemila et que M. Ballu a publiée 
l'an dernier 3 : 

sa C R V M 
c.zm/IVSGF-PAPIRIA 
cres CENSVETER-ACCEP 
IVSQTÏVIRFL P p 
EX ARC 

Là aussi il faut lire, sans doute, accep[tarius\. 
La partie inférieure de cette dédicace, encore inédite, que 
j'ai copiée le printemps dernier était la suivante : 

IVLIN D P S i //// 

CVR-C- IVLIO BARBARO IIL 
... d(e) p(ecunia) s(uajf(ecit); cur(atore) C. Julio llarbaro fil(io). 

Le reste du monument, la partie médiane, a été entièrement 
détruit. 

Tous ces textes sont postérieurs à L'érection de Guicul au 
rang de colonie, c'est-à-dire à l'époque de Trajan 3 . 

H. GAGNAT. 

i. Cf. R. Ctgntt, Armiê romaine et Afrique, i*éd., p, n.17 
■j. Hall. areh. du Comitr , 1 g d. I, 1 <• texte <ju« J« donne loi 1 été retarf 

par moi mir l'original. 

3. Giell, Atlas arch. de l'Algérie, XVI, 11. a33 (p. i3, col. 1). 



NOTES CRITIQUES SUR LES POÈTES LATINS 



OVIDE, Amores3,5,l. 

Nox erat et somnus lassos summisit ocellos; 
Terruerunt animum talia uisa meum. 

Il est surprenant que meos ne soit pas exprimé. Après erat, 
on attendrait summiserat. On écartera les deux inconvénients 
si on subordonne la seconde proposition à la troisième : Nox 
erat; ut somnus... Il peut y avoir eu substitution directe 
de et à ut (Manuel § 865). Il se peut aussi que eratut ait été 
contracté en erat (§ 456), et un et conjectural inséré par un 
correcteur. 

Amores3,5,43-14. 

Gonstitit ante oculos candida uacca meos, 
Candidior niuibus, tune cum cecidere récentes, 
In liquidas nondum quas mora uertit aquas; 
i3 Candidior, qaod adhuc spumis stridentibus albet 

Et modo siccatam lacté reliqait ouem. 
Taurus erat cornes huic, féliciter ille maritus. 

Lacté ablatif ne pourrait se construire; lacté est donc un 
nominatif archaïque, inadmissible dans Ovide. D'autres points 
sont suspects ; passer de la blancheur de la neige (cf. niueae a3) 
à celle du lait, c'est faire une gradation à rebours; parler de 
la fraîcheur de la neige, puis de la fraîcheur du lait, c'est 
insister sur ce qui n'intéresse pas l'objet commun de compa- 
raison; répéter candidior, qui est adjectif, c'est faire oublier 
le substantif et rendre obscur le huic du vers i5; enfin la 
comparaison d'une vache avec le lait d'une brebis est parlai- 



38 REVL'E DES ÉTUDES ANCIENNES 

tement saugrenue; si son pelage est blanc comme le lait, c'est 
comme son propre lait qu'il faudrait dire. 

Conclusion : le distique i3-i4 n'est pas d'Ovide. C'est un 
passage d'un devancier très ancien du poète, d'un Porcius 
Licinus par exemple, inscrit dans la marge à cause de sa 
ressemblance de forme et de fond avec 11-12. 



II 

LUCAIN 1,101. 

Nam sola futuri 
Crassus erat belli médius mora. Qualiter undas 
101 Qui sccat et geminum (médium PM corr ) gracilis maie séparât Isthmos 
Nec patitur conferre fretum, si terra recédât, 
Ionium Aegaeo frangat mare, sic... 

Nul doute que la lectio diffîcilior maie de UVQ ne soit pré- 
férable au mare des autres sources; un mare revient d'ailleurs 
au vers io3, et la redite n'est pas supporlable dans un chant 
publié par le poète lui-même; enfin mare, en fournissant une 
construction aisée, fournit aussi un sens plat, geminum mare 
séparât n'ajoutant rien à undas secat. Or, maie admis, la phrase 
devient inextricable. On n'obtient un mot à mot qu'en suppo- 
sant conjerre dit absolument et valant in u/ium conuenire 
(Adnotationes d'Endt). Et ce mot à mot désespéré 1 comporte 
encore plus de platitude que la variante mare, nec patilur 
conferre répétant séparai, qui lui-même a déjà répété secat. 
Ajoutons que maie, tout authentique qu'il soit à coup sur, est 
loin d'être satisfaisant. Pourquoi ce qualificatif est-il ajouté à 
ieparat plutôt qu'à secat? si la « coupure » des eaux est réelle 
et complète, la « séparation » des deux Jrela l'est aussi. Com 
bien maie se comprend mieux r» . 177, "idlc defensum frogUi 

1. M. Lejaj ;i comparé Haute, Etadeni !S8 : Mrlius omlnan, < — > Verum omnrs 

iapientei decft ronfrrrr rt fultiilari. La lyntaxe aérait pareille, le MM différent. Mal* Ce 
texte etl visiblement corrompu ; comme lé montre !<• ominare précédent, Plaute avail 
1 '•< rit Yrnim omen sapienti decet..., « à uti sa^c < com me toi, cf, tapietUi |afl al 'u9> 
on ne doit offrir et dira qn'un augure vérldlque 1, Omne* et eaptottea eont dei accu 

plurleli d'an arrangeât récent, oa qui explique aaaei 'i"" n n'ait pi 

(• - en -is. 



NOTES CRITIQUES SUR LES POÈTES LATINS $Q 

compage cerebrum Dissipât! combien Stace a mieux employé 
uix dans son imitation (Theb. 1,120), geminis uix Jluctibus 
obstitit Isthmos, c'est-à-dire qu'en un certain moment, à l'ap- 
proche terrible de la Furie, quand la secousse d'un vacarme 
surnaturel poussa de côté le mont Œta, l'assaut des deux mers 
faillit rompre l'isthme. Dans Lucain il est dit que l'isthme 
résiste mal, mais il n'a pas été dit que les flots l'assiègent. 

Le texte du vers 101 est bien manifestement corrompu. Le 
siège de la faute, a priori, doit être l'épithète variable de 
fretum (ou de mare), médium suivant P et le scoliaste d'Usener, 
geminum suivant la plupart des sources. Ces deux leçons ne 
sont pas de nature à être sorties l'une de l'autre; donc une des 
deux au moins est un remplissage, destiné à pallier une 
lacune. Suspicion que semble confirmer une variante d'ordre. 
Car, au lieu du médium gracilis de P, Lactantius Placidus cite 
gracilis médium dans son commentaire du vers de Stace. Et 
geminum, médium ont bien l'air d'avoir été inventés par des 
lecteurs quelconques. Médium a été suggéré par le médius du 
vers 100. Geminum a pu être tiré du geminis de Stace, et c'est 
d'ailleurs le premier mot qui vient à l'esprit quand, à propos 
de l'Isthme, on nomme mare ou fretum au singulier (comme, 
si la désignation des deux mers est au pluriel, on pense 
aussitôt à duo ou à bina), 

A la place de ces deux chevilles médium, geminum, deman- 
dons-nous quel mot avait pu employer le poète. La réponse, 
quant à l'essentiel, est implicitement contenue dans ce qui a 
été noté tout à l'heure. Lucain n'a pu dire mate séparât que si, 
d'une façon quelconque, il avait indiqué que les deux mers 
cherchent à se réunir. Supposons qu'en substance il ait dit 
d'abord, tout simplement, undas secat, puis ubi fit procella, 
<.undas~> maie séparât, le sens de mate sera très clair ; de plus, 
l'ensemble cessera d'être plat, parce qu'il y aura gradation. 
Enfin la gradation continuera par conferre fretum, puisque [et 
simples undae de l'est et de l'ouest vont, en se confondant, 
former un bras de mer. Le problème est ainsi résolu quant au 
sens. Il ne reste qu'à versifier le schéma de correction doi 
ici en prose. D'après le schéma, le régime de séparai est undas 



40 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

sous-entendu. Donc l'incidente ubi fit procella du schéma 
devait avoir pour équivalent une épithète du undas sous- 
entendu. Concitatas, furenles, sont écartés par le mètre; je 
propose tumidas. 

Tumidas (ou tout équivalent qu'on préférerait) comporte 
deux places, avant gracilis et après. Comme le mot remplace ici 
une proposition participiale (le latin ne peut ajouter sjcraç), 
c'est pour la première place qu'il faut opter sans hésitation : 

Vndas 
Qui secat et. tumidas, gracilis maie séparât, Isthmos. 

Si le mot jadis omis est effectivement tumidas, la faute a une 
explication assez simple. Précédé de et, tumidas sera devenu 
umidas par dédoublement du groupe tt. Puis un copiste aura 
laissé l'embarrassant umidas en blanc; le laissé blanc existait 
peut-être encore quand, dans des mss. ancêtres des nôtres, on 
a introduit à la même place les chevilles médium et geminvun 
(le ms. consulté par Lactantius Placidus ne devait plus avoir de 
laissé blanc). 

1,282. 

Discours de Curion à César pour V encourager à marcher dWri- 
minum sur Rome : 

Toile moras; semper nocuit diflerre paratis. 
283 Par labor atque metus prelio maiore petuntur. 

Bcllantem geminis tenuit te Gallia lustris. 
Pars quota terrarum? facili si prœlla pauca 
Gesscris euentu, tibi Itoma BUbegerit orbem. 
Nunc ncque te longi remeantem pompa triumphi 
\.\< ijiit, aut sacrai poscunl Capitolia laurus; 
Liuor edax tibi cuncta negat. 

Le vers 282 passe pour continuer le sens de 281, mais il 
est Inintelligible. Ni le labor ni h* metut ne sont ordinaire- 
ment recherchés (petantur), de Bôrte qu'on ne voit guèi 
quelle réalité observée correspondrai! cel indicatif, Si d'ail- 
leurs îles! désavantageai de tarder nocuit d{ffèrre . c'esl 



?fOTES CRITIQUES SLR LES POETES LA TES S !\l 

demment qu'il y a accroissement et de labor et de metus, et 
qu'il n'y a pas accroissement de pretiurn; le vulgaire bon sens 
voudrait donc maior au lieu de par, pari au lieu de maiore. — 
Il ne servirait de rien d'attribuer le vers à un « interpolateur » ; 
pourquoi quelqu'un aurait-il versifié un non-sens et inséré ce 
non-sens dans l'œuvre du poète? 

Le scoliaste des mss. WUCP d'End t avait trouvé à notre vers 
une signification très intéressante. Il y voit une comparaison 
non pas entre les conséquences du retard et celles de la promp- 
titude, mais entre la conquête des Gaules et la guerre nouvelle 
qui s'ouvre; sensus est hic : in hoc bello tantus inpendendus est 
labor et metus quantus in Gallorum bellis, et post uicioriam plus 
consequeris ; ibi enim Gallias subegisti, hic tibi seraiet Roma. Si 
tentante que soit l'explication (car pretio maiore n'a de sens 
que si on rapproche deux guerres et non deux méthodes), 
elle souffre des difficultés. D'abord, rien encore n'a fait allu- 
sion au terme de comparaison choisi, la guerre des Gaules, ce 
qui empêche de donner à par et à maiore un sens défini ; cette 
difficulté se résoudrait, si on transportait 282 avant 286, en y 
faisant l'insignifiante correction petaniur, par un a. Ensuite, 
et ceci semble plus irrémédiable, il y a une contradiction dans 
le fond entre par et le proelia pauca du vers 284. Curion se 
garde bien d'annoncer à César une guerre civile de dix ans, 
et pourtant c'est là ce que par a l'air de signifier. Pour Curion, 
la guerre civile se trouve avoir deux supériorités, accroisse- 
ment du profit pretio maiore, diminution des peines et ris- 
ques (il faudrait minor, et non par, labor atque metus). Or les 
manuscrits lui font dire, pour le dernier point, juste le con- 
traire de ce qu'il pense et qu'exprime ensuite proelia pauca. 

Par ne pouvant être corrigé en un monosyllabe de sens 
inverse, il paraît probable qu'avant ce mot il s'est perdu une 
négation. Et comme, ainsi qu'il a été dit, on s'étonne aussi de 
ne pas trouver énoncé un terme de comparaison, il est à croire 
qu'il a disparu tout un vers. Imaginons ceci : <C.MUile non 
iterum toi terris aille probalo> Par labor atque metus pr 
maiore pctunlnr. Les deux difficultés signalées plus liant 
seraient éliminées ensemble. La lacune supposée es! dont une 



4a REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

de celles qu'il est logiquement et grammaticalement possible 
de boucher. C'est ce que j'ai voulu démontrer en proposant 
en exemple une restitution définie; il va sans dire que cette 
restitution n'a aucune chance de ressembler au vers qu'elle 
représente. 

Si on se reporte à la scolie citée plus haut, on constatera 
que, tout en donnant en somme la bonne explication, elle 
repose sur un texte déjà mutilé. 

1, 451. 

Positis repelislis. Z a poilis repelilis; les deux fautes indiquent 
de lire poslis. Repetilis est en elï'et repelislis, avec fourvoiement 
d'un substituende marginal ilis (Manuel § 1407). Et poilis est 
posais avec substitution d'insérende (§ i353). Deux essais suc- 
cessifs de rajeunissement ont abouti à deux fautes. 

Louis HAVET. 



LE TEMPLE DOLMÉMQUE DE BELLONA A SIGIS 



ET LE 



SANCTUAIRE DOLMÉMQUE DALESIA 



Dans un précédent article', nous avons montré pour quelles raisons 
de fait il était impossible de voir un four de boulanger dans le monu- 
ment si curieux découvert en 1912 à Alesia ; nous avons prouvé, de 
plus, que l'édifice à l'intérieur duquel ce monument se trouve encas- 
tré remonte au début de l'empire et n'est point du tout, comme le 
pensent MM. Espérandieu et Corot, une construction de basse 
époque 2 . 

Aujourd'hui, notre intention est de confirmer, d'étendre et de pré- 
ciser, par une comparaison avec un monument tout à fait analogue 
de la province de Constantine, les conclusions que nous avons for- 
mulées sur le caractère religieux du monument dolménique d' Alesia, 
aussitôt après sa découverte. 



A 35 kilomètres environ au sud-est de Constantine, près du village 
français de Sigus, qui porte le nom et occupe un emplacement très 
voisin de celui d'une ville romaine, une vaste nécropole mégalithique 
a depuis longtemps attiré l'attention des archéologues. On évalue à 
plusieurs centaines le nombre des dolmens dont elle se compose. En 
1906, M. Auguste Vel affirmait que la montagne rocheuse sur laquelle 
s'étend cette nécropole « est couverte d'environ 3,000 sépultures 
mégalitbiques » 3. A l'extrémité orientale de cette nécropole, sur une 
plate-forme étroite qui domine un ravin rocheux de faible profondeur, 
se dressent encore aujourd'hui les vestiges d'un monument qui offre 
des analogies incontestables avec celui d' Alesia. 

Dessiné par Delamare dès 1840, étudié et décrit à diverses reprises 
par MM. Thomas, Reboud, Chabassière. Gsell, Maumené, Auguste 
Vel, ce monument se compose essentiellement d'un dolmen entouré 

1. Revue des Études anciennes, t. XVI (191 'i), p. 331 et suiv. 
3. Cf. Bulletin archéologique du Comité, igi3, p. 'ioi et suiv. 

3. Recueil des Nolieea et Mémoires de la Société archéologique du département de 
Constantine, 190O, p. 173. 



V. 



REVUE DES ETUDES ANGIIAM.- 



de constructions parmi lesquelles se reconnaissent surtout les restes 
d'un portique (fig. i et 2). Pour qu'il n'y ait aucun doute sur les 
dispositions de ce monument, nous reproduisons les descriptions qui 
en ont été faites par les divers auteurs précités. 

M. Thomas, qui en a donné, croyons-nous, la première description 
écrite, voit dans l'ensemble « les restes d'un temple bizarre à archi- 
tecture moitié romaine, moitié celtique... La partie la mieux conservée 
est formée de trois piliers puissants, dont les grosses pierres cubiques 
sont très régulièrement taillées, mais superposées sans ciment : ces 
piliers supportent une énorme dalle brute horizontale, ressemblant de 




LE TEMPLE DOLMEN1QUE DE BELLONA A SIUUS 
(Vue prise du sud 



tous points à celles qui recouvrent les dolmens voisins. La pierre 
supérieure du pilier Est a été grossièrement travaillée en forme de 
chapiteau, mais sans aucun ornement sculptural...» A quelques 
mètres au nord et à l'est, M. Thomas a relevé une ligne de piliers. 
semblables aux trois piliers précédemment décrits, « qui supportent 
deux à deux de longues dalles parfaitement équarries et ayant une 
forme rectangulaire très allongée...» Enfin, au sud de l'ensemble 
formé par la dalle dolménique et les trois piliers qui la supportent, 
M. i bornai a remarqué <• une double rangée de grosses pierres équar- 
ries affectant la disposition d'une allée " dans Taxe iiièine de la dalle 

dolménique et de ses supports ■. 
Quatre ans plus tard, en 1N81, à l'occasion du Congrès de I 

i M. Thomas, /." nécropole mégalUhlqa» dé Slga$, dani le Bulletin delà S 
des Seienctê d'Alger, 1877, 1" trimestre, i>- io7«io8el planche. 



LE TEMPLE DOLMEMQL'E DE BELLO>"A A SIGLS 



fr 



dation française pour l'Avancement des Sciences, qui se réunit à 
Alger, M. le D r Reboud signala en ces termes ce monument, connu 
sous le nom de Dolmen de Redjel Safîa : « Le plus remarquable (de 
ces dolmens) réunit les matériaux de l'époque mégalithique et de 
l'époque de la pierre de taille; il consiste en une dalle brute, semblable 
à celles des dolmens, carrée, de 3 mètres de côté sur o m 4o d'épaisseur 
moyenne, supportée par trois piliers de i m 8o de hauteur, disposés en 
équerre, formés de trois ou quatre cubes de pierre qui supportent un 
chapiteau grossier. Les piliers sont séparés les uns des autres par 
un intervalle de a m 5o. Ce monument occupe l'angle d'une plate-forme 





m % 




e^ 



HG. 3. LE TEMPLE DOLMEMQUE DE UELLO.NA A BI608 

(Plan'. 



étroite, où l'on reconnaît les restes d'une double rangée de piliers 
semblables à ceux qui supportent la dalle, sur lesquelles reposaient de 
longues pierres équarries sur les côtés et formant portiques. Les deux 
portiques qui se dressent encore au-dessus du ravin nous donnent 
une idée exacte de l'ensemble de ces constructions '. » 

En 1886, M. J. Chabassière, chargé par la Société archéologique de 
Constantine de rechercher dans la région de Sigus les vestiges des 
monuments antérieurs à l'occupation romaine, examina avec un soin 
minutieux le dolmen de Redjel Safia ; il remarqua à la surface supé- 
rieure de la dalle dolménique des canaux ou rigoles, creusés de main 
d'homme, analogues, d'après M. Gsell, aux rigoles qui ont été 

1. D' Reboud, Comptes rendus du Congrès de l'Association Française pour l'avance- 
ment des Sciences à Alger, 188 1 , p. 1 1 ig ; cf. Recueil des Notices et Mémoires de la Société 
archéologique du département de Constantine, 1886-1887, p. 108-109. 

Rev. Et. anc. 



46 KEVLE DES LU 1U.S \NC1EN.NËS 

reconnues sur les tables des dolmens funéraires de la nécropole 
voisine •. 

Plus récemment, clans ses Monuments antiques de l'Algérie, M. Gsell, 
après avoir décrit la nécropole mégalithique de Sigus, continue ainsi : 
I n monument assez intéressant, appelé Hedjel Safia, se trouve dans 
le voisinage immédiat de la nécropole que nous venons de décrire. 
Trois grands piliers en pierre, assez soigneusement taillés, suppor- 
tent une vaste dalle de 3"'5o de long sur 3 m io de large, équarrie seule- 
ment sur les tranches et toute pareille aux tables des dolmens... 
Alentour on distingue des restes de plusieurs salles et d'un couloir 
ou portique. Les pierres qui y sont employées offrent les mêmes 
caractères de taille que celles des édifices bâtis à l'époque romaine... a . » 
M. le commandant Maumené, dans la Revue archéologique*, 
M. Aug. Vel, dans le Recueil de la Société archéologique de Constan- 
tine'j, donnent du monument une description identique. 

Les auteurs, auxquels nous avons emprunté les citations précé- 
dentes, ne se sont pas contentés de décrire ce monument; ils se sont 
efforcés les uns et les autres d'en préciser le caractère et d'en déter- 
miner l'époque. 

M. Thomas, qui recueillit dans un dolmen de la nécropole voisine 
une pièce de monnaie à l'effigie de Domitien, conclut ainsi son étude : 
« Il est parfaitement inutile de chercher à interpréter pour le moment 
la signification historique de l'anachronisme apparent ou réel existant 
entre les mégalithes de Sigus, son temple archaïque et sa pièce de 
monnaie à l'effigie de Domitien : ce serait ressusciter sans profit pour 
la science la vieille discussion soulevée par le dolmen à colonnes 
sculptées de Gonfolens^. » MM. Reboud et Chabassière estiment que 
le monument réunit les matériaux de l'époque mégalithique et ceux 
de l'époque de la pierre de taille 6 . 

M. (jsell, dans son livre sur les Monuments antiques de i \lgcrie, 
a émis une hypothèse qui nous parait contestable : « Primitivement, 
dit-il, les piliers (qui supportent la dalle dolmënique) n'étaient pas 
isolés; ils faisaient partie de murs pleins, dont ils formaient en 
quelque sorte l'ossature. Il y avait donc en cet endroit une petite 
chambre... 11 est curieux de voir que pour constituer le plafond de 
celte chambre on s'est inspiré de l'exemple des constructeurs 
d€ dolmens; peut-être môme s'est-on contenté d'emprunter une table 

i. J. Chabassière, Huinrs rt dolmen! 'lu l'ortas el de ses contrtforli, (Uni tfl 
liecueil... clc. de (ÀmstarUiin ng el suiv.; pi. Mil. S. Qtell, 

Monuments antiques de V Algérie, I, i 

a. S. Gsoll, mur. olté, I, p. 3o-3a. 

3. Ami. igoi ■ II, p. 

k. Ami. IÇOÔ, I> 170 6l iuh . 

M des Seisnctê d'Alger, 1-7-, r trimestrei p. 1 ta. 

G. Itecueil de la Société avluvluijuinc >lc tlonslantine, 1886*1887, |'p loSel lig< 



LE TEMPLE DOLMEMQIE DE BEI.LONA A ^IGLS tf] 

à quelque sépulture voisine 1 . » Bien qu'il n'y ait entre les piiiers 
aucune trace des murs pleins que M. Gsell suppose, son hypothèse 
pourrait à la rigueur être acceptée, s'il y avait quatre piliers ; mais 
il n'y en a que trois, et aucun de ceux qui ont vu le monument n'a 
pensé qu'il ait pu y en avoir jadis un quatrième. 

La chambre proposée par M. Gsell aurait donc été de forme 
triangylaire, ce qui est peu vraisemblable. Aussi bien M. Gsell 
parait avoir renoncé à son hypothèse, dans le Texte explicatif qu'il 
a rédigé pour les planches de Delamare. Voici comment il décrit le 
monument : « Monument dit Redjel Safîa, situé dans le voisinage 
immédiat de la nécropole mégalithique : trois piliers portant une 
grande dalle, semblable aux tables des dolmens; restes d'un portique, 
vestiges de plusieurs salles... =». » 

M. le commandant Maumené, tout en attribuant la construction des 
dolmens africains à la plus ancienne race qui ait vécu sur le sol de la 
Numidie, à celle qui formait les tribus berbères, prétend que ces 
monuments sont de très basse époque. Il se fonde, pour formuler cet 
avis, sur la découverte de plusieurs inscriptions romaines dans le 
voisinage immédiat des dolmens; il ne prouve pas, il est vrai, que les 
tevtes épigraphiques et les dolmens soient contemporains les uns des 
autres^. Ln de ses arguments lui est précisément fourni par le 
monument que nous étudions ici. 

C'est une thèse bien différente que soutient M. Au g. Vel. Pour lui, 
le portique, dont quelques parties sont encore debout au-dessus de la 
pente du ravin rocheux qui limite à l'est l'emplacement du monu- 
ment, est d'époque romaine, et c'est la même date qu'il faut assigner 
à l'ensemble de l'édifice. Mais le dolmen est beaucoup plus ancien. 
« Les constructeurs du monument avaient respecté le dolmen qui 
était plus ancien que lui et se trouvait sur son alignement. 11 est 
probable même que la table du dolmen a été surélevée...*. » 

Avant d'aborder l'étude des documents épigraphiques recueillis 
dans les limites de cet étrange monument, il faut déterminer avec le 
plus de précision possible la nature de l'ensemble formé par les trois 
piliers et la dalle qu'ils portent. Il est d'abord un point sur lequel 
tous les auteurs que nous avons cités sont d'accord : c'est que celte 
dalle est une table de dolmen. « Énorme dalle brute horizontale, 
ressemblant de tous points à celles qui recouvrent les dolmens 
voisins » | Thomas). « Dalle brute, semblable à celles des dolmens » 
(D r Reboud). « Vaste dalle équarrie seulement sur les tranches et toute 
pareille aux tables des dolmens..., peut-être s'est-on contenté d'em- 

1. S. Gsell, Monuments antiques de l'Algérie, I, p. 3o-3a. 

2. Id., Texte explicatif des planches de Ad. H. Al. Delamare, p. 53. 

3. Revue archéologique, 1901, II, p. 37 

'). Recueil de la Société archéologique de Consl<mline , 1906, p. 173. 



48 



REVUE DES ETUDES ANCIENNES 



prunier une table à quelque sépulture voisine. » (S. Gsell.) M. le 
commandant Maumené désigne l'ensemble comme l'un des deux 
grands dolmens de Sigus. Quant à M. Vel, il emploie lui aussi le 
terme dolmen, mais il pense que la table du dolmen a pu être suré- 
levée, c'est-à-dire que le dolmen n'a pas gardé sa forme primitive. 

Nous croyons que non seulement la dalle brute supportée par les 
trois piliers est une table dolménique, mais que l'enscmble'formé par 
la dalle et les trois piliers est un véritable dolmen et que ce dolmen 
n'a subi aucun changement au cours des siècles. 11 ressemble, en 
effet, à de très nombreux dolmens de la nécropole mégalithique 
voisine. Ces dolmens sont constitués par une dalle de couverture 




FIG. 3. — DOLMEN DE LA NÉCROPOLE DE BOL-CHÈHE 
ht Recueil de Constantine, 1886-1887, pi. XIV, n« 1 ■grandi) 



reposant soit sur d'autres dalles posées de champ, soit sur des 
piliers ou des murs en pierres brutes superposées sans ciment. 
Il Milht, pour se rendre compte de cette similitude, de jeter un 
simple coup d'oeil sur la planche qui accompagne le mémoire de 
M. Thomas dans le Bulletin de la Société des Sciences d'Alger, planche 
où l'on voit représentés et cotés l'un près de l'autre le Redjel Safia et 
un dolmen de la nécropole de Sigus; — ou encore sur la planche Mil 
du Recueil de la Société archéologique de Constantine, .innée 1886- 
1887, qui confronte, elle aussi, le Redjel Safia avec de nombreux 
dolmens de la nécropole voisine. Les dimensions de la dalle du 
Redjel Safia, M hauteur. BU-dessus du sol naturel, correspondent aux 
mêmes éléments dans les autres dolmens, si, d'autre part, l'on se 
reporte de la planche Mil à Ut planche M\ consacrée aux dolmens 
de la nécropole de Bou Chêne, on constatera que l'un de ces dolmen-. 
le n 1. ressemble toul à (ait, jusqu'à s\ méprendre, au Redjel Safia 

El ici non- vouloni réfuter une objection qui pourrait noua être 



LE TEMPLE DOLMENIQUE DE BBLL05A A SIGDS ^9 

faite à propos du Redjel Safia comme elle nous a été faite à propos 
du monument d'Alesia. « Les tables des dolmens n'ont jamais été 
taillées autrement que pour y creuser des dessins et des cupules dont 
on ne connaît pas la signification '. » Donc, si les pierres employées 
dans l'agencement d'un monument présentent quelque trace de travail 
humain, ledit monument ne saurait être dolménique. De ce raisonne- 
ment la prémisse est erronée. Pour ce qui est des mégalithes africains, 
et spécialement des tables dolméniques de la nécropole de Sigus, 
M. Gsell écrit: « Les pierres ne portent aucune trace de taille régulière 
avec des ciseaux en métal, mais un grand nombre d'entre elles ont 
été équarries à la masse assez soigneusement. » Et la même observa- 
tion est faite par le savant archéologue à propos des cimetières méga- 
lithiques de Bou Nouara et de Roknia 2 . 

Dans son Manuel d'archéologie déjà classique, M. J. Déchelette 
définit ainsi les monuments mégalithiques: «On comprend sous la 
désignation générique de monuments mégalithiques — ou par abré- 
viation de mégalithes — un ensemble de monuments primitifs com- 
posés d'un ou de plusieurs blocs de pierre brute ou grossièrement , 
débrutisS. » Et plus loin le même érudit donne le nom de sépultures 
dolméniques à des chambres funéraires qui « ne sont plus entièrement 
formées de mégalithes, mais construites en pierres sèches formant 
des assises régulières » '->. Dénier le nom de dolmens ou de monuments 
dolméniques à des tables qui ne sont pas faites d'une pierre absolu- 
ment brute ou à des piliers composés de pierres grossièrement 
équarries et superposées sans Hment, c'est se mettre en contradiction 
avec quelques-uns des archéologues les plus compétents en la matière. 

C'est donc bien un dolmen, suivant l'expression de MM. Reboud, 
Maumené et Aug. Vel, qui constitue l'un des principaux éléments du 
monument situé à l'extrémité orientale de la nécropole mégalithique 
de Sigus. Autour de ce dolmen, un portique fut construit, dont les 
piliers formés de pierres taillées presque régulièrement supportaient 
deux à deux des dalles rectangulaires. Ce portique, dont il ne reste 
debout que deux ou trois travées, délimitait un certain espace autour 
du dolmen; à l'intérieur de cet espace, deux rangées parallèles de 
pierres équarries formaient comme une allée, qui aboutissait au 
dolmen, et dont l'axe était dirigé à peu près exactement du sud vers 
le nord. 

N'est-ce point là un monument analogue, dans ses grandes lignes 
et dans sa disposition générale, au monument dolménique d'Alesia? 

1. Espérandiéu, Les fours des boulangers gallo-romains d'Alesia, dans la Bévue 
archéologique, 191 3, II, p. 357, note 1. 

a. Gsell, Monuments antiques de l'Algérie, I, p. 28; cf. pp. 19, a3. 

3. J. Déchelette, Manuel d'archéologie, t. 1, p. 373-374. 

4. Id., ibid., p. 397. 



50 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

V Uesia comme à Sigus, l'élément principal, caractéristique de 
l'ensemble, est un dolmen; le type n'en est pas le même, il est vrai, 
en Gaule et en Afrique. Le dolmen africain de Sigus appartient à la 
catégorie des dolmens dont la chambre, située tout entière au-dessus 
du sol naturel, était soit fermée par des murettes en pierres sèches, 
soit enfouie sous un énorme amoncellement de pierres brutes 1 . Le 
dolmen d'Alesia paraît combiner le dolmen proprement dit avec la 
sépulture dite cist ou stone-cist. Ces différences de détail ne sauraient 
empêcher que l'un et l'autre monument, malgré la distance qui les 
sépare, ne soient bien des dolmens. Autour de ces deux dolmens, des 
constructions ont été élevées; ces constructions sont, elles aussi, 
différentes par leurs détails et leur aspect extérieur; mais, à Alesia 
comme à Sigus, le fait capital à retenir n'en est pas moins cette survi- 
vance d'un dolmen enfermé dans un monument plus vaste, bien 
délimité et d'âge plus récent. 



Or, si des discussions ont été élevées sur le véritable caractère du 
monument d'Alesia, la destination du monument de Sigus nous a été 
révélée sans aucun doute possible par une inscription ou plus exacte- 
ment par une série d'inscriptions. Le monument de Sigus est un 
temple, et nous savons à quelle divinité il était principalement consa- 
cré. Le premier explorateur du Redjel Safia, M. Thomas, publia, en 
1877, le dessin d'une inscription incomplète: on lit sur ce dessin, qui 
occupe l'angle inférieur droit de la planche jointe à l'article : 

///////STAI SACRVM 
///////SATVR SACERDOS 
///VM CO//VMNIS //T//SVO 

En 188G, M. J. Chabassière retrouva la mémo pierre, qui avait 
échappé, quelques années plus tôt, aux investigations de M. le D r Ke- 
boud. La lecture qu'il donna du texte différa un peu de celle de 
M. Thomas. 

///// TAB //// SACRVM 
///////// SATVR SACERDOS 
////// VM COLVMN1S P//////SVO 

Le tome VIII du Corpus Inscriptionum l.itinariim publia la lecture 

de M Thomas loua le n* 10859, puis, sous le n° 19120 (Supplé nt), 

1 . M Lin- If Huilrtin <le lu Surirtc des Sciences d'Alger, 1877, 1" Irm 

n. nii'i-i'i-. 



LE TEMPLE DOLMENIQUE DE BELLONA A SIGUS 01 

la lecture de M. Chabassière, en corrigeant légèrement la première 
ligne : 

////// A V G SACRVM 
///// SATVR SACE-RDOS 
/////CVM COLVMNIS T///VO 

• En 1906, M. Auguste Vel eut la bonne fortune de retrouver, à un 
mètre de la pierre vue par MM. Thomas et Chabassière, une autre 
pierre, dont la forme, la largeur et l'épaisseur concordaient exactement. 
Sur cette pierre on lit les mots suivants : 

B E L L O N A 
M AT 
P O R T I C V >• 

« Il manque entre les deux pierres, ajoute M. Aug. Vel, un frag- 
ment qui contenait quelques lettres, mais les fragments qui restent 
permettent de rétablir la dédicace dans son intégrité, comme il suit: 

BELLONAe Augu STAE SACRVM 

M AT QV1R SATVR SACERDOS 

PORTICVm cVM COLVMNIS DE SVO> 

Le portique, dont quelques piliers sont encore debout au nord et au 
nord-est du dolmen, fut donc élevé à l'époque romaine et la divinité 
à laquelle le sanctuaire était consacré portait le nom de Bellona. 

Deux autres inscriptions ont été découvertes dans les environs 
immédiats du dolmen. L'une, déjà vue et dessinée par Delamare 2 , a 
été publiée par L. Renier, puis au Corpus, et de nouveau en 1901 par 
M. le commandant Maumené 3. Très effacée, elle est d'une lecture 
difficile. Il semble que ce soit une dédicace à la déesse Virtus ; c'est 
tout ce que l'on peut tirer du texte, tel qu'il est aujourd'hui connu. 
L'autre texte a été publié pour la première fois par M. Aug. Vel en 
1906 '*. C'est un ex-voto en pierre, terminé à sa partie supérieure par 
un fronton triangulaire. La stèle porte l'image grossière d'un person- 
nage debout, la tête ornée dune couronne de feuillage, la main droite 
tenant un sceptre(?), la main gauche une branche de pin ou de pal- 
mier. On lit au-dessus et au-dessous de cette image : 

S 1 L V A/ O 
A V G S A C R 

I NIGIDIVS RVSTI 
CVS CISTIFERVSLA 

1. Recueil de Conslantine, 190O, p. 171-172. 

2. PI. o?, n* i'r. cf. Gscll, Texte explicatif , p. 54. 

3. C. /. />., VIII, j>;2 et p. 182C; Revue archéologique, 1901, 11. (>• l8, tig. 7. 
'a. Recueil de Conslantine, 1906, p. iG< ( 



02 REVUE DES ETCDES ANCIENNES 

Ici la divinité, à qui s'adresse l'ex-voto. est Silvanus, et le dédicant 
se pare du titre de Cistijer. 

Bien qu'elles portent les noms de trois divinités différentes, ces 
inscriptions ont pourtant entre elles des rapports très étroits. On sait 
que la déesse Bellona fut appelée tantôt Virtus Bellona', tantôt dea 
pedisequa Virtaiis a . Une dédicace à Virtus se trouvait donc parfaite- 
ment à sa place dans un édifice consacré à Bellona. D'autre part, 
Nigidius Rusticus, dont l'ex-voto au dieu Silvanus a été trouvé dans 
le même sanctuaire, porte le titre de cistifer. Or, les cistiferi ou 
cislophori étaient des desservants du culte de Bellona 3 . 11 est même 
intéressant de constater que le grossier relief sculpté sur l'ex-voto de 
Nigidius Rusticus rappelle par plusieurs détails significatifs l'image 
du cistophorus qui orne une pierre tombale trouvée à Rome 4 . M. Aug. 
Vel a cru que ce relief représentait le dieu Silvanus. Il est beaucoup 
plus probable qu'il faut y reconnaître le dédicant lui-même. Or, 
d'après la description de M. Vel, la tête du personnage est ornée d'une 
couronne de feuilles, de la main gaucbe il tient une branche de pin 
ou de palmier, de la main droite un objet ressemblant à un sceptre 5 . 
Sur la pierre tombale romaine, le cistophorus est de même couronné 
de feuillage et d'une main il tient une branche de laurier. L'autre main 
tient deux haches et la ciste est représentée à terre auprès de lui. Il y 
a entre les deux images toute la distance qui sépare le travail grossier 
d'un ouvrier de province de l'oeuvre soignée d'un praticien de la 
capitale. Il n'en reste pas moins que le cistifer de Sigus, comme 
le cistophorus de Rome, est qn dévot de Bellona et tient sa place parmi 
les prêtres et desservants de son culte 6 . 

Or, quel est le caractère de la déesse Bellona, dont le culte se 
célébrait dans ce sanctuaire édifié à l'époque impériale autour d'un 
véritable dolmen? Quelle est, en particulier, la physionomie qu'elle 
a revêtue dans les provinces africaines? Sous le vieux nom italique de 
Bellona, les habitants de l'empire romain adoraient une déesse orien- 
tale qui leur avait été révélée pendant les guerres contre Mithridate. 
(( Les soldats romains apprirent [alors], écrit M. F. Cumont, à révi 
la grande déesse des deux Comane, Ma, adorée dans les gorges du 

i. <: I. i. , \ . ' .. > . Mil, 7381 ; Laotance, Divin. instit., I, ai, s 16. 

2. Année âi>i<jr<iiiltit]iir, igoa, 0* tu.— Sur celle identification île Hellona- et de 
Yirlii», cf. <■. WiMOwa, Religion und Kultus drr Iliiiner, j« éd.. p. 

3. CI. L ., VI, 3233 : L. hirtio Antlio cistophoroardis litllonae Pulvinensis... 

Ile image est reproduite dani le Dictionnaire des \nti<iiut( l s<jrecqui'set romaines 
.le Dareml Ito, i. v. Bellona, l. I, p. B66, Rg, 8i5. 

iircticii île Conetantlne, 1906, p "".i et ii^ r - 

int (pie M. \ e| eùl découvert le fragment qui a permis de reconstituer 

presque complètement le texte de li dédieti a ■< Bellona, on Interprétai! le- mots qui 
forment la fin de la leconde ligne SATVR SAGI RD08 — Satur(nl) eoeerdot Mali 

laie M. \.l M AT/////// n\ I II BATVR SAGBRDOS ne permet pas 

de maintenir cette Interprétation. Satur est évidemment le bogsomeo du per-onn8ge 
el il faut entendre sacerdos (liellonae). 



LE TEMPLE DOLMÉNIOLE DE BELLONA A SIGLS 53 

Taurus et sur les bords de l'Iris par tout un peuple d'hiérodules. Elle 
était, comme Cybèle, une vieille divinité anatolique, personnification 

de la nature féconde Elle se confondit avec l'Anahita des Mazdéens, 

dont la nature se rapprochait de la sienne. Ses rites étaient plus san- 
guinaires encore et plus farouches que ceux de Pessinonte et elle 
avait pris ou conservé un caractère guerrier qui la fit assimiler à la 
Bellona italique» 1 . Les prêtres de Bellona, appelés fanatici, se 
livraient à des danses exaltées, se tailladaient le corps, aspergeaient 
de leur sang la statue de la déesse et prédisaient l'avenir?. Ce qu'il 
faut surtout retenir des documents par lesquels nous connaissons le 
culte de Bellona dans le monde romain, ce sont les relations étroites 
qui existaient entre Bellona et la Magna Mater phrygienne 3. Le plus 
significatif de ces documents est l'inscription de Corfinium, d'où il 
appert que Acca Prima, ministra Matris Magnae, a restauré et doré 
l'image de la Mater Magna, a fait dorer ou redorer la chevelure d'Attis 
et Bellonam rejecit'*. L'image de Bellone se dressait donc dans le 
même sanctuaire auprès de celles d'Attis et de la déesse phrygienne. 
« Une inscription africaine nous permet peut-être de saisir une autre 
analogie. Au sud de Caesarea (Cherchell), en un lieu appelé aujourd'hui 
Hammam Rirha, a été découvert un texte qui mentionne la dédicace 
à Bellona d'une « lectica cum suis ornamentis ». Il est probable que 
cette lectica devait servir aux processions solennelles ou sorties de la 
déesse 5 . Saint Augustin se sert du même mot lectica dans la descrip- 
tion qu'il donne de la lavatio de Cybèle à Carthage 6. » 

Si telle est la physionomie générale de la déesse invoquée sous le 
nom de Bellona à Rome, en Italie et dans l'empire romain, il semble 
que cette physionomie se présente à nos regards dans l'Afrique romaine 
avec quelques traits plus précis, et ces traits la distinguent assez nette- 
ment de la Magna Mater. Des sanctuaires de la déesse ou des traces 
de son culte sont aujourd'hui connus dans les environs des cités 
antiques d'Uzappa, Ammaedara, Theveste, Thibilis, Sigus, Cirta, 
Rusicade, Caesarea et Aquae Calidae. 

Près d'L- zappa, dont les ruines se trouvent au centre de la Tunisie, 
dans la haute vallée de la Siliana, M. Poinssot a découvert un bas-relief 
taillé dans le roc vif, sous lequel se lit la dédicace : 

BELLONAE SACRVM 

La seconde ligne de l'inscription est complètement effacée:. Le 

i. F.Cximonl, Les religions orientales dans le paganisme romain, a* édition, p. 8 1 et suiv. 
a. Lactance, Divin. Inst., I, ai, s iC et suiv. 

3. G. YA'issowa, ouvr. cité (a 8 édit), p. 35o. 

4. C. I. L., IX, 3i46. 

.'.. Strabon, XII, 3 S 3a. 

G. J. Toutain, Les cultes païens dans l'empire romain, i r » partie, t. II, p. 99. 

7. Bulletin des Antiquités africaines, i88i, p. a3a, n* 5 18. 



5/| REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

bas-relief représente le buste de la déesse, de face, entre deux 
colonnes. Autant qu'on peut en juger d'après le dessin de Poînssot, 
Bellona est diadémée et, en arrière du diadème, porte un modius sur 
le sommet du crâne. 

Le rocher, sur lequel l'inscription a été gravée et le relief sculpté, 
domine un ravin qui s'ouvre en dehors et au nord-ouest des ruines 
d'Uzappa. Ce ravin était suivi dans l'antiquité par la voie romaine 
qui montait sur le plateau des Ouled Aoun et qui se dirigeait vers la 
ville d'Assuras (aujourd'hui Zanfour). La région des Ouled Aoun est 
une des plus riches en dolmens et en mégalithes de la Tunisie 
centrale 1 . 

L'existence du culte de Bellona aux portes d'Ammaedara, importante 
colonie romaine installée non loin de Theveste sur la grande route 
militaire de Carthage en Numidie, a été révélée récemment par MM. Pi- 
ganiol et Laurent Vibert. Ces deux jeunes savants ont découvert, dans 
un site boisé, en dehors et au sud de la ville antique et de sa ceinture 
de nécropoles, un fragment de fronton triangulaire, au bas duquel 
se lit le mot 

BELLONAE 

Le milieu du fronton était occupé par une figure de femme courant 
vers la droite; le pan du manteau s'envole 3 . MM. Piganiol et Laurent 
Vibert ont été frappés de l'emplacement topographique de ce fragment 
d'architecture. « Il est notable, remarquent-ils, que le culte de Bellona 
se rencontre à distance de la ville, dans un site boisé; sans doute 
dérobait-il ses mystères^. » C'est peut-être à ce même culte qu'il 
conviendrait d'attribuer plusieurs stèles grossières anépigraphes, 
d'apparence votive, dont MM. Piganiol et Laurent Vibert signalent 
l'existence dans les collines boisées qui s'élèvent au sud de remplace- 
ment d'Ammaedara *. 

Ce n'est pas à Theveste même, du moins dans L'intérieur de la 
Cité, que se célébrait le culte de Bellona. M. de Bosredon, à qui l'on 
doit la première mention des documents relatifs à ce culte, fournit 
à cet égard les renseignements les plus précis. Au sud-est de Tebessa 
se dresse une montagne, appelée aujourd'hui le Djebel Osmor. Le 
sommet de la montagne a gardé les traces d'une fortification, i Les 

i. Bulletin des Antii/uit^s africaines, i8K'j, p. 11- cl sui\.; — i'.f. Cli. TlsSOt, 
Géographie OOmparéi de la province romaine d'Afrique, I, p. 5oi ; — La Tunisie (histoire 
. t description ), i>. j i 'i et suiv. 

mi 11 un motif qui conviendrait à une divinité comme Artémis. Or, M. P. 
Cumonl remarque que la déV confondu avec l'Anabita >\<-* Mudéens, el 

l'Anabita est devenue cbei le* Grecs trtémii AnaïUs, SI mutilé 'pi'- soil !<• document 
signalé par MM. Piganiol <'i Laurent Vibert, il n'en donne pas moins sur la réri tabla 
nature de iieilona une précieuse Indication. 

:. Milangtê da l'École françaiê* dt Bomt, ici , p 1*7, 

',. Ihid., p. 87 e! 



LE TEMPLE DOLMEMQUE DE BELLONA V SIGUS 00 

dernières pentes de i'Osmor, couvertes de pins, de chênes-verts et de 
genévriers, sont coupées par des ravins profonds qui reçoivent les eaux 

rejetées par la montagne et les répandent dans la plaine L'un de 

ces torjents, dans lequel est cachée la mosquée de Sidi Mohammed 
Chérif, est bordé de rochers qui portent en plusieurs endroits d'an- 
ciennes marques de travail. Quelques-uns sont creusés en forme 
d'auges, de façon à recevoir les eaux pluviales 1 ; d'autres ont été 
coupés verticalement et ont dû servir d'appui à des habitations. Nous 
avons découvert, au pied d'un de ces rochers, l'inscription suivante : 
(après trois lignes frustes, qui contenaient peut-être une formule 
comme Pro salute Imp. Caes... et popull romani), 

II M VAL NOVIVS ELPHIDEFORVS 
CORONATVS C1STIFER CVM SVIS 
LVCVM A SOLO CVM SIGNIS ET ORNAMENTIS 
SVIS FECERVNT ET DEDICAVER 

La pierre est brute. Une seule face a été unie pour recevoir l'ins- 
cription qui n'est limitée par aucun cadrer » 

Sur le même emplacement, M. de Bosredon a trouvé la dédicace 

BEL. AVG. S. G. IV L. CATTIANVS 
V. S L. A. 3 

A propos du Djebel Osmor, M. Gsell, dans son Atlas archéologique 
de l'Algérie, ajoute qu'on y peut observer de nombreux dolmens, 
surtout sur les pentes nord 4, c'est-à-dire précisément autour du ravin 
où II. de Bosredon a découvert ces deux inscriptions. La mention 
d'un cistifer coronatus est en concordance avec les deux représentations 
jusqu'à présent connues des cistiferi ou cistophori de Bellone; elle 
contribue à rendre certaine l'interprétation Bel(lonae) Aug(ustae) 
s(acrum) du début de la seconde inscription. 

La dédicace à Bellona, qui a été publiée au C. I. L. t VIII, 55a i, 
comme provenant de Thibilis, a été découverte en dehors de la ville 
proprement dite, au pied d'une pente assez raide dévalant à l'est 
du plateau qui porte les ruines 5 . Ici encore il convient de noter que 



i. C'est là une erreur de M. de Bosredon ; ces auges sont simplement des sépullun-s 
(cf. Carton, Découvertes épigraphiques et archéologiques faites en Tunisie, p. 383 et suiv. ; 
- Gsell, Atlas archéologique, Feuille Fort-National, p. 5, n' i5). 

a. Recueil de Constantine, i p. ts6; C.I.L., VIII, ioGa7 = i653a. 

3. Recueil de Constantine, 1876-1877* p. la?; C. I. L., VIII, ioGa3. — C'est de» 
mêmes parages que provient une dédicace: Invicto Xumini Virtutis (C. I. L , VIII. 
i8i3), qui doit être rattachée à la série de documents concernant le culte de Bellona. 

'1. Atlas archéologique, feuille Thala.n* i5a, p. 10. 

5. Gsell, Texte explicatif des planches de Delamare, pi. 1C8, p. i5i. n* 11. 



56 REVUE DES ÉTIDES ANCIENNES 

Thibilis se trouve dans une des régions de l'Afrique du Nord où les 
dolmens sont le plus abondants; au nord-ouest et en face du Djebel 
Announa, dont un des contreforts est occupé par les vestiges de 
Thibilis, le Djebel Es Sada renferme de nombreux, dolmens ' ; un peu 
plus loin, au nord-ouest des Aquae Thibilitanae, se trouve la vaste 
nécropole mégalithique de Roknia, qui se compose de plusieurs 
milliers de dolmens 2. 

Le sanctuaire de Bellona à Sigus se trouvait de même hors de l'agglo- 
mération urbaine qui formait la Respublica Siguitanorum. 11 occupait 
l'extrémité d'une croupe rocheuse dans laquelle furent creusées des 
centaines et des centaines de sépultures dolméniques. 

Pour la capitale même de la Numidie, pour Cirta, l'existence du 
culte de Bellona nous est révélée à la fois par une inscription païenne 3 
et par un document chrétien 4. L'expression Mons Bellonae, employée 
par l'auteur des Gesta apud Zenophilurn, nous indique que le sanc- 
tuaire de Bellona se trouvait à Cirta, comme à Sigus, comme à The- 
veste, comme à Ammaedara et à Uzappa, hors de la ville elle-même, 
sur une des montagnes qui en dominent l'emplacement, soit le Kou- 
diat Aty, soit la montagne de Sidi M'cid, soit celle de Mansoura*. 

Et il en était encore de même à Rusicade. Les deux monuments 
relatifs au culte de la déesse, la dédicace de Sex. Horatius Félix et 
l'ex-voto de P. A....ius Félix, ont été recueillis sur la colline du Bou 
Yala, qui s'élève au nord-ouest de Philippeville, au-dessus du théâtre 
romain 6. 

Quant à la Maurétanie, elle a fourni jusqu'à présent deux dédicaces 
à Bellona : l'une, trouvée à Cherchell dans la propriété Marcadal, et 
qui mentionne la construction par une prêtresse d'un temple de la 
déesse sur une area adsignata ex decreto ordinisi ; l'autre, découverte 
aux Aquae Calidae, aujourd'hui Hammam Hirha, et d'après laquelle 
C. Avian(i)us Amandus consacra à la déesse Bellona, suivante de 
Yirtus (Deae Pedisequae Virtutis Bellonae), une litière avec toute sa 
décoration 8. 

Si nous avons insisté sur l'emplacement exact et sur l'aspect phy- 
sique des lieux où ont été découverts ces vestiges du culte de Bellona 
en Afrique, c'est que ces détails, qui concordent presque toujours, 
nous aident à préciser la nature et le caractère de la déesse. Il est | 



I -<:ll, Atlas archéologique, feuille Souk-Arrhas, n* 20; cf. Texte explicatif ', p. i' ( ' ( , 
11" 7-18 (pi. iG.'l). 

a. M., Atlas archéologique, feuille llône, rr 1 1 

3. G /• /• . WI1, 7111. 

',. Otftd apud Ztnophtlum, dtm OpUtus, Bd. Ziwta, p. 186. 

5. QmII, Atlas arehéologUju*, fouilla Conitantine, p. 14. 

'.. /. /,., s lll, 79 .878, n"iy>, Qtell, Ifotfc di PhtUpptvtU*, p. tfl 

7. Bulletin archéologique du Oonv 

I I 1 épigrophiqutf 190*1 B* 



LE TEMPLE DOLMEN'IQUE DE BELLONA A SIGUS 07 

sible qu'à Rusicade, comme l'écrit M. Gsell, Bellona soit la déesse 
cappadocienne, apportée d'Asie Mineure en même temps que d'au- 
tres dieux et d'autres cultes orienlaux' ; il est fort possible également 
que le culte de Bellona à Caesarea soit purement et simplement 
importé : la prêtresse qui lui éleva un temple ne s'appelle-t-elle pas 
Scantia Peregrina") Mais cette explication ne saurait valoir pour Sigus, 
Thibilis, Theveste, Ammaedara, Uzappa, où les sanctuaires et les 
traces du culte ont été reconnus en dehors de la ville, sur des croupes 
rocheuses, au fond de ravins escarpés, dans le voisinage de monu- 
ments mégalithiques. D'ailleurs, si le culte de Bellone en Afrique 
n'avait pas été un culte rural et plus particulièrement un culte des 
montagnes, Tertullien aurait-il écrit : « ... cum ob affectionem tenebri- 
cae vestis et tetrici supra caput velleris in Bellonae mortes fugan- 
tur... »a? 

Un tel culte ne peut pas être, au fond, dans ses parties essentielles, 
un culte exotique. Le nom de Bellona, les rites sanguinaires prati- 
qués par les prêtres de la déesse, ont été adaptés à une religion locale, 
comme le nom de Saturne a été employé pour désigner un dieu qui 
n'avait à peu près rien de commun avec le Gronos-Saturnus gréco- 
romain. La divinité, qui fut invoquée sous le nom de Bellona par les 
Africains des premiers siècles de l'ère chrétienne, était la déesse des 
montagnes rocheuses, des ravins profondément encaissés, de la végé- 
tation souvent brûlée qui caractérise le versant méridional du Tell 
d'Algérie et de Tunisie. Elle fut invoquée dans les mêmes parages où 
se multiplièrent les sépultures mégalithiques, auges creusées dans la 
pierre ou dolmens élevés tantôt sur piliers à peine équarris, tan- 
tôt sur murettes en pierres sèches. C'est là ce qui explique que le 
cistifer de Sigus, Nigidius Rusticus, ait dédié son ex-voto au dieu Sil- 
vanus. Silvanus, le dieu des forêts et des montagnes boisées, pouvait 
le mieux du monde former couple avec la vieille divinité africaine 
assimilée à la Bellona orientai. 

Dans le sanctuaire dolménique de Sigus, qui réunit, selon les 
expressions du D r Reboud, les matériaux de l'époque mégalithique et 
ceux de l'époque de la pierre de taille, était donc adorée une très 
ancienne divinité de la nature, une personnification de la Terre mère: 
mais, au lieu d'être conçue à la façon d'une déesse des céréales ou de 
la fécondité, sous les traits d'une Cérès ou d'une Cybèle, elle avait 
pris, en s'anthropomorphisant, le nom et la physionomie d'une déesse 

1. Gsell, Musée de Philippeville, p. iG. 

a. De pallio, IV. Remarquons que ce passage se trouve intercalé dans Tertullien 
entre une phrase qui concerne le culte de Cérès et une autre phrase qui mentionm 
le culte de Saturne. Ce devait donc être un culte" populaire chez les Africai 

3. Xe pourrait-on pas rapprocher de ce fait la dédicacé Silvano deo et ni" 
.\amidis trouvée à Harignac, prèl v omi Efc it en Aquitaine (C. /. /... Mil, 
ibid , 38a j? 



58 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

plus rude, moins douce à l'humanité, d'une déesse qui se plaisait 
surtout au creux des âpres rochers, dans les broussailles épaisses 
et les forêts profondes. 

Ces traits s'accordaient d'ailleurs avec l'aspect de son pays d'ori- 
gine, des environs de la Cornana cappadocienne. « C'est dans l'Anti- 
taurus, écrit Strabon. dans une des vallées étroites et profondes de 
cette chaîne, qu'est située Comana avec le fameux temple consacré à la 
déesse Ma... Cette ville est située sur les deux rives du fleuve Sarus, 
qui longtemps resserré dans les gorges ou étroites vallées du Taurus, 
se déploie ensuite dans les plaines de la Cilicie... ».» La description 
des gorges à travers lesquelles un autre fleuve de la Cappadoce, le 
Pyramus, traverse le Taurus, n'est pas moins caractéristique*. De 
même la Comana pontique, qui possédait un temple de la déesse Ma 
tout aussi fameux que celui de la Comana cappadocienne, se trouvait 
dans une région des plus montagneuses et des plus boisées 3 . La 
déesse orientale à laquelle fut donné en Occident le nom de Bellona 
personnifiait donc plus spécialement la nature rude et farouche. Il est 
dès lors facile de comprendre comment et pourquoi cette déesse fut 
honorée surtout en dehors des villes, dans les régions accidentées, 
dans les ravins et la brousse de l'Afrique romaine. 



# 
• * # 

Or, n'est-il pas curieux de constater que le nom de Bellona a de 
même été employé dans certaines régions de la Gaule pour désigner 
une divinité populaire? 

Deux dédicaces à Bellona ont été trouvées, en plein Jura, dans les 
environs du bourg de Moirans'». Les monuments étant mutilés, on ne 
peut savoir avec certitude si la déesse était invoquée seule ou si elle 
formait couple avec un dieu local. Ce qui du inoins est certain, c'est 
que d'une part ces deux textes ont été recueillis loin des grandes 
routes qui conduisaient dans l'antiquité d'Italie aux camps et postes 
militaires de la vallée du Rhin, d'où il suit que Bellona ne peut 
guère être ici la déesse italique de la guerre; c'est que d'autre part 
aucune ville importante n'a existé sous l'empire romain dans la région 
de Moirans, et que par conséquent la dévotion à la déesse, attestée 
par les deux inscriptions précitées, paraît avoir été de caractère 
rural. Il convient de rapprocher de C6S dédicaces à Bellona plusieurs 
dédicaces au dieu Mars trouvées dans la même région ou dans defl 

i. Strabon, XII. i, S 3. 
a. /-/., XII, a, S '.. 

I. M., III i; ci 

; C /. /. . mu. ■ ; ii • il 



LE TEMPLE DOLMÉMQLE DE BELLONA A S1GLS 09 

régions voisines. L'une d'entre elles, qui provient tout à fait des 
mêmes parages, porte seulement le nom de Mars Auguslus « ; une 
autre, recueillie aux environs de Moirans, est adressée à Mars Segomo », 
et le véritable caractère de ce Mars Segomo est précisé par le troisième 
document découvert près de Culoz, sur le territoire des Ambarri, 
ainsi rédigé : 

N(umini) Aug(usti). Deo Marti S ego mont Dunati 
Cassia Saturnina ex voto v(otum) s(olvit) l(ibens) a(nimo)^. 

Il n'est point douteux que Dunates soit une épithète tirée du mot 
gaulois dunum, dont le sens est : montagne. 

A l'autre extrémité du Jura, à Mandeure, près de Montbéliard, on a 
exhumé une patère de bronze, qui porte une dédicace à Bellona : 

Deae Bell(onae) Scantrus Oxtaïfil(ins)'-*. 

D'autres documents retiendront davantage notre attention parce 
qu'ils ont été trouvés précisément dans la région d'Alesia, l'un à 
Malain, village situé à l'ouest de Dijon, au pied de la Côte-d'Or 
proprement dite, un autre dans les environs de Langres, au lieu-dit 
La Croix d'Arles, le troisième enfin à Alesia même. 

L'inscription découverte à Malain appartient à une série des plus 
intéressantes ; c'est un fragment d'ex-voto sur lequel on lit : 

maRT- CICollui 
eT BELLonaeâ. 

Sur le territoire de Malain ont été trouvés en plusieurs endroits, 
dans la contrée de Chennevières, au lieu dit En Magnotle, plusieurs 
dédicaces à Mars Cicolluis et à une déesse parèdre appelée LitavisC. 
Une autre dédicace identique a été trouvée dans la même région, 
mais plus au nord, à Aignay-le-Duc:. Comme le fait observer 
l'éditeur du tome XIII du Corpus, « Bellona fortasse haud diversa est a 
Lilavi dea Marti Cicollui in tilulis... sociata » 8. 

La divinité invoquée sous le nom de Bellona par les Gaulois et les 
Gallo-Romains de cette contrée n'était donc ni l'ancienne divinité 
latine, ni même exactement la déesse de Comana; ce nom désignait 

i. C. I.L., XIII, 5343. 

a. Ibid., ")3io. 

3. Ibid., a35a. 

h. Ibid., 54o8. 

5. Ibid., 0698. 

6. Ibid.. "i""ii, 50oi, 56oa. 

7. Ibid., a887. 

8. Ad n* 5 



ÔO REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

une déesse gauloise ou locale, associée à un dieu topique, Cicolluis. 
qui fut assimilé à Mars. Il est en outre très vraisemblable qu'ici 
comme en Afrique la déesse indigène personnifiait la Terre, et plutôt 
sans doute le sol accidenté, rocheux et boisé de la Côte que la glèbe 
cultivée et féconde des vallées d'alentour. Comme Moirans, Malain et 
Aignay-le-Duc se trouvent en dehors des grandes voies qui, sous 
l'empire romain, conduisaient de la vallée de la Saône vers la Seine 
ou vers la Meuse. Le couple Mars - Bellona = Cicolluis — Litavis était 
un couple de divinités rurales et populaires, sans doute analogue par 
ses attributions et sa physionomie générale au groupe Silvanus — 
Bellona de Sigus. 

La dédicace découverte aux environs de Langres est gravée en lettres 
grossières sur un petit autel de pierre. Elle se lit : 

Mar(H) et Bel(lonae) Augnstalis Aquilae fil(ius) v(otum) 
s(olvit) l(ibens) m(erito) '. 

C'est un monument^très modeste de dévotion populaire. 
Enfin, la dédicace d'Alesia est ainsi conçue : 

Marti et Bellonae 

Sestius Nigrinus ex 

jussu repostiit*. 

Il n'est pas impossible, avec les renseignements que nous possé- 
dons sur les circonstances de la découverte, d'indiquer approxima- 
tivement dans quelle partie du Mont Auxois elle a été trouvée. 

La pierre qui porte ce texte a été exhumée en 1822, lors des 
premières fouilles que la Commission des antiquités de la Côte-d'Or 
fit exécuter sur l'emplacement d'Alesia. Mathieu, dans les Mémoires 
de r Académie de Dijon pour i8a3 3 , se contente de mentionner que le 
lieu de la découverte est « immédiatement au-dessus du vieux 
cimetière». Ce vieux cimetière, si nous en jugeons par la mention 
qu'en a faite Courtépce'', n'est autre que le cimetière Saint-Père. 
Maillard de Chambure précise davantage, dans son premier Happort 
sur les fouilles faites à Alise, et dans le plan qui accompagne ce 
rapport 5 . D'aprèa ces deui documents, la dédicace à Mars et Bellona 
provient de l.i partie du Ifont Auxois connue sous Le nom de Champ 
Maréchal. Il v ;■ sans doute concordance cuire les données de Mathieu 

1. C I I. .. MM, &670. 
1. tbid., 387a. 
P. 7'.. 

Oticrlpthn du daehi d* Bourgogne, ■>* éd., 1 m. p 
hnt'itnw de. in Communion du antiquité* de la C6le-M?Or, l, p, 1 



Il TEMPLE DOLttBHIQUE DE BELLONA A SIGUS 6l 

et celles de Maillard de Chambure. Pour qui vient du village d'Alise- 
Sainte-Reine, le Champ Maréchal est bien au-dessus du cimetière 
Saint- Père. Toutefois, si la trouvaille de l'inscription a été faite au 
milieu du Champ Maréchal, l'adverbe immédiatement employé par 
Mathieu n'est pas d'une exactitude absolue. Aussi bien, du texte 
même de Maillard de Chambure il semble résulter que plusieurs 
sondages ou tranchées ont été pratiqués en divers points du lieu -dit 
le Champ Maréchal. Il n'est donc pas impossible que l'inscription 
provienne de la partie occidentale de ce lieu-dit '. 

Si nous nous sommes efforcé de déterminer, avec autant de 
netteté que les documents aujourd'hui connus nous le permettent, en 
quel point du Mont Auxois la dédicace à Mars et Bellona a été 
découverte, c'est que le Champ Maréchal est précisément voisin du 
lieu-dit En Surelot, où M. Pernet a mis au jour le monument dolmé- 
nique. C'est aussi à peu de distance de ce monument, dans une 
cave fouillée en iQi2,queM. Pernet a trouvé un fragment de revêtement 
en plâtre sur lequel on lit, peintes en rouge, les lettres : 




Ce fragment forme l'angle supérieur gauche d'un panneau. A la 
première ligne, la lecture Mart[i...] est fort probable. 

Le culte de Mars et de sa parèdre Bellona semble donc avoir été 
célébré sur le Mont Auxois précisément dans le voisinage du point où 
a été découvert le monument dolménique. 

Dès lors, nous soumettons au jugement des archéologues et des 
historiens les faits suivants : 

r II y a eu dans l'Afrique romaine, aux premiers siècles de notre 

i. M. G. Testart, membre de la Commission des fouilles d'Alesia. a récemment 
publié dans Pro Alesia, 5* année, p. 734 et suiv., plusieurs documents inédits sur les 
fouilles de 182a, entre autres une lettre de Lehup, notaire à Alise, qui dirigea les 
recherches sur le terrain. D'après le» détails donnés dans cette lettre, la dédicace à 
Mars et Bellona fut trouvée à peu de distance d'un terrain t adossé au grand chemin 
qui partageait la ville . terrain rempli d'un amas considérable de pierres et qui porte 
le nom de Murées du cimetière Saint-Père. D'autre part, Lehup précise que le point où 
la dédicace fut trouvée t est toujours sur le plateau de la montagne ». De toutes les 
données fournies par Mathieu, par Maillard de Chamhure et par Lehup, il parait 
bien ressortir que la dédicace à Mars et Bellona provient de la partie du Mont 
Auxois sise entre le Champ Maréchal et le cimetière Saint-Père, au-dessus du 
cimetière Saint-Pèi e. Toujours donc nous sommes ramenés dans les parages mômes 
du monument dolménique découvert en 191 a. 

Rev. Et. ane. 5 



62 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

ère, un sanctuaire dont l'élément essentiel était un dolmen ; ce 
sanctuaire était consacré à une déesse appelée Bellona, déesse surtout 
adorée en dehors des grandes agglomérations urbaines, dans les can- 
tons boisés et rocheux, à proximité de nécropoles mégalithiques. 

a* A Alesia même et dans une partie de la Gaule toute voisine 
d'Alesia, les Gallo-Romains ont adoré une déesse, appelée Bellona, 
parèdre d'un dieu qu'ils invoquaient sous le nom de Mars et plus 
souvent encore de Mars Gicolluis ; ce Mars topique est groupé tantôt 
avec Bellona, tantôt avec une déesse indigène, Litavis. D'ailleurs, le 
dieu gaulois assimilé au Mars romain, désigné suivant les cantons 
par des épithètes multiples et variables, était moins un dieu de la 
guerre que l'élément mâle d'un couple divin personnifiant les forces 
fécondes de la nature ' . 

3° Dans la partie du Mont Auxois la plus voisine du monument 
dolménique découvert en 19 12, ont été retrouvés deux documents 
épigraphiques, sur lesquels se lisent les noms de Mars et de Bellona. 

De ces faits, nous tirons les conclusions suivantes : 

A. De même qu'en Afrique le nom de Bellona a servi à désigner 
une ancienne divinité numide ou libyque, de même en Gaule et 
spécialement dans les environs d'Alesia il a été donné à une déesse 
celtique, dont nous connaissons le nom préromain, Litavis. 

B. De même qu'en Afrique, à Sigus, un monument composé d'un 
portique élevé à l'époque romaine et d'un dolmen se dressant à 
l'intérieur de ce portique était un sanctuaire, de même à Alesia un 
monument composé d'un dolmen enfermé dans une construction 
gallo-romaine était un temple. 

G. Puisque le monument dolménique de Sigus était dédié à Bellona, 
et puisque des dédicaces à Mars et à Mars et Bellona ont été trouvées 
sur le Mont Auxois, dans le voisinage même du monument dolmé- 
nique, il y a des raisons sérieuses de croire que le monument 
dolménique d'Alesia était lui aussi consacré soit à Bellona seule, soit 
au couple Mars et Bellona. 

J. TOI TAIN. 



1. Pour ce qui est de Bellona, il convient en outre de rappeler (ci que ce nom 
1 v[ un ,|, mus sous lesquels, dani le passage fameux et souvent cité d'Apulée 
morph., \i. el iqq.), [sis affirme qu'elle est souvent Invoquée : « Janonem alti, 
Bellonam alli... » il n'y 1 donc point de contradiction entre l'opinion que nous tvom 
article et l'hypothèse exprimée p.ir aoui dans notre Rapport 
général sur la fouilles d' ilesia en i9i2, hypothèse selon laquelle la divinité ad 
dans le sanctuaire dolménique était une très ancienne déesse Indigène de la nature 
appelée .iuw I l'époqui romaine {Bulletin archéologique du Comité, 1018, p. ioè). 



NOTES GALLO-ROMAINES 



LXV 

LA QUESTION DE LA CRÉMAILLÈRE 1 

On sait à quelles nombreuses interprétations a donné lieu 
l'instrument à double crochet figuré au-devant de la tunique 
du dieu de Yiège (Reinach, Bronzes, p. 13g 2 [ici, figures i et 2]). 

En songeant au rùle domestique de la grande majorité de 
ces dieux 3 , en songeant à l'importance du focus dans la vie 
religieuse des Italo-Celtes^ 1 . j'ai pensé à un crochet de cré- 



1. Je devrais dire les questions : car tout mérite une étude dans la crémaillère, 
l'origine du mot, les variétés, ou la persistance des formes (cf. p. 3, n. i), le 
rôle religieux, les propos du folk-lore : crémaillère, chenets, marmite, trépied, 
broches, tout ce qui se rattache au feu domestique, «nombril de la maison», eut 
toujours un rôle capital dans l'histoire des pensées antiques. Et l'archéologie ou le 
vocabulaire doivent avoir conservé l'écho de ce rôle. C'est un des grands mérites 
de Déchelette d'avoir ainsi reconnu le rôle religieux des chenets et des broches 
(en dernier lieu, Manuel, p. 798 et s., p. i3gg et s.). — Je ne connais pas de 
travail spécial sur la crémaillère. If, Déchelette a consacré quelques lignes dans 
son Manuel (t. II, p. Soi-;; p. 1420-32), à propos des temps de Hallstatt, aux cré- 
maillères de ces temps et de ceux de La Tène. Il cite surtout celles de Suisse (La 
Tène et Bielle), de Salins, de Vertault et d'Emmendingen dans le duché de Bade, 
celle-ci conservée avec le chaudron suspendu à ses deux crochets aplatis. — Le Cata- 
logue du Musée de Saint-Germain en indique (p. 98) venant de Compiègne et de 
Vichy. — M. Espérandieu vient d'en trouver une à Alise (Bulletin des fouilles, 1916, 
p. 4; ici, fig- 5). — Et il y en a sans aucun doute dans beaucoup de nos musées de 
provinces. — On aimerait à savoir dans quel milieu ces crémaillères ont été trouvées : 
tombes? temples? maisons? Cela aiderait singulièrement à comprendre le caractère 
de ce genre d'objets. 

2. Niège est une faute d'impression. Viège ou Visp est dans le Valais, près du 
Rhône, au débouché de la double vallée de Zermalt ou Saint-Nicolas et de Saas. 

3. Voyez ce que nous supposons du caractère domestique du dieu-cavalier, vain- 
queur du géant anguipede (Revue, 1913, p. 83); cf. Adolphe Reinach, Le Klapperstein, 
p. 103. 

i. Dieux du foyer, foyer de la maison, prêtres du foyer: voyez combien de fois 
reviennent ces expressions dans le droit indo-européen primitif; Fustel de Cou- 
langes, La Cité Antique, p. ji et s. ; Leist, Alt-arisches Jus gentium, p. 
séparons pas l'archéologie des institutions. — N'oublions pas que les Celtes sont 



64 ItEVUE DES ÉTUDES ANCIEN 

maillèrc stylisé. Si le tricéphale de Carnavalet 1 tient une tête 
de chenet, le dieu de Viège peut bien porter une crémaillère, 





Fig. i. Fig. a. 

LE BRO.NZE DE VIEGE AU MUSEE DE GENI ' \ I . 

qui est, elle aussi, un attribut essentiel du foyer. Et j'ai 
demandé à M. Viollier une consultation sur les crémaillères 
gallo-romaines. 



demeurés plus lidèles <|ue les Grecs et que les Homains à la religioti primitivi 
Indo Européen* : c'est cette religion que Fustel de Coulangcsa essaye de reconstituer 
avant l.eist, et. par suite, la Cité inliqut nous aidera beaucoup à comprendre l'ar- 
chéologie do tempe de i .1 rêne i il de Kalletatt. 

ipérandieu, t. IV, n* 3137. J'avais cru voir a sa main droite une marmite, 
II, Espérandleu en derniei lieu, préfère t un suc ou une bourae entre lee cornée 
d'un bouc couché ». On lall que ce monument 1 été découvert avec quatre bu reliefi 
représentant le déaarmemi d( de Mari l'ensemble doit être une alluaion à quelque 
vétéran prenant m retraite et célébrant le dieu de son foyer. — 11 n'en demeun 
moini ml que le chaudron on la marmite doit être an autre organe eeaenttel du 
foyer. culU el usage. Les chaudrons celtiques sont à double anse de lUSpenfioni 
ipondanl aui deui crocheti terminaux de la crémaillère; Décheîette, p. 777* 
779, i&ig l'iaa. Comm< Vi bien DOb. Déchelette, en m.ollèrc et chaudron sont alors 
in-., parablos. 



NOTES GALLO-ROMAINES G5 

Voici ses réponses : 

Mon cher professeur, 

En fait de crémaillères gauloises, notre Musée n'en possède qu'une 
seule. Elle est reproduite dans Vouga, Les Helvètes à La Tène 
(pi. XVIII, fig. 17). Ce sont trois tiges terminées par un crochet', 




Fig. 3. 
Crémaillère de La Tène. 

MUSÉE DE ZURICH. 

réunies toutes trois par une de leurs extrémités dans un même anneau. 
Je vous adresserai prochainement une photographie de cette cré- 
maillère [figure 3]. 

Gross, La Tène (pi. VIII, fig. 3 a), donne la reproduction d'une 
crémaillère beaucoup plus compliquée et qui se trouve au Musée de 
NeuchAtel, mais dont la provenance gauloise ne me parait pas prouvée, 
car nous possédons, provenant de la station romaine deWettswil 
(canton de Zurich), une crémaillère analogue dont je vous enverrai 

1. [C'est évidemment la forme la plus simple de la crémaillère: une tige pour ta 
suspendre, s'adaptant à deux tiges accrochant le chaudron. — Dans les crémaillères 
plus compliquées, on notera, comme éléments principaux : i* une tige à gros 
crochet, qui suspend l'ensemble au clou du foyer; a* une tii. r e lixc ou 
terminée par an crochet double (c'est la partie que nous croyons voir sur le bronze 
je).; 3* suspendues au double crochet de ce guidon, soit directement, soit par 
l'intermédiaire d'une chaîne, les deux tiges à crochets aplatis servant ;i prendre le 
chaudron. — C. J.] 

a. [Cf. Déchelette, Manuel, t. II, p. 806. — C. J.] 



66 



REVUE DES ETUDES ANCIENNES 



également la photographie [figure 4]. Cette dernière crémaillère porte 
un double crochet et pourrait, en effet, être comparée à l'ornement 
qui figure sur la statue du Jupiter de Viège, mais, dans ce cas, cette 




Baden 



Iteiikcn Wettswil 



Fig. U. 

MISÉE DE ZURICH. 



FlG. 5. 
CRÉMAILLÈRE D'aLÉSIA. 



statuette appartiendrait à une époque romaine déjà assez avancée, 
probablement au milieu ou môme à la fin du i" siècle. 



Mon cher professeur, 

Encore un mot au sujet des crémaillères pour rectifier un passage 
de ma dernière lettre. 

J'arrive de La Tène, et, au Musée de Neuchâtel, j'ai vu la cré- 
maillère reproduite par Gross et que j'avais attribuée, par compa- 
raison à celle de Wettswil, à L'époque romaine. Mon collègue Vouga, 
conservateur du Musée de Neuchàtel, m'a informé que cette pièce 
avait été trouvée par son père au fond de la couche gauloise. Il n'y 
aurait donc pas de doute sur l'origine de la crémaillère avec crochet. 
Mais alors il faut constater que la crémaillère gauloise s'est maintenue 
pendant tonte l'époque romaine, puisque celle de Wettswil, qui lui 
••-t analogue ou qui le parait, provienl d'une construction nettement 

romaine. La crémaillère ne pourrait donc nous fournir aucune indi- 
cation -m l'époque à laquelle h été fondu le petit bronze de \ iège. 



Musée national suisse, Zurich. 



h Viollibu, 



NOTES GALLO-ROM AOE S 67 

Tout cela, évidemment, est loin de prouver que l'instrument 
bifide du dieu de Viège est une pièce de crémaillère. Je n'en 
crois pas moins que pour l'expliquer il faut regarder du côté 
des ustensiles de la cuisine et du foyer : et aussi pour expli- 
quer le clou qui orne la poitrine de ce dieu. Et il m'a même 
semblé que la ceinture du dieu rappelait un cercle de métal 1 . 

Camille JULLIAN. 



i. Il est inutile de dissimuler la grosse objection que l'on peut faire à cette 
hypothèse. La partie concave, dans le double crochet de la tige du dieu de Viège, 
est tournée vers le bas, tandis que dans les crémaillères que nous possédons, elle est 
tournée vers le haut, ce crochet servant à retenir la double chaîne de suspension. 
Mais nous n'avons pas tous les types de crémaillères et cette inversion peut être 
intentionnelle. 



CHRONIQUE GALLO-ROMAINE 



Stabilité du littoral; cf. en dernier lieu, 1914, p- 98, 102, /|35-G. 
— Saint-Jours, Soulac, d'après textes et inscriptions; extrait des Actes 
de l'Académie de Bordeaux, 191/1, in-8° de 110 pages. « La chaîne des. 
dunes de Gascogne et la ligne actuelle du rivage maritime, prises 
dans leur ensemble et en négligeant les détails, relativement peu 
importants, comptent au bas mot dix ou douze mille ans d'existence. » 

La perle de Mùnsingen et le schiste de Guérande. — Dans son 
Manuel (II, p. i3ai), Déchelette publie, avec image, une perle de 
verre découverte dans la nécropole de Miïnsingen, en Suisse, et qui 

























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porte une inscription en caractères inconnus et enchevêtrés. C'esl 
évidemment une amulette et ces signes, si ce sont réellement des 
caractères alphabétiformes, ont une valeur magique (cf. aussi la plaque 
d'Eyguières, Revue, 1900, p. 47-55). Je ne peux m'empêcher de rappro- 
cher de cette perle, et comme destination et comme caractère, la fameuse 
plaque do schiste trouvée dans les marais de Guérande, et consci 
au Musée de Nantes, si elle est authentique, ce que seul un examen 
micrographique pourrait nous dire. J'ai étudié l'objet à Nantes, et je 
dois avouer «pu- mon Impression n'a pas été uniquement défavorable. 
Astronomie néolithique. — Je ne partage pas l<- moins du monde 
• pii voient des signes astronomiques dans les cupules, les 
pieds humain Btqul fonl Intervenir à ce propos le compte de 

la précession des équinoxes, ce qui ramènerai! certains gttes néolithi 
ques à des « champs ou des stations 1 ultuelles 1 ; an dernier lieu, 



CHRONIQUE GALLO-ROMAINE 69 

E. Boismoreau, Bull, de la Soc. préh. de France, nov. 19 14. Toutefois, 
ce ne serait pas une raison de nier : i" l'existence de « champs sacrés » ; 
3° l'importance des cultes astronomiques à l'époque néolithique. 

Vocabulaire celtique. — Nous recevons de M. Runo Meyer, via 
Suisse, Zur Keltischen Wortskunde, VI, extrait des Sitzungsberichte 
de l'Académie de Berlin, séance du 22 octobre. Les comptes rendus 
ont donc paru à leur date habituelle. 

Masques et anguipèdes. — If. Adolphe Reinach a publié sous le 
titre : Le Klapperstein, le Gorgoneion et l'Anguipède (Mulhouse, 1914, 
in-8° de 106 pages, extrait du Bull, du Musée historique de Mulhouse), 
un de ses plus importants mémoires. Il y a traité quelques-uns des 
sujets qui lui étaient les plus familiers et les plus chers, les masques 
de figures grimaçantes (c'est le cas du fameux Klapperstein de 
Mulhouse), les nombreux groupes des géants anguipèdes, etc. Ce sont 
également des^sujets que les lecteurs de notre Revue connaissent bien ; 
cf. igi3, p. 3t2; etc. Sur plus d'un point, nous sommes d'accord 
avec M. Reinach. 11 refuse avec raison au groupe anguipède un sens 
historique, et il a raison de s'étonner que cette solution ait encore 
des partisans. Il s'attacherait plus volontiers à la solution cosmique, 
mais il ferait aussi intervenir le culte des sources. Enfin, il hésiterait 
à y voir un monument à caractère «germanique. — Le caractère apo- 
tropaïque des masques ou figures grotesques forme l'autre partie de 
son travail. Sur ce point encore, et sur les emprunts faits par l'ima- 
gerie celtique à celle de l'Italie du Nord, nous sommes d'accord avec 
M. Reinach. — Ceux qui ont connu ce vaillant et robuste travailleur 
espèrent encore qu'il n'aura pas succombé dans la terrible guerre. 
Puissions-nous ne pas le perdre à jamais ! Des travaux de ce genre, si 
fournis de faits et si désireux de solutions, montrent quel inépuisable 
trésor de science et d'effort il y avait en lui. 

Sainte Reine. — J. Toutain, La Basilique primitive et le plus 
ancien culte de sainte Reine à Ale'sia. in-8° de ai pages, 191A, extrait 
de la Revue de l'histoire des Religions: le même, Autour de la basilique 
de Sainte- Reine (Alésiaj, étude critique des documents écrits relatifs 
à la basilique primitive et au plus ancien culte de sainte Reine à 
Alésia; in-8° de io pages, extrait du Bull, d'anc. litt. etarch. chrét Je 
n'ose pas entrer dans cette question : il m'a semblé que nous ne 
sommes pas, monuments et textes, sur des fondements très anciens. 
Je peux me tromper : car je n'ai pas vu les monuments, et même après 
les avoir vus, il y a encore si peu de jalons dans la chronologie de ces 
sortes de ruines ! M. Toutain place le sarcophage au vin* siècle environ. 

Habitations creusées. — C'est un problème que les fouilles d'AIésia 
soulèvent après celles de Montlaurès, et après bien d'autres. M. Tou- 
tain croit que ces excavations taillées dans le roc formaient les centres 
d'habitations et que les habitations datent de l'époque préromaine. C'est 



7° 



REVUE DES ETUDES ANCIENNES 



fort possible, et c'est une affaire d'espèce. On n'a cessé de construire 
de cette manière, et l'ère romaine n'a rien changé à cet égard 
(cf. Déchelette, Manuel, II, III, p. 95a). — Toutain, Les habitations 
oréromaines découvertes sur remplacement de l'ancienne Alésia; in-8° 
de 3a pages, 1914, extrait de la Revue des études préhistoriques . 

Pour l'ethnographie française. — Cf. le plaidoyer de M. A. Reinach, 
pour le Musée d'ethnographie, in-8° de 16 pages, extrait de la Revue. 
C'est une cause qui nous est également chère ; cf. Revue, 191 1, p. ig5-8. 

Damanaus. — Je reviens encore sur l'inscription du « Volq » ; 
cf. Revue, 191 1, p. 70; 1914, P- 3g8 et 4o4. Son père, Damanaus, 
était-il gaulois? Je persiste à ne point le croire. Aucun nom celtique 
ne peut être rapproché de celui-là. 

Inscriptions de Trêves; cf. Revue, 1914, p- 34o. 



LENOMARTI 
ETANCAMNjE 
OPTAT I V S 
VERVSDEVAS 
EX V O T O 
P O S V I T 



IN H DD-MARTI 
ET-ANCAMNjE 
C SEROTINIVS 
IVSTVS- ex-voto 
POSVIT 



IN • H • D • D 
DEOINTARABO 
BITTIVSBENIGNI 
VS-ACCEPTVSRES 
T I T V I T 



Intarabus et Lenus sont des Mars connus par ailleurs. Leur parèdre 
Ancamna est une divinité nouvelle. Les inscriptions sont contempo- 
raines, et du temps des Sévères. — D'après des photographies reçues 
du commandant Espérandieu. 

Bustes gallo-romains de Lectoure. — M. Delorme en reproduit 
un, le plus beau, et l'étudié particulièrement, sans pouvoir se pro- 
noncer si c'est un empereur ou un particulier. Note sur un marbre 
antique, in-8* de 3 pages et 1 planche; extrait du Bull, de la Soc. 
arch. du Midi de la' France, n° 4a, '91 3. 

L'examen archéologique des tranchées de guerre. — La Société 
archéologique de Provence a transmis aux Sociétés savantes le vœu 
suivant, proposé par M. de (lérin-Kicard (séance du 10 déc. 1914): 

«... Les nombreuses et vastes tranchées ouvertes... dans les plaines 
si fertiles — archéologiquement parlant — de la Marne et ailleurs... 
ont pu révéler des gisements curieux dont la science pourrait tirer 
profit. — Dans ces conditions, il v a évidemment quelque chose 
.1 dire pour que ces ouvragei considérables de terrassements ne soient 
pas détruits sans avoir été accessoirement utilisés pour des obser- 
vations scientifiques. 1 ne exploration des coupes île terrain suffira 
peut-être à noter des sites intéressants <i sur L'étude desquels 00 
pourra revenir plus tard, tout i son .use. lorsqu'ils auront été utile- 
ment repi'-.rés... » — Je sais que des observations intéressantes et 
même quelques découvertes ont déjà été faite». 



CHRONIQUE GALLO-ROMAINE - I 

Venasque. — La communication de M. J. Formigé (Bull, des Anti- 
quaires, 191 !\, p. i36 et s.) est d'importance pour cette ville. — 
M. Formigé s'occupe d'abord des restes de remparts. A la différence de 
II. Blanchet (Enceintes, p. IÔ2-3), qui leur refusait «les caractères 
d'une enceinte romaine», il les juge antiques. C'est une affaire 
d'étude sur place. Je ne me prononcerai donc pas. Toutefois, le 
plan donné par M. Formigé fait réellement penser à une construc- 
tion du Bas-Empire. Il faudrait étudier l'appareil. M. Formigé signale 
deux parties dans le rempart : l'une, constituée à l'aide de débris 
romains, et cela rappelle toutes les constructions du iv* siècle; l'autre, 
beaucoup plus soignée, en moellons de petit appareil et sans lit de 
briques, et cela rappellerait le temps d'Auguste. Toutefois, comme 
dans certains cas les lits de briques n'apparaissent pas sur les remparts 
du iv* siècle, comme nous apprenons par ailleurs (Blanchet, p. i53) 
que les murs de Venasque sont en petit appareil allongé en blocs 
irréguliers, chose bien rare sous Auguste, cela me fait songer de 
nouveau à une construction du Bas-Empire, et postérieure aux rem-, 
parts ordinaires de 3oo (cf. Revue, 1906, p. i53). — Parmi les ins- 
criptions trouvées, il y en a une qui pourrait être intéressante : 

GEN- CO/oN///// 

TANCONISI /////// (M. Formigé conjecture justement que 

II //////////// v. s. L- M ce pourrait être le numéro io85 du 

M ACION Corpus, mal lu.) 

FEct'T 

Il ne serait, du reste, pas impossible que cette inscription ait été 
transférée ici de Garpentras. Ces transferts de monuments furent 
fréquents au début du Moyen-Age, lors de la réfection ou confection 
des remparts. — Enfin, M. Formigé traite à nouveau la question 
à'Aeria (Revue, 191 4, p. 90-6), qu'il place à Venasque. Cela n'est pas 
impossible. Et s'il en était ainsi, nous assisterions au phénomène 
suivant: la capitale d'un peuple celtique (Aéria^: Venasque) descen- 
dant en plaine à l'époque romaine (Carpentras), mais reprenant, au 
iv* ou au v e siècle, sa place primitive sur la hauteur Venasque est 
redevenu le chef-lieu de la cité de Carpentras à l'époque mérovin- 
gienne, avant le vu' siècle; cf. Notifia Galliarum, XI, 1a, Seeck) : et 
c'est peut-être un échange semblable qui a pu se faire entre Vermand 
et Saint-Quentin. — Je ferai une objection à l'hypothèse de Aéria = 
Venasque. C'est que Venasque a dû de tout temps s'appeler Yindausca 
(cf. Corpus. \ll. I7ÔI. l'indauscia, nom gentilicc du midi de la 
Gaule) et que ce nom a une allure celto-ligure très prononcée (Vind= 
blanc?). — En tout cas, la présence de ce rempart et de ces inscrip- 
tions fournit la transition entre l'état de choses romain (la capitale de 
la cité à Carpentras) et l'état de choses médiéval. 



72 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

Encriers. — Très curieuse note de M. Demaison dans le Bulletin 
des Antiquaires de 191A, p. 119, avec rapprochement d'un bas-relief 
d'Arlon (Espérandieu, n° 4i48). 

Inscriptions de Die; Formigé, même Bulletin, p. 160. 

Inscriptions de Limoges; Blanchet, même Bulletin, p. 172. 

Captage de source; L. Bonnard, même Bulletin, p. 179 : il s'agit 
de la source de Grisy, en Saône-et-Loire. 

Époque aurignacienne. — Ainsi que nous l'avons souvent dit ici', 
l'époque aurignacienne, si longtemps méconnue, tend à prendre un 
rang presque égal, comme variété et beauté de produits, à celui des 
temps magdaléniens. Et c'est vraiment l'époque où les facultés 
humaines, surtout les facultés artistiques, révélèrent le plus leur 
énergie créatrice. Les fouilles et découvertes de M. Tarel nous en 
donnent de nouvelles preuves (Pierres à gravures, etc., de Termo- 
Pialat, commune de Saint- Avit-Sénieur, Dordogne. Périgueux, 1914, 
in-4* de 12 pages; extrait du Bull, de la Soc. hisl. du Périgord). Voici 
d'abord toutes les espèces d'instruments lithiques, grattoirs avec 
d'infinies nuances, rabots, tarauds, burins, percoirs, percuteurs. Et 
voici ensuite, sur une pierre, la figuration d'un cheval, à la croupe 
d'une courbe singulièrement gracieuse. Même dans leurs essais, les 
hommes de ce temps avaient un regard et une main incomparables. 
Il y a aussi d'autres figures encore indéterminées. 

Au théâtre de Lillebonne. — Les Notes arcliéologiques de M. Léon 
de Vesly (Rouen, Gy et Laine, 191/i, in 8° de 54 pages; extrait de la 
Soc. d'Êm., iqi3) intéressent, outre le Moyen-Age, l'Antiquité gallo- 
romaine par ce qu'elles renferment sur le théâtre de Lillebonne, dont 
M. de Vesly est l'infatigable explorateur, je dirais volontiers l'apôtre. 
Il y a là des détails sculpturaux et des constatations architecturales 
d'un réel intérêt. A signaler surtout (et M. de Vesly est expert en ces 
choses d'architecture) la reconstitution de la corniche d'angle, qui 
avait frappé Déchelette : car je sais que ces Notes ont été peut-être la 
dernière lecture archéologique qu'ait faite Décheleltc 

Le Manuel de Déchelette. — La III e partie du tome II, consacrée à 
l'époque de La Tène (Second âge du fer ou époque de Lu TèneJ a paru 
en juin 191/1. Il renferme vin et 781 pages, paginées de 910 à 1694, 
35a figures dans te texte, 5 planches, S cartes et 1 tableau. Cf. ici, 
1914, p. 4'9 et suiv. 

Comment le latin a conquis la Gaule. — De M. Maillet, dans la 
Revue de linguistique j 191 '1. p. 99-100: 

Deux faits onl été décisifs : d'abord, suivant te vieil otage indo- 
européen, les textes religieux n'étaient pas écrits; le Jour où le pou- 
voii des druides a disparu avec L'indépendance et où Leur situation 

1. Notre A la première, sur le* Aurlgni dhérer eux oonchulow 

a.- m r,ii,i„ Ht. ml ; ic i, 1907, p. Sïi, 



CHRONIQUE GALLO-ROMAtNE -j3 

sociale s'est abaissée, ces textes se sont rapidement perdus, et rien n'a 
préservé les traditions savantes anciennes. En second lieu, l'aristo- 
cratie a été privée de son pouvoir politique, mais elle a gardé toute sa 
situation sociale, toute sa richesse, et, pour maintenir cette situation 
privilégiée, elle s'est rapidement romanisée ; le gaulois qui, au 
moment de la conquête, était la langue une d'une nation de conqué- 
rants, a dû tomber très vite au rang de parlers locaux, différenciés 
suivant les régions et réservés aux classes inférieures de la population. 
C'est par l'aristocratie et par les hommes cultivés que le latin s'est 
imposé à la Gaule. — Il résulte de là que le terme de latin vulgaire 
qu'on emploie pour désigner la langue commune sur laquelle repo- 
sent les langues romanes n'est peut-être pas très propre partout. Ce 
n'est pas par le peuple que le latin s'est répandu en Gaule, c'est par 
l'école, comme la dit il y a longtemps notre regretté confrère d'Arbois 
de Jubainville; et il n'est pas fortuit que 1-5 finale, qui a disparu en 
Italie, ait eu en Gaule une grande vitalité, ou que la diphtongue au 
ait été maintenue : la prononciation scolaire est toujours dominée par 
la graphie. On a vu ci-dessus, p. 88, que les vocabulaires techniques 
n'étaient pas très latins en Gaule. C'est des gens cultivés que le latin 
a passé à l'ensemble de la population; la chose résulte manifestement 
de l'histoire du pays et de ses institutions à l'époque impériale — Ce 
n'est pas un fait isolé. Si l'on pouvait suivre l'histoire des substitu- 
tions de langues, on les verrait en général se faire par les classes 
supérieures de la population, et ceci explique bien des choses dans 
l'histoire des langues. » 

Quaternaire primitif dans le val de Loire. Étude morphologique 
due à M. le capitaine Bourlon (Industrie des alluvions du bassin moyen 
de la Loire, dans les Mém. de la Soc. des Ant. du Centre, t. XXXVI, 
19 i3; cf. même recueil, t. XXXIV). Aux époques chelléenne, acheu- 
léenne et moustérienne, «l'évolution industrielle s'est développée 
d'une façon identique dans le Centre et le Nord de la France ». 

Topographie d'Avaricum. — Pour se rendre compte du caractère 
« aquatique » de cette cité, voyez les vieux plans reproduits et com- 
mentés par M. le commandant Chenu (même recueil, p. i3i et s.). 

Folk-lore en temps de guerre. — La guerre actuelle, comme toutes 
les guerres, a déterminé, dans l'ordre de la mentalité populaire, une 
recrudescence : r de prophéties ; a" de superstitions ; 3° de contes popu- 
laires. Il importe d'examiner de près ces contes populaires : cela nous 
permet de saisir sur le vif comment ils naissent de faits actuels insérés 
dans des cadres permanents. Voici ces faits et ces cadres : i" les secours 
venus de loin (les Russes, d'Arkhangel en Kcosse et de là en Flandre; 
les Japonais en Adriatique); 2° les engins mystérieux (turpinile, la 
flèche d'avion traversant les murailles, les obus aux trouées de 
100 mètres); 3 n l'intervention des animaux (le taureau contre une 



74 REVl E DES ÉTUDES ANCIENNES 

section d'Allemands, les éléphants des Hindous, le chien noir etle chien 
espion, la chèvre blanche de l'espion, la mort du vieil aigle, les 
colombes du généralissime); 4" les morts tragiques (une compagnie 
détruite, « sauf un pour raconter le désastre » [c'est la clausule habi- 
tuelle], empoisonnement des blessés); 5° les chefs mystérieux (le 
kronprin; dans un château des environs de Mont-de-Marsan, le même 
masqué, le même malade et masqué [cf. ce que Voltaire dit du 
Masque de Fer], le même mort et ses funérailles ; Guillaume dans un 
souterrain de château français); 6° les grandes trahisons (des engins 
dans des caisses de Maggi ; Maggi empoisonnés ; 2 millions passés en 
auto aux Allemands); 7 les morts vivants (Pie X vivant et gardé en 
Allemagne comme otage) ; 8° les conversions (un grand chef refaisant 
la promesse de Clovis [cf. Grégoire de Tours]) ; 9 les lieux-dits (la 
tranchée, le trou, le fauteuil du kronprinz : remarquez la prépondé- 
rance de son rôle dans le folk-lorc); io° les exploits surhumains 
(Garros contre un zeppelin); n° monstra in caelo (l'épée flamboyante 
au crépuscule du 6 août; l'étoile tricolore de janvier- février) ; 12 les 
métamorphoses (Guillaume en chien noir): i3° entrevues et entretiens de 
chefs (Poincaré et Guillaume ; les deux généraux ; le général et l'évêque 
[je ne donne pas les noms]; i4° les grandes querelles (Guillaume et ses 
filsjetc.).— Résumé d'une leçon au Collège de France, 8 janvier 19102. 

Table de pierre trouvée à Alésia, avec piédestal figurant un dieu 
(Lare?); Espérandieu, Acad. des Inscr., C. r., juillet 191 4, p. 457 et s. 

Les médecins de Marseille. Clerc, même recueil, p. 461, publie 
l'inscription grecque trouvée à Marseille : 

Et M. Clerc se demande s'il n'y aurait pas 

un rapport entre ce personnage et le célè- 

-~..~. „.-^~ bre médecin Arruntius, dont parle Pline 

(\\I\, 7-8), et si ce dernier ne serait pas 

un membre de l'École médicale de Marseille. 

Survivances de styles archéologiques. — Ac. des Insc, C. r., 
juillet 1914, p. 466 et s. Dans un article des plus importants, 
M: Brutails montre : r que le roman a empiété sur le gothique dans 
le Bordelais jusqu'au un siècle ; j' que les vieilles traditions gothiques 
y ont survécu dans les chantiers jusqu'au \\m Biècle. «Il faut 
apporter une extrême prudence à la classification chronologique des 
('•dilices, et on ne saurait les étudier de trop près avant de les dater. » 
Et <'cla <\st encore plus vrai pour les temps préhistoriques, <>ù les 
courants de civilisation étaient -ans aucun doute moins Intensi 
moins rapides qu'au Moyen-Age. 

la peut l'expliquer per deui motlb (il n'j 1 paa de loluttoo ilmple en 
folk-tore) 1 1 nMereefda kronprUw, 1 I <■ tendance innie de populaire a pré! 

barlemagne, Hercule ;'i Jupifc 1 
1 j> ml Paul Courteaultdea aombreui foili qu'il m'a lignaléi a 

ce pr<i 



CHRONIQUE GALLO-ROMAINE 76 

Têtes coupées. — Nous ne pouvons que nous féliciter de voir 
M. de Gérin-Ricard enquêter sur les antiquités de Die, ville si riche en 
surprises. Il publie un bas-relief avec trois têtes, deux à calottes 
et une barbue, toutes les yeux clos. Cela lui fait songer aux tètes 
d'Entremont, de Nages, de Montsalier. Il faudrait les voir de près pour 
affirmer qu'elle ne sont pas médiévales. Si elles rappellent aussi le 
groupe de Noves, cela m'inquiéterait : ce groupe n'est pas antique 
(Espérandieu, n° 121). Il nous eût fallu Adolphe Reinach pour étudier 
ce monument (cf. Revue, 1914, p. 282). De Gérin-Ricard, Sculptures et 
inscriptions antiques de Die, extrait du Bull. arch. du Comité, 191 3; 
1914, in-8° de 1 1 pages. — J'hésite encore plus à me prononcer sur le 
double buste d'en haut de la planche. 

Inscriptions de Die. — Dans cette brochure, M. de Gérin-Ricard 
publie des inscriptions intéressantes : 

A VITI SERVAtI PIT 
ROVDI IVLIA POTITI 
VXOR ET AVITA FILIA 

Si la lecture est juste, Pitroudus ou Pilroudius doit être l'équivalent 
celtique d'un Quart- romain. Mais le nom est-il celtique ou italiote? 
Là est la question pour tous les noms en pelr-. Petronius est italiote; 
Petrosidius l'est également, il n'y a pas de doute, vu l'origine des inscrip- 
tions qui le mentionnent, et Vaquilifer de César. L. Petrosidius (V, 3-.5), 
était un Sabin ou un Ombrien. J'hésite pour Petrusonius, qui est de 
Valence (XII, 1777). Le potier Petrullus (Holder, II, c. 980) est plutôt 
gaulois. — Ces noms et d'autres montrent l'habituelle parenté entre le 
celtique et l'ombrien, plus forte, je crois, que quelques linguistes 
ne l'admettent à l'heure présente. 

Autre inscription : 

iVCVNDIVSC 

VERTINIFMACER 

MOTTMARAM*VOTI 

////ATRI////V/////VS 
INAVMONA V F 

Il \ a là des noms celtiques : mais lesquels? 

Le corps chez les Gaulois. — D r Hœfler, Zur Somatologie der 
Gallo-Kelten, dans Archiv jiir Anthropologie, 191 3, p. 54 et s. J'ai lu 
trop vite ce travail pour le bien comprendre. Il y est question de la 
manière dont les Gaulois se représentaient leur corps, désignaient 
leurs maladies; il y des images de Celtes, des textes, des mots du 
vocabulaire celtique. Je ne vois pas très clairement les résultats. 

Bronze gravé. — Espérandieu, dans Revue archéologique de 1914, 
p. 336, à propos d'un manche de simpulum du musée de Rouen. 



-j6 REVUE DES ÉTUDES APJCIE?l>KS 

Les fouilles de Roussillon (cf. Revue, igi4, p. 96). — Je me 
permets de dire désormais Roussillon, et non Castel-Roussillon, pour 
désigner Ruscino et son héritière moderne. — Dans un beau livre, 
plein de faits et d'images (Le bilan des fouilles de Ruscino, in-8° de 
2^4 pages. 4g gravures; Perpignan, Cornet, igi4), M. Henry Aragon, 
conservateur du Musée de Perpignan, nous donne un relevé des 
fouilles devenues célèbres, de M. Thiers, son maître et ami. Le présent 
volume se compose de cinq parties : résumé des fouilles, faits 
politiques qu'elles révèlent, les bronzes, questions topographiques, 
objets divers et en particulier préhistoriques. M. Aragon nous 
annonce deux autres volumes, l'un sur la céramique, l'autre sur la 
vie coloniale à Roussillon, colonie latine (ou romaine : la question 
demeurant encore incertaine, je conseillerais à M. Aragon de 
supprimer le mot latine). Tout cela fera une monographie com- 
plète, qu'on pourra rapprocher de celle de M. Clerc sur Aix. Rous- 
sillon sort enfin du discrédit ou de l'oubli. M. Thiers n'a pas fait 
seulement œuvre d'archéologue, mais aussi de patriote. Il a vrai- 
ment ressuscité une vieille capitale ibérique et romaine, une ville 
antique qui a été un des centres les plus actifs de la civilisation dans 
la Gaule du Midi. Et M. Aragon expose à merveille les résultats de 
cette enquête sur le sol. Nous reviendrons plus longuement sur cet 
ouvrage et sur Roussillon quand tout aura paru. 

La date de l'arrivée des Celtes. — Vers le milieu du vi* siècle : 
les Celtes ont apporté les fibules à ressort bilatéral, et dans les fouilles 
du camp du Château, prè6 de Salins, dans le Jura, la couche à fibules 
de ce genre renfermait des débris de vases grecs de la fin du vi' siècle. 
Ne pas oublier que, vu son importance, cette région de Salins a dû être 
une des premières occupées. Je n'ai pas besoin de dire à M. Viollier 
combien je suis d'accord avec lui. — Viollier, Les Celtes sur le Rhin, 
extrait de Festgabe fur Hugo Blumner, Zurich, 191 4, p. 26 1 et suiv. 

Archives suisses d'anthropologie générale. Cf. Revue, tgi4, 
p. 388. — Suspendue momentanément par suite des événements que 
L'Europe traverse, cette publication, reçue avec sympathie par le 
monde scientifique, va continuer à paraître, et on met sous presse le 
n' 3, dont voici le sommaire (ce numéro renferme Vi illustrations) : 
Eugène l'itt.ird (Genève), Anlhn>f>nl<>gie de la Suisse : I. Nouveaux 
crânes lacustres de r époque néolithù/uc et de l'ùye <lu bronze; II. Crânet 
de. rage du fer (avec 8 illustrations); Schulz (Zurich), Linjhiss der 
Sutura occi/nialis transversa ouf Grotte und Form des Occipitale und 
des ganzen Qthirntchàdett (avec 1 illustration); Tschumi (Berne), Dot 
llockergrab von Niederriedfl rtitboÀm) A/. />V/vi(avec '4 illustratioi 
Paul Vouga (Neuchâtel), LetdernièretfouiUet </<• in Tène (avec i\ illus- 
trations). 

C. .H LLIAN. 



BIBLIOGRAPHIE 



S. Molinier, « Les Maisons sacrées » de Délos au temps de [indé- 
pendance de Cile, 314-166 avant J.-C. (Bibliothèque de la 
Faculté des Lettres de C Université de Paris, t. XXXI). Paris, 
Alcan, igi4; i vol. in-8° de 107 pages, 5 francs. 

Apollon possédait à Délos un certain nombre d'immeubles, dont 
l'administration incombait aux hiéropes, intendants de la fortune du 
dieu. A l'aide des pièces comptables que ces magistrats établissaient 
annuellement et dont d'importants fragments nous ont été conservés, 
S. Molinier s'est proposé d'étudier l'histoire des maisons sacrées pen- 
dant la période de l'indépendance délienne (3i4-i66), de déterminer 
les obligations qui incombaient tant au bailleur qu'au preneur de ces 
maisons, enfin de préciser l'importance relative de cette source de 
revenus. Son travail, entrepris sous les auspices de G. Glotz et présenté 
à la Faculté des Lettres de Paris pour l'obtention du diplôme d'études 
supérieures d'histoire et de géographie, l'emporte de beaucoup sur la 
plupart des dissertationes qui, en Allemagne, valent à leurs auteurs 
le titre doctoral. 

II. Molinier reconnaît avec modestie que « le sujet n'est point 
entièrement neuf». Mais, depuis l'époque déjà lointaine où Th. Ho- 
molle y consacra quelques pages fort pleines (Bull. Corr. hell., XIV, 
p. 433 et suiv.), des documents nouveaux ont été exhumés et publiés. 
Des corrections et des précisions nécessaires ont été apportées aux 
vues exposées par M. Homolle; mais elles étaient introduites en 
manière d'amendements successifs, dans des commentaires de textes 
où des questions fort diverses étaient débattues. Aussi risquaient-elles 
d'échapper à l'attention. If. Molinier lui-même m'en fournit la 
preuve : il querelle F. Dùrrbach comme tenant d'une thèse fautive sur 
la constitution des garants (p. 63 et suiv.): mais si F. Dùrrbach 
avait erré en igo5, il a reconnu en 191 1, tout comme E. Schulhof 
en 1908 et M. Molinier en 1913, que les locataires devaient fournir des 
cautions annuelles (Bull. Corr. hell., XXXV, p. 25-a6). 

Il faut donc savoir gré à M. Molinier d'avoir détaché, dans les actes 
des hiéropes, les chapitres particuliers relatifs aux maisons sacrées, 
Rev. El. anc. G 



7° REVUE DES ETUDES ANCIENNES 

de les avoir scrutés et de nous avoir donné, dans un travail systé- 
matique et dans des tableaux dressés avec soin, les résultats de son 
examen. Je ne puis m'attarder à toutes les menues découvertes qu'il 
a faites au cours de ses recherches : identifications de maisons dont 
les noms varièrent, rectifiai tions de dates, etc. Mais voici des conclu- 
sions d'importance. M. Ilomolle estimait qu'à Délos le prix des loyers 
avait subi, au cours du in* siècle et dans les premières années du 11% 
un hausse progressive qui s'expliquait tout naturellement par l'impor- 
tance croissante de l'entrepôt délien. En fait, le phénomène est plus 
complexe: on constate des hausses et des baisses successives; la 
hausse la plus notable se produit en 246 et c'est à peine si, en 179, on 
revient au chiffre alors atteint. Nous sommes à peu près incapables 
de découvrir les causes de ces variations. Du moins reste-t-il acquis 
que la valeur locative de la propriété bâtie, très faible à la fin du 
iV siècle, s'accrut singulièrement par la suite. Ainsi les hiéropes, par 
des réparations et des transformations appropriées, voire même 
par des achats nouveaux, purent faire une véritable industrie de ce qui 
n'était d'abord qu'un moyen d'utiliser les immeubles possédés par le 
dieu. J'ajoute — et je montrerai ailleurs — que les magistrats athé- 
niens qui remplacèrent les hiéropes en 166, me paraissent avoir été 
plus habiles que leurs prédécesseurs à tirer parti de cette source de 
revenus. 

Sur un point accessoire, la démonstration de M. Molinier n'emporte 
point la conviction. Selon lui, tandis que le bail du fermier est rompu 
de plein droit en cas de décès, les héritiers du locataire seraient tenus 
par le contrat que celui-ci avait passé (pp. 53 et 91). En réalité, les 
quelques faits allégués peuvent tous être interprétés dans l'hypothèse 
que les héritiers sont autorisés à se substituer au défunt dans son bail 
et dans ses droits. En cela, le régime de la propriété bâtie ne diffère 
en rien de celui de la propriété foncière (cf. Bull. Corr. hell.. \l\ 
p. 43a, n. 1). 

Je signale quelques vétilles. L'auteur du grand article sur Délos 
dans la Realcncyclopùdie de Pauly-Wissowaesl N . von Schoefieretnon 
point Waser (p. G). — L'inscription IG t XII. 5, n. la, ne prouve 
point qu'on consacrait des immeubles aux divinités (p. 1 >. n. a), oïxoç 
n'étant nullement L'équivalent d'obfa. — Je ne comprends pas com- 
ment a été obtenu 1«- total des loyers pour L'année de Stésileoa II (p. 
je corrige bien i3iaa 1/4 en i3ia drachmes a oboles i/4; mais mon 
addition me donne ia54 dr. -j <>l>. i/4 et c'esl précisément le chiffre 
qu'a déjà Indiqué F. Dûrrbach {Bail. Corr. hell., \\\\ , p. 78). Entre 
le texte donné par E, Schulbof et le texte amendé qui devait figurer 
dans /'-. SU, 3, je ne note qu'une divergence : maison --.:.; rôt 
\l\ dr. au lieu de 

P. ROI SSEL. 



BIBLIOGRAPHIE 79 

Fr. Cumont. Comment la Belgique fut romanisée (extrait des Anna- 
les de la Soc. roy. d Arch. de Bruxelles, t. XXVIII . Bruxelles. 
Vromant. 191 \: in-4° de 121 pages, avec 69 gravures. 

II. Franz Cumont vient de nous donner, sur la Belgique romaine, 
le livre d'ensemble qui nous manquait : livre de vulgarisation, évidem- 
ment, mais où l'érudit trouvera tout ce qu'il exige d'un travail scienti- 
fique, une connaissance immédiate des textes, des inscriptions et des 
monuments, une riche bibliographie (précieuse pour nous, à qui les 
travaux belges sont si souvent inaccessibles), des images en nombre 
fort bien exécutées, un commentaire sobre, sûr, écrit avec élégance et 
clarté, riche en faits nouveaux et en remarques bien venues. — Je 
résume les idées principales dans l'ordre où elles se présentent. — 
Étude sur les circonscriptions : « Il en résulte, fait capital, que la 
civilisation de notre pays, contrairement à ce qui la caractérise de 
nos jours, était alors une civilisation essentiellement rurale, non de 
bourgeois, mais d'agriculteurs, non de villes, mais de villas (p. 10). » 
— La question des routes : voyez p. 12, note sur l'empierrement de 
la chaussée du Diable dans le Luxembourg; «la grosse artère » était 
la chaussée rectiligne de Bavai à Maestricht (p. iG). — Le voisinage 
des légions et son influence sur «les campagnes belges » (p. 21). — 
Commerce : concurrence heureuse des Syriens aux negotlatores Italici 
(p. 2A). — Navigation: voyez les travaux des ports, par exemple le 
bâti à pilotis jeté sur la tourbe de Zeebrugge (p. 28). — Blé du 
Hainaut et du Brabant ip. 32); les saunières des Ménapes et Morins 
p. 3i : le lin. dont la culture remonte au néolithique (p. 35) ; la 
laine, le fer, le charbon de bois, les scories de la forêt Charbonnière, 
détails fort importants, empruntés en partie àTatien (p. 36-g). — P. 39 
et s. : les villas, sujet capital pour la civilisation de la Belgique 
romaine, plans, décoration; excellents clichés inédits. — P. 48 et s. : 
l'ameublement; ici encore, la Belgique offre des objets de tout pre- 
mier ordre, qui me seraient restés inconnus sans M. Cumont (coupe 
d'ambre, lézard en cristal de roche, etc.). — P. 69 et s. : bière, vin. 
fruits divers, importance de la pomme dans les milieux celtiques ou 
belges (cf. fig. 37). — Organisation industrielle: ici, remarque très 
importante : « Les grandes villas devinrent des centres de production 
où une série d'ateliers occupaient une quantité d'esclaves et de jour- 
naliers et pourvoyaient une clientèle étendue (p. 65). » — P. 66, les 
vases de Castor, « peut-être britanniques »: la céramique belge; l'in- 
dustrie verrière, tributaire des Syriens de Cologne depuis le temps de 
SiNère (p. 721 : travail des bronziers (p. 77) : le travail du laiton se déve- 
loppe chez les Tongres, origine de la fameuse dinanderie ; la têteen fonte 
creuse de Dion (p. 79); les émaux d'Anthée (p. 80); le bol polychro- 
mique de La Plante (p. 81). — P. 83 et s. : sculpture funéraire, scènes 



80 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

de la vie privée, le réalisme des Pays-Bas opposé à l'idéalisme de 
l'Italie (p. 87). — P. 89 et s. : éducation, écoles (fac-similé d'encrier), 
progrès da latin, influence des dieux classiques, quelques dieux 
locaux, dieux orientaux, cultes magiques et astrologiques; « le 
cavalier foulant aux pieds de sa monture un géant anguipède repré- 
sente symboliquement la barbarie germanique (p. io4) » '. — P. 100 : 
la fin du bel Empire. c jtjllIAN. 

Henri-F. Secrétan, La propagande chrétienne et tes persécutions. 
Paris, Payot, 19 1 4 ; 1 vol. in-18 de 210 pages. 

Le livre donne plus que ne promet le titre : des réflexions ingé- 
nieuses sur la propagande, sur les persécutions, sur les origines 
même du christianisme, entremêlées de confidences sur la religion, 
sur la philosophie, sur le pacifisme, où se dévoile une âme. 

11 y avait antagonisme essentiel, quasi irréductible, entre l'Église 
et l'Empire : et voilà la cause des persécutions. Idée juste, que 
M. Secrétan présente de façon originale. Mais n'outre-l-il pas quelque 
peu? L'emploi qu'il fait de Tertullien m'inquiète : a-t-on bien le droit 
de voir toujours en celui-ci un représentant autorisé de l'Église? La 
même outrance apparaît dans les vues présentées çà et là touchant la 
genèse de la foi nouvelle. M. Secrétan semble adopter en bloc les 
théories récentes qui ont souligné l'importance des facteurs apocalyp- 
tiques dans la genèse du christianisme. Loin de moi l'idée de mécon- 
naître les services qu'elles ont rendus : le livre V de saint Irénée 
m'est présent à la mémoire. Mais comment simplifier à ce point? 
Peut-on croire vraiment que la prédication de Jésus se réduisait à nier 
L'État et le service militaire, le mariage et la famille, en prévision de 
la catastrophe prochaine? Peut-être la question militaire n'a-t-elle pas 
eu toute l'importance que lui attribue M. Secrétan ». L'étude des pre- 
miers cimetières romains ne suggère pas que l'Église ait trouvé parmi 
les pauvres ses premières recrues : il s'en faut, et de beaucoup! Kt 
l'histoire des Acilii, des Flavii, des Pudcntes, confirme ce qu'elle sug- 
gère. Si saint Ignace supplie ses amis de Home, avec l'ardeur qu'on 
sait, de ne pas lui envier le martyre, n'est-ce pas qu'il avait donc dea 
amis « bien en cour »? Et, si mes souvenirs ne m'abusent, de quel 
accent sainl Clément ne prie-t-il pas pour les empereurs? La foi chré 
tienne ne supprime pas la diversité des (mes. S'il en est qui Q'imagi- 

1 Bar ce point, je ne peux être d'accord avec m Cumont, cf. Revo*, nu.'*, p. 83 
et Sis. I.e monument d'Y/eurcs nv-t pa» « 1 1 1 ii'ui la marne ohose (EepérandioUi 
Recueil, - , c'est un temple, et nos colonnee ne sont pas des temples; il 

présente une | unis, le cavalier oe combat pas le 

l l'tnai ripUbn d > teurei fait allusion à des événements connus, ri il n'y a pas 
d'allusiom ■ plgraphlques sur les colonnes d'anguipèdes. 

1 m r, (ude de 11.1t h... k. 



BIBLIOGRAPHIE 8l 

nent l'Église que le poing tendu, il en est, il y en a toujours eu d'au- 
tres pour rêver d'une Église aux bras largement ouverts. Je ne nie pas 
Tertullien. Je rappelle saint Justin, et Clément d'Alexandrie, et Ori- 
gène, et tous les gnostiques. Je rappelle Méliton. Je rappelle l'art 
chrétien des catacombes : dans la fresque du printemps, à Domitille, 
est-ce des amours, est-ce de petits anges qui enchantent nos regards? 
Impossible de ramener à une négation le plus primitif christianisme ■. 
Le livre, on le voit, provoque d'abondantes réflexions. Mais si les 
idées de l'auteur appellent certaines réserves, quel respect, quelle 
sympathie ne commande pas la noblesse de son àme ! Je ne sais au 
juste quelle parenté l'unit à l'illustre auteur de la Philosophie de la 
Liberté : il ne m'étonnerait pas qu'elle fût très étroite. Même souci des 
problèmes de la vie morale: même passion métaphysique; même 
désir d'utiliser ce que l'on croit pouvoir garder de l'Évangile ; même foi 
pacifiste; même rêve de concilier le génie de la France avec celui de 
l'Allemagne. Je me rappelle très nettement encore — bien que le sou- 
venir ait quelque vingt-cinq ans d'âge — quelle impression produisit 
en moi une première lecture de Secrétan : avec quel art ne savait-il 
pas vêtir de belle et claire prose française une pensée intimement 
germanique? Son homonyme, son parent, son fils peut-être déplore 
aux dernières pages de son livre « la préoccupation constante de la 
guerre » qui sévissait «en Allemagne et en France» (p. 201 )... Hélas ! 
je crains qu'une inexactitude ne dépare cet essai si attachant. « En 
France», la «préoccupation de la guerre » fut-elle si «constante» ? 
Au fond de la cave où j'écris, sous les ruines d'une splendide école, 
tandis que les obus sifflent au-dessus de ma tête, je me rappelle les 
spectacles d'horreur que mes yeux ont vus. et que, malgré le courage 
de nos hommes, aoooo kilomètres carrés de territoire français attendent 
encore, au début de ce huitième mois de campagne, la même déli- 
vrance que l'Alsace-Lorraine. niTc-mium 
1" mars 1910. Sur le front. 

C. Bicknell, t guide lo Vie prehistoric Bock Engravings in Ihe 
Italian Maritime Alps. Bordighera, Bessonc. ioi.'î: in-'r de 
110 pages, (5 planches. Prix : 10 francs. 

M. Glarence Bicknell s'est fait l'explorateur passionné des gravures 
célèbres du monte Bego et du lac des Merveilles. Et, à vrai dire, 
encore qu'on en ait parlé dès le xvn* siècle, c'est lui, véritable- 

1. Comment se fait-il que M. Secrétan ne parle jamais ni de Jésus, ni de l'Évangile, 
— et presque jamais d'Eusèbe? Ya-t-il pas idée qu'au lieu de parler des persécutions, ou 
de la propagande, en bloc, il ne serait pas inutile de distinguer des périodes au cours 
des trois ou quatre premiers siècles? — L'opposition qu'il établit, apn-- d'au 
'•iilre le document historique et l'œuvre de foi ne d<ri\e-t-elle pas au un 

peu trop simplistes ? Le n document» pur de toute * foi * n'est-ce pas une cliiu. 



8a REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

ment, qui les a découvertes, si découvrir c'est faire connaître exacte- 
ment, et c'est définir scientifiquement. 

On sait en quoi consistent ces gravures. Elles se trouvent dans la 
région des Alpes voisine du col de Tende, à des hauteurs considé- 
rables dans la montagne, et en nombre si intense, qu'on a pu les 
évaluer à plus de 12,000. Leur époque est sans nul doute la première 
phase de l'âge du bronze, comme le montrent les armes sculptées. — 
Et tout de suite, de leur date seule sort leur importance. 

Qu'on se souvienne que ces premiers temps du bronze ont été, à 
notre connaissance, les plus secrets, les plus anonymes de L'histoire 
de l'Europe. C'est peut-être l'époque où, semble-t-il, l'homme a le 
moins exprimé sa pensée par l'écriture ou le dessin. C'est peut-être 
l'époque où sa personnalité disparaît le plus derrière les instruments 
qu'il a laissés. — Or, grâce à ces gravures, nous le voyons au travail, 
avec sa charrue, ses bœufs, sa hache. Toute une civilisation mysté- 
rieuse reparaît sous nos yeux, comme le monde gaulois avec ses 
bas-reliefs sépulcraux, le monde magdalénien avec ses peintures 
rupestres. 

Mais il y a entre cet art gravé du bronze et ces peintures une 
énorme différence. Les peintures des grottes sont des merveilles 
d'exactitude et d'expression. Les gravures alpestres sont incertaines, 
inexactes, enfantines, le plus souvent schématiques. Les populations 
à qui elles sont dues étaient absolument incapables d'une velléité 
artistique, illitteratœ, comme aurait dit le vieux Caton de leurs 
descendants ligures. 

Et cependant je ne peux m'empêcher d'insister sur cette compa- 
raison entre les gravures italiennes et les peintures magdaléniennes. 
L'artiste paléolithique a multiplié à l'infini les images de ses bêtes 
favorites; le graveur du monte Bego a multiplié à l'infini les ima 
de ses bœufs et de ses attelages. Pour l'un et pour l'autre, le dessin 
a donc été l'expression d'une même pensée, allant, chez l'un à des 
bêtes de chasse, chez l'autre à des bêtes de labour. 

Cette civilisation des premiers bronzes était bien essentiellement 
agricole. Nulle part, que je sache, je ne trouve réunis, en aussi grande 
quantité, des dessins de labourage. Le labour, la charrue, c'était 
donc la pensée maîtresse des hommes d'alors. Et voilà le caractère 
fondamental de ces temps du bronze qui apparaît à nos yeux. Je dirai 
volontiers que L'humanité n'a jamais traversé une période plus fonciè- 
rement agricole. 

D'où venaient ces graveurs de bœufs? Derrière Leurs dessins, il 
faudrait retrouvai leurs champs et Leurs emblavures. A l'arrière-plan 
du monte Bego, j'aperçois une verte étendue de champs culth 
loin dans la plaine au pied des Alpes. Peut-être j avait-il là quelque 
sanctuaire, lac ou sommet vers lequel convergeaient les laboureurs de 



CHRONIQUE DES ETUDES ANCIENNE? 83 

nombreuses tribus. Je doute qu'ils y menassent leurs bœufs. Ils en 
apportaient du moins l'image avec eux. Et, dût-on trouver la ressem- 
blance forcée, cet amoncellement de cornes gravées sur les rochers 
alpestres ma rappelé l'entassement des bœufs dans la grande place 
d'Àutun, le jour de la bénédiction des troupeaux. 

Que M. Bicknell soit remercié de ce travail. Grâce à lui, c'est tout 
un âge de l'humanité qui revit. Ce que nous savions de ces gravures 
était disséminé dans vingt brochures très peu accessibles. Voici main- 
tenant un corpus complet de tout ce qui les concerne, un abondant 
répertoire de toutes leurs espèces, un guide sûr à travers le dédale 
des rochers qui les portent, un aperçu de toutes les hypothèses qu'elles 
ont provoquées. Et tout cela, présenté avec clarté, et avec cette 
modestie conciliante et patiente qui est le caractère de M. Bicknell. 

C. JULLIAN. 



CHRONIQUE DES ÉTUDES ANCIENNES 




Le coq de Phocée. — Depuis sa création, en 1899, notre Revue des 
Études anciennes avait comme vignette, pour sa feuille de titre et sa 
couverture, une reproduction de la Dame d'Elche, 
qui lui était commune avec le Bulletin hispanique. 
Nous avions souvent cherché un ï-'.zt i \j.x qui nous 
fût propre. L'année dernière, après sa dramatique 
campagne de fouilles à Phocée ', M. Félix Sar- 
tiaux me remit une photographie, prise par lui, 
du bas-relief représentant un coq, dont l'original 
est conservé au musée de l'École évangélique de 
Smyrne et dont un moulage fut offert, par les 
Anciens de Fokia, aux habitants de Marseille, 
lors des fêtes du XXV' centenaire de la fondation de cette ville ». Il nous 
parut que cette œuvre, provenant de la côte phocéenne, répondait 
entièrement à notre dessein. 

D'une part, en effet, elle établit un lien entre la célèbre métropole 
ionienne, qui fut l'un des plus beaux foyers de rayonnement de la 
civilisation grecque, et sa non moins glorieuse, non moins vivante 
colonie de notre littoral méditerranéen. D'autre part, elle est, dans le 
plus formidable cataclysme qui ait jamais bouleversé le inonde, un 

1 . Voir la Revue des Deux Mondes du iâ décembre 1914. 

a. Cf. F. Sartiaux, De la nouvelle à l'ancienne Phoeie, p. 34 (conférence que nous 
avons signalée dans notre dernier fascicule, t. XVI, p. 673). 



84 REVUE DES ETUDES ANCIENNES 

symbole d'allégresse, de confiance et d'espoir. Ce sont les raisons qui 
nous l'ont fait choisir. Notre science historique française peut se 
réclamer de l'emblème qui exprime les autres énergies du pays. 
Ghantecler, plus que jamais, se tournera vers l'aube pour le vigilant 
salut à la lumière. Georges RADET. 

Nos morts. — Comme il nous faudra travailler, à nous qui restons, 
pour remplacer ceux qui sont partis à tout jamais ! Voilà Anziani 
disparu, lui qui s'était élancé de toute sa jeunesse ardente et ouverte 
à la conquête de la science étrusque : archéologue, linguiste, connais- 
sant bien le sol et les textes, il eût pu réussir là où tant d'autres ont 
échoué. Voilà Boudreaux tué, lui, plus calme, plus lent, mais d'une 
Finesse de philologue incomparable ; son édition d'Oppien, son volume 
sur les Astrologues grecs faisaient de lui le premier helléniste de sa 
génération, et le désignaient pour être parmi les premiers de notre 
science française : il savait si bien réfléchir sur les textes ! il était si 
éloigné de cette hypercritique acharnée à les détruire ! il eût ramené 
notre jeunesse à la prudence, à la tradition, à la raison. C'est à nous 
de dire d'eux ce que nous aurions voulu qu'ils disent de nous : ils 
sont morts, nous léguant des exemples à suivre. Nos élèves nous 
montrent la voie de notre vieillesse. 

La paix de Pouzzoles. — Bon petit travail d'un nouveau venu, 
Raoul Sciama (A propos de la paix de Pouzzoles, Revue arch. de iqi4, 
p. 34i et s.), travail provoqué par une étude de M. Carcopino 
(cf. Revue, iqi4, p- i3a), fait avec soin, méthode, finesse exégétiqur. 

A propos de Marsyas et du droit italique; cf. Revue, 1913, p. 43g. 
M. Adolphe Reinach a bien compris qu'il fallait revoir de très près 
toutes ces questions et ne pas se contenter de paraphraser les explica- 
tions reçues. « On peut concevoir comment Marsyas est venu au cœur 
du Forum, et pourquoi il y a été l'objet d'un telle vénération. Comme 
sa tête était coiffée d'une sorte de bonnet phrygien semblable au pilcus 
que les esclaves portaient au jour de l'affranchissement, il dut évoquer 
pour les Romains l'idée d'un esclave acclamant de sa droite levée 
sa libération. C'est ainsi que l'érection d'une statue de Mars 
sur son Forum devint le symbole de la concession à une cité de ce 
droit italique qui affranchissait la terre provinciale de la servitude. » 
Mais il s'agit de savoir si le rapport entre Le jus italicum et Rfarsyaa 
est bien certain. Adolphe 'Reinach, L'Origine du Marsyas du Forum. 
in-8* de- 17 pages; extrait de hlio, l. XIV, 1 9 1 4 - (',. .1. 

mari Î9i5. 

l.t Direeteur- Gérant: Gsoaosa i;\i>i 1 



Bordeaux. — Imprim< I lUiOl • me Guiraadi 



DOCUMENTS ET QUESTIONS LITTÉRAIRES 



ARISTOPHANE DE BYZANCE 
ET SON ÉDITION CRITIQUE DE PLATON 

Diogène Laërce nous apprend qu'Aristophane de Byzance 
avait disposé par trilogies quinze dialogues de Platon ». Nauck 
rapporte ce classement aux Hzbc zohq KaXXqjMt/ou Ktvoxaç : Aristo- 
phane, d'après lui, aurait ordonné les œuvres de Platon comme 
bibliothécaire, non comme éditeur, et les trilogies auraient 
été mentionnées dans ses Additions et corrections au catalogue 
de Callimaque 3 . On peut estimer, au contraire, que ce classe- 
ment suppose une analyse minutieuse des Dialogues, un 
dépouillement et une confrontation des passages divers, qui. 
chez un philologue de cette envergure — et surtout à une 
époque de confusion et d'incertitude sur la valeur des textes 
et sur les méthodes de recension et d'émendation — , devaient 
impliquer ou provoquer l'étude critique des leçons et des 
variantes, et nécessiter l'existence ou la préparation d'une 
édition critique. On sait d'ailleurs qu'Aristophane le grammai- 
rien avait étudié de près les travaux des philosophes, qu'il avait 
abrégé Y Histoire des animaux d'Aristote et que, pour composer 
son recueil de Proverbes, il avait dû parcourir l'œuvre entière 
de Platon. Sur le renseignement certain de Diogène Laërce 
on peut donc fonder l'hypothèse assez vraisemblable d'une 
édition des Dialogues de Platon par Aristophane 3 . 

Mais la vraisemblance de cette hypothèse s'accroîtrait singu- 

i. D. L., III, *i-6a. 

j. A. Nauck, Aristophanis Byz.fragm. (1848), p. aôo. De même P. Wendland, dans 
VEinleitung in die Altertamswissenschaft de Gercke et Norden, I, p. 4°3;Christ et Schmid, 
Gescn. dergriech. Litt., 5" éd., t. II, p. aoa. 

3. Cette hypothèse a été défendue par Fr. Osann, Anecdotum Homanum (i85i), 
p. ioi-ioa; par L\ v. Wilamowitz Moellendorfl*. FAnlcitung indie griech. Tragûdie (19 10), 
p. i'»5; cf. p i5o: par Fr Sasemihl, Alexandrin. Litt., I, p. V18 et n. 6j; et par Th. 
llomperz, IHatonisclie Aufsdtze, Il (1899), p. \. 

A PB., IV Sliub. — Rev. Et. anc., XVII, 1913, t. 7 



86 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

lièrement si nous pouvions alléguer en sa faveur encore d'autres 
indices. L'étude des signes critiques de certains exemplaires 
platoniciens nous apportera peut-être une preuve de ce genre. 

On retrouve quelques vestiges de ces signes en marge 
de nos meilleurs manuscrits médiévaux, mais si rares et 
dispersés qu'on n'en peut tirer aucune conclusion. 11 nous 
faut recourir une fois de plus à Diogène Laërce, qui nous 
donne l'énumération suivante : « Le y s'emploie pour les locu- 
tions particulières et les figures, en un mot, pour i usage plato- 
nicien; la diplë, pour les doctrines et opinions propres à Platon; 
le y pointé, pour les morceaux de choixet les passages élégamment 
écrits; la diplê pointée, pour les corrections de quelques critiques; 
ïobel pointé, pour les athétèses arbitraires ; i antisigma pointé, pour 
les doubles emplois et les leçons transposées ; le kéraunion, pour 
l'interprétation ' de la philosophie ; l'astérisque, pour l'harmonie 
des doctrines ; l'obel, pour l'athétèse 7 . » Nous espérons montrer 
que, selon toute vraisemblance, ces divers signes critiques se 
rapportent à une édition alexandrine, dont l'auteur serait 
Aristophane le grammairien. 

Les modernes connaissent tout particulièrement les signes 
critiques des éditions homériques, découverts par Villoison 
dans le Venetus A de Y Iliade, avec les scholies fameuses qui 
les accompagnent et dont certaines les expliquent; les plus 
importantes de ces scholies, extraites d'Aristonicos et de 
Didymos, proviennent des commentaires d'Aristarque, l'illus- 
tre disciple et continuateur d'Aristophane de Byzance, et nous 
fournissent des indications précieuses sur les travaux critiques 
d'Aristarque et parfois de ses prédécesseurs 3 . Ces divers signes 

i. Pour ce sons do ivoiyr,, cf. Aristotc, Rhétorique, I, ch, 16 - p. 1876 b u. Je 
dois cette référence k IDOII ami l'aul Etard, qui voudra lacn me permettre de l'en 

remercier ici trèa vivement. 

3. L). L, III, 65-66,— 1.' Ineedotum Caveme, publié par Reifferscheid (Afoin. \ius., 
if 1 1668, p. i3t) et reproduit par Senani {Studien mr Qeteh. des Plai. Textes, 18741 
p. 9 1) ( traduit en latin une partie de cette notice L'ordre dei ligne* n'étant ne» la 
même qu< Il m peul que i>- traducteur n'ait pas eu pour source 

ne, maie un ibrége* analogue à la tout ou indirecte de Diogéne 

1 EteiSem beid, ibuL, p, 1 3 a ) . 

3. Ces seboliei ont 6\é étudiée* par dé nombreux 1 1 nditi, al surtout par K. Lehrs, 

De Arittarrttittii'liis Homtrtoti (liii', I mv. par Ludwicfa 

\ I udM lob, Aristiiirh's IJ'iinrrische Textkritik nuch dm h'ragmenten des Didymus, 1 vol., 



DOCUMESTS ET QUESTION:- LITTERAIRES 87 

critiques sont d'invention alexandrine; apposés sur les exem- 
plaires des éditions savantes, ils renvoyaient, soit à des Intro- 
ductions l , soit à des Commentaires publiés à part (i>-o\j.rr,\j.x-x), 
où se trouvaient groupées en catégories, correspondant aux 
différents signes, les observations sur chacun des passages 
marqués (vers apocryphes, altérés, transposés; vers rejetés, 
corrigés ou déplacés à tort; expressions obscures, ambiguës, 
singulières, caractéristiques de l'auteur ; explication du fond, et, 
en particulier, de la mythologie; jugements esthétiques, etc.). 
L'introduction de l'édition ou du commentaire expliquait 
l'usage des signes. Plus tard, quand on abrégea tous les 
ouvrages d'érudition, ces introductions, réduites à une sèche 
énumération des signes et de leurs emplois, tantôt furent 
compilées dans les ouvrages généraux sur les signes (tel celui 
de Suétone *), tantôt subsistèrent à part (trois notices de ce 
genre, sur les signes homériques d'Aristarque et de son école, 
ont été publiées par Viiloison, Osann et Cramer 3 ). Le passage 
de Diogène Laërce sur les signes platoniciens est analogue 
à ces notices abrégées et se rattache évidemment, lui aussi, à 
une introduction alexandrine. 

D'ailleurs, il est précédé d'indications diverses et quelque 
peu confuses sur le vocabulaire et l'exégèse de Platon, où l'on 
peut reconnaître un autre fragment de la même Introduction '*. 
L'emploi de signes critiques et la forme de la notice repro- 
duite par Diogène nous prouvent donc, tout d'abord, qu'il a 



1. Certaines éditions (par exemple celles des poètes dramatiques par Aristophane) 
ne comportaient qu'une introduction, sans aucun commentaire. — Cf. sur ces édi- 
tions savantes : Osann, 0. c, p. 3i ; Wattenbach, Das Schriflwesen im Mittelalter(Z'éd., 
1896), p. 3 ig ; U. v. Wilamowitz- Moellendorff, o. c, p. i38-i58, et Susemilil, 0. c. 1, 
p. 43<j, n. 7. 

3. Il nous est actuellement représenté par le chapitre 30 du 1" livre des Origines 
rl'Nhlnre et par un Anecdotum Parisinum qu'a publié Bergk. 

3. La première notice avait été découverte dans le Marcianus 483 par Viiloison, 
qui l'avait aussitôt signalée (1781), et la publia en 1788 (en même temps que 
Siebenkees). Osann publia Y Anecdotum Pomanum et Cramer l' Anecdotum ffarleianum, 
beaucoup moins important. — On trouvera tous ces textes, soit dans Osann, 0. c, 
p. 3-8 et 337-334, soit dans Reifferscheid, C. Sueloni Tranquilli praeter Caesarum libros 
reliquiae (1860), p. 137-1W, dans Nauck, Lexicon Vindobonense (1867), p. 371 sqq. <>u 
dans Dindorf, Schol. gr. in Hom. lliadem, I (1870), p. xlii-xlix (sauf Isidore; M 
VAnecd. Paris., seul, dans H. Keil, Grammat. Lut , t. \ II. p. 033-330). 

4 D. L., III, 63-65. Cf. 11. L'sener, Inser Platontext (\achr. Gescllscli. GôUiltQ , 
p. i84-i85. 



88 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

existé une édition alexandrine de Platon, où des signes placés 
en marge renvoyaient probablement à une Introduction gêné 
raie et peut-être, en outre, à un commentaire des passages 
signalés. Et rien n'est plus naturel. Car les philologues 
alexandrins n'avaient pas seulement étudié le texte homérique 
et donné des éditions savantes de Y Iliade et de YOdyssée : ils 
n'avaient négligé ni les autres poètes, ni certains prosateurs; 
Aristophane de Byzance avait édité les poètes lyriques et dra- 
matiques 1 , Callimaque avait rassemblé les œuvres de Démo- 
crite et Aristarque avait commenté l'Histoire d'Hérodote. 

Il nous faut maintenant examiner les rapports des signes 
platoniciens aux signes employés dans les autres éditions 
alexandrines, et nous efforcer de déterminer ainsi l'époque où 
ils furent pour la première fois appliqués au texte de Platon. 

L'obel ( — ), inventé par Zénodote, conservé par ses succes- 
seurs et employé par eux, non seulement dans les éditions 
d'Homère, mais dans toutes les éditions de textes littéraires, 
correspond exactement à nos crochets droits : il sépare du 
texte les vers, et plus généralement les leçons, que les criti- 
ques rejettent comme apocryphes, mais ne veulent pas sup- 
primer complètement. Plus tard, le sens de l'obel deviendra 
plus large et moins précis : l'auteur de YAnecdotum Parisinum 
semble croire qu'Aristarque notait ainsi, outre les vers apo- 
cryphes, ceux qu'il jugeait mauvais et indignes d'Homère; de 
même, pour Isidore, l'obel marque à la fois les répétitions fau- 
tives, et les leçons apocryphes 3 . Au contraire, l'usage de l'obel 
platonicien (ôjfcXoç icpoç rr^ stOfaptv) est absolument conforme à 
l'usage d'Aristarque, de ses prédécesseurs et de ses disciples 
fidèles. L'édition critique de Platon se rattache donc à la pure 



i. Héphestion (nept a^u-dw = éd. Consbrucli. kjoG, p. 73-7G) nous renseigne sur 
les signes métriques qui accompagnaient le texte dei poètot lyriques et dramatiqin >. 
dans les éditions d'Aristophane et d'AlltUrque. Les scholies de OM poèfBM OOmplè- 
tent nos informations. 

a. Aneed. Par. : evenit ut... quottei Improbarenl venu! quasi <iut ma/os aut Don 
Homeii'os, obelO potissime notandiim eiislimnreii*. Naine/ ipsius llomeri pruprios, 
sri non M dignot oudein lia. nota enndeiiinarunt. — Isidore, Orig., I, an : Obaltlt, ld 

■ n^'ula jtOMM, apponitur m verbis vel in srntrntiis superflue iteratis sive In iis I 
nhi lei tio alicpia falsil.it. notât. 1 e-t, ut qutfl Mgittl jugulel Miper\ac -ua itqiM falsa 

confodiat. Nous rsrroni qa«, 1 1 les répétitiotU fautives., les Alexandrins 

< -mplon nt d'autres signes. 



DOCUMENTS ET QUESTIONS LITTERAIRES 89 

tradition alexandrine; elle ne saurait être postérieure aux der- 
niers Alexandrins., Aristonicos et Didymos. 

Mais nous pouvons préciser davantage. Diogène Laërce 
mentionne Yobel pointé (— , trait horizontal entouré de deux 
points), qui dénonçait les athétèses arbitraires, c'est-à-dire 
l'emploi inconsidéré de l'obel par d'autres éditeurs (ôjkXoç 
-zz:iz--yj.ïKz. jcpoç -ràr ï'tiurfouç gOet^aet;). Or, l'obel pointé n'a été 
employé ni par Aristarque ni par ses disciples, mais seule- 
ment beaucoup plus tard, dans les éditions critiques de la 
Bible faites par Origène (et ses successeurs, comme Isidore ou 
Florus 1 ): on l'appelle alors, tantôt obel pointé*, tantôt obel 
simplement 3 , et tantôt lemnisque' 4 ; il sert à marquer diver- 
ses nuances de l'athétèse et, en particulier, les passages super- 
flus de la traduction des Septante 5 , ou bien les cas d'athétèse 
dubitative^. Or, nous savons que, pour l'athétèse, tous les 
Alexandrins usent de l'obel simple. D'autre part, pour noter 
les athétèses arbitraires (par exemple celles de Zénodote), Aris- 
tarque et ses disciples mettent la diplê pointée. Ne pouvant 
descendre jusqu'au temps d'Origène pour situer l'usage pla- 
tonicien de l'obel pointé, il nous faut donc remonter au delà 
d'Aristarque. Si l'édition critique de Platon date de l'époque 
alexandrine, et si l'usage de l'obel pointé ne se rencontre ni 
chez Aristarque ni chez ses disciples, nous ne pouvons l'attri- 
buer qu'au grammairien Aristophane. Car Zénodote s'en 
tenait à l'obel simple et n'avait pas inventé d'autres signes. 

La présence du kéraunion parmi les signes platoniciens nous 
amène aux mêmes conclusions. Le kéraunion ou foudre, dont 
nous ne savons pas exactement la forme", a été employé par 

1. Voir Osann, 0. c, p. 67, n. 1 ; p. ai5-ai6. 

a. 11 ne porte alors qu'un seul point, au-dessus de la ligne. Anecd. Par.: Obelus 
rum puncto, ad ea de quibus dubitatur tolli debeant neene. — De même Isidore, o. c. 
(Obelus saperne adpunclus). 

3. Par exemple dans Florus (Osann, p. ai6, a 18). 

|. En effet, la définition du lemnisque par Ëpipbane montre l'identité du lem- 
uisijueet de l'obel entouré de points : o-jTU) ypasôuEvov û>; ïyn-'i KpmuipAyQv — «t)[ieî6v 
ètt'., yr,x[x'j.r) ix:a, |AC9oXaftou|alvi] ùnb x£vxr,jxiTwv ôOo, sirow TT'.yjxiôv, (xiâ; (ièv Énivu» 
B&n)C,TTK os xXkiK Czo/âTO) (Ëpipbane, De mensuris et ponJeribus = Osann, o.cp.nfi). 

5. Osann, p. aiô. 

6. Voir plus liant, n. a. 

7. T d'après i'Aneedotum romanum; V d'après le ms. Borbonieusde Diogène Laërce; 
J, d'après l'Anecdotum Parisinum'. ,L d'après Isidore. 

T 



90 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

Aristophane de Byzance et certainement inventé par lui. 
D'après une scholie de Y Odyssée (XVIII, 282 : passage où l'in- 
dustrieux Ulysse se réjouit de voir Pénélope provoquer habi- 
lement les dons des prétendants), Aristophane condamnait la 
bassesse des sentiments attribués à Ulysse, et, pour ce motif, 
mettait en marge le kéraunion 1 . Il voulait sans doute frapper 
ainsi d'athétèse, ou tout au moins de suspicion, le groupe 
des vers 281-283 a . On retrouve des jugements analogues dans 
Zénodote et même dans Aristarque, également choqués par la 
naïve grossièreté des mœurs primitives. Le kéraunion d'Aris- 
tophane remplaçait donc une série d'obels, pour condamner 
en bloc un certain nombre de vers : usage qui nous est attesté 
beaucoup plus tard, par Y Anecdotum Parisinum et par Isidore 3 . 
Mais Aristarque abandonna ce signe comme inutile 4 ; c'est 
pourquoi les scholies du Venetus A, dans le cas où l'athétèse 
s'étend sur plusieurs vers, ne nous présentent rien de plus 
qu'une série d'obels 5 ; et c'est pourquoi Y Anecdotum Romanum, 
dont les notices reflètent l'usage d'Aristarque et de ses disci- 
ples, ne dous donne que des renseignements très vagues sur 
ce signe (« rarement employé, il note, lui aussi, un grand nombre 
de recherches à faire, outre celles qui ont été mentionnées plus 
haut 6 ))). Aristophane a donc été le seul des Alexandrins à se 



1. Cramer, Anecd. Paris., III, p. r>o5 : napéXxeTO' àvti toû EféXxexo' eùteXèç toûto, 
ôib xai xepa-jvtov TrapÉôrjxEv 'AstirToyàvrji;. 

a. iNauck, Aristoph. Byz. fragm., p. 18; cf. au contraire Osann, o. c. p. 79.— 
Cette analogie «le sens avec l'obel explique peut-être les deux formel les plus cou- 
rantes du kéraunion. L' Anecd. Rom. nous donne la forme T ; dans ce cas la ligne 
horizontale ou obel est pour ainsi dire reprise et répétée devant chaque vers par la 
verticale qui descend en marpo tout lo long du passage incriminé. Isidore, dans les 
Origines, donne la forme ,L> c'est ici l'obel lui-même (assimilé à une flèche, quasi 
sagilta) qui devient vertical, pour condamner tous les vers devant lesquels il passe: 
cette seconde forme explique le nom de kéraunion — foudre. 

3. Ceraunium ponitur quotient multi versus improbantur, ne per singulos obe- 
lentur (Anecd. Par.). De même Isidore, qui ajoute : xepauvôc enim fulmen dicitur 
(Origines, I, 1» , et dans le Glossaire publié par Mai, CJass. auct., VI, 577; cf. Osann, 
p. 161). 

4. K. Lehrs, 0. c, a. éd. p. 337, n. a; SuMmihl, o. r ., I, p. 454, n. io5. — A. Lud- 
vvich, 0. c, I, p. tïa't, dénie l'emploi de ce signe à Aristophane, mais sans donner de 
raisons. Nous nous en tenons m témoignage formel du scholiaste. 

5. Voir Iliade, I 300 sipj.; J80 aqq . II. jt iqq . etc. 

C. A n te d . Rom., 1 (ce signe etl le derniei de la liste) : xh 5k xepaûvtov i<rr\ \ih tû>v 

anarviw; «apatT'.'Jeaéviiiv, BijXol 'À /. ï'i xjto roXXcx; Îïjt^tei; npb; toû; npoupr,aivu;. L'au- 
teur de la tinti • le kéraunion a été jadis employé, mais 
qu'il en ignore le sens 



DOCUMENTS ET QUESTIONS LITTERAIRES f ) I 

servir du kéraunion pour la critique homérique. Dans son 
édition de Platon, il lui assigne un rôle assez différent : le 
kéraunion marque les passages qui doivent être interprétés. 
On peut, en effet, se demander, lorsqu'on lit certaines déclara- 
tions de Platon, dans quel sens il convient de les prendre, 
« quel en est le but, si elles représentent une conséquence 
rigoureusement déduite des prémisses ou si elles jouent le 
rôle d'une image, si elles veulent établir la doctrine propre du 
philosophe ou répondre aux objections d'un interlocuteur» » : 
faute de ces distinctions, les adversaires de Platon mettent sur 
le même plan toutes les parties de son œuvre, et sont amenés 
à lui imputer des contradictions imaginaires 3 . 

Dès lors, l'interprétation plus pénétrante des passages liti- 
gieux prélude à la démonstration de Yharmonie des doctrines. 
Ici nous voyons employé un nouveau signe, l'astérisque (î'C : 
xz-.iziz/.:;, r.zi; xrp -jy.ç;wv(av -û>v ssy/aTwv) 3 . Dans la critique 
homérique comme dans l'exégèse platonicienne, il arrivait 
que les contradictions de l'auteur, apparentes ou réelles (-ri 
èvavT-a ■/.%: j.xyij.vtx), fussent remarquées par des critiques 
subtils: par exemple, celles de Ylliude avec l'Odyssée étaient 
objectées par les chorizontes. Dans ce cas, Aristarque notait 
d'un signe particulier (diplê) les passages sur lesquels ses 
adversaires fondaient leurs apories, qu'une meilleure inter 
prétation résolvait' 1 . Ce genre des x-zz : .x\ v.x\ Xûoetç, hérité des 
sophistes et d'Aristote, s'était étendu tout naturellement aux 
commentaires d'ouvrages philosophiques : Damaskios nous 

i. D. L. III, 65 : i^pû)Tov ah Êx8t8ac£ai /or, ô Tt botiv É/.31<ttov tÛ>v ÀsYOfiivwv ■ sTuita) 
v.io- EÎW.a XltatTa:, -ÔTEpa y.x-.-x -cor,-/o\.u.ïvov t, h eÎxovo; jx É p e •- . vcai i: £•; ooyixiTUJv 

i. Dans ses éditions des poêles lyriques et dramatiques, Aristophane employait 
certains signes homériques (obel = paragraphes, diplè) dan? un sens tout autre que 
dans Homère. Nous ne devons pas qoh- étonner, par conséquent, de le voir altri 
buer au kéraunion deux emplois différents, suivant qu'il s'agit d'Homère ou de 
Platon. Les deux emplois ont-ils quelque analogie? Ce n'est pu indispensable. On 
peut remarquer cependant que les passages où l'argumentation n'a qu'une valeur de 
circonstance, et ceux qui renferment de simples badinages ou d<» mythes, sont mis 
au second plan, éliminés, séparés de> passages essentiels et dogmatiques par le 
kéraunion, de même que tels ver* inspecta <1<> n'être pas boméiiqnei -ont condamnés 
en bloc et retranchés par le même signe. 

3. Pour la forme de l'astérisque, voir Eustalhe, Commentaire à l'Iliade, en. V, 
v. 733, et à l'Odyssée, ch. I\, v. i5o = p. 599 et 1607. 

'4. Scholiesdu \eneius\a l'Iliade, II, ti v, ; XI. 69a; Wll. . >. \\!. 



93 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

en offre un dernier exemple. L'astérisque platonicien marquait 
sans doute, lui aussi, les passages où les adversaires avaient 
signalé des contradictions, ou bien ceux qui permettaient de 
répondre à leurs objections et d'où ressortait l'unité du 
système. Nous savons, d'autre part, que le grammairien 
Aristophane connaissait et employait l'astérisque 1 : dans la 
critique homérique (corrélativement, semble-t-il, à l'astérisque 
accompagné de l'obel), puis dans son édition d'Alcée, et pro- 
bablement d'autres poètes (seul, comme signe colométrique) 3 . 
Dans le premier cas, si nous en croyons une scholie de 
l'Odyssée*, les deux signes notaient les vers des poèmes homé- 
riques qui se trouvaient textuellement répétés en un autre 
endroit où ils convenaient moins: l'astérisque pour ceux qui 
étaient à leur place, l'astérisque joint à l'obel pour ceux qui 
n'y étaient pas; nous apprenons par d'autres témoignages 4 
qu'Aristarque suivait exactement l'usage de son maître. Dans 
le second cas, Aristophane employait l'astérisque seul, comme 
dans son édition de Platon. D'après Y Anecdolum Parisinum, 
Aristophane aurait même fait usage de l'astérisque seul dans 
la critique homérique, pour noter les passages obscurs, dont 
le sens échappait : mais ce dernier témoignage est un peu 



i. Cf. Susemihl, o. c, I, p. 43a, n. 17; p. 43G, n. 18. 

a. Héphestion, p. 74, éd. Consbruch: ËVi ôè t<ov 'AXxai'ov t8îa>; xotxà (ièv rr,v 
AptaroçàvEiov ïxôoitv à<JTEpî<rxo; Èirt ltEpo(iETpîa; ètîôeto |a6vy);, xatà SE Trçv vviv tï)v 
\{y.'7-iç,yv.ov xii Èict ~oir)(j.âx(Dv (AETaSoXf,; (cf. la scholie du Plutus, v. a53). 

3. Schol. Ambros. à l'Odyssée, III, 71 : toÙ; iaet' otùtbv rpEî; av./yj: ù (ikv Wv.tto- 
fCtvi)( ÈvÙdtÔE ffrjfrEtoOxai toî; àaTEpt'uxot; - ÔTI 8f -jjib toO Kj/.Xcduo; XÉYOvTai, xai httkia- 
xo'j; toi; KfftspfoxotC 7rapaT''0ï)<nv, u>; ÈvteûQev u.ETEV7)vEy[i.év(ov tô>v (TTi/tov (cf. IX, a5a- 
ï55). — N'auck se demande (0. c, p. 17) si le nom d'Aristophane n'a pas remplacé par 
erreur celui d'Aristarqueen ce passage. Nous savons en effet qu'Aristarque* employé 
N •- déni mêmes signes corrélatifs en ces deux passages de l'Odyssée; niais il lt •«• 
emploie exactement dans le sens inverse: en effet, il pense que les quatre ven en 
question sont bien à leur place au chant I\ et qu'ils ont été transportés fautivement 
au chant III (voir le Fragmentum Venetum dans Dindorf, o. c, I, p. a, I. i& sqq .. et le 
Oimmentaire d'Eustathe sur le vers IX, a5a = p. if>a5). Une telle divergence ne 
permettait aucune confusion. Il est donc probable qu'Aristarque s bérité de son 

maître l'usage 1 -or relatif de ces deux lignes, tout eu se >i'|>;tran l de lui dans les détails 

de l'application. Cette attitude est parfaitement conforme à ôe que uous savons des 
rapports étroits d'Aristophane et d'Arlstarque dans la critique homérique, et de la 
dépendance d'Arlstarque i l'égard d'Aristophane (cf., par exemple, L Goba, dans 

l'aulv \\ iSSOWa, II, 'l'j'J). 

'1 Les sein. h. M |.-- inml. Rom., Venet., Ilarl , l'ur., et les Origines d'Isid 

L'Aneciotiiin /'uns. et Isidore nous spprennenl que \'<utèrUqu*joini d Poéei ■ppartanait 
en pro p re I rVristarqo dire n'avait pas 1 1> • mployé ensuite par Probui 

grammairiens latins et les 1 ritiques e< 1 l< lisstiqui 1, 1 omme l'astérisque si ni pie. 



DOCUMENTS ET QUESTIONS LITTERAIRE^ 0,3 

suspect 1 . Les autres suffisent pour nous permettre d'attribuer 
à Aristophane l'emploi de l'astérisque dans la critique plato- 
nicienne 2 . 

En signalant particulièrement les passages où se manifestait 
l'harmonie des doctrines platoniciennes. Aristophane restait 
le fidèle disciple d'Eratosthène, commentateur des poèmes 
homériques et du Timée, qui avait pour principe d'expliquer 
l'auteur par lui-même — donc, au moyen de concordances et 
de passages apparentés — . et qui sauvegardait ainsi Y originalité 
des grandes œuvres 3 . Aristophane, lui aussi, en résolvant les 
contradictions apparentes et en notant les concordances des 
diverses théories, devait aboutir à dégager les grandes lignes 
du système et à mettre en lumière ce qui lui appartenait en 
propre : les passages les plus caractéristiques à cet égard lui 
parurent également dignes d'être signalés, et il les marqua de 
la diplê (z:~\f r -z'zz -.x li-;xx-x y.x\ ~'x xpir/.z-f-x LlXcrrom). Il est 
extrêmement probable, en effet, qu'Aristophane connaissait la 
diplê, inventée par Léagoras (si l'on en croit Y Anecdotum 
Parisinum), et qu'il l'avait employée avant Aristarque, non 
seulement pour l'édition d'Homère, mais pour celles des poètes 
lyriques et dramatiques ^. Dans ces dernières, la diplê prenait 
deux formes (tantôt ouverte en dedans et tantôt en dehors) et 
jouait un autre rôle que dans l'édition d'Homère. La même 

i. Anecd. Paris.: Asteriscum Aristophane* apponebat illis locis quibus sensus 
deesset. — Isidore, Orig., I, jo: Asteriscus apponitur in his quae omissa sunt... — 
Ce désaccord révèle peut-être l'altération de l'une au moins des deux notices. Celle 
d'Isidore correspond à l'usage d'Origène et de ses successeur* (cf. Osann. o. c. p. ji5, 
ai7); il est possible que celle de Y Anecd. Paris, doive s'y ramener: mais on ne saurait 
l'affirmer avec certitude. 

3. Peut-être y aurait-il une lointaine analogie entre l'usage homérique de l'asté- 
risque corrélatif et l'usage platonicien de l'astérisque simple: dans le premier cas, le 
signe marque la répétition d'un ou plusieurs vers; dans le second, la répétition d'une 
idée, d'une théorie fondamentale, présentée sous une autre forme et à propos d'un 
autre problème, c'est-à-dire, finalement, l'harmonie des doctrines essentielles do 
philosophe. 

3. Contrairement à l'exégèse allégorique des Stoïciens, qui appelaient Homère .'t 
témoigner sur toutes les questions scientifiques, philosophiques et religicu-- 
découvraient tout en lui, sauf le poète. 

i. Cf. Susemihl, o. c, I, p. (Sa, n. 17 ; H. Schrader, De notalione critica a veleribus 
grammaticis in poetis scaenicis adhibita (i863), p. m. Lehrs (V éd., p. 33;, n. i) 
considère comme possible, et Schrader comme extrêmement vraisemblable, l'emploi 
de la diplê avant Aristarque. — D'ailleurs la diplê homérique, dans krlstarque, ades 
emplois trop nombreux pour avoir été inventés tous à la fois; quelquet-UDi 
èir • la plupart, remontent sans doute .10 grammairien \ri«topiiane. 



C)4 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

divergence entre l'édition d'Homère et celle de Platon n'a donc 
rien de surprenant. Cette divergence, d'ailleurs, n'exclut pas 
une remarquable analogie. La diplê homérique sert à noter 
surtout les particularités du style de l'auteur (rr,v a-xz v.zr,\xirr^ 
aîç'.v; rîjv -s>.j7»);j.;v Xéçtv; t;j; -yr^.x-l-^.z'jz = proprias ipsius 
figuras; rrjv tsj tcoityvoC owiflteuv 1 ), Or, dans l'édition de Platon, 
ce même signe appelle l'attention sur les particularités de la 
doctrine. Il met donc en relief, dans les deux cas, ce que 
l'auteur a de plus caractéristique, tantôt pour l'expression, 
tantôt pour le fond des idées. 

Quant aux particularités du style platonicien, elles étaient 
notées par un autre signe, le y. Sur ce point encore, l'édition 
de Platon s'accorde avec l'usage d'Aristophane, qui, dans ses 
éditions des poètes lyriques et dramatiques, substituait le y à 
la diplê, devenue signe métrique 2 . Le y platonicien note les 
particularités de vocabulaire et de syntaxe exactement comme 
la diplê homérique, c'est-à-dire comme le y des autres poètes 
édités par Aristophane. Dans un cas comme dans l'autre, il 
s'agit de signaler l'usage propre à l'auteur, c'est-à-dire les 
termes rares ou susceptibles de sens divers, les figures de mots 
ou de pensées dont il offre l'exemple, etc. (y Xap£am» r.pbç :x: 
A£;£'.; 7.x: ix ayfyutt* v.x\ oXwç rJjV HXaTwv.y.ïjv Tjvr.Oî'.av 3 ). Et le 
transport au y des sens de la diplé homérique s'explique peut 
être, dans Platon et dans les œuvres lyriques, les tragédies et 
les comédies, par une raison identique : ayant reçu un autre 
emploi, destinée à noter certains détails colométriques ou 
bien certaines particularités de doctrine, la diplê n'a pu rester 
en même temps un signe proprement critique et a dû céder 
sa place au y. 



i Voir Anecd. Venel., I et II; Anecd. Rom., Il; Anecd. l'arisinutn. 

ir l'emploi iln / avant Aristarque, i l. Bueemihl, 1, p. 435, n. 37 b . 

.'{. Comme exemple! de -.-.-.. ;••;. l'Introduction alexandrlne de l'édition de 

Platon citait les sens divers des mots eoçfa et <pa\J>.o; (cf. auaai, dani !<■ LtXÙJUt plttto* 

n de Boethoe, i' - ■ 1 i >. mdi du mot ivtixpû: Reittenatein, Dtr Anfang en i.rj-ikons 

des Photic i ■ i - j j ) . Inversement, oette Introduction ta 1 1 observer la 

nota divei ndent .'i une même notion, Mlle dm Idées 

(D. L., III, 03-05). -- Dam !<• passage inr II .. x. noter la gradation X-, 

j.~x elle montre 1res oettemenl que œa remarquée mr le rocabulali 
gyrit.ix triqui . "ni pour luit «le dégager os •/<" appartient en /.■ 

loi de l'.n Ucuiiei al ■ ! ■■< Iginal ■ n jetiez 



DOCUMENTS ET QUESTIONS LITTERAIRES g5 

Dès lors, nous comprenons le sens du y pointé (y répteraYpivev, 
Kpoç -i; bCkoyxç mè /.aX/.'.Y=aîîaç). S'il a été employé à la même 
époque et par le même éditeur que le y simple, le y pointé 
doit dériver logiquement de ce dernier ; il doit se trouver dans 
un rapport manifeste avec lui, comme l'obel pointé avec l'obel 
simple. En est-il ainsi dans l'édition de Platon? En fait, le y 
pointé (.y.) sert à la critique esthétique, qui, chez les philo- 
logues anciens et particulièrement depuis Aristophane, est le 
complément indispensable et le couronnement de la critique 
grammaticale et rhétorique 1 . En signalant les beaux passages, 
le y pointé achève par conséquent l'œuvre de critique littéraire 
dont le y simple a permis de rassembler les matériaux. Les 
deux signes sont donc étroitement liés; ils se distinguent 
nettement des autres signes, relatifs, soit à l'étude critique 
du texte, soit à l'examen du fond. D'ailleurs, l'emploi du y 
-ip'.ï—ry.v/z-i par Aristophane de Byzance nous paraît d'autant 
plus naturel qu'il fut le premier des Alexandrins à tenir pour 
essentielles ces préoccupations d'ordre esthétique; ses Introduc- 
tions aux œuvres dramatiques (ÛKoféret;) se terminent toujours 
par un jugement sur la valeur de l'œuvre 2 . 

Peut-être semblera-t-il téméraire d'attribuer à Aristophane 
l'emploi de la diplê pointée, qui passe pour une invention 
caractéristique d'Aristarque. A la vérité, nous pourrions 
sauvegarder l'opinion courante et la concilier avec notre 
thèse, en admettant que la diplê pointée ne figurait pas 
dans l'édition d'Aristophane, et qu'elle a trouvé place dans 
un remaniement fait par un disciple plus ou moins lointain 
d'Aristarque. En effet, de même qu'Aristarque en usait 
pour signaler les leçons de Zénodote, les successeurs d'Aris 
tarque, appliquant une méthode analogue, paraissent l'avoir 
employée pour noter en outre les leçons de Cratès et d'Aris 
tarque lui-même 3 ; et ce sens plus large est précisément celui 



I. Kpcat; itoiT)(j.dtTtoV fi {t, xà>A;<TTÔv la-: TrivTwv tùjv iv t£/vt, i Denys de Thrace). 

i. Sur ce point, Aristophane se rattache à la tradition aristotélicienne. Cf U. >. 
Wilamowitz-Mœllendorff, Binleit., p. 147. 

3 Ce renseignement nous est donné par l'Anecdotum Homanum, I, et 1 Anecdotum 
Icnetam, II : r. Si RtptMTlY|tfvi| ô:-)> r.çh; ~.'x; Zr,vo5ôrov ïi: KoiTr.T'. 
BVtoO 'Api-TTao/o'j. — Ces témoignages ont été quelquefois révoqués en doute. 



9^ REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

de l'édition critique de Platon (icpoç Tac iv-wv 8top8«ffeiç). Mais 
nous savons aussi qu'Aristarque, en éditant Homère, suivait 
fidèlement son maître Aristophane 1 et nous pouvons croire 
qu'il le suivait, en particulier, lorsqu'il s'écartait de Zénodote; 
car nous apprenons, d'autre part, qu'Aristophane fut le premier 
à réagir contre les suppressions arbitraires et les abus de la 
critique conjecturale. Il a donc pu déjà marquer d'un signe 
spécial les rectifications qu'il apportait à l'édition de Zénodote 
(et peut-être à d'autres encore), et montrer ainsi la voie à son 
disciple Aristarque. Qu'il ait ensuite employé le même signe 
dans le même sens pour son édition de Platon, rien de plus 
naturel. D'ailleurs, à considérer dans son ensemble le système 
des signes critiques, il semble qu'Aristarque en ait plutôt 
diminué qu'augmenté le nombre 2 , et qu'il ait été beaucoup 
moins un inventeur génial qu'un organisateur méthodique. 

L'étude du dernier signe platonicien, Yanlisigma pointé 
(àv-r'-'.vj.a fcepteaxiY^VOV, -pèç Tac Bi—àç yzr^v.z /.a ; . ;j.£TaOsj£'.ç tcôv 
vpaçwv) nous amène à des conclusions identiques. Ce signe ( ) ) 
indique les dittographies (tautologies) et les transpositions; 
naturellement, il doit être marqué deux fois : auprès de la 
bonne leçon et de la répétition fautive, à la bonne place et à 
l'endroit où les mots ont été transposés à tort. Or, une scholte 
de l'Odyssée (V, 2^7-248 : tautologie) et une scholie des 
Grenouilles (v. i52 : bouleversement du texte) nous apprennent 
que précisément Aristophane de Byzance s'était préoccupé de 
noter ces fautes et qu'il employait, à cet effet, deux signes 
corrélatifs, le sigma et l'antisigma 3 . Aristarque l'imita; mais 
dans ces deux cas, semble-t-il, il fit usage de l'antisigma 
corrélatif au point' 1 L'édition critique de Platon nous offre 

1. Voir plu- haut, p. 99, n. 3. Gomme le disait A. Picrron dans son édition de 
V Iliade t i. I ( 1 883), Introd., p. xxxn : aristarque M borne la plupart du lempi à 
confirmer les opinion* d'Aristophane, >■ 

3. Il en diminue le nombre (par exemple, en laissant de coté le kéraunlon) et an 
it l'emploi (cf. plu» liant, p. as, b. s, le témoignage d'HéphesUon sur l'astérisque). 
— Il acbève et codifie le système des lignes, de mêmequ'il parfait la méthodi 
éditions ■ 1 [tiques, et partk ulièremenl l'édition d'Homère, de mime aussi qu'il , 
matisation complète de Is iramn 

1 irrélatlon, calquée sur oelle de l'astérisque 
joint .1 l'obel ""i Inversement), rempli) en tomme une fonction toute voisine. 

mple, les vers ■ • ■ >4i du chanl VIII de V Iliade dans le 1 rnfius A : 
les trois premiei < marqués oh de l'antisigma, les autres, chacun du 



DOCUMENTS ET QUESTIONS LITTERAIRE;» 97 

une autre variante de ce même système 1 . Nous avons déjà vu 
qu'Aristophane employait à l'occasion, dans le même sens, 
des signes différents pour des auteurs différents : ici encore, il 
fait un léger changement lorsqu'il passe des poètes à Platon. 



En définitive, l'existence même des signes critiques et la rédac- 
tion du passage de Diogène Laërce nous amènent à supposer 
une édition alexandrine de Platon; l'usage de l'obel pointé et 
du kéraunion nous forcent à remonter au delà d'Aristarque, 
jusqu'au grammairien Aristophane ; passant en revue les 
autres signes et les comparant à ceux qui figuraient dans les 
éditions d'Homère, des poètes lyriques et des poètes drama- 
tiques, nous venons de constater qu'Aristophane pouvait les 
avoir employés tous. C'est donc à lui que nous ferons honneur 
de la première édition critique de Platon. La tradition alexan 
drine qu'il a fixée, en recueillant fidèlement et en restaurant 
méthodiquement la tradition authentique, issue d'Athènes et 
de l'x\cadémie, aboutira, vers la fin de l'Antiquité, à l'archétype 
de nos manuscrits : nous pouvons la restituer d'après nos 
meilleurs exemplaires médiévaux, et remonter, par cet inter- 
médiaire, jusqu'aux copies les plus primitives du texte de 
Platon. 

He*ri ALLINE. 

point (tautologie : cf. la scholie); voir aussi, dans le même manuscrit, les mêmes 
signes corrélatifs aux vers 188, 19s, ao3-ao5 du chant II (transposition). Cf. Osaun, 
Aneed. Rom., p. 1 46-1^9 (d'après la dissertation de Pluygers). 

1. Le signe des tautologies est appelé par VAnecdolum Romanam tantôt xo Scvtf- 
T-.vfxa xtà r, onypnrç (Anecd. Rom., II), conformément à l'usage du Yenetus A, tantôt 
to àv::?:Y! ia ~£p.:-7Tc-af/o / (Anecd. Rom., I). L'antisigma pointé ne se rencontrant 
pas dans les manuscritshomeriqucs.il est probable que cette appellation résulte d'une 
confusion et que la première doit lui être substituée. N'en serait-il pas de même 
pour l'indication de Diogène Laërce relative à l'antisigma platonicien et ne faut-il 
pas y restituer : àvrtV.ytia xcà (rrrfjnij? Dans ce cas, Aristarque aurait reçu d'Aristo- 
phane non seulement le principe et l'exemple de cette notation corrélative des ditte- 
graphies et transpositions, mais les deux signes eux-mêmes; une fois de plus, il se 
serait borné à reprendre et à simplifier la pratique d'Aristophane. 



QUESTIONS GRÉCO-ORIENTALES 



vu 

PHRYGIEN 



A la suite de la publication par M. W.-M. Calder d'un 
Corpus inscriptionum neo-phrygiaruni dans le Journal ofllellcnir 
Studies (vol. XXXI, part 2 [191 1], pp. i6i-2i5) 2 , M. J. Fraser 
a donné en 19 13 des Phrygian Studies (Cambridge, Université 
Press, 48 pages). Ces études parues dans les Transactions of the 
Cambridge Philological Society (VI, 2) semblent devoir être 
continuées. M. A. Meillet vient d'en rendre compte dans le 
Bulletin (n° 62) de la Société de Linguistique (pp. 66-67). Aux 
remarques faites par M. Meillet on se permettra d'ajouter ici 
quelques notes prises au cours d'une lecture du travail de 
M. W.-M. Calder. 

Ce dernier {J. H. S., XXXI, p. 169) rappelle d'après Solmsen 
que le phrygien îsujwç équivaut pour le sens au grec jûvoîoç, 
jJY/./.r^'.ç, 7j;x5twTtç. S'il en est ainsi, on ne peut guère faire 
autrement que de l'identifier au germanique *dômaz, got. dorns 
«jugement », v. norrois domr « jugement, commandement », 
v. angl. dom « iudicium, sententia, auctoritas », v. h. a. tuom 
c jugement, tribunal », angl. mod. doom « sentence », cf. deem 
«juger» (v. angl. drman < germ. *dôrnjan an , got. dumja/i 
et de l'interpréter par un indo-européen *dhomos dont Vô aura 
été traité en phrygien exactement de la même façon que celui 
de *gldoros (gr. //.«••s;; «jaune, vert»), phryg. ykoupiç cor», 
cf. en grec même -/j.zrnz ■ y^j-i; Hesych. (d'après P. Persson, 
Beitrâge tur indogermanischen Wortforschung, p. 796, noie 1). 
[Le mot grec présente le morphème no au lien de ro (cf. 

UM , t. M\ , ..,1 ', |>. '•■', . 

\\ l, p, U-kk ■ ' Voir ii ( t MU, ".1". p. I 

3. Compléta daoi le 1 \ \ Mil [1913], pp. V7-104. 



PHRTGIE?» çjg 

lat. dônum, sk. dânam contre gr. Swpov, arm. fur, v. si. dam) 
et provient d'un dialecte dans lequel w s'était fermé en ou 
(on sait que c'est le cas pour le thessalien : Bouxs, */:^a, etc.. 
= Bo)y.£, yôpx, etc. v. Thumb, Handbuch der griechischen 
Dialekte, p. 238, § 6).J Quant au mot germanique *dômaz, on 
rappellera qu'il a été emprunté par le slave, d'où, par 
exemple, le russe dûma « assemblée» (municipale ou autre), 
v. E. Berneker Slavisches etymologisches Worterbuch, p. 237. 

Si vraiment (p. 175) or v. /.;; équivaut à gr. v. iv v.ç, le traite- 
ment de &5 dans v.z: est conforme à ce qu'on attend pour un 
dialecte indo-européen oriental. Et ce traitement est confirmé 
par Ejy.-.v (p. 178) 1 , dont le sens permet, si l'interprétation est 
exacte, de rapprocher le skr. ôkah e demeure » (indo-européen 
*éuk 9 os, plutôt que *ouk i os puisqu'il s'agit d'un neutre du type 
\-ï>::, genus). Mais alors le phrygien se sépare nettement de 
l'arménien dont on a pensé qu'il pouvait être la forme ancienne. 
L'arménien présente, en effet, la racine indo-européenne 
*euk i - sous l'aspect us- (usanim «j'apprends ») et non *uk- 
(v. Meillet. Les groupes indo-européens uk, ug, ugh. MSL.. 
t. VII, pp. 57-60). En revanche, le g de y^oopoç « or » cité plus 
haut ne fait pas difficulté en face du z de £eXxta « chou vert », 
également connu pour phrygien 3 . M. Meillet a montré, en effet 
(MSL., t. VIII, p. 282) qu'il a dû y avoir en indo-européen 
deux racines signifiant «être jaune, être vert a l'un àxecgJi, 
celle du lituan. geltas, du v. si. ziîtï « couleur jaune », cf. 
russe zëltyj «jaune », l'autre celle du gr. yz'/^ «bile », -//.< 
« vert », du lat. heluos, etc., et que ces deux racines se sont 
souvent embrouillées dans certaines langues. D.zjzi; s'explique 
par la première. ÇéXxta (lat. holus, holeris) par la seconde. 

v.xi = eam (p. 180), serait très intéressant. Il fournirait l;i 
troisième attestation d'un accusatif indo-européen *ey-um 
« eam » (de *i-s, *ey-û, *i-d). L'autre est bien connue : c'eal 
l'accusatif également sg. fém. du gotique : ija <germ, * ijon 
<* eyâm. 

1 . El par /.-. = gr. --=., lat.-çuc, skr. -ca, indo-européen */t'j (-(rapprochement admis 
par M. Calder d'après Kretschmer; v. aussi Walde, 1176., a" éd., p. 63i). 

a. Il n'en est pas de même du g de phrygien yj>.).aso;, yi/zoo; (À&cXfoO yvvr,} 
en face de v. si. zùlùva (lat. glos, gr. yù'jto;), v. Walde, 1176., »' éd., p. 3^7. 



IOO REVUE DES ETUDES ANCIENNES 

La graphie s&îoxsja ).xr/.x>. (p. 182), inscription n° 35 de M. Cal- 
der) est également intéressante. Elle équivaut évidemment à 
xllx/.i: [Aovxai. L'assimilation de -t ;->.- en -;jl jx- montre que le t 
final du phrygien comme celui des langues indo-européennes 
qui l'ont conservé jusqu'à une période historique (skr. dbharat 
cf. lat. -bat, contre gr. ïsecs. etc.), était relativement faible 
parce que purement implosif (v. Gauthiot, Fin de mol) 1 . 

Pour teurewç, teurouç, l'observation faite par M. Meillet 
(Rullelin62, p. 66) s'applique déjà à l'interprétation du même 
mot, p. i85 du travail de M. W.-M. Calder. 

Enfin, à la page 187, il faut relever la très curieuse forme 
verbale xïcxv.i-.oz qui est attestée par les n os 4o, 48 et 63 2 du 
Corpus de M. Calder et qui rappelle immédiatement, tout en 
s'opposant à elle par la finale, la forme xozr/.a (cf. ad-fecii) qu'on 
lit si fréquemment sur les monuments phrygiens (par exemple 
celle citée par M. Hirt, Handbuch, 2 e édition, p. 3i, note 2) 3 . 
Elle permet de se demander si le phrygien n'avait pas, comme 
le tokharien récemment découvert, conservé les désinences 
en -r du médio-passif que, il y a peu de temps encore, on 
croyait être une particularité restreinte à l'italique et au 
celtique 4 . En effet, il possède bien le préverbe ad (dans xo-cx/.z-) 
qui n'est que germanique, italique et celtique 5 . 

On ne peut s'empêcher de dire en terminant que l'inter- 
prétation linguistique de M. Fraser paraît avoir nui dans 
l'esprit de M. Meillet à la valeur des études phrygiennes. Ce 
n'est pas parce qu'une cause est plaidée par un avocat mal- 
habile qu'elle doit passer pour mauvaise. 

(A suivre.) A - CUNY ' 

1. Le fait est confirmé par aoôa/.E «■ aocaxET tin n' 60. Cf. dans le même son» 

»«i = ao-f-JiîpET, 3ktte|xo'jv = aô-J-ae[AOvv (p. 180). 
■1. VA en mitre par le n 7a (./. //. 8 , \\\lll. p. 104) |... aooajxcro;-, dans une 

inscription réoemment découverte par M. 1 Callander. M. Gaïdar souligne l'impor- 
tance de cette quatrième attestation de la forme moyenne 80 -xop. 
3. Ou le n* i>i de M. Calder p, 3o3). 

',. \ pour le tokharlen B ( koutcheen), A. Meillet, JM.S.l», t. 1V1II, p. 18.— -On 
*ait que c.'i-\ le lujet d'un livre « J ■ - M. G. Dottin : /.<•;> détUieneit imtooIm <•» -r-, 

, m Caldei enseigne qui eel un.' forme moyenne, mail laisse ouverte 

(p. no) la queatton 't pal li 1 d'une inQuenee celtique (gai 

ramplai é par aô^axexat hellénisé' dans sa finale. Rappelons 
1 dam !<• n" iS 'i la remarque de m Galder(p. 109), plus exactement <!<• 
Ramaa] et d'Anderson, que la greeparli en Inatolla aflecttonnalt partioullèremenl 
unes. 



NOTES CRITIQUES SUR LES POÈTES LATINS 



m 

STACE, SiWes 1,2,13. 

Vénus se jait la pronuba de la mariée, et un peu sa chambrière : 

i3 Ipsa toros et sacra parât, coetuque Latino 

(Dissimulata deam) crinem uultusque genasque 
Tempérât. 

Que faire de l'inintelligible coe/u? Tannegui Lefèvre proposait 
cullu, Barth cinclu; je pense qu'il faut lire comtu. On aura soin 
d'écrire le mot sans p; de même comta 2,4,11 ; c'est cet épel 
insolite qui aura dérouté un copiste et provoqué l'arrange- 
ment coetu. Cf. m colla genasque Comere. 

1,2,147. 

Vénus, traînée par ses cygnes, arrive au palazzo de Violentilla : 

i4t Digna deae sedes, uiridis nec sordet ab astris. 

Hic Libycus Phrygiusque silex, hic dura Lac on 11 m 
Saxa uirent.. . 

Sânger a proposé Veneris, qui ne va guère. Klotz accepte 
le nitidis de Domitius Galderinus. i '1 7 ~> ; on ne peut imaginer 
une correction plus malencontreuse, car l'épithète, appliquée 
à astris, serait d'une rare pauvreté, et d'ailleurs on vient de 
voir, au vers i4i, nitidos appliqué à pennies. 

Pour le sens et pour le mètre, solitis irait; Vénus retrouve 
chez Violentilla son séjour ordinaire. Mais solitis n'a pu 
devenir uiridis. Comme, dans le sens de solitus. Facile emploie 
s ue lus, jc me demande si Stace n'aurail p.i» écrit stietis. Stace 

fiev. El. anc. 8 



IÔ3 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

aime les verbes sans préfixe (ci-dessous 2,3,17 e * 2,6,58). Us 
initiale a pu tomber aisément après sedes; uiridis serait un 
arrangement du résidu uelis, suggéré à un lecteur trop intelli- 
gent par le uirent de 149. Cf. ci-dessous 1,3,72. 

1,2,201. 

M acte toris, Latios inter placidissime uates. 

« Blandissime Saenger, quod displicet », dit Klotz. Je 
cherche quod placeat, et je propose placitissime . Stace félicite 
Stella d'être à Rome le poète favori. — Gronove a corrigé de 
même placidissima en placilissùna, Theb. 12,302. 

1,3,32. 

sic Ghalcida fluctus 
3a Expellunt fluuii, sic dissociata profundo 

Bruttia Sicanium circumspicit ora Pelorum. 

Il me paraît de toute évidence que fluuii cache Euripi. La 
faute est ancienne; evripi a été déchifïré fvvpi (pour v = ri, 
voir Manuel de critique verbale § 6iqa) et arrangé en un mot 
latin, dont l'idée était suggérée par fluctus et par beaucoup de 
détails du contexte. L'inintelligible Expellunt représente 
Pellunt, probablement augmenté d'un El initial par arran 
ment métrique (l'arrangeur, qui en dehors du métro ne 
cherchait qu'un mot à mot, a compris :flu<-tii.s et JJuiiii pellunt 
Ghalcida) ; à son tour, et pellvnt a été facilement lu de travers 
(Manuel S i35a). 

1,3,70 et 72. 

70 lllis ipsc antris Anienem fonle .relirto 

"Sorte Bllb artaiio <lir<- ftrcant) glaUCOI SXUUu .unii tu-. 

72 Hue Mue fratjili prostèrntl pectora muico, 

Aut lagena in stagna cadil ullreaaqua natain 
Plaudlt ;i(|iias. 

Lire ,111 yen 7" \nirn m. 

D.nis 7-2, ftagUi es! une singulière épifhète pour musa, l'i 
ce (jw'oii attend esl une épithète du dieo \nien, qui, ayanl 



>"OTES CRITIQUES SLR LES POETES LATWS Iû3 

abandonné son séjour normal 'fonte relictoj et dépouillé ses 
vêtements pour s'ébattre dans sa propre rivière, tantôt s'étale 
sur la mousse, tantôt nage bruyamment dans les cascatelles. 
L'épithète cherchée doit faire antithèse à ingens; je propose 
donc gracilis. 

Mais Hue Mue fait solécisme; il faut Hic illic. Donc, dans le 
groupe primitif illicgracilis, les jambages représentés par le illuc 
de nos mss. sont ceux de illieg ic est devenu u, g est devenu c . 
D'où il résulte que c'est racilis, non pas gracilis, qui a été 
arrangé en jragili par un correcteur d'autrefois; cf. ci-dessus 
1,2,147 l'arrangement de uetis = suetis. 

1,3,84. 

Cédant Laurentia Turni 
84 Iugera Lucrinaeque domus. 

Le poète vient de désigner Tusculum. Ensuite il désigne 
Formies, Circéi, Anxur, Gaiéta. Le Lucrin est bien loin pour 
figurer dans une telle énumération; aussi M. Alfred Klotz a-t-il 
pensé à Lauinaeque . Jedoute que l'hypothèse soit satisfaisante; 
la vraisemblance graphique serait médiocre, et, Lavinium 
étant la capitale du pays laurentin. Lauinae ferait double em- 
ploi avec Laurentia. Je propose donc 7«aer<a> Alalrinaeque. 
Pour cr — tr : cf. au vers suivant uicreae. Pour u = a, cf. i . j.o 
lmperium... tuam, et ci-dessous 1,6,62; 2,2,16; 2,6,70. 

Si 1 hypothèse est vraie, le vers de Stace fait connaître la 
prosodie de l'a initial d'Alalrium. 

1,4,11 et 13. 

F.rgo alacres. quae signa colunt urbana cf'johort' 

Inque sinum quae saepc tuum fora turbida questu<m> 
11 Confutriunt ; leges urbesque ubicumque rogatne (lire to_ 

Quae tua longinquis implorant iura querdis, 
i3 Certant laetitia. Sosteque ex ordine collis 

Confremal, et sileant peioris murmura famae. 

Telle est la ponctuation qui nie parait rationnelle. Le préfet 

de la Ville est à la lois un colonel et un premier président. 



104 • HEVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

c'est pourquoi son salut rend à la joie à la fois une hiérarchie 
militaire et une hiérarchie judiciaire ; avec alacres on sous- 
entendra surit. Le sujet de alacres (sunt) ne peut comprendre 
que les deux termes indiqués. Vrbes togatae est donc le sujet 
du certant qui suit ; de fait, si on essaie de le rapporter aussi 
à alacres (sunt), ou bien de construire cohortes foraque et urbes 
togatae cerlaut alacres, la bipartition du sujet sera manifeste- 
ment vicieuse, urbes togatae étant trop analogue à fora et trop 
disparate à cohortes. C'est entre elles, d'ailleurs, que les urbes 
togatae rivalisent de joie; ce n'est pas avec les fora d'une part 
et, ce qui serait quelque peu ridicule, avec les cohortes d'autre 
part. Et cette rivalité est toute naturelle; les cohortes de Rome 
ont un seul esprit; les fora de Rome de môme, tandis que les 
urbes togatae, dispersées dans l'empire, ne peuvent avoir un 
esprit collectif. 

Le leges qui précède urbesque est corrompu. Je lis non pas 
génies (Polster), mais gentesque (Baehrens, qui imprime reges, 
indique en note que regesque vaut mieux). J'explique ainsi 
la faute : gentesque sera devenu gesque par saut de e à e; un 
correcteur a inscrit en marge une pseudo-correction leges, 
qu'il entendait substituer à ges; un nouveau copiste a substitué 
ce leges à l'ensemble de gesque. 

Aux vers 1 3-i 4 , ex ordine n'a de sens que si on lit au pluriel 
colles. D'où l'excellente conjecture d'Imhof : uos... Confremile 
etsileant... De l'affirmation le poète passe à l'exhortation. La 
joie des subordonnés du préfet, la joie des villes ses clientes, 
doit être partagée par la population en masse. Ou plutôt (car 
la pensée fait un pas), la joie d'une heureuse nouvelle doit 
se changer en une espérance; c'est ce qui va être expliqué. 

Vos- changé en uos selon l'idée d'Imhof, il reste à faire 
quelque chose de -leque. On a proposé terque, aeque, septem^ 
mais oonfremat ou confremiie exige visiblement an ablatif. 
Il faul donc remplacer n<>slr</ur par uos sfici/iit\ dont le que 
annonce te et «lu ren l 'i (ri uns colles sj>c cortfremite cl murmura 
tiieani Spe cadre très bien, pour l'idée, avec silcant peioris 

miirmiirn Jnni'ir Car le préfet est Sauvé, non pas gin'-i i fin 

des v i5 h suivanti montrent Stace encore inquiet 



NOTES CRITIQUES SUR LES POÈTES LATINS Io5 

donc le moment de ne plus colporter de bruits alarmants et de 
faire entendre partout des paroles d'espoir. 

1,4,27. 

Le poète supplie Rutilius Gullicus, qui vient d'être rendu à la vie. 
de lui servir de divinité littéraire inspiratrice : 

licet enthea uatis 
■j- Excludat Piplea sitiin nec conscia detur 

Pirene, largos potius mini gurges in haustus 
Qui rapitur de fonte tuo. 

De l'inintelligible potius on a fait potior, alius, positus, potus, 
promtus. Je lis petltur, qui graphiquement diffère à peine de 
potius. La corruption peut avoir été directe. Elle s'expliquerait 
encore mieux si petltur était devenu pelur par saut de / à t, 
et si un " du correcteur avait été substitué au /. 

1,5,36-39. 

Non hue admissae Thasos aut undosa charistos (lire Garystos) ; 
Maeret onyx longe queriturque exclusus ofleis (lire ophites). 
^ola nitet <iforilms. genaino concolor auro, 
<axea trabs > flauis Nomadum decisa metallis: 
87 Purpura sola, cauo Phrygiae quam Synnados antro 

38 Ipse cruentauit maculis Iucentibus Attis 

39 Quoque Tyri niueas secat et Sidonia rupes. 
Vix locus Eurotae, uiridis cum régula longo 
Synnada distinctu[ ul J uariat. 

Telle est la disposition d'ensemble que je crois devoir établir. 
La plupart des marbres précieux sont exclus. Le marbre jaune 
de Numidie (cf. 2,2,92 Xomadurn lacent flaaentia saxa) est 
employé pour un usage spécial et restreint (la restitution 
donnée ci-dessus n'a aucune prétention à l'exactitude, même 
approximative). L'ensemble de la construction ne comporte 
que du marbre blanc de Synnas à grandes veines rouges 
(2,2,87-89 Synnude quod maesla Phryylae fodere secures Per 
Cybeles lugentis ayros, ubi marmore picto Candida pui j 
distinguitur area gyro), divisé par des baguettes ou bandes de 



IOÔ REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

marbre vert de Laconie (2,2,90-91 Amyclaei caesum de monte 
LycurgiQuod uiret et moites imitât ur rupibus herbas; 1,2,1/48-1^9 
dura Laconum Saxa uirent). Nulle pourpre, sauf les veines du 
Synnas; sont donc exclus les porphyres que Stace célèbre 
ailleurs (i,2,i5o-i5i rupesque nitent quis purpura saepe Oebalis 
et Tyrii moderator liuet aeni). Sur cette interprétation d'en- 
semble je m'abstiendrai d'argumenter; le lecteur, en effet, ne 
peut se faire une opinion que par une lente élaboration per- 
sonnelle de tout le passage. 

Reste à examiner le détail. Dans le vers 36 on pourrait se 
dispenser d'imaginer une lacune, si nilet pouvait être la cor- 
ruption d'un substantif féminin de même prosodie. Je crois 
plutôt qu'il y a lacune et que le substantif qu'on cherche a 
disparu. Quelque supplément qu'on invente, il faut que le soia 
de 36 soit défini et restreint par quelque chose, comme le 
sola de 3y est défini et restreint par purpura. M. Alfred Klotz 
a admis deux sola absolus, dont le rapprochement fuit 
non -sens. 

Au vers 38, ipse est inepte, quoique personne ne semble s'en 
être offusqué. Je lis gyp?a, au sens de partie blanche du 
marbre. C'est cet accusatif, naturellement, qui sera le régime 
de cruentauit. Avec deux légères rectifications de relatifs, on 
aura le texte suivant : 

Purpura sola, cauo Phrygiae qua Synnados antro 
Gypsa cruentauit maculis licentibus Attis, 
Quaeque Tyri niueas secat et Sidonia rupes. 

Pour l'épithète composée Tyri et Sidonia, voir Alfred Klotz. 



1,5,52. 

Extra aulem niueo qui margine caerulus amnis 
5a Viuit <»t in fandum summo patet omnia al) imo, 

Cui non ire lacu plgroaqua exsoluerc amictua 
Suadeat? 

imnit fait d'abord penser à quelque rivière artificiel 
réalité, ce moi lignifie simplement une source vive. Le b 



NOTES CRITIQUES SUR LES POETES LATINS I07 

enfermé niueo margine n'a pas la forme allongée, et très pro- 
bablement il est circulaire. Aussi l'œil lembrasse-t-il aisément 
d'un seul coup (palet omnis). L'œil, naturellement, voit non 
pas l'eau même, dont le mérite est sa grande transparence, 
mais le marbre blanc où elle est contenue. Il suit le marbre 
jusqu'au dallage inférieur infundumj; il le suit depuis le bord 
supérieur summo... ab «imo»). En autres termes, toute la 
construction de marbre blanc est aussi visible que si l'eau 
vive ne la remplissait pas. Tel est, ce me semble, le sens 
vraisemblable du passage. Aussi suis-je peu séduit par le 
summa... ab unda de Krohn (qui, à dire vrai, ne veut rien dire : 
car qu'une eau soit supposée claire ou non, l'œil y plongera 
toujours summa ab unda). 

Concluons que imo cache un substantif désignant le bord 
circulaire du bassin. Ora irait, mais exigerait une correction 
de summo, et ne rendrait aucunement compte de l'altération 
imo. J'avais songé à ab orbe, contracté en abe par saut de 6 à 6 
et arrangé; mais, si dénués de conscience que soient certains 
arrangeurs, il serait hasardeux d'admettre un summo... ab imo 
issu d'une conjecture. Je me demande s'il ne faudrait pas 
recourir à une hypothèse très hardie. Et je hasarde cette 
hypothèse, espérant que peut-être il lui viendra des confir- 
mations. 

Stace aurait écrit ano, qui, par banale erreur de lecture, 
serait devenu uno, puis imo. Un anus serait un cercle, le cercle 
de marbre blanc qui entoure le bassin et dépasse légèrement 
le niveau de l'eau. C'est le même mot qui, dans Plaute, désigne 
l'anneau de fer entourant la jambe d'un prisonnier, et dont 
anulus est le diminutif. C'est le même qu'on emploie pour 
podex par euphémisme, ainsi que le remarque Cicéron. 

Anus pour podex est fréquent dans l'usage médical et vété- 
rinaire, mais en littérature il est rarissime (Phèdre 4,19.19; 
Pétrone i38). Anus «anneau de fer» n'existe que dans le 
passage de Plaute (Men. 8j»; un témoignage indirect est le 
anatus des glossaires. Si le même mot a réellement été dit du 
cercle d'un bassin, on ne pourra s'étonner de ne le trouver 
employé qu'une fois. 



108 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

2,1,134. 

Enormes non ille sinus, sed scmper ad annos 
Texta legens modo puniceo uelabat amictu, 
Nunc herbas imitante sinu, nunc dulce rubenti 
1 34 Murice; nunc uiuis digitos incendere geminis 

Gaudebat; non turba cornes, non munera cessant. 

Les deux premiers nunc sont des reprises de modo et vont 
bien. Le troisième est vicieux du côté du style grammatical, 
puisqu'il porte sur un verbe nouveau. 11 est vicieux aussi pour 
le sens, car les bagues aux doigts n'alternent pas avec les 
vêtements verts ou pourpres. Je propose tum, qui équivaut 
à «d'autre part». Il aura été corrompu en tune, ce qui est 
courant, et ensuite assimilé aux nunc précédents. 

2,1,192-193. 

Nouerat effigies generosique ardua Blessi (lire Blaesi) 
19a Ora puer dum saepe domi noua Serta ligantem 

Te uidet et similes tergentem pectore curas (lire ceras), 
II une ubi Lethaei lustrantem gurgitis oras 
Ausonios inter proceres seriemque Quirini 
Adgnouit... 

Le petit Glaucias, aux Enfers, rencontre le défunt ami de 
son maître Atédius Mélior, ce Blésus dont Mélior faisait 
célébrer l'anniversaire, tous les ans, par la corporation des 
scribae (Martial 8,58). Blésus n'était pas, comme on l'a dit, 
un secrétaire et un esclave de Mélior (il suffit de remarquer 
qu'il est qualifié de generosus cl mêlé aux proceres, et que le 
poète éprouve le besoin d'expliquer comment Glaucias a pu 
le voir domi). C'était un Pylade littéraire de Mélior, de nais- 
sance au moins égale; les deux amis travaillaient parfois en 
commun, ou, du moins, connut' on va le voir, Mélior lisait à 
Blésus le brouillon de ses vers. 

Quels vers? évidemment de petites pièces détachées, analo- 
gues à celle de Stace. Car il ne me paraît pas douteux que Scriu, 
au vers 199, ne soit un titre collectif comme SStaae. Il faut 
l'écrire par une majuscule. 



NOTES CRITIQUES SLR LES TOETES LATINS 109 

Le vers ig3 est corrompu. Non seulement, avec Polster, il 
convient d'y lire ceras « des brouillons » au lieu de curas 
(iergere ceras est : éplucher un brouillon, ou un prétendu 
brouillon, qu'on écoute lire par l'auteur; Martial 6,1 Sextas 
mitlUar hic tibi libellus... Quem si terseris aure diligcnti, Audebit 
minus anxius tremensque...), mais il manque l'essentiel, à savoir 
l'indication que le sujet du verbe iergere est Blésus. et que 
c'est dans le rôle d'éplucheur de brouillons que Glaucias a pu 
le connaître. Ce n'est pas tout; similes est dénué de sens, et 
il y a monotonie dans l'emploi du participe présent Jigantem, 
tergentem, lustrantem) . 

Je propose : simili is terget tibi. 

2,1,198-499, 

Timide primum uestigia iungit 
Accessu tacito, summosque lacessit amictus. 
108 Inde magis sequitur : neque enim magis ille trahentem 

Spernit, et ignota crédit de stirpe nepotum. 

I. Sequitur ne peut guère être authentique. Ce doit être la 
corruption soit par arrangement d'une forme déjà altérée, soit 
par substitution de glose explicative) d'une tournure réfléchie 
comme se infert. Le sens est que le petit Glaucias, timide 
d'abord, s'impose de plus en plus à son grand compagnon ; 
cet accroissement d'aplomb est exprimé de nouveau par magis 
trahenlem. — Infert est bien loin de -quitur. Mais infert a pu 
être altéré en inter et seinter arbitrairement retouché; l'h\ pu- 
thèse injert n'est donc pas indigne d'être proposée à l'examen 
des lecteurs. 

II. Le et du dernier vers est peu intelligible, et même il \ a. 
a priori, une difticulté à le concilier avec le neque précédent. 
Je lis at. 

2,2,15. 

Placido li nia ta racettU 
Hinr atque hinc curuas perrumpunt aeqnora rupes. 
i5 Dat natura locum, montique interuenit unum 

Litus. et in terras scopulis pendentibua exit. 



T 10 REVUE DES ETUDES ANCIENNES 

On a proposé udum, uncum, inium, aruum et aussi unda. 
M. Alfred KIotz défend unuin par un rapprochement qui le 
condamne. Pour trouver une leçon acceptable, il faut avoir 
bien précisé le sens général. 

S'agit-il d'une longue plage reliant des falaises éloignées, et 
dont la uilla de Pollius n'occupera qu'une parcelle, ou bien 
d'une simple coupure dans les rochers, se confondant avec le 
terrain de la uilla? C'est la seconde hypothèse qui est vraie, 
comme le marque clairement la suite. Dès le premier abord, 
l'œil est charmé de voir fumer des bains; un Neptune figure 
devant la maison (anle domum), et à distance un Hercule; la 
disposition des lieux donne aux flots la tranquillité qui est 
le caractère du propriétaire (Stagna modesta iacent dominique 
imitantia mores); le visiteur monte par un portique consi- 
dérable, que le poète croit digne d'être appelé urbis opus. Puis est 
décrite l'habitation, avec les trésors qu'elle contient. Nulle part 
il n'est question d'un voisin, d'une ville proche, d'un village. 
Tout cela indique que Stace ne distingue pas entre le terrain 
de Pollius et celui qu'enferment les rochers. 

Avec cette conception sont d'accord les vers reproduits ci- 
dessus. Dal natura locum, la nature elle-même fournit à Pollius 
un emplacement. La coupure débouche dans les terres scopulis 
pendentibus, entre deux lignes de rochers qui la surplombent 
et lui font un cadre. Ainsi est particulièrement sensible à 
l'œil la brisure de la falaise, exprimée par le mot énergique 
perrumpunt. Il n'y a donc aucun doute; le litus du poète est 
une grève sans largeur. 

Gela n'est pas dit; or cela devrait l'être. En fait, le texte des 
manuscrits est gênant pour le lecteur, qui commence par 
hésiter entre des aspects contradictoires du paysage. Donc le 
luttim traditionnel cache un synonyme de exiguum on anyustum. 
Je propose arturn. Une telle correction dispensera de corriger 
pendentibus en cedenlibus, connut' I ;i voulu Siinger. 

LOUM IIWI I 
(A suivre.) 



NOTES GALLO-ROMAINES 



LXVI 
LE PROBLÈME DE L'ORIGINE DES GERMAINS 

Parmi les problèmes que provoque l'étude de l'unité italo- 
celtique. le plus difficile et le plus important est celui-ci : 
quelle place faut-il faire, en face des Italo-Celtes, aux popula- 
tions et aux langues germaniques? 



Que les Germains, à l'époque classique, fussent une popu- 
lation très différente et des Celtes et des Italiotes, c'est ce 
qu'ont déclaré très fortement tous les auteurs contemporains, 
et d'abord Jules César, celui qui les a observés le premier 1 . 
Les textes et les faits sont trop connus pour qu'il y ait lieu 
d'insister. — Voilà pour le côté occidental de la Germanie. 

Du côté oriental, Tacite différencie également les Germains 
et les populations du fond de la Baltique, les Estes posses- 
seurs de l'ambre, lesquels sont les Hyperboréens d'Hérodote 3 . 
Mais, chose vraiment remarquable! si Tacite oppose les Ger- 
mains aux Estes, c'est pour rapprocher ces derniers des popu- 
lations italo-celtiques : la langue des Estes, dit-il, est voisine 

i. Germani multum ab hac consueludine [de l'ensemble des coutumes gauloises; 
différant (César, De b. G., VI, »i, i). 

a. Sans aucun rapport que le nom avec l'Esthonie actuelle — Hérodote, IV, io 
et 33. Cf. fiev. Et. anc, igi3, p. a8. Ici, p. 113, n. i. — Je considère comme inadmissible 
l'opinion courante, inspirée par Olshausen (Verhandlungen der Berliner Gesellschaft 
fur Anthropologie, 1891, p. 3i&) et d'ailleurs suggérée déjà par Rougemont, que 
l'ambre du Samland n'aurait pas été connu des Méditerranéens avant ioo av. J.-C, 
çt que son importance serait postérieure à l'ère chrétienne. 



112 REVUE DES ETUDES 1NCIENHES 

de celle des Bretons ; et, comme les peuples de la Gaule, 
et à la différence des Germains, ils sont de patients agri- 
culteurs 1 . 

En tenant compte, d'une part, de ce contraste des Germains 
avec les Estes de l'Orient et avec l'Occident celtique, d'autre 
part, de cette similitude entre ces Estes et cet Occident, on est 
en droit de supposer ceci : il y a eu primitivement un lien, 
une continuité entre ces peuples de la Baltique et les Italo- 
Geltes du Nord-Ouest de l'Europe, et ce lien a été rompu par 
l'arrivée des Germains, s'installant dans les plaines de la 
Basse-Allemagne, rejetant les Estes sur la Vistule et les Celtes 
sur le Rhin 3 . 

Ces Germains seraient donc, par rapport aux Estes du Levant 
et aux Celtes de l'Ouest, sinon une race différente, du moins 
une population fortement différenciée. Je répète que je ne 
parle que des temps où les textes prononcent ce nom de 
Germains. 



On peut aller même plus loin dans le sens de cette difle 
rence, et supposer que les Germains n'étaient pas une popu- 
lation indo-européenne : j'entends par là que leur langue et 
leur civilisation les séparaient des Indo-Européens qui les 
environnaient. J'énumère ici tous les arguments en laveur de 
cette hypothèse, arguments d'origines très diverses et de 
valeur très inégale. 

i. Tac, Germ., 45: Lingua Britannir.r propior ... Frumenta celerosque fructus 
fialirntius quam pro solita Germanorum inertia laborant. C'est également au sujet <!<• 
l'agriculture que César (p. iiti, n. i) différencie d'abord Germaine et Gaulois, L» 
ijrrioole e< pacifique de cet Estes ou Hyperboréens de l'ambre parait déjà 
indiqué pai Hérodote (IV, i3). Il se retrouve cbei Jprdanèa, Getica(V, 36: paotttam 
hotninam <jrnu$ omnino). Cf. encore Cassiodore, \<ir., v, i El <i<- même Ida m de 
Brème dira des Sembl i>?l Pruzzi, qui sont sans doute les mêmes que oes Estel (-.in- 
sutre rapport que le nom et l'habitat avec les Prussiens actuels, d rma- 

nlque): Homlne* humanluiml... Multn postent diei ex UUt populii laudabiUa in nteriew 
m, IV, $ i tte continuité de caractère ches oes populations 

du Samland, l'étendant ^n plu- de quinze siècles, est oo des plus curieux pi 
mènes que présent» l'histoire de l'Kui 

lin du n hmatov, /" dm âltetten tlmitch 

hêUkehen Bezlêhungen, dans Ârehit fur tlavlsche Philologie, WXMI. 1911, p. m 
«■t inlv, Nous reviendroi rès Importent travail 



SOTES GALLO-ROMAINES Il3 

I 

Voici d'abord ceux qui sont tirés de faits linguistiques • : 
i* Une partie, qu'on a évaluée à un tiers 2 , du vocabulaire 
germanique ne peut pas se résoudre par des étymologies 
indo-européennes 3 . — Il ne faut d'ailleurs pas oublier que les 
idiomes indo-européens, pour constituer leur vocabulaire, ont 
emprunté un fonds souvent aussi important à des langues 
antérieures. 

a* Ce qui importe plus que le vocabulaire pour établir le 
caractère d'une langue, ce sont ses habitudes organiques, et 
en particulier sa phonétique. Or, la langue allemande présente, 
à ce point de vue, un phénomène singulier dans Tordre des 
mutations consonantiques : les consonnes indo-européennes 
primitives y ont entièrement changé de prononciation, si bien 
qu'elles ont perdu leurs modalités initiales pour en acquérir 
de nouvelles^; les occlusives sonores de l'indo-européen, 
b, d, g, sont devenues des sourdes en germanique, p, t, k; et 



i. La Revue a déjà indiqué ces arguments (article de H. Lichtenberger, 191 3, 
p. 1 85) à propos des premiers travaux de M. Feist. On trouvera là une bibliographie 
de cette question. 

3. C'est le chiffre donné par Feist (ici, n. 3). Fœrstemann. qui parait avoir 
étudié cette question plus qu'aucun autre (Geschichte des deutschen Sprachstammes, 
1, 1874, p. 4oi et s.), évaluait à a,4i3 le nombre de mots du germanique non indo- 
européens (Urdeutsch). Et en faisant cette constatation, il se réjouissait pour la gloire 
du nom allemand, comme Grimm (cf. ici, n. 4) s'était réjoui en découvrant la 
Lautverschiebung : Ichfreue mich, aus dem Reichthum des mitgetheilten Sprachschatzes, etc. 
(Fœrstemann, p. 453): Fœrstemann, à la différence de tant de ses successeurs, ne 
semble pas raffoler de l'indo-européanisme du germanique. M. Feist se rattache eu 
partie à lui. 

3. En dernier lieu, Feist, Indogermanen and Germanen (igi4, Halle), p. 4g: lm 
Germanischen gibt es eine ganze Anzahl Worter, die keinerlei etymologische Verknu- 
pfung mit dem indogermanischen Sprachgut Jinden, das uns aus den Schwestersprachen 
bekannt ist. Schàlzungsiveise habe ich den L'mfang des nicht etymologisierbaren deutschen 
Sprachguts auf ein Drittel des gesamten Wortschatzes berechnet. 

4- Cf. Meillet, I^s Mutations consonantiques, dans ses Dialectes, 1908, p. 89 et s.; van 
Ginneken, Principes de linguistique psychologique, 1907, p. 465 et s. Ceci est la Lautver- 
schiebung, demeurée célèbre en Allemagne depuis M découverte, en 1820, par Jacob 
Grimm (d'où son nom, « la loi de Grimm »; cf. un très spirituel article de Bréal, Im Loi 
de Grimm, dans la Revue de Paris de 1907, XIV" année, t. VI. p. 5a et s.). Grimm 
voyait dans la Lautverschiebung le résultat d'un instinct germanique, 1*4 
lent national du Sturm und Drang des écoles littéraires, le début de l'autonomie 
de la langue, et comme le prélude de sa grandeur, ce qui provoquait <l 
d'enthousiastes paroles : Dnmit behaupte ich keinesicegs dasz der Wechsel fia mutation 
consonantique) ohne Sachtheil ergieng,ja in gewisstm Betracht erseheinl mir das I aut 



Il4 REVIE DES ETUDES \NCIINM-- 

les occlusives sourdes, p, /, k, en passant de l'indo-européen 
au germanique, sont devenues d'abord des aspirées pli, Ih, kh, 
puis, issues de ces dernières, des spirantes- sourdes, /, th 
(anglais), ch, et le ch à son tour est passé à h. Dans les autres 
langues indo-européennes 1 , ces consonnes ont en général 
conservé leurs articulations du début. L'allemand y a renoncé, 
ce qui donne à sa phonétique un aspect « presque exotique 3 » 
parmi ces langues; et, s'il y a renoncé, c'est parce que les 
hommes qui l'ont appris possédaient, dans leur manière d'ar- 
ticuler et de prononcer, des habitudes qui leur venaient, ou 
d'une plus longue et plus intense familiarité avec un idiome 
étranger à l'indo-européen 3 , ou peut-être de conditions physio- 
logiques étrangères aux peuples de langue indo-européenne /( . 
3° Un phénomène d'ordre également phonétique est celui du 
changement de nature de l'accent. Au lieu de l'accent libre et 
musical des Indo-Européens, les Germains ont imposé aux 
mots un accent d'intensité à place fixe, et l'ont imposé dans 
toute sa rigueur 5 . Cette habitude d'accentuation, si puissante 
qu'elle leur a fait transformer les règles fondamentales des 

verschieben als eine Barbarei und Verwilderung [là est la vérité; cf. pour les faits de 
civilisation, p. uti-i:io|, dur sich andere ruhigere Vôlker cnlhielten, die aber mit de m 
gewaltigen das Mittelulter erôffnenden Vorschritt und Freiheitsdmng der Deutschen zusam- 
menhangt : ceci a dû être écrit entre 1820 et 1848; Geschichte der deutschen Sprache, 
I, 3* éd., p. ayj. A quoi M. Bréal répond avec malice (p. 5g): «De croire que les 
ancêtres germains, par orgueil, par sentiment de satisfaction, auraient ainsi défiguré 
leur langage, nous nous y refusons positivement. » 

1. Sauf les exceptions indiquées 11. s. 

a. C'est le mot de d'Arbois de Jubainvillc, Habitants, a* éd., Il, p. 38o. On 1 toute- 
fois constaté des mutations consonantiques dans d'autres dialectes indo-européens. 
l'arménien, dont les concordances avec le germanique sont remarquable! à cet égard 
(Meillet, l. c), le tocharique (Feist, p. 17), certains dialectes vulgaires de l'Inde (id.). 

3. C'est la conclusion vers laquelle inclinait Fœrstemann il. p. 010), et à laquelle 
se rallient les linguistes contemporains, Bréal (le; cf. p. tag, n. 1). Meillet (Dialectes, 
p.ip), Feist (Indogermancn, p. a3j. Pour le tocharique, l'influence déterminante parait 
avoir été une langue ouralo-altaîque (Feist, p. 17, n. 3). Il ne serait pas impossible 

qu'une influence de n 1 *' 1 1 1 « ■ origine ait pesé sur le consonanl isiih des langues à 11111 - 

t.itmn (cf. p. iag, n. 1). — m. van Ginnekeii (p. \6i el 1.) .1 développé mie solution 
Inverse de la noire Pour lui, la mutation consonantique eat «lue a l'influence des 

Celtes conquérants anr les (ierinains vai ni us. \ cette hypothèse hardie d'un esprit 
.nai, M. Maillet {Dial . p g6)a répondu en niant formellement résistai m 

celtique de pliei in s .le mutation e. • n-onanliq ue proprement ili|>: l'ouverture 

■ n son m- Intervocaliques, a laquelle M. van Ginneken rail allusion, est une pra- 
tique d'ordre loul différent —Sur l'explication primitive .le la Lautv*rtehi*ïurt§ 
donnée par Grimai, cf. p. 1 1 .",, n. 6. 

\l LOUIS Navel rOUl bl< n me I 

», Kolat, 1 1 van Ginneken, s 333-370 (forcent tint* 

(t'accrut musical. 



NOTES GALLO-ROMAINES IIO 

idiomes indo-européens, ils l'ont contractée dans l'usage d'une 
langue indigène, différente de ces idiomes 1 . 

4° Un troisième phénomène d'ordre phonétique 3 est celui 
que les Allemands connaissent sous le nom de Umlaut : il 
consiste dans la réaction que les voyelles subissent du fait des 
voyelles des syllabes suivantes, phénomène qui, dans le monde 
indo-européen, est particulier aux langues germaniques. 

En d'autres termes, les Germains sont un groupe de popula- 
tions ayant d'abord parlé une langue étrangère à l'indo-euro- 
péen. Puis, à un moment donné, ils acceptèrent un idiome 
indo-européen. Mais leur langue originelle n'en conserva pas 
moins sur eux une influence considérable : elle garda un tiers 
de son vocabulaire, elle imposa sa marque indélébile sur le 
consonantisme et l'accentuation des mots que le nouvel idiome 
réussit à implanter. Assurément, tous les parlers indo-euro- 
péens, le latin comme le grec, et les autres, montrent les 
vestiges de langues antérieures, le grec de l'égéen 3 ou le latin de 
l'étrusque 11 : et c'est sans doute à l'action de ces langues anté- 
rieures qu'il faut pour une part attribuer la différenciation des 
parlers indo-européens. Mais aucun de ces parlers ne semble 
renfermer une plus forte proportion d'exotisme que le germa- 
nique. Il faut donc que les Germains aient conservé plus long- 
temps leur langage primitif, ou qu'ils l'aient retenu avec une 
ténacité plus grande, ou que les Indo-Européens n'aient 
apporté, dans la formation de leur population et de leur 
langue, qu'un élément plus faible et moins durable 5 . 

i . Feiit, p. 46 : Eine Umgestaltung des Sprachakzents nimmt nur ein allophtles 
Elément vor, dos seinen tt'ortton auf die neu angenommene Sprache ûbertràgt. — On 
a constaté de pareilles substitutions d'accent en irlandais et en latin. En ce qui con- 
cerne le latin, on a supposé une influence étrusque; M. Feist (p. i a) préfère croire 
à l'influence de la population italique primitive. 

2. Il m'est signalé par M. Meillet, qui a bien voulu relire les épreuves de cet 
article et me faire des observations dont j'ai aussitôt profité. Cf. Meillet, Bulletin de 
la Société de Linguistique, XIX, p. 5s (paru en igi5). 

3.» Feist. p. 5o: Meillet. Aperçu d'une histoire de la langue grecque, igi3, p. 58. 

i. Cf. ici, n. i. — Sur les influences des populations primitives dan> les langues 
celtiques, cf. Zimmer, Zeitschrift fur cellische Philologie, IX, igi3, p. 87 et s. (pos- 
thume), très sommaire. 

5. On peut discuter le plus ou moins d'importance, en germanique, et de l'apport 
indo européen et du sédiment antérieur, il n'en reste pas moins acquis ^et M. Feist 
l'a rappelé en dernier lieu) que le germanique ne représente nullement l'élément 
initial et pur de l'indo-européen, mais qu'il est simplement une langue « indo-euro- 
péaniséc » (p. 68). — On voit par là combien il est souverainement inexact et 



u6 revit des études ancie>nes 



II 



Ces conclusions fournies par la linguistique se trouvent 
corroborées par des faits tirés de l'examen des textes, et relatifs 
à l'état social ou moral du inonde germanique. 

5* Le Germain n'avait point de penchant pour l'agriculture ». 
Or, l'agriculture est un des caractères essentiels de la civili- 
sation indo-européenne primitive 2 . 

6° Le caractère instable et nomade du Germain 3 s'oppose 
aux habitudes sédentaires des Indo-Européens 4 . 

7 On ne remarque pas en Germanie cette intensité des 
cultes domestiques, des cultes du foyer 5 , qui est inséparable 
de la religion des premiers Indo-Européens 6 . 

8* Les Indo-Européens ont toujours eu le goût des vastes 
agglomérations humaines 7 , fortifiées ou non 8 . Les Germains 

arbitraire de parler (dès avant Schleicher?) de langues « indo-germaniques », et de 
voir dans le germanisme, comme lant d'érudits et de littérateurs d'outre- Rhin, das 
uralte arische Erbe(p. ex. Kulturgeschichte de la maison Martlebcn, 1907, p. 465). 

i. César, VI, 22, 1 : Agriculturœ non student ; 29, 1 ; Mêla, III , 27; Tacite, Germ.,5, i4, 
1 5, 3 1 , 45. Ces textes et d'autres montrent, d'ailleurs, que les Germains n'ignoraient pat 
l'agriculture, mais qu'ils la pratiquaient sans goût et sans intelligence. Au surplus, 
il est possible qu'il faille, à ce point de vue comme à bien d'autres, distinguer asseï 
fortement, d'un côté les populations riveraines du Khin (Istévons) et de la mer 
(lugyévons), plus pacifiques, plus laborieuses, plus sédentaires, de l'autre l'ensemble 
des populations du Centre (Chérusques, Chattes, Suèves), auxquelles s'appliquent 
surtout, je crois, les tableaux de César, Mêla et Tacite. Cf. p. i3i>, n. 3. 

3. Sur ce point, il y a accord absolu entre les faits linguistiques (en dernier lieu, 
Feist, Kultur der Indogermanen, p. 1 G 7 , qui tend cependant, je crois à tort, à restreindre 
le caractère agricole des lndo-Europécus), les laits archéologiques (de l'àgc du bronze, 
Déchelette, Manuel, II, p. 3, i5, etc.), les traditions rapportées par les textes (si l'on 
rattache les Hyperboréens au monde indo-européen primitif; Hérodote, IV, i3 ; Mêla, 
III, 07; etc.). 

3. Surtout du Suève (César, I, 30, 7; Strubon, VII, 1. 3; Tacite, G., i4). 

1. Le développement de l'architecture mégalithique, le caractère des gravures du 
Monte Hego (Revue, 1918, p. <Si-!S3), ne peuvent pas l'expliquer autrement. !><• même, 
le culte Intensif rendu par ]>■•, [ndo-Européena tu foyer (i<ï, n, 6) et a la Torre- 
Mére (p. 1 19, n. 3). 

Oenn., 3i, à prop<>- des Chattes de 1s Messe : VnUi donuti aut agrr, etc.-, 
1 1 César,!, 30, 7, où Arioyiste se vante du ce que Germant... inter awioj xiv tectum non 
subissent. 

6. Voyez Fustel de Coulanges, La Glti antique; rf. ici, 1916, p. 03, n. 4; etc. 

7. Cet argument nous est fourni par Feist, p. 61 6a< 

hésite à dire « fortifiées 1 pour lu- k vastes i agglomérations: 

que les pi i_'^i initions, chez les Indo-Euro péens , étalent ouvertes, au 

m m ni 1 l'origini 1 .it" n- par exemple la cité villanovienne de Bologne, ou M Grenier 
marquabli ment ui a la capitale d'un peuple d'agriculteurs» (Bologne, | 
nche, en Gaule, le « camp pi de Château, et , soûl I 

Hés. Mais depuis quelle époque ' L'éloigoemenl des Ligures pour les grandes enceintes 
fortifiées résulte aussi de Justin, \1.111, 4, 1. 



NOTES GALLO-ROMAINES 117 

étaient connus pour ne point savoir habiter dans des villes 1 . 

9* 3 Tous les peuples indo-européens dont nous ont parlé les 
Grecs et les Romains étaient d'excellents cavaliers 3 . L'infan- 
terie dominait chez les Germains u . 

io° L'Indo-Européen est un ouvrier du métal, mineur ou 
métallurgiste 5 : le Germain n'exploite pas ses mines et n'en 
travaille pas les produits 6 . 

il" Il y a trace de matriarcat chez les Germains, droit 
étranger aux Indo-Européens 7 , mais droit existant chez les 
populations qui les ont précédés 8 . 

1. .\ullas Germanorum populis urbes habitari satis notum est ; Tac, G., 16. — A cette 
donnée s'oppose la grande enceinte de la Steinsburg près Rœmhild dans la forêt de 
Thuringe (Déchelette, II, p. 702), qui parait bien du dernier demi-millénaire avant 
notre ère. Reste à savoir si elle ne provient pas des Celtes helvètes, et si elle n'a pas 
pris fin lors des poussées suèves. — On peut croire aussi à l'existence d'aggloméra- 
tions urbaines chez les Cimbres, en songeant à ce que Tacite dit d'eux (Germ., 3-): 
l'traque ripa [de l'Elbe] castra ac spalia, quorum ambitu. etc. Mais les Cimbres étaient 
les plus civilisées, et. je crois, les plus celtisées des populations transrhénanes, celles 
où les éléments italo-celtiques avaient le plus fortement survécu. 

2. Argument emprunté à Feist. Indogermanen.p. 56-57. 

3. M. Feist énumère ici Bactriens, Sogdiens, Parthes. Scythes, Thraces, Macédo- 
niens, Épirotes, Celtes; on pourrait ajouter les chars de guerre bretons. Mais on 
pourrait objecter les Italiotes et les Grecs, si on ne songeait au rôle du cheval et du 
cavalier dans leur plus ancien état social. 

U- Plus pênes peditem roboris (Tac, G., 6); omne robur in pedite, chez les Chattes 
(16., 3o). — Toutefois, même chez le6 Suèves (César, I, 48, 5;, il y avait une bonne cava- 
lerie, à plus forte raison chez les Cimbrps de la mer et les Germains voisins du Rhin. 

5. Voyez l'importance des mines d'or, d'étain et de fer dans le monde occidental, 
et le rôle du métal aux âges du bronze, de Hallstatt et de la Tène. Tacite (Germ., 43) 
veut-il caractériser une colonie gauloise en Germanie, il dit: Quo magis pudeat, et 
ferrum ejjfodiunt. 

6. Tac, Germ.,b; cf. ici, note 5. — Il est à remarquer que la civilisation de 
Hallstatt, autrement dit le premier âge du fer, n'a à peu près rien produit de bien 
original en fait de métallurgie dans les régions occupées par les Germains (Déche- 
lette, II, p. 589). De même pour celle de La Tène (id., p. Qa5). 

7. L'argument est présenté par Feist (p. 58-Gi), à l'aide des trois faits suivants. — 
i* Sororum filiis idem apud arunculum qui apud patrem konor iTacite, Germ., 20). « Or, 
ce lien étroit entre Vavunculus et ses neveux et nièces, l'autorité quasi paternelle de 
cet oncle, sont caractéristiques des systèmes juridiques qui reconnaissent la pri- 
mauté de la famille matriarcale, ou, plus justement, utérine »; et, si on en trouve 
une trace à Rome, on peut supposer une • survivance latente de coutumes préhisto- 
riques » (Piganiol, Mélanges Gagnât, p. i56 et 167). — 2° Voyez les appellations matro- 
nymiques dans le \ibelunge Lied. Mais je ne crois pas que ces appellations soient 
autre chose que des pratiques populaires ou littéraires, >ans aucune portée juri- 
dique; elles se retrouvent d'ailleurs chez tous les peuples, et à toutes les époques 
(voyez par exemple Audollcnt, Dejlxionum tabellx, p. li-lii). — 3° Voyez, dit M. Feist, 
l'importance du culte des Matronae sur sol germanique. Mais cet argument ne vaut 
rien : d'abord, ce culte a son origine, non pas dans le matriarcat, mais dans la religion 
de la Terre Mère; il a pu venir en Germanie de chez les Celtes: il est fréquent dans 
le Sud-Est de la Gaule, qui n'a rien à voir avec les Germains; il se retrouve chez 
tous les Indo-Européens, et par exemple, quoi qu'en dise M. Feist, chez les Slaves 
(cf. Léger, La Mythologie slave, p. i«>3 et s.). 

8. D'après M Feisl (p. 5g) : Etrusques, Pietés, Ibères, Basques. Et cette conclusion 

Rev. Et. une. a 



n8 



Ht \ I I DES ETUDES ANCIENNES 



i2* Les Germains ne possédaient point de druides, écrit 
César». Si celui-ci emploie le mot de « druides » dans le sens 
vague de prêtres barbares, il veut dire que chez les Germains 
il n'existait pas de fonction sacerdotale distincte des autres 
fonctions publiques 3 . Mais si César, ce que je crois 3 , songe 
surtout aux caractères propres des druides gaulois, à leur 
organisation hiérarchique et collégiale, à leur rôle politique 
et social, à leur mission d'éducateurs, le mot de César signifie 
qu'il manquait en Germanie un clergé national, supérieur aux 
chefs des tribus, autonome et fédéré. Or, l'existence des druides 
chez les Gaulois, des pontifes chez les Latins 4 , des mages chez 
les Iraniens, des brahmanes chez les Hindous, semble indi- 
quer que l'institution d'un clergé de ce genre pourrait remonter 
à la civilisation primitive des Indo-Européens 5 . 

i3° Les Germains « ne s'adonnent point aux sacrifices », conti- 
nue César 6 . Or, il est bien difficile de ne point faire du sacrifice 
une pratique originelle et constante des Indo-Européens 7 . 

i4° « Ils ne considèrent comme dieux, » dit encore César, 
« que les dieux qu'ils voient et dont ils sentent directement la 

serait fort séduisante. — Mais aucun des arguments soi-disant favorables au matriar- 
cat de ces populations n'est à l'abri de très fortes objections, ainsi que, comme on 
vient de le voir (p. 117, n. 7), la majorité de ceux allégués en faveur du matriarcat 
des Germains. Toutes ces questions ne peuvent aboutir qu'à de très fragiles solu- 
tions En ce qui concerne le matriarcat chez les Basques, par exemple, il semble bien 
que M. Feist le conclue de l'existence de la couvade : mais, outre que le rapport 
entre ces doux institutions me semble de plus en plus douteux, « la preuve que la 
couvade existe encore chez les Basques ne me paraît pas faite», et tout so ramène au 
texte deStrabon sur les Cantabres (Webster, Les Loisirs d'un étranger nu Pays lias<jur, 
1901, p. 94). 

1. Neque druides habent, qui rébus divinis preesint (César, VI, 21, 1). 

2. Les rois auraient, en Germanie, fait fonction de prêtres : ce qui est, du reste, 
probable. 

3. Sans quoi il eût mis sacerdotes simplement. 

\. Les analogies entre les druides et les pontife* me paraissent, à chaque nouvelle 
analyse de leurs fonctions respectives, plus nombreuse* et plus décisives, 

5. Je ne dissimule pas que ceci est n ne hypothèse, et exposée à bien des ohjec 
tious. Rien '!<■ prouve que druides, pontife* al msges ne soient pas des institutions 

parallèlement dsm le cours de l'histoire de leur* peuples respectifs. El les t.i 
n'avaleni rien qui ressemblât a ces clergés, à moins ( ,,- qui est possible) qu'on ne 
veuille rapproche! les druides h les emphictyons <'t »"ir dans ceux-ol un ci. 

\rque sacrifiais student (VI, 21, 1), Remarques que, dans les Birconstanoae 
solennelles, les S OOrent, non a.ui sacrifices, mais aux sorts et prophétie» 

'1 ; < f Mi. il. on. VII, 3, 3). 

l'importance de l'élément sacrifictel sont ir« s remar- 
quables chea tous le* peuple* Indo-européens, che* le» Hindous, le» Grec», le» 
Romains, les Gaulois et les l'erses. 



NOTES GALLO-ROMAINES 119 

puissance, le Soleil, la Lune et Vulcain. » c'est-à-dire le Feu; 
« les autres, ils ne les connaissent même pas par ouï-dire 1 . » 
César ne mentionne pas la Terre comme une divinité germa- 
nique 3 : et c'était une divinité essentielle, primitive et préémi- 
nente parmi tous les Indo-Européens 3 . 

i5° On ne donne pas. comme vêtements habituels des Ger- 
mains, la tunique et le pantalon^, lesquels paraissent remonter 
aux plus anciens temps de la civilisation indo-européenne 5 . 

16 Les deux traits principaux que les Anciens ont notés 
dans le caractère des Germains, sont le besoin du mensonge 
et l'habitude de la cruauté ''. A en juger par leur droit primitif - 
et leur morale courante 8 , les Indo-Européens étaient de nature 
franche 9 et de mœurs douces 10 . 

1. VI, ai, a. 

2. Elle apparaîtra dans la Germanie de Tacite (Germ., a et io) : ce qui peut faire 
croire à une inadvertance de la part de César. A moins que ce dernier, sous le nom 
de Germains, n'examine surtout les Suèves. Chez Tacite (G., 2), la Terre se montre 
moins comme divinité que comme ancêtre; ailleurs chez le même (G., 4o), il s'agit 
du fameux sanctuaire de l'île de Xerthus dans la Baltique, qui est sans doute anté- 
rieur à l'extension germanique. 

3. Hirt iDie Indogermanen, p. 5on) l'a justement rappelé. Cf. ici, p. 16&. 

6. Mêla, III, 26; Tacite, Germ., 17. 

5. Cela résulte du fait qu'on les trouve chez les Gaulois et les Perses. Il me 
parait arbitraire de supposer (Feist, Kultur, p. 236-7, et Dien d'autres avant lui) que 
ces deux éléments du costume viennent de l'Orient : nous ne voyons pas par quelle 
voie les Gaulois les auraient reçus des Perses, et ils ont pu être tout naturellement 
imaginés dans les pays froids et brumeux de l'Europe septentrionale. 

lléius. II. 1 18 : Insumma feritale versutissimi natumque mendacio genus ; Mêla, 
III, 26. — Il ne faut pas généraliser: les Ubiens de Cologne, et sans doute la plu- 
part des Istévons <p. i36, n. 3), avaient les mœurs plus douces; et, parmi les peuples 
de la mer du Nord, on citait les Chauques pour leur justice et leur esprit pacifique 
(Tac, G., 35). 

7. L'importance de l'idée, de la croyance, leur supériorité sur la force, étaient ce 
qui avait frappé le plus Fustel de Coulanges. dans le droit primitif des Indo-Euro- 
péens et ce qu'il a voulu mettre en lumière dans la Cité antique; voyez ce qu'il a écrit 
là-dessus, surtout p. 1^9. C'est également le point de vue auquel se place Leist dans 
ses deux livres, AU-arisches jus gentium, 1889, et Alt-arisches jus civile, 1892-ti, 
auxquels on ne peut reprocher que d'avoir laissé dans l'ombre Fu>tel de Coulanges. 
Comparez à ce caractère juridique de la vie indo-européenne l'apologie de la force 
chez les Germains: jus in viribus habent (Mêla, III, 3$). 

8. Il suffit de se rappeler, par exemple, ce qu'ils ont pensé du mensonge. Chez 
les Perses (Hérodote. I, i38), b&^wtom tb {reuScotai, et chez tous les peuples de ces 
langues, comme l'a bien montré Leist (Alt-arisches jus gentium, p. 372-C), l'horreur 
du mensonge est un principe primitif et essentiel. 

9. Cf. n. 8. Pour les Gaulois, Strabon, IV, 4, 3 : 'AkXoOv /.%: où /.x/.ôr,0=;', de même 
pour les .Bretons, Diodore, V, si, 6 (d'après Pythéas) : 'AkàoC;, etc. 

10. Strabon, IV, 4, 2, pour les Gaulois; Diodore, V, 21,6 (d'après Pythéas), pour 
les Bretons; etc. — Le renom de douceur et de justice fait dès l'origine aux Hyper- 
boréens (Hérodote, IV, i3; M-'la. III, 37; elc.) DVst nullement un mythe, comme 
le répète l'érudition contemporaine, mais la constatation de faits réels, observés par 
les voyageurs chez les peuples indo-européens des mers du Nord. 



120 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

1 7 Les formules du Droit avaient une grande importance chez 
les Indo-Européens. Ce furent tous des juristes et des forma 
listes. Des Germains on nous dit surtout : Jus in viribus habentK 

Ces arguments résultent des descriptions que les Anciens 
nous ont laissées de la Germanie. Chacun d'eux, pris isolément, 
n'a qu'une valeur très relative; car les Anciens ont pu ou se 
tromper ou exagérer ou attribuer à tous les Germains des 
traits propres à leurs tribus les plus arriérées 2 . 

Toutefois, ces traits sont si nombreux, ils se réfèrent à tant 
d'éléments différents (caractère, costume, religion, vie maté- 
rielle, vie sociale), et ils concordent tellement entre eux, que 
cet ensemble ne laisse pas que de faire impression, et, venant 
s'ajouter aux caractères de la langue germanique, donne un 
prix réel à l'hypothèse que les Germains, pour une part consi- 
dérable de leur population et de leurs habitudes 3 , ne se ratta- 
chaient pas aux Indo-Européens. 

D'où venaient-ils? 



Deux solutions sont possibles au sujet de l'origine des Ger- 
mains. Ou bien ils étaient des bandes conquérantes, venues 
d'ailleurs. Ou bien ils étaient une population installée en Alle- 
magne de longue date, jadis soumise par les Indo-Européens, 
reprenant plus tard l'avantage sur ces derniers. Ni l'une ni 
l'autre de ces hypothèses n'est impossible. 

I 

L'hypothèse de bandes venues de l'est ou du sud est' 1 peut 
s'appuyer sur des renseignements fournis par les écrivains grecs. 

i . Voyez ici, p. i m, n. 7, (i ol 10. 

a. Cf. p. itO, 11. 1, p. in), 11. 6, p. 1S6, n. 3. 

3. Surtout en dehori dei peuples de la mer et du Rhin (p. 1 16, n. 1 . p. 1 m, n. 6, 

1 

'1. Il n'y a pas à parler d'invasions venues île l'ouest, puisque je n.- m'oocupe ici que 

de la Basée-Allemagne et que de os 1 ôte* elle 1 envoyé (p, i36, n. r >), et non reçu des 
migrations; les Celtes sont venus de Qeule en Germanie sprès ioo, et pai les routes 
j'- la ilautc-Ai Hein <t Danube Mais il ne serait pas Impossible que, 

par exemple ren rso (p- • ''•. " ■»■ les <."tii^ ri d'autres peuples soient srrivt 
Scandinavie soi les 1 l'entre Jutlami ut Vistuic. Nous les trouvons là aui 

in. tienne (Gelons*, Pline, i\ . gg), s l'endroit où nous avons preela 
Memeol p a, 1 ». 1 t les ti^ids --<• croyaient renus do 

Beaadhuvk i.rnai, i\ ut oela, d'ailleurs, est fort incertain. 



NOTES GALLO-ROMAINES 12 1 

i* Hérodote nous dit que les offrandes des Hyperboréens, 
pour se rendre de leur pays à la mer Adriatique, traversaient 
les terres des Scythes 1 : le pays des Hyperboréens étant celui 
de l'ambre ou les rivages de la mer Baltique, Hérodote plaçait 
donc des Scythes au sud-ouest de ce pays, en Pologne et en 
Silésie 3 (vers boo-^bo). 

2° Un siècle et demi plus tard, Pythéas, qui visita les para- 
ges de la mer du Nord, et qui était un bon observateur, indi- 
qua l'Elbe comme la limite occidentale de la Celtique; de 
l'autre côté de l'Elbe, au levant, il faisait commencer les 
populations scythiques3 (vers 320). 

;. IV, 33 : 'E; 'VTrepoopÉtov sepôuîvx àTîixvfsaOai s; ExûOaç, à~b ok ExuOlttv rfii\ 
Sexopivou; atieî tou; tXTjoioj[**pou; bteurrovc xo|iiÇei> x-j-x to xpoç ï'7~zç,r l ; ïxxa-i-ia i~\ 
tov 'A5ptï)v. La route suivie traversait les Carpathes à la Porte de Moravie (ou, 
comme l'a suggéré von Sadowski, Die Handelsstrassen, p. 17, au passage de Glatz en 
Bohème); c'est là sans doute qu'elle quittait le pays des Scythes pour entrer cher 
d'autres peuples, peut-être de suite chez les Sigynnes (Hérodote, V, 9). 

3. Si l'or autour duquel se battent Griffons et Arimaspes est celui des Carpa- 
thes (ce que j'ai toujours cru), il faut également placer en Silésie, avant le V siècle, 
les Arimaspes, et en Pologne les Griffons (Hérodote, IV. i3), les uns et les autres 
regardés également comme des Scythes (Pline, XXXIII, GG ; etc.). — Les grandes 
batailles que, au dire d'Aristée, se livraient Griffons et Arimaspes circa metalla 
• Pline, VII, 10) étaient sans aucun doute des luttes provoquées par la possession des 
mines et du sel de Silésie et Galicie, comme celles que les Chattes et les Her- 
mundures soutinrent pour le sel de la Thuringe (Tac, Ann., XIII, 07). Il n'y a pas 
de mythe là-dedans, si ce n'est la tradition qui attribue un seul œil aux Arimaspes 
(et cela semble un de ces propos de folk-lore qui courent sur les habitants des 
forêts et grottes). — Peut-être faut- il voir la forêt Hercynienne dans la mystérieuse 
Tapxv/:x hyperboréenne de Hiéroclès (Etienne de Byzance, à ce mot = Didot, Fr. 
hist. Gr., IV, p. 43o) : Tap/.'jvaîo'., ïôvo; l Y-ziZopiu>-/ îtap' ol- o\ TpOns; to* /pvrov 
ttovt'.v [remarquez que chez Denys, XIV, 1, 3, on lit Tap/.r.vjo-j ou Tapxviov 
pour la forêt Hercynienne]. — Je n'ai jamais hésité à voir, à l'origine de ces noms et 
de ces récits, un voyage réel au pays de l'ambre (cf. Revue, 1 91 3, p. 38). Et là-dessus 
je suis tout à fait d'accord avec Tomaschek, que nous nous trouvons « sur un sol 
presque historique ». Mais il a eu le tort, ce me semble, de diriger la route d'Aristée, 
non vers le nord, mais vers l'est, et de la faire arriver en Chine pour y placer les 
Hyperboréens (Sitzungsberichte de l'Acad. de Vienne, t. CXVI, ph.-hisl. CL, 1888, 
p. 778-780). — C'est, je crois, la vraie géographie d'Aristée que Strabon a reproduite 
(XI, 6, 3), lorsqu'il place au nord du Pont-Euxin [voie du Dniester], du Danube 
[voie de la Porte de Moravie], de l'Adriatique [voie des offrandes hyperboréennes], 
les Hyperboréens, les Sarmates [équivalent des GriffoDs; cf. p. ia3, n. 1], les 
Arimaspes. 

3. Cela résulte des textes suivants, qui remontent ious au voyage de Pythéas : 
Strabon, I, '4, 3 (ta -épx/ to'j 'Prçvovi ix ;j.iyp'. ExvQ&v)] Xénophon de Lampsaque, ap. 
Pline, IV, 95 (a litore Scylharum); Timée, ap. Pline, IV, gi (ante Scythiam); Timée, ap. 
Diodore, V, 33, 1 (ttjî ExuOfaf tt,; j^kp rip IV/.af'av). — En somme, Pythéas, parti du 
pays de Kent, arrive, en six jours, au rivage de la Celtique (Strabon, I, c. : To Kàvttov 
iRUp&v Ttvuv iîXoûv x-iyv., t>; Kf/r;/.?,;; le chiffre de six résulte de Pline, XXXVII, 
35). Il trouve là un estuaire (Pline, /. c), celui de l'Elbe, et c'est ensuite de la Scythie 
qu'il repart pour Thulé; l'estuaire en question séparait donc Celtes et Scythes. — 
Ai-je besoin de dire que je ne présente cela que comme une hypothèse, celle qui 
concilie le plus toutes les données.' 



132 REMI IMS ETUDES ANCIENNES 

3* Les anciens géographes, qui, après Pythéas, ont parlé des 
rivages germaniques de la mer du Nord, les ont incorporés à 
la Scythie, et ils ont attribué aux populations riveraines ' le 
nom générique de Scythes 3 et peut-être aussi deCeltoscythes 3 . 
Chose curieuse, on donnait à ces Scythes de la mer du Nord 
le nom particulier de Belges /( . Comme ce mot reparaîtra, à 
l'époque de César, pour désigner, à l'ouest du Rhin inférieur, 
des populations gauloises d'origine en partie transrhénane 5 , il 
est fort possible que le nom de Belges soit véritablement celui 
que se sont d'abord donné à elles-mêmes les tribus de la Basse- 
Allemagne. — En tout cas, jusqu'au premier siècle avant notre 
ère, on a appelé Scythes et Scythie les hommes et les terres 
sur lesquels allaient bientôt s'étendre les noms de Germains et 
de Germanie 6 . 

De ces textes il résulte que, dès le v* siècle, on distinguait 
les Hyperboréens de la Baltique et les Scythes de leur voisinage ; 
que, dès le iv" siècle, des Scythes avaient atteint la mer du 
Nord et s'étaient interposés entre ces mêmes Hyperboréens et 
les Celtes de l'Occident. Comme le centre de la Scythie a 
toujours été les plaines voisines de la mer Noire, on peut donc 
supposer que des hordes de Scythes, parties de là, se sont 

i. S'il iaut accepter que Pythéas les ait appelées Guiones [pour Ingyévons, 
cf. ici, p. i3o, n. 3] ou Teutones (Pline, XXXVII, 35), les Cimbres (qui étaient des 
Ingyévons) et les Teutons auraient déjà été établis dans ces parages. Mais rien n'est 
plus incertain que la tradition du texte pour cette partie du voyage de Pythéas. lui 
tout cas, ce voisinage des Cimbres avec les Celtes (ceux-ci de l'autre côté de l'Elbe) 
explique la très grande similitude de caractère entre ces deux groupes de peuples 
(p. i30, n. 3). Voyez là dessus, en dernier lieu, \\ . J. Beckera, Voin germnnischen 
Norden, dans Geogr. Zeitsclirift, Wlll, 1912, p. 002 et s. 

3. Textes des n. 3 et '4. 

3. S tra bon, d'après « les Ami e us (ii vi ;i . \ I, G, 2 ; 1, 2, 27 ; Plutarque, ici, p. t*3, n.s, 

4. Lorsque Mêla (III, 67) dit : Thyle Belearum litori adposila, il fait sans doute 
allusion au voyage de Pythéas partant de l'Elbe pour Thulé. De même (III, 36) les 
Seythiei popu/i dont il parle, fere omnes et in :tnum Belca adpelUUi, sont les populations 
à l'est de l'Elbe. — Je crois que les Am un-, l l'\ tbéai entre autres, ont longtemps fait 
commencer l'Asie à l'Elbe, regardant Çê dernier mie une dérivation du Tenais 

lore, IV, je, S; Strabon, II, 1. 1). Dana ces condition*, J'interprète ainsi la féogra- 
plue da Mêla, qui ma parait combiné* ai 1 les récits d'Ariatéa et ceui de Pythéas 

of. p, 121, n 3): les itrire de 1.1 lit ->-■ ■ Mlemagae, à l'eal <)<• l'Blba m. 36i, les 

Hyperboréens ou le- Este* du Saniland (Il I, 36 let Griffon* <le Pologne (II, 1), les 

Scythe* Arimaspe* de Silésie (II, tes Rlphées »u Carpathe* (II, 1 ; III, M), 
i. César, 11, ij, 1. 

nn, daoi un travail ou quelques id. es justes se mêlent i beaucoup da 
iteuu que n les Scythe* aonl le* père* de* 
le* de la bran al les pères 'les Germain 



NOTES GALLO-ROMAINES 



peu à peu avancées vers la mer du Nord. Mais comme, d'autre 
part, les Anciens n'ont le plus souvent donné à ces mots de 
Scythes et de Scythie qu'une très vague acception, géographique 
et nullement nationale ou linguistique, on aurait mauvaise 
grâce à méconnaître la fragilité de l'hypothèse d'une conquête 
scythique en Basse-Allemagne 1 . — Mais voici un texte, beau- 
coup plus net, qui milite en sa faveur. 

4° Plutarque, parlant de l'origine des Cimbres, dit qu'ils 
font partie des Celtoscythes, c'est-à-dire des Celtes qui se 
seraient mêlés aux Scythes du côté de la mer Noire. De là, 
ajoute-t-il, par migrations successives, ayant duré de longues 
années, ce genre de peuples (les Germains) aurait conquis tout 
l'Occident 3 . Gomme Plutarque emprunte sans doute ces 
détails à Posidonius, qui connut les Cimbres et sut s'informer 



i. Toutefois, je trouve dans Pline (IV, 97 . un texte assez précis sur un établisse- 
ment de Scythes ou, plutôt, de Sarmates en Basse-Allemagne : Quidam hsec [les rivages 
à partir du Jutland vers l'est] habitari ad Visulam... a Sarmatis, Yenedis, Sciris, Hirris, 
tradunt. L'ensemble de ce texte et de ce qui suit montre bien que ces renseignements 
sont empruntés à un périple partant des marchés de l'ambre frison pour aboutir à 
l'embouchure de la Baltique et aux marchés de l'ambre du Samland. Ce document, 
source de Pline (et à mon sens le plus curieux et le plus ancien que nous possédions 
sur la Baltique) doit certainement remonter avant, bien avant l'ère chrétienne. Il 
semble que Pomponius Mêla l'ait également utilisé, lorsqu'il place successivement 
sur le littoral, en allant de l'ouest à l'est (III, 3i et s.i : l'Elbe, les Belges, et, 
conjointement avec ce nom. les Cimbres et les Teutons, la Sarmatie let il ajoute, 
celle-ci beaucoup plus large à l'intérieur que sur cette zone maritime, intus quam ad 
mare latior), l'embouchure de la Vistule, et les Hyperboréens (ici, la description de 
Mêla, privée de son périple, s'adresse à Hérodote; cf. p. ni, n. a). C'est peut-être à 
ce même document de Pline et de Mêla que Strabon doit d'avoir placé des Sarmates 
à côté des Hyperboréens (XI, 6, 2; cf. p. 121, n. 2). — Il me parait résulter de cela 
qu'un voyageur sérieux, voyageant le long de la Baltique, a placé là des Sarmates 
entre les Teutons et les Estes. Et rien ne s'oppose à ce qu'il en soit venu là, au temps 
où les Sarmates étendaient leur domination sur toutes les plaines de l'Europe orien- 
tale (Diodore, II, 43, 7). Cette histoire des conquêtes sarmatiques en Scythie et 
ailleurs est du reste une des plus mystérieuses que je connaisse. — Aux abords de 
l'ère chrétienne, ces Sarmates et ces Vénèdes ont été rejetés, des bords de la Baltique 
méridionale, vers l'an delà de la Vistule et remplacés, le long de cette Baltique, par 
le groupe germanique des Yandili (Pline, IV. 99): à moins, chose fort possible, que 
ces derniers soient le nom nouveau pris par ce groupe de populations. — L'inter- 
prétation que je donne des teites de Pline et de Mêla est contraire à l'opinion 
courante, suivant laquelle ces deux auteurs auraient par mégarde transposé ces 
peuples sarmatiques de l'est à l'ouest de la Vistule. 

3. Plutarque, \farius, 11 : T>,; Hov7r/.r: L/.-Jy.x: Ujovat, xdxetfa ?à ylvij usuIy/Jas. 
To.to-j; zIt.h.'j- i <-*; o-j a z /. u.:i: ''izir; olÔ£ <tv/e/Û>; [cette remarque est excellente, 
et conforme à tout ce que nous savons sur ces grandes migrations, qui se font tou- 
jours par étapes très lentes et comme par paliers successifs], xXkù ï-q-j: <Spa xaô' 
ExxffttN Evta'JTÔv ::; to3(Lffpoaftrv Ut /a>pvjv7a; -o>;u.'i> yç,vir,:; zo/'/.oî; IXtXQcîv tt.v 
■ 'ji. A:b XCÙ zo'/Vi: xai ./.'/r^ii; ivôvTMV XOlVÎj KtltOVxÛOa; tov arpaxôv 

wtfusTov. 



I aA REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

sur eux, ils peuvent être l'écho d'une tradition ancienne et 
sérieuse sur l'origine des Germains. 

Une invasion ou, plutôt, une série de migrations partie» 
des steppes ou des marécages voisins de la mer Noire pour 
aboutir à la mer du Nord, ce serait, du reste, un phénomène 
à la fois naturel et banal. 

Ces migrations auraient suivi la route marquée par la vallée 
du Dniester, le bas des Carpathes, la haute Vistule, le haut et Le 
moyen Oder, l'isthme de Brandebourg (Sprée, Havel, ligne des 
lacs), l'Elbe inférieur : route commode, parcourue de temps 
immémorial par les caravanes des marchands », et qui dit route 
de caravanes dit route de migrations 11 . Cette route aboutissait à 
l'embouchure de l'Elbe, et là 3 était le fameux marché de l'ambre 
frison, objet des convoitises de l'ancien monde''. — Enfin, 
c'est par cette route que sont venues, depuis les temps anciens, 
les principales invasions asiatiques, celles des Mongols 5 . 

i. C'est, jusque sur le haut Oder, la route d'Aristée (p. iai, n. a). Sur le haut 
Oder en Silésie (peut-être au gué de Dihorufurtli, von Sadowski, p. 17), les cara- 
vanes vers l'amhrebaltique devaient monter droit au nord (von Sadowski, p. 17 et s., 
en a recherché les étapes à l'aide de la configuration du sol et du texte de Ptolémée), 
tandis que celles vers l'ambre frison continuaient au nord-ouest par la Lusace et le 
Brandebourg. Les trouvailles d'objets grecs à Vogelgesang près Nimptsch en Silésie, 
à Vettersfelde près Guben en Brandebourg (Déchelette, II, p. 769, 157G, 1097), jalon- 
nent exactement cette route du Dniester à l'Elbe. — Sur le baut Oder, cette route 
devait croiser celle qui, venant de la Baltique [nous venons d'indiquer ce secteur], se 
continuait par la Porte de la Moravie vers l'Adriatique (cf. p. m, n. 1). L'importance 
archéologique de la Silésie, à l'époque du fer, peut s'expliquer en partie par cette 
croisée des deux grandes voies de l'Europe centrale et de l'ambre (de l'Elbe à la mer 
Noire, de la Vistule à l'Adriatique). 

a. Je devrais ajouter, de pèlerinages. — Je ne serais pas étonné si la route des 
offrandes hyperboréennes, des bords de la Baltique à l'Adriatique et de là à Dodone 
(Hérodote, IV, 33), eût été celle des migrations belléniques, elles aussi arrêta 
Dodone (Aristote, Meteor., I, i4, aa). — Car je n'ai jamais hésité à me rallier à l'bj 
potbèse qui place aux pays de l'ambre, de la Baltique, des Hyperboréens OU des I 
le point de départ des migrations indo-européennes, celles-ci tout à la fois compa- 
rables aux migrations slaves et aux entreprises dc> \iLui;-. (il. p. i&3-i66< 

3. Je crois à Hambourg même, sans doute la Tpr,ovx de Ptolémée (II, II, 11) : 
Treva, Treba, doit rappeler le celtique trebo, maison • , a village », plutôt que les 
rivières Trebia, Treva(on a songé ;'i la Trêve de Lubed 

( Hérodote, ill, ii'i, lequel parle évidemment, en ce passage, del'Dbe et dr 

l'ambre frison. Dans le même sens que nous, OlshSUSen, dam les \rrluindlunijen der 
Brrliner (ietellschafl fur Anthropolo<jir, 1890, p. 387; 1891, p. 3o4 (sa lecture sur 

l'ambre). — 11 ne (eut i>;i> oublier que les archéologues ont toujours lignait 
LaOuenoM seytbiques sur la Baltique méridionale, el jusqu'en Jutlaod (en dernier 
Ueu Sopbui Millier, UrgetchiehU, p. il 

S. Ceet œ que me rappelle 11. Henri Cordier, en m'indiquent surtout tes expé 
dltions des Mongols eo iaV>, u'n, ni><) <vnyni institut <tr triince, tianct... du2t oeto 
brti'.n'i.\ 1 mtespei lesquelles les invasions esiattquos pénètrent 

m t -.iii.qi.-. sont, ouït II. s du Danube et celle par la Volga et la Duna. 



NOTES GALLO-aOMAIXES 1^5 

II 

L'hypothèse que les Germains seraient une population primi- 
tive, depuis longtemps domiciliée en Allemagne même, cette 
hypothèse peut s'appuyer sur leurs propres traditions, telles 
que Tacite les a plusieurs fois rapportées dans sa Germanie. 

i" Les Germains se disaient, au temps de Tacite, les fils de 
la Terre : ce qui signifiait qu'ils prétendaient à l'autochtonie ». 

2° La plus importante des fédérations germaniques, celle des 
Suèves, adorait dans le Brandebourg, chez les Semnons, l'endroit 
sacré où leur nation avait pris naissance et où résidait leur dieu 2 . 

3° Cette croyance à l'autochtonie des Germains était, dit 
encore Tacite, acceptée par certaines personnes, qui n'admet- 
taient aucun mélange d« ces populations avec des nations d'un 
autre sang : les Germains représentaient pour ces écrivains « la 
race pure » par excellence 3 . — Tacite.ne dit pas de quels écrivains 
il s'agit. Mais j'imagine que cette opinion, si contraire à celle 
des anciens Grecs 4 , a dû être formulée par des Latins, et peut- 
être provoquée par les affirmations des Germains eux-mêmes 5 . 

4° Tacite acceptait du reste volontiers, pour son compte, 
cette croyance à l'autochtonie des Germains 6 . 

On aperçoit très vite les objections qu'elle soulève. — Elle 
a contre elle l'opinion, déjà rappelée, des écrivains antérieurs, 
qui voyaient chez les Germains des Celtoscythes, c'est-à-dire des 

i. Tuistonem deum. Terra editum, et filium Mannum, originem genlis conditoresque 
(Tacite, Germ., i). Il ne serait pas impossible, en rapprochant ce paragraphe de celui 
sur l'origine des Suèves (n. a), de supposer que cette généalogie a été forgée chez ces 
derniers, autour du sanctuaire semnon. 

a. Tamqnam inde initia gentis, ibi regnator omnium deas (Tacite, 3g). 

3. Ipse eorum apinioni accedo, qui Germanix populos nullis aliarum nationum conubiis 
infectos propriam et sinceram et tantum sui similem gentem extitisse arbitrantur 
{Germ., i). Ce que Tacite dit une seconde fois, presque dans les mêmes termes 
(Germ., a): Ipsos Germanos indigenas credideritn minimeque aliarum gentium adven- 
tibus et hospitiis mixtos. 

4. Ceux qui ont parlé de Scythes et de Celtoscythes à propos des Germains 
(p. iaa-ia3). 

5. On peut croire encore que ces traditions sont nées chez les Semnons de Bran- 
debourg (cf. n. a). 

6. Il le dit lui-même par deux fois (n. 3). Mais l'argument qui le décide ôte sin- 
gulièrement de valeur à son opinion : c'est, dit-il (Germ., a), parce qu'il est difficile 
d'atteindre la Germanie par mer, et que c'est par mer que se faisaient les migration-, 
classibus advehebantur qui mutare sedes quxrebant.U oublie ou ignore i les peuples de la 
mer • occidentale et les migrations par b-rre ; et je crois bien que dans ce patMgfl il ne 
songe qu aux migrations des peuple* méditerranéens. Hellènes. Phéniciens ou Vsiate*. 



120 REVUE DES ETUDES ANCIENNES 

métis ■ . — Que les Germains se crussent « les fils de la Terre » 
et qu'ils montrassent L'endroit d'où ils étaient sortis, où « le 
nombril » de leur race s'était rattaché à leur créatrice, c'était 
là une prétention et une superstition qu'ils partageaient avec 
tous les peuples de l'Antiquité 3 . — Les choses, enfin, n'ont 
pas dû se passer autrement dans la Germanie primitive et dans 
l'Allemagne moderne, qui a si longtemps subi la pression 
des Slaves de l'Est, arrivés jusqu'à l'Elbe avant le temps de 
( lliarlemagne et qui y resteront durant des siècles. La Germanie 
avait trop peu de frontières naturelles pour que les populations 
voisines ne débordassent pas sur elle en flots continus. 

Il y a cependant, pour corroborer les textes de Tacite, un 
argument d'ordre géographique, qui a bien son prix. 

Ce pays de Brandebourg, où les Suèves de Germanie 
croyaient avoir pris naissance, était un des pays les plus 
tristes et les plus rebutants de l'Allemagne : le sol en appar- 
tenait, presque en son entier, aux sables, aux landes, aux 
forêts et aux marécages 3 . Il se trouvait à l'orée de la portion 
centrale de la foret Hercynienne. Or, forêts et marécages servent 
d'ordinaire d'asile à d'anciennes populations, qui y demeu- 
rent, loin des contacts de nouveaux venus, plus longtemps 
fidèles aux habitudes ancestrales^. Aujourd'hui encore, le Bran- 
debourg abrite, dans les marais du Spreewald et sur les terres 
voisines de la Sprée, les derniers vestiges de ces \\ endes slaves 
qui, il y a près d'un millénaire, étaient les maîtres de l'Alle- 
magne à l'est de l'Elbe, et ces Wendes conservent leur langue et 
leurs mœurs 5 . De la même manière, au temps de l'unité italo- 

I . Ici, p. 133-133. 

s. Et bien d'autres. Cf. Hevue, nji4, p. s36 — Le nombril d'un peuple <•-! d'ordi- 
naire le lieu de ses plus anciennes assemblées fédérales. 

. M. r'eist (Indotjermanen, p. 4o) a remarque que le germanique a conservé de 
son origine non indo-européenne surtout le vocabulaire maritime, el les noms 

>ns (sauf l.achs, « saumon . el peut-être Mu//, < baleine »). Son vocabulaire 

marin différent 'le oelui des Indo Européens peut l'expliquer par un séjour pies de 
l.i uni V il.iire relatif aux poissons pourrai I l'expliquer en partie 

par une vie de pécbeursautourdes lacsdu Brandebourg: ce point mériterait d'être 
examine' de plus près. 

•, i u ce qui ooncerne les forêts, Marefc, Zur luthropo§togr6phi* dtt Waldu 
iUehrift, wiii. igis), travail d'ailleurs 1res sommaire, p. en oequl 

i;iis, CI- m. us ./<•/./ .S'rerc, i. (<>■',, p. 10, • 

5. Voyez par exemple Nlederie, /■•' Base lies*, traduction Léger, ion, p. 91 al 1 

■net). 



NOTES GALLO ROMAINES I27 

celtique, ces régions du Brandebourg ont dû retenir un groupe 
de tribus demeurées semblables à elles-mêmes de mémoire 
d'homme. Les bois et les marécages de la forêt Hercynienne, 
qui couraient à travers l'Europe continentale sur les terres 
germaniques, ont pu jouer dans ces parages le même rôle que 
la forêt Équatoriale en Afrique centrale, conservant et attar- 
dant les vieilles espèces animales et humaines 1 . 

III 

Conquête ou autochtonie, à laquelle de ces deux hypothèses 
faudra-t-il donc s'arrêter pour expliquer l'origine des Ger- 
mains ? Je préfère les accepter et les concilier l'une et l'autre. 
— Il est rare, en histoire, qu'une solution unique et très 
simple suffise à résoudre un problème : les faits les plus divers 
s'enchevêtrent d'ordinaire pour créer un événement. Tous les 
peuples de l'Antiquité se sont formés à la fois d'éléments 
adventices et d'éléments indigènes; les Gaulois, par exemple, 
qui connaissaient bien leur passé, savaient qu'ils étaient pour 
une part des autochtones et des conquérants pour l'autre 2 : 
1' Allemagne n'a pu échapper à ce caractère mixte. Il lui est, du 
reste, imposé par sa structure naturelle : manquant de fron- 
tières à ses extrémités, elle y attire les invasions; hérissée de 
forêts et de marécages au centre, elle y retient les populations 
primitives. — Je suppose donc que le nom germanique, tel 
qu'il nous apparaîtra constitué au temps de César, est le 
résultat d'une double série de faits qui se sont produits 
en Allemagne au cours du dernier millénaire avant notre 
ère : invasions de Scythes par les plaines de l'Est, prises 
d'armes des populations primitives du Brandebourg 3 . 

1. César dit de la forêt Hercynienne (Vf, a5, 5) : Multa in ea gênera ferarum nasci 
constat, qux reliquis in locis visa non sint. De même, Feist disant des Germains (p. 70) : 
Ailes dies war nur môylirh. weil wir es bei den Germanen... mil einer autoclithonen Basse 
» 1 genkris zu tun haben, deren Ansassigmachung oder Ausbildung auf dem vorher 
eisbedeckten Boden Xordeuropas sich in eine fur uns unfassbar ferne Zeit verliert. 

î. Ammien Marcellin, XV, 9, U (tradition druidique). 

3. P. ia5, n 7 ; p. i33-i3i. — S'il était possible de trouver des influences scythiques 
dans l'archéologie de Lusace(p. 1 35), on pourrait admettre que des Scythe* sont venus 
d'al>ord occuper celte région, et que l'antiquité de leur établissement aura lini par 
se transformer en tradition d'autochtonie. 



120 REV1 I HFS ÉTUDES ANCIENNES » 

De ces deux groupes de populations qui apparaissent ou 
reparaissent en Allemagne, lequel apportait ces éléments 
étrangers au monde indo-européen que nous avons constatés 
dans les langues et les coutumes germaniques? — Il serait 
fort possible que ces Scythes ne fussent pas des Indo Euro- 
péens. Car, sous ce nom de Scythes, les Anciens ont compris 
des populations fort différentes, des tribus pacifiques et n<^ ri 
coles en tout semblables aux Hyperboréens ou aux Italo- 
Celtes ', mais aussi des nomades sauvages et guerriers, comme 
ces Budins aux yeux bleus et au poil roux 2 , qui doivent être 
les Finnois de la Kama 3 . Qui dit invasion de Scythes peut 
songer à n'importe quelle espèce de langues ou d'hommes 
venue des plaines et des mers orientales. Et ce peuvent donc 
être des Scythes qui, nouveaux venus par-dessus le monde 
indo-européen, ont imposé à l'Allemagne ses éléments cou 
traires à la civilisation de ce mondée 

Il est aussi tout naturel de rechercher l'origine de ces élé- 
ments, non pas au-dessus, mais au-dessous de la couche indo- 
européenne, et de les attribuer à ces très vieilles populations 
dont nous avons deviné l'existence dans les marais et les forêts 
du Brandebourg et de la Lusace. Et dans ce cas, l'invasion 
indo européenne se serait simplement superposée à ce fonds 
primitif 5 . 

i. Hérodote, IV, 17. Cf. ici, p. i63-i6&. 

2. Hérodote, IV, 108-109 : "EOvoî... yXavxôv te nâv îa/vp£>; èart xat'i rc-jppov. , 

3. I^es Votiaks. Cf. Kipley, The Races of Europe, p. 36i. 

4. Il serait anormal que des migrations venues de l'est ou du sud-est apport*» 
sent des éléments indo européens : du moins si l'on tient compte des direction I 

habituelle! priées par cet éléments; cf. an dernier lien Meillet, Aperça il' une histoire 

delà langue i)rcct]iie, p. 1a: «Les [nvasioni des peuples de langue indo-européenne 
qu'on peut observer... ont eu lieu dans l,i direction du nord au sud. » 

Bat également l'idée de leist (p. Ca-69), mais pour des raisons purement 
anthropologiques (auxquelles, en ce qui me concerne, je m peux attribuer beaucoup 
d'importance, ni en soi, ni surtout en matière linguistique) : « Aussi loin que non» 

examlnioni l'anthropologie de la Basse-Allemagne, nous > rayons une seule race, 

celle des grands dolichocéphales oe son! surtout ii s hommes aux cheveui blonds et 

reui bleus dont perle Tacite, 11 j ■ donc là nne race Immuable, et c'esl cette 

Ufiy, qui a reçu, d'envahisseurs devenus ses maîtres, la langue et la 

civilisation Indo-européennei En d'autres termes, l'Allemand, nomme et langue, 
loin ter le type indo-e u ro p éen pur et primitif (c'esl la theee courante on 

Allemagne, inspirée dei lameui paradoxes de Gobineau . of p. 1 i6,n< »), représenterai! 

• nli;iire un type :tnl. r i < ■ 1 1 r . plus ancien que le- InVMiOM indo européenne- 

|« type que les ethnologue! appellent Uutoniqua ou nordioue) lit il y a quelque chose 

I — le ne m'y op| pas, a la 



>OTES GALLO-ROMAINES 129 

Peut-être y a-t-il eu l'un et l'autre, je veux dire que des 
thés envahisseurs et des Germains autochtones ont pu 
contribuer également à restreindre en Allemagne la part 
des influences indo-européennes 1 . 



Au problème de l'origine des Germains se rattache la ques- 
tion suivante : de quelle langue et, par suite, de quelle civi- 
lisation ont ils reçu leurs éléments indo-européens? 

Que les Italo-Celtes aient été pour beaucoup dans la forma- 
tion de la langue germanique, c'est ce qui a été trop souvent 
reconnu et démontré pour qu'il y ait lieu d'insister là -dessus. 
Les Allemands doivent aux Celtes quantité de mots apparte- 
nant au vocabulaire politique, militaire, juridique, industriel 

condition qu'il ne s'agisse pas. en cette affaire, de reculer et par là d'accroître les 
titres de noblesse du monde germanique. Car : i" des éléments antérieurs aux 
Indo-Européens se retrouvent partout en Europe, par exemple chez les Celtes et 
les Italiotes; a" rien ne nous dit que ces éléments appartinssent toujours à une civi- 
sation plus avancée que celle des Indo-Européens; 3* que ce fût même, et de beau- 
coup, le contraire, c'est ce que prouve l'exemple des Germains: ne venons-nous pas 
de montrer que tous les éléments de leur vie étrangers au monde indo-européen sont 
des éléments de barbarie, non de civilisation ? et Grimm n'a-t-il pas avoué lui-même 
(p. n3, n. 4) que la Lautverschiebung était un fait d' ■< assauvagissement»? — En ce 
qui concerne le fameux argument de la pérennité des grands dolichocéphales blonds 
aux abords de la mer du Nord et de la mer Baltique, on peut tout aussi bien supposer 
qu'ils représentent l'élément indo-européen primitif, vaincu ou soumis avant l'ère 
chrétienne par des populations plus sauvages venues de la Scythie ou des terres 
hercyniennes. — Au surplus, M. Feist (p. 63) remarque lui-même justement, à ren- 
contre de son propre argument anthropologique, i° qu'il n'a jamais manqué d'élé- 
ments brachycéphaliques dans cette même région, a* qu'il ne faut pas identifier 
race, langue et civilisation. 

i. On s'est demandé souvent, en se plaçant uniquement au point de vue linguis- 
tique, par quelle famille de langues le germanique avait été influencé dans un sens 
contraire à l'indo-européen, ou, en d'autres termes, à quelle famille se rattachaient 
ses éléments (qu'ils fussent primordiaux ou adventices) étrangers aux idiomes indo- 
européens. — M.Bréal (Revue de Paris, 1907, VI, p. 6i-3) a proposé les Étrusques, qu'il 
suppose antérieurs aux Italiotes, et primitivement installés «au centre de l'Europe, 
des deux côtés des Alpes ». Outre que je crois les Étrusques venus par mer, et posté- 
rieurement aux temps iUlo -celtiques, l'influence d'unecivilisation comme celle des 
Étrusques eût préservé les Germains des étranges retards que les Anciens ont notés 
dans leur état social et matériel; j'ajoute que le vocabulaire primitif du germanique, 
non indo-europceu (ici. p. 1 1 3), est surtout riche en mots ayant trait à la vie courante 
(cf. Fœrstemann, I, p. ' ( 53), et non pas à la vie civilisée, celle-ci empruntée surtout 
aux Celtes (p. i3o, n. 1) — J'aime mieux l'ancienne hypothèse de Fcerstemann 
(I, p. Ooy-Gi 1 ), <jui a songé au finnois : d'une part, langue* et populations de ce genre 
ont occupé jadis en Europe, avant l'extension indo-européenne, un territoire plus 
étendu que de nos jours; d'autre part, il est probable que les invasions asiatiques 
(cf. p. iîi, n. b) ont été aussi fréquentes en Europe avant qu'après 1ère chrétienne: 
et enfin, «en finnois en constate des fait* qui peuvent, jusqu'à un certain point, 
rappeler la substitution germanique » (Bréal, p. 61 ; cf. loi, p. lia, 11. 3). 



l3o REYI I d)BS ÉTUDES ANCIENNES 

même, et ils les ont reçus bien avant l'époque chrétienne». 
Cela signifie, sans doute, que des populations de langue 
italo-celtique occupaient alors en souveraines les terres où la 
langue germanique devait plus tard apparaître 3 . Et tout ce 
que nous savons des Italo-Geltes et de leur extension en 
Basse Allemagne 3 justifie l'hypothèse d'un contact intime, 
d'un enchevêtrement entre eux et les autres populations qui 
ont pu habiter ces terres, autochtones ou adventices. 

Les influences italo-celtiques suffisent-elles à expliquer la 
part indo-européenne dans la langue et la civilisation germa- 
niques? J'ai toujours supposé que oui. On m'a objecté les 
profondes divergences entre les idiomes italo-celtiques et la 
langue germanique 4 . Mais ces différences peuvent s'expli- 
quer par les emprunts que les Celtes, les Italiotes et les Ger- 



i. D'Arbois de Jubainville, Habitants, 2' éd., Il, p. 33o et suiv. ; Bremcr, Ethno- 
graphie, a* éd., S 53; Windisch, Zur Théorie der \fis<-hsprachen (Berichte ûber die 
Verhandlungen der K. S. Ges. der W. zu Leipzig, ph.-h. Cl., XXIX, 1897, p. 1? 
H. Much, I)cutsrhe Stammskunde, 1900, p. ii et s.; Feisl, lndogermanen, p. 39 et s. 
Sur les rapports du germanique avec le latin, Feist, p. 38-39. « Sur un millier de 
mots relevés dans le Vrkellischer Sprachschat:, 4i8 sont communs au celtique et aux 
autres langues [indo européennes], i43 au celtique et au germanique, 106 au 
celtique et à l'italique»; Dottin, Manuel, 2' éd., p. ia5. 

2. D'Arbois, 11, p. ZiZ et suiv. 

3. Cf. p. 1 12. — II est visible que, des éléments italiotes et celtiques, ce sont ces 
derniers qui interviennent le plus en germanique. Et cela, sans doute, parce que les 
Italiotes se séparèrent des Italo Celtes avant le temps où la langue de ces Italo -Celtes 
cessa de dominer en Allemagne. M. Windiscb a justement remarqué à ce propos 
(art cité ici, n. 1): Atso scheint die hervortretende cello-germanische Uebereinstimiming 
in Worlschat: erst spùter entstanden :u sein. 

4. Voici les principales, indiquées par Feist (p. 3G-38, 33); cf. aussi la substan- 
tielle broeburc de J. Mansion, citée Revue, igi3, p. 198. — Le celtique ebange le r 
indo-européen en i (rix pour /vx) [mais il faudrait Ravoir à quelle date il l'a fait, 
et sous quelles influences, et l'étude des inscriptions et des monnaies montrera peut 

pie r ■ changement n'est point primitif; les monnaies, par exemple, portent 
[)ubnorex\. Le germanique le garde. — Le celtique ebange et, non en 1. mais en r 
(devo , r,-,-i me parait inexact : la grapbie véritablement Indigène, celle des mon 

naies, porte deiv-, et Hv- est aussi courant que dev- en onomastique gauloise]. — Le 

nominatif pluriel des thèmes en -o fait -oi en latin et en celtique, -Ot en (jerma- 

nique, 1 a qui est la forme Indo européenne primitive. — Le datif pluriel est en -ho{s) 
chez les Italo-Celtes, en -m(s) ehes les Germains, Le passif latin et celtique en -r 
est inconnu aui Germains. - Le pariait Italo-celtique par redoublement s'oppose an 
parfait germanique par flexion (cf. Maillet, Mal . p 1 os et suit .où cependant je suis 
tout aussi frappé par des analogies que par des contrastes). - La raison phonétique 

te l'intermédiaire indo-européen qui s'est adapté au germanique ne poss é dait 
poitr ut drs sourdes fortement aspirées [cf. 1 ependant la remar 

le II, Loin i'i, p i.'.i. n. i|. — Un autre groupe d'objections esl tiré du fait 

rmaniquo correspond avec le latin par des élémonls étrao 

leoi liant ait »togo, mol qui manque in celtique; corn* 

le suffixe -tûti (virlus) se retrouve en gntliiqm 



NOTES GALLO-ROMAINES l3l 

mains ont dû faire aux idiomes étrangers, non indo-européens, 
avec lesquels ils ont eu affaire; s'expliquer aussi par la vie si 
différente que ces trois peuples ont menée dans les derniers 
siècles avant notre ère. D'ailleurs, comme nous ignorons 
également l'italo-celte et le germanique, il ne faut point attri- 
buer aux faits de divergence une valeur autre que celle d'une 
constatation provisoire 1 . 

Si une langue autre que l'italo-celte a contribué à faire du 
germanique un idiome indo-européen, l'embarras est fort 
grand pour la retrouver. Il est presque nécessaire de songer 
à une langue disparue 2 : soit à une langue apportée par les 
Scythes envahisseurs, s'ils étaient des Indo-Européens 3 : soit 
à une langue, illyrienne ou autre, parlée aux abords de 



latin et en gothique le suffixe -io- en composition, biennium par exemple [mais nous 
connaissons trop mal le celtique primitif pour y affirmerl'absence de ces faits, et j'ai 
des motifs d'en douter : Virtkus. ï'irthutis, existe peut-être comme nom celtique 
(Holder, 111, c. 397). et M. Meillet me signale l'existence de ce suffixe -tûti- en 
irlandais]. 

Une autre objection, moins sérieuse, a été faite à cette hypothèse de l'indo- euro- 
péanisation des Germains par les Italo-Celles : c'est (Feist, p. 69) que les Germains 
ont dû s'indo-européaniser avant 5oo, et que l'invasion celtique est postérieure. Mais 
l'invasion celtique, œuvre d'un peuple venu de la Gaule par l'ouest, et limitée à la 
vallée du Danube et terres adjacentes, n'a aucun rapport avec l'extension de l'unité 
italo-celtique, laquelle s'est produite bien avant 5oo, est venue par le levant ou le nord 
du centre indo-européen, et s'est propagée sur toute l'Allemagne, basse et haute. 

1. A tort ou à raison, certains linguistes, ou plutôt certains phonétistes tendent 
aujourd'hui à rapprocher le celtique et le germanique (cf. van Ginneken, ici, p. 1 1 4, 
n. 3). M. Loth me signile à ce sujet ce que dit Pederseu, l'ergl. Gr., I, p. 430-7: 
cf. p. 53a-3 [dont s'inspire d'ailleurs van Ginneken]; et il ajoute: « A noter qu'au- 
jourd'hui les occlusives initiales p, /, k, en gallois, d'après des expériences que j'ai 
faites au Collège de France [laboratoire de M. Rousselot] sont des aspirées sourdes, 
comme dans les langues germaniques.» M. Meillet m'écrit à ce sujet: «A en juger 
par l'accord entre la prononciation irlandaise et la prononciation brittonnique 
signalée par M. Loth, on doit admettre que les anciennes consonnes indo-euro- 
péennes p, /, fc, sont devenues les aspirées ph, th, kh, en celtique, mais qu'elles se 
sont arrêtées à ce sta<Je, sans atteindre à beaucoup près à un degré d'altération com- 
parable à ce qui est arrivé en germanique - Cf. Bull, de la Soc. de Linguistique, \1\ . 
p. 53. — Une étude minutieuse des noms propres gaulois présentant ces consonnes 
pourrait nous amener à une conclusion semblable. 

2. Durch ein heute vietleicht selbst dtm S amen nach verschollenes indo-germanischet 
Ilerrschervolk ; Feist, p. 1J9. Et M. Feist précise ailleurs (p. 38-g) : il s'agirait d'une 
langue indo européenne apparentée au latin et au celtique, mais différente de l'un 
et de l'autre.— Mais est-ce que cela ne revient pas à étendre l'unité italo-celtique 
à une troisième branche, d'où serait sorti le germanique? En d'autres termes, on 
pourrait supposer que cette unité s'est morcelée en trois rameaux, celtique, italiote, et 
le rameau alpestre ou illyrien (régions de l'Europe centrale), ce dernier représentant 
la part indo européenne du germanique (cf. p. i3a, n. 1). Et voilà qui rapproche 
II. Feist d« mon hypothèse de la grande unité italo-celtique. 

3. P. 128. 



l3a REVUE DES ETUDES ANCIENNES 

l'Allemagne dans l'Europe centrale 1 . L'une et l'autre solution 
sont également possibles. Mais j'hésite à multiplier les dialectes 
indo-européens initiaux dans l'Europe centrale : car en Alle- 
magne, et tout autour de l'Allemagne, l'archéologie et la 
toponymie, à l'époque des Italo-Celtes, me paraissent indiquer 
plutôt des populations apparentées que divergentes 3 . 



Que la brèche, dans le monde italo-celtique de la Basse- 
Allemagne, se soit faite le long de l'Elbe, sous des poussées 
venues du sud-est, — que cette brèche ait été ensuite consi- 
dérablement élargie par le rayonnement, sur cette ligne, des 
populations du Brandebourg : — c'est ce qui résulte à la fois, 
ce me semble, des textes, de la géographie, des analogies 
historiques, et, dans une mesure moindre, de l'archéologie. 
Or, quand ces ordres de recherches convergent, c'est bien 
signe qu'ils arrivent à la vérité. 



I 



En ce qui concerne le rôle de l'Elbe comme ligne d'invasion 
et ligne de séparation : 

i* Il est le dernier secteur, et le plus facile, de la plus grande 
route diagonale de l'Allemagne, qui va de Cracovie à llain 
bourg, laquelle est la suite et la fin d'une des pins grandes 
routes diagonales de l'Europe, celle qui va d'Odessa à lléli- 
goland 3 . 

2° D'importants produits attiraient les hommes sur cette 

| t, p. 6g, D. ' H'inrn et die M)' ici. dir der licltischcn Invasion dtr ningtren 

Zeit erlagtnt II semble que M FeUI suppose que, Ion de l'Invasion dea Celtes tlan» 
i,< vallée du Danube ••! en Bobême al Silésie au cours du iv* siècle ( i>. i3o, n. '1), de» 
populations de ces paya, illyriennes, indo-européennes, lesoiepireJetéeedanslaB 
Allemagne et y aient apporté un nouvel élément indo-européen, l'élémenl pin» 
ermanique (p i3i, n. a). Btcela, évidemment, n'est pas impossible ; 
cf. p. i33. n 1 ; p. 1 m, n '1 

3 Noua reviendrons II dessus. Cf. d'Arbois de Jubainville, 11. p. ta 
Déebeli ti« Manuel, 11 

p ii'i. — Voyez (car les événements contemporains répètent de trie 
riailles ch tllemands qu'Odessa ne devienne, au lieu et place do 

u ..11 i ■ ni'i port de 1 ette route. 



NOTES GALLO-ROMAINES 1 33 

route : l'ambre à Héligoland ' et le fer dans la haute vallée 
de l'Oder \ 

3* Que, dès le vi* siècle, on ait déjà songé à circuler par cette 
route, c'est ce que montrent les trouvailles d'objets grecs 
faites sur son parcours 3 . 

4 a Je rappelle qu'elle a été, au xiii*, suivie par les invasions 
mongoles 4 . 

5* Pythéas regardait l'Elbe, au moins à son embouchure, 
comme séparant la Celtique d'avec les Scythes 5 . 

6° Il a été bien souvent, dans les destinées de l'Elbe, de faire 
la coupure entre deux mondes. Auguste essaya, sans réussir, 
d'en faire le fossé frontière qui séparât l'Empire romain et la 
Germanie 6 . Les Slaves s'arrêtèrent à ses bords dans les pre- 
miers temps du Moyen-Age. Charlemagne put pousser jusque- 
là son Empire, et, depuis lors jusqu'au xi e siècle, l'Elbe 
délimita Germains et Slaves. Aujourd'hui encore, il sépare 
deux groupes de populations économiquement différentes. 

II 

En ce qui concerne le rôle du Brandebourg 7 comme centre 
de rayonnement : 

i° Les Semnons du Brandebourg se disaient le plus ancien 
peuple parmi les Germains du groupe suève 8 . Or, un renom 



i. Ici, p. i24. 

s. C'est sans doute ce qui y amena d'abord les tribus, ligures ou autres, qui ont 
introduit en Silésie la civilisation de Hallstalt (Déchelette, II, p. 6oi); puis, long- 
temps après (j'y place les Scythe» dans l'intervalle, p. lat, n. i). au wf siècle, les 
Colini, Celtes métallurgistes de la Silésie (Tacite, Germanie, 43). Ces derniers durent 
déborder en Silésie par la Bohème et la Moravie. — Ajoutez, comme motif d'attraction 
sur cette route, les mines de sel de la haute Vistulc (cf. p. m,n. 3). — Il n'y a 
pas contradiction entre ceci et le fait (p. 117, n. 6) que les Germains n'exploitaient 
pas leurs mines. L'arrivée de ces populations métallurgiques de Celtes a pu amener 
le refoulement des Scythes ou des ancêtres des Suèves sur l'Elbe moyen. — Et les 
faits actuels montrent que cette route et ses gisements ont conservé toute leur 
importance. 

3. P. iai, n. 1. 

4. P. ia4. 

5. P. m. 

6. Res gestx, V, ia. 

7. Lusace comprise. 

8. Vetustissimos se nobilissi masque Suevorum Semnones memorant : fides antiqnitati* 
religione Jirmatur (Tacite, Germ., 3g). Cf. ici, p. 133. 

Rev. Et. anc. 10 



l34 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

d'antiquité, c'est le plus souvent l'écho d'une domination 
disparue. Si Albe passait pour la plus vieille ville du Latium, 
c'est parce qu'elle avait été le point de départ et la capitale de 
l'Empire latin '. 

2° Au temps de Tacite, ces Semnons formaient le centre 
religieux de « tous les peuples de sang suève » a . Or, une fédé- 
ration religieuse, le plus souvent, est l'héritière d'une société 
politique, et le sanctuaire de cette fédération, la survivance 
de son centre national. C'est par exemple le cas de la ligue 
latine, survivant comme union sacrée à l'empire d'Albe, et 
gardant le mont Albain comme sanctuaire fédéral 3 . 

3* Ces Suèves, au temps de César, formaient la moins stable, 
la plus envahissante, la plus guerrière, la moins civilisée, et, 
en outre, la plus considérable et la plus homogène de toutes 
les espèces germaniques. Leur domaine propre coïncidait 
avec la région centrale de l'Allemagne, avec les terres basses 
qui vont, sur les rives de l'Elbe et de l'Oder, depuis les monta- 
gnes centrales jusqu'à la mer Baltique. De là, c'est à-dire 
autour du Brandebourg, ils poussèrent en tous les sens, refou- 
lant ou recouvrant les autres Germains, ceux des bords de la 
Baltique comme ceux d'entre Weser et Rhin, et aussi les 
Gaulois du Mein et du Danube, et encore les populations 
de la Pologne, qu'elles fussent germaniques ou autres. Cette 
extension des Suèves, aux abords de 1ère chrétienne, ne serait- 
elle pas la suite ou la répétition de l'extension de la famille 
germanique, laquelle, peu de siècles auparavant, se serait 
constituée dans la même région, et en serait partie pour mar- 
cher vers les voies du Nord et de l'Occident? C'est ainsi que 
les conquêtes de Charlemagne ne furent que la suite, la répé- 
tition et le prolongement des conquêtes de Clovis. 

\ n Le Brandebourg se prêtait à merveille à l'extension de ses 
peuples dans la Basse -Allemagne. Il touche à l'Elbe et à l'Oder, 
les voies naturelles de pénétration vers les deux mers sepk-n 
trionales; et les vallées de ces deux fleuves s'y rejoignent par 



!. Tile-Live, |, 3, 4. 
i. Omîtes ejusdem taagatuts populi legationihus roeunt,eic.T*c.,l.c. Cf. ici, i 

\i intiiMM, Staattnekt, ni, p th3, f>66. 



NOTES GALLO-ROMAINES l35 

une chaîne ininterrompue de rivières et de lacs. Cet isthme 
central entre Elbe et Oder peut être regardé comme l'ombilic 
de l'Allemagne, le principal trait d'union de ses routes 1 : il est 
possible que les Suèves l'aient constaté, et qu'ils en aient fait 
à dessein le centre et le sanctuaire de leur nom 3 . 

5° Dans ces parages, en Lusace spécialement, on remarque 
en particulier vers 6oo-5oo, une archéologie, sinon très origi- 
nale, du moins assez distincte des civilisations voisines 3 . 



Indiquer avec plus de précision la part des différents élé- 
ments, géographiques et ethniques, dans la formation de la 
Germanie, fixer la date à laquelle se sont produites invasions, 
formations ou destructions d'empires, me paraît, en l'état 
actuel des choses, une tâche impossible à la science historique. 
La Germanie du dernier demi-millénaire avant notre ère a dû 
ressembler à la Gaule contemporaine des invasions et des 
Mérovingiens : des envahisseurs y sont venus sur des points 
différents, créant des États qui se sont enchevêtrés avec d'autres 

i. Ceci a été bien montré par Reclus. IV, p. 835 et s. 

a. Ici, p. ia6. 

3. Ce qu'on appelle la civilisation, ce qu'on devrait plutôt appeler l'archéologie 
de Lusace. est une des plus étranges formations de l'Europe centrale — L'époque est 
fixée, d'après les objets découverts, à la période de transition entre le bronze et La 
Têne (cf. Sophus Mûller, Urgeschichte, p. iio). — La zone d'extension est Lusace et 
Brandebourg comme centre, et, autour, parties limitrophes de Bohème, Silésie, 
Pologne, Posnanie, Saxe. — Comme caractéristiques : vastes champs funéraires, 
amoncellements d'urnes, poteries à dessins incisés ou quelquefois peints, surtout de 
petits objets, point d'armes et surtout petits arrière-trains de chars en bronze accom- 
pagnés d'images d'oiseaux (sans doute offrandes à une divinité). — On a noté les 
influences, sur cette civilisation, de la région de Hallstatt et du nord de l'Italie 
(un des premiers, von Sadowski, Die Handelstrassen, 1877, p. i35 et s.; et tous les 
autres après lui): ce qui serait un argument en faveur de l'origine alpestre ou 
illyrienne du germanique (p. i3i, n. a). — En tous cas, l'abondance de ces ex-voto 
indique certainement le voisinage de quelque grand sanctuaire, et on ne peut guère 

jer qu'à celui des Semnons. — C'est également l'avis de Schuchhardt, Prxhis- 
torische Zeitschrifl, I, p. 36o et suiv.; Verhandlungen der 51. Versammlung deutseher 
Philologen, Posen, 191 1, p. 70. Voyez aussi Degner, Verhandlungen der Berliner 
Gesellschaft fur Anthropologie, 1890, p. 6ao et s.; Il Hubert, Poteries de l'âge du 
brome (Revue préhistorique, 1910), p. id et s.; G. kossinna, Mannut, III, p. 3aa; IV. 
p. i83; Kahrstedt, Prxh. Z., IV, p. 83; Déchelette, II, p. 385 (excellentes réser\e> 
7iir la chronologie). — Chose curieuse, et qui montre bien la persistance de certaines 
lois anthropo-géographiques, la zone centrale des types de l'archéologie dite de 
Lusace correspond à la zone de refuge des derniers Wendes (ici, p. iaG, n. 5). — Il 
me parait résulter de l'extension t\-\ cette archéologie que les Semnons ont dû avant 
le V siècle essayer de -;e développer vers la Bohème et la Silésie, d'où ils ont été 
sans doute ensuite écartés par les Celtes (après ioo); cf. p. ■ 33, n. 2 ; p. i3a, u. 1. 



l36 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

États créés par les indigènes : tous ces États, d'ailleurs fort 
rudimentaires, et se disloquant plus vite que se constituant. 
S'il y a eu un instant une unité germanique 1 , elle n'a été que 
précaire et provisoire 3 , et elle a été formée d'éléments dispa- 
rates 3 . L'aspect de la Germanie a dû changer à chaque géné- 
ration 4 . — Mais, faute de textes, nul ne peut se hasarder 

encore à noter ces changements 5 . 

Camille JULLIAN. 

i. J'appelle unité germanique une fédération des groupes Istévons, Ingyévons et 
Hermions, celle qui a déterminé la fable de Mannus et de ses trois fils, père chacun 
d'un de ces groupes (Tac, G., 2). Cf. n. 3. 

3. Ce que peut prouver, outre l'absence de traditions persistantes, le fait que 
la triple descendance de Mannus (n. 1) était fort discutée par les Germains eux-mêmes. 

3. Les Ingyévons de la mer Noire, Cimbres et Teutons compris, devaient renfermer 
beaucoup d'éléments italo-celtiques, ce qui explique que les contemporains de l'in- 
vasion des Cimbres les aient si souvent rapprochés des Celtes (cf. p. 122, n. 1). 11 y 
avait là des populations maritimes, agricoles, laborieuses, amies de la justice, 
ennemies de la guerre et de la provocation (Tac, Germ., 35). Chose étrange, une 
tradition germanique ne les comprenait pas parmi les descendants du dieu national 
(Tac, G., 2). — Les Istévons voisinsdu Rhin ont eu sans doute l'humeur plus belli- 
queuse. Toutefois, l'exemple des Ubiens montre leur goût pour l'agriculture et la 
vie stable. Là encore les éléments italo-celtiques ont dû être importants. — Il est 
possible que les éléments scythiques ou sarmatiques soient restés prépondérants 
chez les riverains de la Baltique (Vandili) et en Posnanie (Lugii). — En Silésie, 
les Celtes de Gaule arrivent par le Sud après 4oo. — Les véritables Germains, carac- 
térisés comme nous l'avons fait (p. 116-120) d'après les Anciens, avec prédominance 
d'élément! arriérés, sauvages, non indo-européens, sont ceux de l'intérieur, maré- 
cages et forêts : Hermions, et parmi eux surtout les Suèves (les deux noms ont pu 
être synonymes, cf. Tac, G., 2). — Tout cela montre bien la direction do la poui 
germanique, partant des régions centrales. 

4. Voyez, par exemple, entre les années i5 avant et 19 après l'ère chrétienne, 
l'extension de l'empire des Marcomans, parti des environs du Danube supérieur. M 
constituant en Bohème, s'étendant sur l'Elbe moyen, l'Oder, la Vistulc, peut-être la 
Baltique, et ramené enlin à la Bohême (Tac, Ann., II, /j5 etG2 ; Strabon, VII, i, 3). Un 
texte, quand il s'agit de la géographie politique de la Germanie, n'a de valeur que 
pour sa date. 

5. Voici cependant, à titre d'hypothèses purement provisoire», ce que l'on peul 
indiquer, en essayant de concilier toutes les données, et en partant de ce fait, que 
les poussées d'envahisseurs sur le Rhin ont été le plus souvent déterminée! par dea 
I uéea plus lointaines. 

">.>o. — Arrivée de Scythe! par l'Oder et l'Elbe (cf. p. 127, n. 3). Développe 
ne nt de l'archéologie dite do Lusace (p. ■ 35, n. 3). Les Mer niions nu le! Suèves »*OI 

niaenten Brandebourg (p. 1 35, n. 5), Les Celtes.quittent la mer du Nord pour la Gaule. 

Entre 55o et 35o. — Développement des Scythe* ou Belgea à l'est de l'Elbe Inférieur, 
OrganiaatioD <\<-> Ingyévou! dam cette région (p. m, n. 3). 

Ver» 3oo. — Nouvelle pouaeée de Bcythea ou plutôt de Sarmatee p tiS, n. >) 
entre le Jutland et 11 Vistule. Les Belges s'étendent ver- le Rhin el IU dell I p. 123, 
1 onatttuUon des latévoni le long du Rhin, 

Entre loo et no Constitution, an profit dea Hermlona, ou d< ou des 

,le l'unité germanique (Ici, n. 1). Nouveaux passages de Belges à l'ouest 
du iiiiin 1 islocation de oette unité, 

Vert n". — Commencement des migrations suèves. LesGothi apparaissent, venus 
peul Formation des VandtU entre le Jutland et 

l'Oder i p. isl, n. 1). — Le» Cimbres et les Toutous se mettent en 1 



CHRONIQUE GALLO-ROMAINE 



Types primitifs de maisons. — Voyez le grand travail d'Oscar 
Montelius, Boning, grav och tempe l, dans YAntikvarisk Tidskrift, 
t. XXI, f. i. — Capital même pour la Gaule. 

Enceintes de Franche-Comté. — Julien Feuvrier, Les Enceintes et 
défenses préhistoriques et anhisloriques de la région de Dole (19 14, in 8° 
de 110 pages, extrait du Congrès préhistorique de Lons-le-Saunier). — 
La première dont il est question parait la plus intéressante : c'est celle 
du Mont-Guérin (canton de Montmirey), 35o/aoo mètres, «murée en 
pierres jetées de toutes dimensions, extraites du terrain même » : fin 
du néolithique, bronze, Hallstatt, abandon à La Tène ; fouilles de 
Maurice Piroutet. — Le camp de Moulin-Rouge : âge de fer, aucun 
rapport avec l'époque romaine (quoique les archéologues y aient 
vu la station de Crusinia). — Etc. — Ce travail est certainement 
un des plus remarquables qu'ait produits la fameuse enquête sur les 
enceintes (ici, p. i4i)- L'auteur n'a jamais parlé que de ce qu'il a vu, 
il a fait lui-même les relevés, il indique la manière de les contrôler 
surplace; ses conclusions sont d'une extrême prudence; il rend 
justice à tous ceux qui l'ont précédé ou aidé, par exemple à cet excellent 
travailleur qu'est M. Piroutet. Sa bibliographie parait complète. 

Les origines de Blois. — II. Florance, conservateur du Musée de 
Blois, a fait œuvre très utile en réunissant toutes les preuves archéolo- 
giques de l'occupation de Blois à l'époque romaine (Quelques preuves 
de l'ancienneté de Blois, Blois, 1913, extrait du Bulletin n° i3 de la 
Société d'Histoire naturelle de Loir-et-Cher). Il était impossible en effet 
que cette merveilleuse situation, lieu de passage et lieu de hauteur, 
n'ait pas été exploitée dans l'Antiquité. Je crois que des observations 
bien faites (et M. Florance nous en donne des gages) amèneront 
d'agréables surprises. 

Les scories antiques : comment les reconnaître? Après le colonel 
Azéma (Bulletin des sciences naturelles de l'Ouest, Nantes. 191 1 h 
après II. G. Vallois (Le fer dans l'Antiquité d'après les scories de la 
forêt d'Allogny, 1884), M. Florance se préoccupe de cette question 
1 l'eul-on reconnaître l'antiquité des scories ferrugineuses ? extrait du 
XIV e Congrès international d anthropologie, Genève, 1912) : lui-même 
y avait déjà pensé au Congrès préhistorique d'Angoulême, 1912. 



I 38 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

Voici ses conclusions actuelles : 

« En principe, en l'absence de traces d'origine, tous les amas de 
scories provenant de petits creusets et d'exploitations de peu d'impor- 
tance, situés presque toujours près d'une petite source et loin d'une 
rivière ayant pu servir de moteur, doivent être considérés comme 
ayant une origine gauloise ou celtique. 

« Les scories de grands creusets se trouvant loin des rivières ou 
même à proximité, alors toujours accompagnées de débris gallo- 
romains facilement reconnaissables, sont assurément de la période 
gallo-romaine. Dans la plupart des localités gallo-romaines du Loir- 
et-Cher, sinon dans toutes, j'ai trouvé de nombreuses scories de fer 
disséminées. 

» Enfin, les amas importants de scories, toujours situés au bord 
d'une rivière pouvant actionner une forge, ne peuvent appartenir qu'à 
une exploitation du Moyen -Age. Ce n'est guère qu'après la période 
gallo-romaine, du moins je le crois, qu'on a employé la force hydrau- 
lique pour la fabrication du fer. 11 est bien entendu que sous les 
résidus du Moyen-Age on pourra retrouver des traces d'exploitations 
antérieures, mais ces traces seront noyées et auront presque disparu 
au milieu des amas considérables de scories moins anciennes. Il \ a 
en effet des localités où, en raison de la quantité du minerai qui 
s'y trouve, l'exploitation du fer n'a pour ainsi dire jamais été inter- 
rompue. » 

Le premier âge du fer en Suisse. — Un lumulus du premier âge 
du fer à Niederweningen (Zurich), par MM. D. Yiollier et F. Blanc, 
12 pages, extrait de Y Indicateur de iqi4- 

Coupe en terre au pied perforé signalée dans cette fouille : « Ce 
récipient ne pouvait contenir aucun liquide; ...cette perforation a 
été faite avant Ja cuisson. » Il y a là quelque phénomène d'ordre 
religieux. 

Primuliac. — Je ne connais pas directement le livre de M. l'abbé 
Kicaud, Sulpice -Sévère et sa villa de Primuliac à Saint-Scver-de- 
Rustan (Tarbes, Lesbordes, hji'i). Sans le connaître, j'hésite à placer 
en Bigorre la célèbre villa (laquelle a été promenée depuis pus 
ers jusqu'à près Périgoeux I). Je la crois beaucoup plus voisine de 
Tours, <'i j'ai toujours pensé '|ue le notter iste de proximo (Dial., III. 
16, i) pourrai! être Brios lui-même. 

Inondation arrêtée. — Voyez ce que dit M. Marcel Hébert de ce 
l\p. é dans le folk-lore, Bull, de In Soc. préhiit. de l'rancc, 

a8jan\. igi5. <:i Sébillot, II. p. $36 et s. 

Peintures néolithiques de, los ConjorroG Sierra 
Klorena représentant des couples humains se tenant le plus souvent 
pai l.i ni.iiii . p. m i nimaux domestiques conduits par un homme 
"u une femme tussi detu archert o Le fail qu'à chaque nom une 



CHRONIQUE GALLO-ROMAINE l3g 

seule femme est attribuée indiquerait » la monogamie. Breuil, Institut 
de paléontologie, Rapports... 191 3 (ex.tr. de l'Anthrop., 191 A), P- 23g. 
— Ces peintures néolithiques, précédant les gravures du monte Bego 
{Revue, 1910, p. 81), et répondant, avec des sujets différents, à quelque 
besoin analogue, diminuent l'hiatus entre le quaternaire et les temps 
métalliques. 

Les voies romaines du Dauphiné, par H. Ferrand, extrait du Bull, 
arch. de 191/», in-8° de 3a pages et 3 planches. Cf. Revue, 191 4, p tô~- 

Étymologie de Montmartre. — Les textes, la phonétique, l'histoire, 
les analogies, tout converge à faire de Montmartre, non pas le mons 
marlyrum, mais le mons Mercurii (abbé Meunier, Le nom de Mont- 
martre, Xevers. 1914. in-8* de 39 pages). 

Vieille-Toulouse et Toulouse. — M. Joulin croit que la Tolosa des 
Tectosages, celle où se sont passés tous les événements antérieurs 
à Auguste, n'est pas l'oppidum de Vieille-Toulouse, mais la Toulouse 
de la plaine, la future cité impériale (Les fouilles de Toulouse et les 
contributions quelles apportent à la préhistoire du Sud de la France et 
de la péninsule hispanique, extrait du Bull, de la Soc. Arch. du Midi de 
la France, n° 43 ; Toulouse, 1914, in-8° de 7 pages). Je suis cependant 
très frappé que la célèbre inscription datée de 707 (Corpus, XII. 5388 ï 
ait été découverte à Vieille-Toulouse. 

Les âges préhistoriques dans l'Europe barbare. — Titre d'un 
mémoire considérable de M. Léon Joulin, extrait de la Revue archéo- 
logique, Paris, Leroux, 1910, in-8° de 90 pages. Résumé de nos connais- 
sances sur l'archéologie de l'Europe entre le vin' siècle et l'époque 
romaine. 

Inscriptions sur pesons de fuseaux. — La découverte d'un peson 
de fuseau avec inscription donne à M. Héron de Villefosse (Bull, arch., 
1914, p. 212) l'occasion d'une étude d'ensemble sur ces curieux petits 
textes : Geneta mi[h]i da gau[d]ium, dit celle-ci; d'autres disent : 
accède Urbana; ave domina sitio, etc. Cela éveille l'idée de jetons, soit 
pour tavernes, soit pour lieux plus mauvais encore. J'hésite cependant 
à voir un nom propre dans Vimpi, encore que Vimpus soit un nom 
bien connu. J'attendrais plutôt soit une exclamation bachique abrégée, 
soit un sobriquet de tenancier. 

Tombes préhistoriques de la Franche-Comté. — C'est vraiment 
dommage que le beau travail de M. Piroutet (Sur la coexistence de 
populations différentes en Franche-Comté pendant les temps pré et proto- 
historiques, in-8° de 96 pages) ait paru en une impression si compacte, 
sans sous-titres et sans gravures (Congrès préhistorique de Lons-le-Saul- 
nier, 191 4). Comme, en outre, la manière de M. Piroutet est concise, 
qu'il ne parle que pour mentionner des faits, cela fait, sous un format 
restreint, la valeurd'un très gros volume, rempli de choses très utiles : 
le malheur est qu'il est. pour ces motifs, difficile de s'y reconnaître. 



l4o REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

Ceci est, en réalité, l'histoire, a,vant les textes, de la Franche-Comté des 
hautes terres. Il y eut là, groupés surtout autour de Salins et du sel, 
une population dense et des domaines très convoités. M. Piroutet 
a pu se rendre compte des batailles qui s'y sont livrées (par exemple 
entre l'âge du bronze et Hallstatt), de la coexistence de rites similaires 
(en matière funéraire) chez des tribus différentes et de rites différents 
chez des tribus semblables ; il a relevé le réseau de routes qui avoisi- 
naient Salins, l'importance de Port-Lesney (sur la Loue); il a rectifié, 
chemin faisant, bien des données; c'est ainsi qu'il rejette au début de 
la Tène le fameux tumulus d'Apremont qui a livré de si curieux objets 1 . 

Le forum de Drevant. — Plan : au centre, un temple carré; dans 
un angle, une pièce renfermant un édifice octogonal mystérieux 
(M. Mallard pense à un puteal), et qui est peut-être le morceau le plus 
intéressant de ces fouilles, d'ailleurs admirablement conduites. — 
Mallard, Bulletin archéologique de 191^, p. ig5 et s. 

Golonia Julia Ruscino. — M. ïhiers (cf. Revue, igi5 t p. 76) paraît 
avoir retrouvé le nom officiel de la colonie dans un fragment d'inscrip- 
tion, C.l.R. Autres inscriptions à des princes delà famille d'Auguste 
Plan du forum avec piédestaux de dédicaces. Bulletin archéologique, 
1914, p. 184 et s. 

Les premiers temps du bronze en Occident. — Piroutet, Fouil- 
les, etc., L'Anthropologie, 1914. p. 263-290. Desfouilles dans un tumulus 
de l'âge du bronze aux abords de Salins ont inspiré à M. Piroutet des 
Réflexions qui sont les plus importantes qui aient été faites, depuis 
le tome II de Déchelette, sur les origines de l'âge du bronze en Occi- 
dent. M. Piroutet n'hésite pas à faire débuter le bronze, en Occident, 
dans l'Europe centrale, et noiamment en Bohême, en dehors de toute 
influence orientale. C'est dans cette Europe que ce trouvent des gttes 
d'étain et de cuivre. C'est là que s'est développée la période I, bien 
caractérisée par ses épingles tréflées, ses poinçons losanges et 
poignards. Cette période I (indépendante de la période du cuivre) se 
placerait, suivant M. Piroutet, entre 2600 et une date, qu'il ne déter- 
mine pas, antérieure à 1800. 

Retranchements à calcination. — M. Piroutet, Note sur l'existence 
et l'âge de retranchements à calcination dans les camps préhistorique* 
du Jura salinois, in-8° de 8 pages, extrait du Bull, de la Soc. preh. /'r. , 
27 mars igiS.« La calcination destinée à donner un noyau de rhanv. 
pour consolider les remparts paraît avoir été connue dès la tin du 
néolithique. » 

L'esturgeon en Garonne. — « La pêche de ce poisson commence en 
fénler, dans la rivière de la Garonne, du coté* de Bordeaux, et dure 
jusqu'en Juillet ou août... \ Bordeaux, ce poisson asl -1 commun, 

■tau il > ri une coupa d'or wte liutrtption word-ftaflf , il 

Butdnit, )'• BTOl '■■ plttl l..is..|iir l.i I . • 1 i . - I. 



CHRONIQUE GALLO-ROMAINE I A I 

que tout le monde en mange. » Valmont de Bomare, Dict. univ. 
raisonné a" hist. nat., t. II, 1769, p. fao. 

La voie Domitienne de Narbonne à Salses. — De Narbonne, la 
voie romaine passait par le lieu ou col dit Cap-de-Plat. — Sur la route, 
près de Narbonne, inscriptions : 

G • A 1/ ////// 

SOCIO//// TERTFAE OSSA 

H E R /// 

— Du Cap-de-Plat, le long des rives et parfois dans le lit du torrent 
de Veyret. nom à rapprocher de Yaratedo. — Puis, vers Saint-Julien- 
de-Septime (là, soudure avec la voie d'Aquitaine; cf. Val-de-Daigne. 
vallis de Aquitania en 820, 870). — Puis, vers Fontfroide (ceci est 
capital pour expliquer la situation de la célèbre abbaye, presque au 
carrefour des routes d'Aquitaine et d'Espagne). — Résumé d'un 
travail, très remarquable par sa précision, de M. Rouzaud, Notice sur 
le trajet réel de la voie Domitienne, etc., i r * partie, in-8° de 02 pages. 
Narbonne, Caillard, igi5, extrait de la Commission archéologique de 
Mar bonne. 

Saint Césaire d'Arles. — Commentarius de gratia et lïbero arbitrio 
ex sancti Caesarii... selectus, auctore Chaillan, Massilia?, ex typ. 
Guiraudi, MCMXY. In-8° de 22 pages. M. Chaillan connaît Césaire 
comme pas un. Et ces vingt pages de théologie, écrites en bon latin, 
me font admirer qu'on puisse parler encore ainsi, en théologien et 
en lettré, du semipelagianisme. 

Polissoir. — Le polissoir [à une seule cuvette] de La Ribeyrée. 
Dordogne, par M. Tarel. Extrait de la Revue préhistorique, numéro de 
juillet 191 1. In-8° de l\ pages. 

Magdalénien supérieur. — R. Tarel, U Abri-sous-Roche du Soucy, 
près Lalinde, Dordogne : compte rendu détaillé et précis des fouilles 
de MM. Délugin, du Soûlas et Tarel. Extrait de f Homme préhisto- 
rique, 191 2, n" 5 et 6. In-8* de 3o pages». Beau bâton de commande- 
ment en bois de renne. 

Uxellodunum. — Bibliographie de la question dans le Bulletin de 
la Soc. préhist. de France, 1916, p. 74 et suiv. Je ne veux pas repro- 
cher à M. Viré la peine extraordinaire qu'il s'est donnée pour relever 
le nombre prodigieux de livres et d'articles provoqués par la question 
<1 Uxellodunum (sa liste doit renfermer 3oo numéros). Mais s'il continue 
à se donner pareille peine pour tous les oppida celtiques connus par 
leurs noms, Aéria, Viudalium, Alise, etc., etc., voilà beaucoup de temps 
perdu pour cette admirable enquête sur les enceintes préhistoriques 
(j'évalue à 3o.ooo numéros au moins la bibliographie complète des 

1. Nous recevons également de M. Tarel, Gisements préhistoriques de l'oasis de 
Tabelbala, in-8* de ai pages, extrait de la Revue anthropologique de scpt.-oct. tgi4< 



1 4^ REVIE DES ÉTUDES ANCIENNES 

oppida gaulois), et voilà, au lieu des renseignements précis, sûrs, 
nouveaux, que nous avons jusqu'ici reçus de cette enquête, une collec- 
tion effrayante d'articles pour la plupart oiseux et insipides. J'estime 
trop profondément M. Viré, j'ai dit trop souvent les énormes services 
rendus par l'enquête, pour ne pas crier un affectueux casse-cou. 

Les fouilles de Fourvières. — Annales de l'Université de Lyon, 
n. s., II, fasc. 3o, Germain de Montauzan, Les Fouilles de Fourvière 
en 1913 -191U, 1 9 1 5, in-8° de 108 pages, a3 fig. et a plans. — A 
signaler : p. 10, 11, mosaïques ornementales [style de décoration très 
remarquable par son élégance]; autre, p. 24 [même remarque; notez 
les variétés infinies et les entrelacs]; autre, p. ao; autre, p. 34 [tout 
cela confirme ce que je crois de la possibilité de dater les monuments 
par les dessins de leurs mosaïques]; autres, p. 3g,l\i, 43; relief 
arrétin, avec cortège d'Hercule et Omphale, p. 54 [très important 
commentaire sur le mythe] ; poteries de Aco, p. 63 ; répertoire des 
poteries gallo-romaines découvertes, p 64 et suiv.; relief d'applique 
avec gladiateurs, p. 73 [oh ! l'odieux thème des gladiateurs dont « la 
culture » romaine a infesté le monde] ; marques, p. 76 et suiv. [aucune 
nouvelle]; amphores, etc., avec marques, p. 86; p. 89, le fameux 
diplôme militaire [cf. Revue, 1914, p- 290]; p. 100, monnaies. — J'ai 
déjà dit que ces rapports étaient des modèles absolus. 

L'Europe néolithique. — Schuchhardt, Westeuropa als alter 
Kulturkreis, dans les Sitzungsberichte de l'Acad. de Berlin, 191 3, 
XXXVI-VII. Fait de l'Europe occidentale le centre de la culture néo- 
lithique. Les dolmens, par exemple, se seraient répandus de Bretagne 
en Baltique, et de Bretagne vers la Méditerranée (c'est l'opinion 
contraire à l'opinion courante). Tout le monde néolithique est anté- 
rieur au monde indo-européen : de l'Ouest, il a propagé jusqu'en 
Grèce, jusqu'en Asie, ses formes de céramique, de maison, de forte- 
resse. — Ce travail est à coup sûr le plus intéressant et le plus 
synthétique que nous ait encore donné M. Schuchhardt. Il a voyagé en 
Fiance, il a étudié tous nos musées, il « a beaucoup vu », — pourquoi 
faut-il aussi qu'il ait a beaucoup retenu »? Je fais allusion à la triste 
affaire de Laussel, tache morale qu'aucun mérite scientifique, quant un 
titre académique n'effacera jamais >. 

1 M Bcblichhardt me-t en évidence les caractères funéraires et sacrés des champs 

'.iliOiiqucs da Bretagne. «Je suis convaincu », dit-il (p. 761), dass der Menhir in 

Vaehahtvutf têt aUen QaUtrtttini und Qcttttrthront tin SeelêRtkron i*t, duss die Seele 

fim l.nbe t/ela-st und wU ein PbftJ in der l.uft verhetirend, attf dirsrm Steinr ihrr 
Hiihesil; Jinden tOllU Ihrr flaubtê fin jedermann un rin FOrtUbe* der SêfU, an ihre 

Ubenéiçt Tellnahnu, wtnn m bettlmmten Tagtn Ihr ta Bhrtn Feste mit Aafzùgtn und 
Welts/iiiirii gtftiêri inudi-n. 1 t il renvota tu curieui travail da Mal tan mit rri\ 

llri.i.l.iin.iiiti- i \rrh. Jnhth .. WVIII, IQlS, p I 't»\ la Uk'm" que j';i i <li \ Hopp. .■ 

I proposa r knnorique tsars dsa noria a [HUtotr* dé in Osait, 1, p 

1 oir qusl rappoi I mlneoi >• 1 1 al (uni 

rairr ■!•• 1 \< m pseta lamanl Itati 



CHRONIQUE GALLO-ROMAINE l 43 

L'inscription d'Hasparren (cf. Revue, 1903, p. 47)- — M. Haver- 
field ( The Athenaeum, i3 mars igiôj vient de résumer avec sa clarté 
et sa sagacité habituelles tout ce qu'on pouvait dire et supposer sur 
le célèbre monument. — Je n'arrive pas à m'expliquer pourquoi la 
dernière ligne est, sans doute aucun, de gravure moderne. Peut-être 
le lapicide romain se sera-t-il borné à la tracer en couleur (cela appa- 
raît sur certains monuments) et un moderne l'aura-t-il gravée après 
coup. 

Le berceau des Indo-Européens. — On avait cru jusqu'ici qu'on 
pouvait le retrouver à l'aide du vocabulaire commun. M. Meillet 
prononce à ce sujet une parole de doute qui, chez un tempérament 
plus violent que le sien, serait un cri de désespoir. Il écrit à propos 
du livre de M. Feist (cf. ici. p 1 13, n. 3) : « Sur ce qui est dit. p. 6 et 
suiv., du nom de la «mer», lat. mare, etc., il y aurait à discuter. . 
Ce groupe de mots est l'un de ceux qui caractérisent le vocabulaire 
spécial d'une partie des dialectes indo-européens, qui va du slave à 
l'italique en passant par le germanique etle celtique, mais en excluant 
grec, arménien et indo-iranien. On a donc eu tort de se servir de ce 
mot pour établir que la nation indo-européenne aurait connu la mer. 
M. Feist a sans doute raison de dire que ce groupe de mots désignait 
à l'origine l'eau stagnante, par contraste avec l'eau courante; mais 
l'accord du slave, du germanique, du celtique et du latin ne laisse 
guère de doute sur le fait que, dans le groupe dialectal indiqué, ce 
mot ait été de très bonne heure affecté à la désignation de la mer; 
s'il ne désigne pas proprement la mer, le lit. màrés s'applique à des 
parties de mer. Au fond, il n'y a rien à tirer de ce mot — ni sans 
doute d'aucun autre — pour la localisation de l'indo-européen, a (Bull, 
de la Soc. de Ling.. XIX, n° 6a, janvier 1910). — Mais si la langue fait 
faillite en l'occurrence, comment retrouver ce berceau? Car renoncer 
à le rechercher, c'est-à-dire à résoudre la question la plus intéres- 
sante, la plus passionnante de nos origines, cela, nous ne le pouvons 
pas. M Meillet essaie de recourir aux analogies historiques, ce qui le 
ramène, assurément avec des hésitations infinies, à <n une région voi- 
sine de la Baltique», d'où sont parties les invasions connues de peu- 
ples à langue indo-européenne [Aperçu d'une histoire de la langue 
grecque, 1913, p. 12). — Pour retrouver dans les temps modernes une 
extension comparable à celle de la langue indo-européenne, il faut en 
effet regarder toujours du côté de la Baltique : de là sont venus les trois 
ou quatre phénomènes qui répètent l'invasion indo-européenne, les 

tique. M. Schuchhardt la place avant ce monde, à l'époque proprement néolithique. 
Je n'ai jamais, pour mon compte, séparé nettement les temps néolithiques de ceux du 
cuivre et du bronze, et je crois encore que les menhirs et dolmens se rattachent à la 
plus ancienne civilisation indo-européenne, et que. dans cette civilisation, — laquelle 
a dû comprendre une vaste thalassorratie allant du Samland au Morbihan, — notre 
Armorique a joui- un nMe e-sentiel. 



l44 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

migrations germaniques, les pirateries maritimes et fluviales des 
Saxons et des Vikings, l'extension slave : combinez tout cela, vous 
vous expliquerez les processus de l'expansion de la langue indo-euro- 
péenne. Pour moi, et je crois que M. Meillet ne m'en voudra pas de 
chercher à préciser davantage, je me représenterais volontiers le monde 
indo-européen primitif d'abord et surtout comme un vaste empire 
commercial, métallurgique, maritime et agricole en bordure sur 
toutes les mers du Nord, depuis les gîtes de l'ambre baltique jusqu'à 
ceux de l'ambre frison, au delà jusqu'à ceux de l'étain comique et 
armoricain ■ ; et, ensuite, ces mêmes gens remontant peu à peu fleuves 
et vallées, comme le firent Vikings et Saxons, les Grecs, par exemple, 
suivant, du Samland à Dodone, par la Porte de Moravie, la route où 
devaient continuer les pèlerinages et les caravanes des offrandes 
hyperboréennes (cf. p. 124, n. 2). C'est la thèse que j'ai développée 
au Collège de France, en 1911-1012 (Annuaire de 1912, p. 67). 

Glossaire auvergnat. — Albert Dauzat, Glossaire étymologique du 
patois de Vinzelles, Montpellier. Soc. des Langues romanes, 1915 ; 
in-8° de 288 pages. L'intérêt de ce travail pour nous est que l'auteur 
n'a négligé ni les faits de toponymie, ni ceux d'onomatique familiale, 
ni les textes anciens, chants et autres. Et tout ceci est d'une méthode 
excellente, vraiment intégrale. 

Le Culte de Cybèle. — Sous ce titre, M. Henri Graillot fait 
paraître, chez Fontemoing, un volume qui n'est pas seulement consi- 
dérable par ses dimensions (600 pages), mais encore par les ren- 
seignements de tous genres qu'il renferme, par la nouveauté et 
l'originalité des vues, par le sens des questions et la sûreté de la 
méthode. Nos lecteurs, qui savent l'importance du culte de la Mère 
chez les ltalo-Celtes et en Gaule, comprendront sans peine quel 
profit ce livre leur apportera. Un de nos collaborateurs en rendra 
plus longuement compte. 

C. JULLIW 



1. Cadix étant le lien de rencontre i;t d'échange entre les thalassocraties allai» 
et iiiiiditiTiaiii'ennes. 



VARIETES 



A propos du dieu de Viège. 

Lettre a Monsieur C. Jullian. 

Mon attention venait d'être attirée, cet après-midi, par le curieux 
attribut du Dispater de Viège au Musée de Genève ' , qui a intrigué les 
érudits ; en coupant ce soir les pages du dernier fascicule de la Revue 
des Éludes anciennes, je lis l'ingénieuse explication que vous en 
proposez 2. Permettez-moi donc de vous soumettre les quelques obser- 
vations que j'ai faites à ce sujet. 

On sait que Dispater porte plusieurs emblèmes célestes : le maillet 
du tonnerre qui est parfois entouré de rayons, comme dans le Dispater 
de Vienne, et qui équivaut alors à la roue solaire; les croix gammées 
ou simples qui constellent souvent sa tunique. On est donc auto- 
risé a priori à attribuer un sens analogue à la prétendue crémaillère, 
d'autant plus que le clou, symbole de l'éclair chez les Gaulois 3, s'unit 
étroitement à celle-ci dans l'exemplaire de Genève. 

Rappelons-nous maintenant que les symboles du culte solaire, très 
divers mais équivalents, tels qu'ils apparaissent dès l'âge du bronze, 
persistent non seulement pendant l'âge du fer et l'époque gallo-romaine, 
mais dans tout l'art barbare, et bien ultérieurement encore. Or, j'ai été 
frappé, en feuilletant le bel ouvrage de Barrière-Flavy *, de rencontrer 
un petit monument du Musée de Rouen, provenant d'Envermeu (Seine- 
Inférieure), qualifié de trousse 5. A un anneau de suspension sont 
fixées deux tiges de métal, dont l'une se termine, comme le panneton 
de certaines clefs, par des dents, et l'autre par une sorte d'ancre, où 
l'on reconnaît l'attribut de la statuette de Genève. Sont-ce deux clefs. 

i. ^. Iteinach, Bronzes figurés, p. 18, 139, n* i45; id., Répertoire, II, p. a3, 3. etc. 
Bibliographie complète dans le Catalogue des bronzes antiques du Musée de Genève, 
qui paraîtra sous peu dans V Indicateur d'antiquités suisses, 1915. 

2. 1916, p. 63 sq. 

3. S. Reinach, Bronzes figurés, p. iii sqq. Cf. Reïuedc l'hist. des religions, 1912, t. 66, 
p. 271, note 1. 

4. Les arts industriels des peuples barbares de la Gaule du v au THF siècle. 

5. III, pi. 69, 5. 



1^6 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

la forme de l'une étant fréquente à l'époque mérovingienne», la forme 
de l'autre trouvant des prototypes antiques 3? Peut-être. Mais il y a tout 
lieu de croire que ces motifs, s'ils ont eu une destination pratique, ont 
eu aussi un sens symbolique et vraisemblablement prophylactique. 

L'ornement en dents se retrouve, en effet, sur d'autres monuments 
de cette époque, sur une bague 3, sur une plaque de ceinturon de 
Marnons au Musée de Lausanne ! *. Il est important de noter que, dans ce 
dernier monument, ce motif est gravé sur la poitrine des personnages, 
et entre les bras de la croix, alors qu'ailleurs on voit parfois à cette 
même place la croix, le svastika, la rosace à plusieurs rais, dont le 




sens solaire sous leur apparence chrétienne n'est pas douteux^. On 
pourrait voir dans cet ornement, qui a le plus souvent trois dents<\ 
l'abréviation du trident solaire, qui apparaît aussi sous sa vraie forme, 
et accompagné de croix, cercles, signes en S, ou même combiné avec 
la croix 7. Le trident est gravé sur les rochers préhistoriques de la 
Suisse^, où foisonnent les roues à quatre rais, les disques ponctués, les 
croix équilatérales ou « latines », tous symboles solaires. 

Mais le signe pectiniforme peut avoir aussi quatre, six, sept dents, 
et je crois qu'il vaut mieux le rattacher aux nombreuses amulettes 
de l'âge du bronze, dont la forme faussement anthropomorphe dérive 
de la barque à protomés de cygnes supportant le disque du soleil. « 1 
dont la partie inférieure est dentelée de la sorte 9. 

Non- attribuerons la même valeur symbolique à la dite « crémail- 
lère», qui voisine avec ce motif dans la «trousse» de ttouen et qui 

1 BeSSOtt, l.'nrl barbare dans l'ancien diocèse île Lausanne, p. igo, li^ r - 1 35. 

2. Exemplairs au M n, provenant d'Avenchea 

3. R«v. arek , . p. i; 1890, 

'1. Barri* ■/'• l-, m, pi. 87, t. 

I. .Intiment ;'■ la croil gravée SW la poitrine, cf. ma note, Indicateur •l'antiquité* 
suisses, "ji'», \< '■>' 

ii. Dans !<• in< un mu- ni de Rouan, la troisième dent eat formée par la tige elle-même, 
s , pi. \ \ vi, , 1 , p . 3 1 7. 
ber, CompUt rmâut de KIV* Congre» toferoaiMMUil oTtoUhropologi» *i d'arche»- 
prihtttorUjait, II, p W, Bg. .1 

lie, Manuel dPart héo lo g l* prèhittoriqa*, II, i, 



VARIETES 147 

orne le Dispater de Genève. Je signalerai aussi au Musée épigraphique 
de Genève une dalle sculptée mérovingienne, recouverte de volutes ou 
plutôt de ce signe ancré '. alors qu'une autre dalle de même époque 
est ornée d'un réseau de signes en S. Mais si le trident s'unit à la 
croix, on voit d'ancre» terminer les branches de la croix équilatérale, 
qui, cantonnée de disques suivant un schéma très ancien déjà connu 
à Santorin, et dont les exemples sont innombrables », est certes 
d'origine solaire et non chrétienne. Et la croix « latine» surmontée 
de l'w renversé, la dite croix ancrée qui est un type particulier aux 
monnaies mérovingiennes 3 , n'est autre que cet ancien motif du 
Dispater celtique christianisé. 

Le Dispater de Genève montre encore un détail qui ne parait pas 
avoir attiré l'attention : un signe en Z gravé sur la jambe gauche. Est-il 
ancien ou n'est-ce qu'une adjonction moderne? Le premier cas me 
parait vraisemblable, et l'on remarquera que cette espèce de zigzag est 
aussi incisé sur le corps d'un des animaux du ceinturon de Marnens 
déjà cité: très fréquent dans l'ornementation barbare, c'est sans doute 
réclair qu'il est censé représenter 4. 

Veuillez agréer, monsieur, l'expression de mes sentiments les plus 
distingués. 

W. DEONNA. 

Genève, le 3i mars 191 5. 

i. Du nant, Catalogue raisonné et illustré des séries gallo-romaines du Musée épigra- 
phique, 1909, p. 191, n* 45. 

a. Gobletd'Alviella, Migration des symboles, pi. II, p. 86 sq. 

3. Michel, Hist. de l'Art, I, a, p. 913; Besson, L'art barbare dans l'ancien diocèse 
de Lausanne, p. 24, fig. 5, n* 10. 

4. Barrière-Flavy, np. L, III, pi. 4j, 5; 54, 5; 55, t ; 67, 5, etc. J'étudie avec plus 
de détails ces symboles solaires qui persistent dans l'art barbare, et en les ratta- 
chant à leurs prototypes antiques, dans mon mémoire sur Le soleil dans les armoiries 
de Genève (pour paraître prochainement dans la Hevae de l'Histoire des Religions). 



BIBLIOGRAPHIE 



Edouard Naville, Archéologie de l'Ancien Testament, traduit de 
l'anglais par A. Segond. Paris et Neuchâtel, Altinger, [191/1]; 
1 vol. in-8° de 23o pages. 

La Revue des Etudes anciennes a été la première, sous la signature 
d'un de ses directeurs ( 191 4, p. io3-5), à donner son adhésion et 
à accorder son admiration à l'oeuvre courageuse et savante de 
M. Edouard Naville. Je n'ai, à propos de la traduction, qu'à renvoyer 
aux lignes écrites par M. Radet. — Le livre de M. Edouard Naville 
m'a, personnellement, séduit plus qu'aucun autre depuis vingt ans. Le 
premier, après l'école hypercritique, il a eu le ferme dessein de cher- 
cher, dans le temps, les lieux, les circonstances, où a pu être écrit le 
Pentateuque, d'y chercher l'explication des surprises qu'il a fait 
naître; le premier, il a osé le critiquer, non par lui-même, mais par 
son milieu, substituant enfin à la méthode interne et philologique la 
méthode des ambiances historiques, géographiques et archéologiques. 
Et alors, comme tout s'explique ! et la forme du récit avec ses 
reprises, résultat de la façon dont il était écrit, sur des briques dont 
chacune formait un tout par elle-même ; et le miracle de la mer Rouge, 
phénomène météorologique que les gens du pays connaissent bien ; 
et les fameux jours de la création, qui sont les « périodes » familières 
au langage tliéologique d'un homme élevé en Egypte; et le Paradis 
terrestre, décrit sur le modèle de l'Egypte, que Moïse avait sous les 
yeux; et l'arche en bois d'acacia ou shiltim, qui est un arbre du 
désert de Sinaï; et l'emploi du fer battu, qui est l'usage régnant en 
Egypte. — Voir le pays, regarder ses paysages et ses produits, et, en 
même temps, voir les hommes contemporains de Moïse, leurs usaj 
et leurs instruments: ces deux procédés ont suffi à M. Naville pour 
rendre au Pentateuque son Individualité et pour le rendre à un seul 
autrui, chef et écrivait] de génie, M- 

Kt pourquoi pas ' Est-ce que \l. Bérard n'a pas, de cette manière, 
retrouvé les lieux visités par Ulysse, et rendu à VOdyuée M fraie 
forme'? Est-ce que M. Bréal n'a pis rétabli l'unité et l'harmonie de 
V Iliade? Est-ce que, les uns après les autres, tous les poèmes m) 

1. \ . Bérard, Us Phéniciens et VOdyuè* t II, igoS, p. <>o8 : « A la cour <i< • , 

1 1< l«- 1 . 1 « •*. il.nis l'tnlOtll iin.'. tmrs. mmI.'i ronmi.'iit j'im.iunir. 

1 <: , l'tppuiUon dt oetU idmlrabta poéiie, aravn d'un grand 

.1 mi h.il.il. - t su. ml • . iiv.iiii — Cf. loi, i>.i" i 



BIBLIOGRAPHIE 1^9 

rieux des temps anciens ne reprennent point leur équilibre et leur 
auteur, depuis qu'on cherche à les expliquer par les sites de leur 
géographie et les habitudes de leur temps ? Est-ce que, ici-même, nous 
n'avons pas déclaré, il y a bien longtemps déjà, qu'on pouvait faire 
pareille chose pour la Chanson de Roland, et qu'à l'origine de cette 
chanson il y avait un homme, et qui savait travailler», et le succès 
d'un livre récent n'a-t-il pas sanctionné notre théorie? 

Il était vraiment temps d'en finir, comme le dit M. Edouard Naville. 
avec ce travail de dépeçage, ces jeux de massacre et de construc- 
tion, qui substituaient à l'intelligence des belles oeuvres les édicules 
artificiels de modernes philologues. Le temps des chorizontes est fini. 
Il faut réparer les ruines qu'ils ont accumulées; il faut revoir les pre- 
miers chapitres de Tite-Live, et, sans les prendre à la lettre, ne pas se 
dissimuler qu'ils peuvent renfermer leur part de vérité. Il faut revoir 
Grégoire de Tours, et ne pas jeter par -dessus bord ce que nous ne 
comprenons pas de lun. Certes, il y a un siècle et demi, c'était facile 
que de faire de l'histoire en copiant Tite-Live et Grégoire. Mais certes 
aussi, depuis un siècle, c'était à peine moins facile d'en faire que de 
tout nier, et, à l'aide des membra disjecta, reconstituer à sa guise, 
suivant son idée, l'histoire du passé. Maintenant, il va falloir être à la 
fois plus confiant, plus prudent, plus modeste et plus instruit. Il va 
falloir ouvrir son intelligence toute grande à la compréhension des 
faits d'autrefois, mais, en même temps, fortifier son érudition par 
toutes les sciences auxiliaires et la connaissance de mille choses 
diverses, du présent comme du passé. L'histoire ne sera plus facile. Elle 
fera moins briller les échafaudages des modernes philologues. Mais 
elle touchera de plus près la vérité, et c'est le passé qu'elle fera admirer. 

C'est pour cela que, vraiment, l'œuvre de M. Edouard Naville marque 

une date, et le retour à la vraie méthode historique, et je dirai même 

au bon sens scientifique 3. 

Camille JULLIAN. 

Euripide, Hecu.be. édition A. Willem. Liège, Dessain, 191 j: 
1 vol. in- 12 de 170 pages. 

Après une introduction, divisée en trois parties, la première sur le 
théâtre grec, son origine, ses progrès, son organisation ; la seconde. 

1. Revue, 1899, p. 237 : « Le premier poète de Roland, pieux pèlerin du passe. 
<='e-t soucié d'être exact, de suivre les bonnes routes, de connaître les traditions des 
abbayes, et de voir les monuments ■ 

■2. M. Covillc vient très justement de le réhabiliter à propo» de la fameuse inva- 
sion de Chrocus (Mélanges littéraires, publiés par la Faculté des Lettres de Clermont- 
Ferrand, 1910). 

3. Je dois rappeler que Modestov avait déjà esquissé un mouvement de ce genre 
dans son Introduction à l'histoire romaine. Voyez, par exemple, p. 'm et >uiv., ses 
attaque* cintre 1 la désinvolture » avec laquelle «< l'école critique traite !• - 
contre* le mépris de la tradition historique». 

Heii. Et. anc. 11 



i5o revue des Études ancie>m - 

sur Euripide, son œuvre, sa conception du drame; la troisième, sur 
YHéciibe et le sujet de la pièce, dont il n'est dit qu'assez peu de chose, 
l'auteur nous donne un texte annoté de la tragédie, texte où il suit 
principalement l'édition d'il. Weil, la troisième, celle de rgo5, tout 
en ayant sous les yeux les éditions allemandes de Nauck et de Prinz- 
Wecklein et les éditions anglaises de Hadley et de Murray. 

Le travail est fait avec soin. Ce qui le distingue des éditions usuelles, 
c'est qu'il tend à faire connaître aux élèves, comme le prouve le plan 
adopté, non seulement la tragédie éditée, mais encore le théâtre grec 
et l'œuvre générale d'Euripide. Unacourte bibliographie, où n'est cité 
que l'essentiel, indique les sources principales où l'auteur lui-même 
a puisé. Je vois avec plaisir que notre pays les a alimentées pour une 
large part, puisque de tous les travaux allemands, où il y a tant de 
choses illisibles, M. Willem ne cite que le livre de W. Nestlé sur 
Euripide et ceux de Dorpfeld-Reisch et Œhmichen sur le théâtre. Il 
faut le louer de sa liberté d'esprit. Il y a de bons livres en Allemagne; 
il y en a aussi qu'on a l'habitude de citer, qu'on ne lit jamais, et pour 
cause. La réclame est un art où les Allemands sont passés maîtres ; 
mais cet art-là n'améliore pas lu qualité de leurs produits, qui dans 
l'ensemble restent médiocres. Nous avons des livres sur la littérature 
grecque dont la valeur est tout à fait supérieure; seulement, nous ne 
savons pas toujours les vendre. Il faut donc louer M. Willem de 
mettre à la place qui lui est due, c'est-à-dire à la première, Y Histoire 
de la Littérature grecque que nous ont donnée A. et M. Croiset. Mais 
nous manquons d'éditions classiques. Sur ce point notre pénurie est 
affligeante. Mais elle n'est pas irrémédiable. M. Willem le prouve bien, 
puisqu'il nous donne une édition d'une tragédie d'Euripide, simple et 
commode, et qu'il nous en promet une autre, l'Iphigénie à Aulis. 
Souhaitons seulement que les événements actuels n'en retardent pas 
trop la publication. ,. \j.\SQl EliAY. 

J Formigé, Remarques diverses sur les théâtres romains à propos 
de ceux d Arles et dOrunge (extrait des Mémoires présentes 
par divers savards à F Académie des Inscriptions, t. Mil 
Paris, Klincksieck, 1 9 1 4 ; in-/j° de G5 pages. 

L'étude de M. Formigé a une base des plus étendues. Elle s'appuie 
non seulement sur les observations faite! </<■ visu en un tics grand 
nombre de théâtres (l'auteur a visité, nous dit-il, à peu prèstoua ceux 
d" France, d'Italie de Sicile) de Tunisie) d' Algérie et de Grèce 1, mais 
encore sut un examen spécial et prolongé (relevés, consolidations, 
fouilles» des d'-iix principaux théâtres romains de notre Midi français, 
1 d'Oraa que M. Foi migé n'eel p.»- simplement 

archéologue, ii es( architecte de métier, Et cette compétence te< li 



BIBLIOGRAPHIE 10 1 

nique donne tout naturellement à son mémoire une valeur exception- 
nelle. Grâce à elle, il a pu établir entre les constructions antiques et 
celles des modernes plus d'un rapprochement nouveau et instructif, 
parfois même, en s'autorisant des lois permanentes de l'art de bâtir, 
reconstituer avec une quasi-certitude des parties disparues. Dix-neuf 
illustrations documentaires, presque toutes originales, photographies, 
plans, restaurations, éclairent le texte. 

Après quelques pages préliminaires sur l'intérêt propre des théâtres 
d'Arles et d'Orange et sur la date probable de ces deux édifices (p. i -4) « , 
M. Formigé étudie dans une première partie (p. A-20' les espaces 
réservés aux spectateurs (gradins de l'orchestra, cavea, accès, portique 
de la cavea, grandes salles, loges, vélum, réservoirs, acoustique, 
spectateurs), et dans une seconde partie ip. ao-58) les espaces affectés 
au spectacle (orchestra, mur du pulpitum, ridequ, plancher du pul- 
pitum, parascaenia. frons scaenae, décors, toit du proscaenium, post- 
scaenium. portique de la scène). 

Entre tant de questions soulevées je ne puis retenir ici que trois ou 
quatre points, particulièrement importants. 

i . Partant de ce fait que dans tous les théâtres romains se voient, sur 
tout le pourtour de l'orchestra, des gradins larges et bas, dont le nom- 
bre varie d'un à cinq, M. Formigé émet l'avis que, seuls, ces gradins 
(et non, comme on le pense communément, l'orchestra tout entière) 
constituaient les places d'honneur du sénat, et que le reste du cercle, qui 
demeurait libre, servait au spectacle. Cette opinion me parait exacte, au 
moins dans sa première partie. A la vérité, les seuls théâtres que nous 
connaissions par les ruines sont des théâtres de province. A Home, 
même cinq gradins n'eussent incontestablement pas suffi pour loger tous 
les membres du sénat, dont le nombre, momentanément porté à 900 
par César, se maintint sous l'Empire aux environs de 600. En revan- 
che, je suis convaincu que, dans les théâtres provinciaux, les gradins 
en question formaient effectivement le « locus senatorius », dont il est 
parlé dans la Lex Julia municipalis : y pouvaient, en effet, amplement 
trouver place les cent membres dont se composait en général chaque 
sénat municipal (decuriones), ainsi que les magistrats locaux, et, à 
côté d'eux, les hôtes de passage auxquels la Lex coloniae Genêt ivae 

1. M. Formigé place dès l'époque d'Auguste la construction des théâtres d'Arles 
et d'Orange. Cette haute antiquité conférerait assurément à ces deux édifices un 
intérêt documentaire de premier ordre. Toutefois, c'esi une erreur de dire quà la 
ilruve ne signale à (tome que des théâtres en charpente.) (p s). 
I».jii- le passage en question (V, .*>), Yitruve, après avoir parlé des théâtres en hoi» 
Rome chaque sa née, mentionne également des théâtres en pierres (ex soli-Hs 
rébus thealra). En fait. Home possédait, au temps d'Auguste, trois théâtres perma- 
nent-, celui .)•■ Pompée (sa av. I < et ceux de C. Balbus et de Rfarcellut 
Mai» ce qui e»l srai, c'est qu'on continua cependant, sous l'Empire, a eu 

uporaires en bois, à l'occasion des (êtes données dans les divers quai 
la ville (Yitruve. /. c. ; Suétone, César, 3c>; Augasi 



102 nEVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

donne droit aux places d'honneur, savoir les magistrats ou promagis- 
trats du peuple romain, les sénateurs de Rome et leurs fils. Concluons 
donc avec M. Formigé que, dans ces théâtres, une portion considé- 
rable du cercle de l'orchestra restait vide de sièges. A quoi servait- 
elle? Un fait inexpliqué, et qui semble en corrélation directe avec ce 
problème, c'est que, dans tous les théâtres romains sans exception, 
un ou deux escaliers, établis dans la partie centrale du mur antérieur 
de la scène, relient celle-ci à l'orchestra. Escaliers monumentaux et 
très en vue, qui, par conséquent, n'étaient pas uniquement destinés 
à une communication de service. Ce qui amène M. Formigé à penser 
qu'ils servaient à la circulation des artistes, en d'autres termes, que 
certains spectacles se donnaient, non seulement sur la scène, mais 
aussi dans l'orchestra. A quels spectacles peut-on songer? L'auteur 
incline à admettre que, chez les Romains tout comme chez les Grecs, 
les chœurs tragiques évoluaient dans l'orchestra. C'est là, affirmons-le 
tout de suite, une grosse hérésie qu'il faut délibérément écarter. Non 
pas, comme le fait dire à MM. Cagnat et Havet un compte rendu, évi- 
demment inexact, de la séance de l'Académie des Inscriptions, où 
M. Formigé a lu son mémoire, parce qu' « on ne peut laisser soutenir 
l'existence de choeurs dans le théâtre romain »«. La persistance des 
chœurs dans la tragédie latine est aujourd'hui un fait hors de conteste 
(E. Capps, The chorus in the later greek drama, dans Americ. Journal 
of Archaeol. X, 1895, p. 297 sqq.). Mais ce qui est non moins sûr, 
c'est que, réduits en nombre comme en importance, ils jouaient sur 
la scèneélargie, de plain-pied avec les acteurs (Vitruve, V, 6). M. For- 
migé croit pouvoir encore alléguer le témoignage de Suétone 2 , selon 
lequel les mimes jouaient à l'origine in piano orchestrae. Mais ce 
texte, à y regarder de près, va bien plutôt à rencontre de sa thèse. 
Nous savons en effet que, plus tard, ces mimes, de même que tous 
les autres artistes, se produisirent sur la scène (in suggcstu scaenac). 
Or, quelle a pu être la cause de ce déplacement, sinon précisément le 
décret qui attribuait l'orchestra aux sièges des sénateurs? D'où nous 
pouvons conclure qu'à dater de ce jour-là il ne resta plus place dam 
l'orchestra pour aucun spectacle. En résumé donc, le problème relatif 
destination de l'orchestra ne se pose, semble-t-il, que pour les 
théâtres de province. Sans prétendre ici le résoudre, je me bornerai à 
rappeler que, dans L'antiquité romaine, les représentations Bcéniquef 
étaient, en somme, des événements rares et que, dans L'intervalle de 
Lationt, l'orchestra efei théâtres, admirablement appro- 
priée aux déploiements, revues, exhibitions, a dû être utilisée i>"in 
anç roule de cérémonies et d'usages de la vie ci?il< . 

1. ! • 

. ttiustr., p, 1 ',, il-. 1 j, éd< Relfflu K lu Id, 1 

3. M I 1 Bligl «11 ciU liii-iin'nii- un rertum iiuinlm <1 <'i« mpl<». p 



BIBLIOGRAPHIE 1 53 

2. La partie la plus intéressante et neuve du mémoire de M. For- 
migé est, si je ne me trompe, sa restitution du rideau. Elle s'appuie : 
i° sur les vestiges que ce dispositif a laissés dans les théâtres d'Arles, 
Dougga, Djémila, Fiesole, Athènes (Odéon d'Hérode Atticus), Orange, 
Pompéi, Syracuse, Taormine, Timgad, Vaison, etc. ; a" sur l'analogie 
de certaines dispositions usitées encore dans nos théâtres modernes. 
Les vestiges se peuvent diviser en deux catégories : ceux des supports 
du rideau et ceux des machines motrices. Les premiers consistent en 
des conduits carrés, verticaux, en pierre, qui s'enfoncent assez pro- 
fondément dans le sol, au-dessous du logéion, et qui contenaient des 
tubes à coulisse en bois. Ces conduits sont disposés soit sur deux 
rangées en quinconce (Arles, Fiesole, Orange, Pompéi, Vaison, etc.), 
soit sur une rangée unique (Dougga, Odéon d'Hérode, Timgad, etc. >. 
Le système des tubes à coulisse a persisté dans nos théâtres moder- 
nes, où on l'emploie pour la manœuvre des décors mobiles. L'enve- 
loppe fixe s'y appelle cassette et le poteau mobile âme. La cassette, 
qui est en bois dur, porte intérieurement des roulettes sur lesquelles 
glissent les ailes de l'âme. Fixé à la partie inférieure de celle-ci, un 
câble monte à une poulie, située au faîte de la cassette; en sorte 
qu'une simple traction suffit pour soulever l'âme et, avec elle, le décor 
qu'elle supporte. L'épure dressée par M. Formigé, d'après les ves- 
tiges subsistants à Arles, montre que le rideau s'y élevait à moins de 
3 mètres, ne masquant par suite que les acteurs et les praticables, 
mais non la frons scaenae. Quant aux machines motrices, on en voit 
encore à Arles, à Syracuse et à Timgad les traces bien conservées, 
d'où il est permis de déduire qu'il n'y avait qu'un seul groupe d'ap- 
pareils, situés à l'extrémité droite, et cachés au public par le mur de 
soutènement des gradins où ils trouvaient, ainsi que dans le mur des 
parascaenia, les points d'appui nécessaires. S'inspirant des dispositions 
qui étaient en usage au xvm' siècle, ou le sont encore de nos jours, à 
l'Opéra de Paris, RI. Formigé propose la restitution suivante. Les ves- 
tiges prouvent clairement l'existence de deux axes. L'un de ces axes, 
le plus à droite, a du être celui d'un treuil, destiné à élever des contre- 
poids. Quant à l'autre, il appartenait selon toute apparence à un tam- 
bour à deux diamètres, c'est-à-dire composé de deux petits tambours 
accolés à un grand, lequel servait d'intermédiaire entre les contre- 
poids et les cassettes. Autour des deux petits tambours venaient s'en- 
rouler les cordes des âmes qui y aboutissaient toutes; autour du 
grand s'enroulait en sens inverse la corde des contrepoids. La 
manœuvre très simple s'opère comme suit. Pour élever le rideau, le 
plancher du logéion ayant été préalablement ouvert, on déclenche les 
contrepoids qui, en descendant, mettent en mouvement le tambour; 
celui-ci enroule les cordes des âmes qui, par suite, montent. Pour 
abaisser le rideau, on enlève tout ou partie des contrepoids, et le poids 



i54 revue df.s études ANCIENNES 

des âmes les fait redescendre d'elles-mêmes dans leurs cassettes. 
Quelques spécimens de ces contrepoids antiques se sont conservés : 
au théâtre de Guelma, c'étaient des pierres dures sphériques; à L'am- 
phithéâtre de Mines, des parallélipipèdes en plomb; au théâtre de 
Catane, des rondelles en terre cuite percées au centre. 

3. Sur les décors, M. Formigéérnet également une théorie originale 
et digne d'attention. Prenant à la lettre le précepte de Vitruve, « valvae 
ornatus habeant » (V, 6), il place dans chacune des trois grandes 
portes de la frons scaenae un décor fixe, qui en occupe le fond. Puis, 
interprétant de façon imprévue ce que dit Vitruve des périactes, il 
dresse dans les intervalles de ces trois portes et à leur suite, à droite 
et à gauche, une série de prismes triangulaires mobiles. Ces prismes 
établis entre les colonnes et le mur de fond (l'écartement est partout 
de i"io à a mètres), et ayant leur pied encastré dans le socle de la 
colonnade et leur tête dans l'entablement, sont â la fois très stables et 
faciles à manœuvrer des chambres situées en arrière. Par cette 
combinaison on obtient un décor de fond encadré par une colonnade 
et sectionné par elle en un certain nombre de compartiments, très 
comparable, par conséquent, à l'aspect du proskènion grec avec >es 
demi-colonnes et ses panneaux peints. Il m'est impossible de sous- 
crire à une telle restitution. Entre beaucoup d'autres objections pos- 
sibles, je ferai remarquer: i° qu'elle est en flagrant désaccord avec 
Pollux IV. 126), qui déclare expressément qu'il n'y avait que deux 
périactes, l'une à droite, l'autre à gauche du logéion; 2° qu'elle ne 
s'accorde pas davantage avec Vitruve, qui place les périactes « à la 
suite des portes» (secundum), mais non dans leurs intervalles; 
3* qu'une installation de ce genre, qui suppose une multiplicité de 
larges trous et dans le socle et dans l'entablement, n'eût pu manquer 
de laisser des traces dans les théâtres où l'une ou l'autre de ces deux 
parties est bien conservée (ex. Termessos, Aspendos, Kphèse. etc.). 

4. L'auteur apporte encore sur le ve/um plus d'une remarque utile, 
faite sur place à Arles, Nîmes, Carthage, Dougga, Ségeste, etc. Je crois 
toutefois qu'il a tort d'admettre, même à a irrection, l'hypothèse imagi- 
née jadis par Caristie. Le document capital, (lisons mieux unique, sur 
la question esl la peinture de Pompéi qui nous montre L'amphithéâtre 
de cette ville avec son vélum partiellement déployé 1 . Ce document, à 
mou ,w la, pei met de restituer presque sûrement une disposition et une 
manœuvra toutes différentes de celles qu'on admet généralement depuis 

If ai s j'ai développé sur ce point mes idées dans l'article Vbluii 
du Dictionnaire des Antiquités; je me contente don. d> renvoyt 

o. NAVARRE. 

I. <l\. il..;, k M.1.1, Pompât , l',. 

Il partis du lia, dont laa événamanti acluala ont retardé 

IIM'ImI t. III. .•- .I..II- l.l ll.lll-. I [ptlOQ .l.-J 



BIBLIOGRAPHIE 



55 



E.-S. Bouchier, Spam under Ihe Roman Empire. Oxford, 
Blackwell. iqi4: 1 vol. in-8° de 200 pages avec carte. 

C'est un livre utile que vient d'écrire l'auteur déjà connu de Life 
and Letters in Roman Africa. Il s'agit cette fois de l'Espagne ancienne, 
des Ibères aux Byzantins. 

M. Bouchier a su rassembler les faits sous des rubriques claires. 
La première partie du livre est un raccourci de l'histoire politique de 
la péninsule; dans la seconde, l'auteur étudie « les antiquités», c'est- 
à-dire la civilisation ; il réserve toute la troisième partie à la littéra- 
ture. On s'étonne un peu de la part faite aux belles-lettres, surtout 
quand on l'oppose au peu de pages accordé à la partie proprement 
historique, et l'on voudrait, d'autre part, s'expliquer pourquoi, dans 
le détail, tel chapitre, comme celui du christianisme, trouve sa place, 
une place d'honneur sans doute, dans la troisième partie, littérature, 
au lieu d'avoir celle qui lui revient, à la suite des autres religions 
étudiées dans la partie relative aux antiquités. 

L'auteur a glané son bien un peu partout, au hasard peut-être; 
ses références se rapportent parfois à des livres qui ne font plus auto- 
rité; il effleure trop souvent les questions sans les traiter; mais, au 
total, il sait l'art d'intéresser. 

Assez souvent, il se pose à lui-même les questions que nous vou- 
drions résoudre: comment les Espagnes barbares des premières races 
ont-elles pu se fondre dans l'ensemble harmonieux de la paix 
romaine? Comment, dans la suite des temps, aux siècles de la déca- 
dence, ce cadre s'est-il défait, laissant voir à nouveau l'Espagne 
morcelée des « pueblos » ? 

C'est dans la première partie de son livre que M. Bouchier s'est 
surtout occupé de suivre les étapes de cette évolution : il tire parti des 
faits, en les mettant à leur date; il étudie, comme l'a si bien fait 
M. Jullian dans sa thèse sur l'Italie impériale, le développement et le 
renouvellement parallèles de la vie municipale et de la vie nationale, 
de l'administration locale et de l'administration générale, et il trouve, 
ce qui est très intéressant, qu'en Espagne la cellule où se concentre 
la vie collective ne fut ni la tribu ni la cité, mais une forme origi- 
nale, peut-être intermédiaire, le « pueblo >> ; que l'Espagne romaine 
fut une Espagne de façade, une Espagne urbaine, ce qu'elle n'était 
pas auparavant, ce qu'elle cesse d'être au moment de la décadence 
impériale. 

Après avoir ainsi recueilli dans les soixante premières pages de son 

termes latins et grecs. Pages 19, 3a, 3; et passim : pourquoi M. Forniigé écrit il « le 
frms tcaenae *, alors que frons est du féminin ?— P. U'a, u. i : Lire ■rix-:i<rj.x-2, au 
lieu de ivaTTïvj.ixTa Même erreur dans les légendes des fig. 6 et 7 (p. jo-iiV — 
au lieu de ekktklema, lire ekkykléma. 



l56 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

livre quelques éléments essentiels du problème de la romanisation, 
l'auteur passe, dans la deuxième partie, à une autre donnée fonda- 
mentale, le tempérament espagnol. Il l'analyse avec un peu de 
fantaisie peut-être et il se plaît à le retrouver dans la vie économique, 
dans la vie artistique, dans la vie religieuse et dans la vie littéraire, 
sans songer assez à en tirer parti pour l'histoire même de l'Espagne : 
alors, il s'abandonne tout à fait au tableau de Life and Lelters ; 
la chronologie perd trop ses droits ; les développements sont flottants; 
l'étude devient fragmentaire. Certains chapitres présentent un grand 
intérêt : comme celui des religions, où l'on voit que le vieux fonds 
indigène s'est conservé jusqu'au christianisme, malgré quelques 
concessions, plus apparentes que réelles, au panthéon grec ou romain; 
— comme celui des arts, où l'auteur nous montre le souci du réalisme 
souligné encore parle goût bien espagnol de la parure; mais l'on 
regrette que ces chapitres mêmes soient trop des monographies isolées 
dans un ensemble trop peu organique. 

Au total, livre de style facile et de lecture aisée. 

Michel LHÉRITIER. 

F. Haverfield, The Romanization of Roman Brilain. Oxford, Gla- 
rendon, 191a; 1 vol. in-8° de 91 pages, avec 27 gravures, 
3 e édition. Prix : 3 sh. 6 p. 

Ceci n'est pas la réimpression pure et simple du livre, vite célèbre, 
de M. Haverfield (dont nous avons parlé Revue, 19 13, p. ioa-3). L'au- 
teur a remanié de fond en comble son travail, pour le mettre au cou- 
rant des derniers écrits et des dernières découvertes. J'ai été très 
heureux de le voir écarter la théorie « raciale» à l'occasion de l'empire 
de Tétricus et de Posthume. Et cela, juste au moment où, par 
une singulière rétroactivité de leur pangermanisme, les Allemands 
voyaient en cet empire un Iicich deutscher Art (von Domaszewski, 
II, p. 3o3j : ce qui est une invraisemblable contre-vérité. M. Haver- 
field ajoute un chapitre sur la religion : qu'il soit le bienvenu. Les 
dieux celtiques en Angleterre offrent un aspect légèrement différent 
de celui qu'ils ont en Gaule. D'un côté, ils ressemblent davantage aux 
dieux belges; de l'autre, ils représentent davantage l'élément précel- 
tique. De manière ou d'autre, l'allure est plus archaïque. Rapprochée! 

du laineux texte de Gétar sur les druidr- en Bretagne, ces OOnstl 

tationi prennent un certain poids. 

Oeerai-je applaudir vigoureusement à ces beaux efforts de 

M. Haverfield pour noua faire connaître la Bretagne romaine et 

1 etfique k II y a de l'autre côté de la Manche, tant d'afflnitéi anciennes 

noi Ligure* et dos Gauloiil \ l'origine du inonde européen, 

perçoit, en Occident, une thalassocratie allant de la Loire à la 



BIBLIOGRAPHIE ib'] 

Tamise et de Boulogne aux Sorlingues. Que les Anglais soient, de 
langue, des Anglo-Saxons, il n'importe : leur civilisation primitive vient 
de l'espèce d'homme qui, il y a trois ou quatre mille ans, s'est établi* 
et s'est civilisée sur les deux rives de la Manche. Rien n'a pu dénaturer 
cette communauté initiale. Et c'est pour cela qu'en lisant ce livre 
je note mille détails qui nous font mieux comprendre la Gaule. 
L'impression, gravures et texte, est vraiment remarquable. 

Camille JULLIAN. 

F. Haverfield, Roman Britain in 1913, extrait de The British 
• Academy supplemental papers. Oxford, iqi4; une brochure 
in-8* de 60 pages, avec 23 figures. Prix : 2 sh. 6 p. 

Ce travail est le résumé de tout ce que l'année iqi3 a apporté de 
nouveau à la connaissance de la Bretagne romaine. Il se divise en 
quatre parties (nous aurions aimé diviser la première partie en deux : 
topographie et archéologie). — I. Fouilles exécutées et objets décou- 
verts. Ici, le porte-étendard de Balmuildy, le relevé de nombreuses 
constructions militaires, le plan de Wroxester, la mosaïque de Ren- 
chester [je crois que les styles et ornements des mosaïques seraient un 
excellent instrument de datation]. — II. Inscriptions : une dea Fortuna 
à Balmuildy, un Mars à Croy Hill, une dea Panthea à Corbridge, un 
vectigal patrimon. à Chester, un miles cohortis Sunicorum à Holt, 
une borne de Victorinus près de Peterborough. — III. Un résumé de 
toutes les publications relatives à la Bretagne romaine, générales 
d'abord, puis par comtés. — IV. Une table des matières. — Le nom 
de M. Haverfield suffit à recommander ce riche et utile répertoire 
à quiconque s'occupe d'antiquités latines. ç j 

Victor Mortet, Mélanges d'archéologie (Antiquité et Moyen Age), 
i re série, Technique architecturale. Paris, Picard, ig 1 4 : 1 vol. 
in-8° de 118 pages. 

Victor Mortet a été enlevé à la science en janvier 1914, sans avoir pu 
donner, sur Vitruve et l'architecture antique, le beau livre qu'atten- 
daient de lui tous ceux qui connaissaient son impeccable érudition et 
sa vaillance au travail. Mais il a laissé, de sa doctrine, l'essentiel 
dans un bon nombre de brochures qu'une main pieuse et savante, U 
main fraternelle de Charles Mortet, réunit en volume, pour le plus 
grand profit de tous les chercheurs, pour le bon renom du labeur 
français. Le présent fascicule renferme, outre une sobre et digne pré- 
face de Charles Mortet : r la mesure des colonnes à la fin de l'époque 
romaine, d'après un très ancien manuscrit: a* la mesure et les pro- 
portions des colonnes antiques, d'après quelques compilation» 1 ( 



l58 KE\ l V DES ÉTUDES A:\CIENNES 

commentaires antérieurs au xn* siècle; 3° observations comparées 
sur la forme des colonnes à l'époque romane dans divers monuments 
du Midi de la France et de pays étrangers; 4° Vitruvius Rufus, S 39, 
mesure des hauteurs, et S 3g bis, mesure de l'arc surhaussé; 5° la mesure 
des voûtes romaines d'après des textes d'origine antique. Je le répète : 
tout ceci est excellent, de précision, de clarté, de logique. Personne 
au monde, en ce moment, ne peut reprendre la tâche de Victor Mortet. 
Je ne parle pas des travaux de Prestel, auquel ici même ( 1913, 
p. 229), Mortet donna la vive et juste leçon qu'il a méritée. 

C. JULLIAN. 

G. Dottin, Manuel pour servir à l'étude de r Antiquité celtique , 
2* édition, revue et augmentée. Paris, Champion, 1916 ; 
1 vol. in- 12 de xvi-52/j pages. 

Nous saluons avec joie l'apparition de la seconde édition de cet 
excellent travail (la première a paru en 1906; cf. Revue, 1905, 
p. 385-6). A part les listes, qui ne pouvaient guère changer, c'est 
une refonte complète du texte, provoquée par l'apparition du Manuel 
de Déchelette. M. Dottin n'a rien changé à ses conclusions, toujours 
très prudentes; mais il a dû ajouter quelques faits nouveaux. C'est 
l'œuvre d'un philologue et d'un linguiste, à qui l'archéologie a su 
donner des lumières nouvelles. Tous nos érudits, tous nos étudiants 
doivent avoir le livre entre les mains. 

C. JULLIAN. 



D r 0. Guelliot, Les pâtisseries populaires; notes à 9 ethnographie 
champenoise. Reims, Matot-Braine, 191 4 ; in-8° de 5o pages, 
nombreuses gravures 1 . 

Je félicite de tout cœur M. le D r Guelliot d'avoir abordé ce sujet île 
travail. Si étrange qu'il puisse paraître au premier abord, il est riche 
en faits de tout genre : faits de linguistique (voyez la quantité <l 
pressions spéciales pour désigner les différente! espèces de pains et de 
K. Bauer, Gebdckbezeichnungen in Gallo-Romanischen, 
Darmstadt, iyi3, ave ils de folk-lore (dictons ou sup 

tttions qui s'attachent aux différent! pains à différents jours de l'ann 
et lei naveltei de Is Chandeleur à Marseille); i'ait> d'archéologie 
lécomposant en 1 forme! du pain; cf. le travail sur la forme du 
pain gallo romain récemment publié dans r Irchiv /Ùr Anthropologie ; 
cf. I.i queation <l«-s moules <!<• La Guerche, Revue, 

1 itivraj * ■ ' 1 [tumalrti 4t ■ t< , publié) 

p«| || iiidi*"ii Ma'.'.l llr.iuif, .le II. 



BIBLIOGRAPHIE 1 69 

191 1, p. 337'): faits de technique (fabrication). II. Guelliot n'a omis 
aucun de ces faits. Et il les a tous exposés avec ordre et clarté, en 
s'aidant (ce qui est rare en ce genre de travail) des plus anciens 
renseignements que peuvent fournir les chartes ou les écrivains. 

C. JULLIAN. 

R. Torii et Kimito Torii, Études archéologiques et ethnologiques : 
populations primitives de la Mongolie orientale Journal of the 
Collège of Science , Impérial University of Tokyo, t. XXX\I). 
Tokyo, Université, 1914; 1 vol. in-8° de 100 pages, 74 gra- 
vures, i3 planches. 

L'anglais et l'allemand étaient jusqu'ici les langues dominantes dans 
les publications de l'Université de Tokyo. Voici maintenant que le 
français y apparaît en place d'honneur, et, ce qui est tout à l'éloge de 
notre école préhistorique, pour un grand travail sur la préhistoire 
de l'Asie orientale. J'ajoute que le fait de l'avoir adressé à la Revue des 
Études anciennes nous montre l'effort de l'Université pour s'adapter 
à toutes les manifestations de la vie scientifique française : ce dont 
nous lui sommes profondément reconnaissants. 

Encore qu'il ne s'agisse, dans le présent volume, que de l'Asie, et de 
l'Asie néolithique, il renferme quantité de conclusions générales dont 
l'intérêt n'échappera à aucun de nos préhistoriens. L'époque paléo- 
lithique n'existe absolument pas dans la Mongolie orientale. La vie 
civilisée y débute par l'âge de la pierre polie, et, chose curieuse, la 
pierre polie s'y mêle presque aussitôt avec la connaissance des 
métaux 2. Les formes des objets lithiques et des poteries n'y sont point 
sensiblement différentes de ce que l'on constate en Europe. Lorsque 
l'on note des dessins, la spirale apparaît, et en cela encore nous nous 
sentons en Occident. Entre l'âge de la pierre polie et l'âge du fer, la 
Mongolie orientale a complètement ignoré l'âge du bronze. « Les 
objets en bronze qu'on trouve çà et là dans ces pays sont tous certai- 
nement de fabrication et d'importation chinoises. » Le travail du fer 
donna lieu dès l'origine à une solennité mi-religieuse, mi-politique 
qui dure toujours 1 à rapprocher du caractère religieux que les Occiden- 
taux ont toujours attribué à la métallurgie du fer 3) : « La veille du 

1 . Si j'avais le temps, je reprendrais la question de ces moules à l'aide de travaux 
de nature très différente, dont je trouve ici l'indication : Almanach Matot de i s yi 
[tes anciens moules à pâtisseries): Max-Verly, .\otes sur les anciens moules à gâteaux 
(Revue de Champagne, 1893), et aussi le Pâtissier françois de 1667. 

a. Je sui» de plus en plus persuadé qu'il en a été ainsi en Europe. 

3. Je n'ai pu encore trouver un lien entre les druides et la métallurgie du fer; 
mais, comme le pensait Mexandre Bertrand, je crois qu'il existait. Remarque/ que 
errarix faisaient partie du domaine de> Trois Gaule*, et que les Trois Gaule? 
étaient une société fédérale et religieuse qui pourrait bien avoir hérité des. dr>. 



IÔO REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

premier jour de l'an, au soir, les forgerons se réunissent tous au 
palais du roi, et là, devant le prince et ses officiers, se mettent à forger 
et à battre au feu quelques pièces de fer. » 

Le travail est clairement écrit, correctement imprimé, accompagné 
de nombreuses plancbes bien tirées. Voilà, dans le travail préhistorique 
de l'Université de Tokyo, une belle date, et française. 

C. JULL1AN. 

Pierre Batiffol, La paix constanlinienne et le catholicisme. Paris, 
J. Gabalda, 19 14 ; 1 vol. in 12 de vm-542 pages. 

Ce volume, suite à l'Église naissante, parue en 1908, est une étude 
bien documentée, bien conduite, très vivante, des rapports de l'Église 
et de l'État depuis l'avènement de Septime Sévère (193) jusqu'à la 
mort de Constance II (3 novembre 36i). L'auteur a clairement montré 
comment la paix constantinienne a été préparée par la politique 
tolérante d'Alexandre Sévère qui a reconnu au christianisme une 
existence légale, un instant menacée par le retour offensif de la persé- 
cution sous Dèce et sous Dioclétien, — comment, à la faveur de ce 
régime de liberté, l'Église a pu s'organiser grâce aux conciles, au 
groupement par provinces et à l'ascendant toujours croissant de l'évêque 
de Rome, — comment l'édit de Milan (3i3) a consacré tous ces pro- 
grès et ménagé à la religion du Christ une situation privilégiée. 
Mgr Batiffol étudie ensuite la politique religieuse de Constantin et 
de ses successeurs : Constantin protège l'Église, respecte son organi- 
sation intérieure, assure la libre réunion des conciles qui définissent 
la foi en face de l'hérésie naissante; mais il a le tort d'intervenir par 
lui-même dans des discussions purement théologiques et de vouloir 
imposer son arbitrage; par suite, si le concile de Nicée (3a5) est le 
triomphe de la tradition, l'Église, dans la. crise arienne, risque d'être 
victime des menées d'un groupe d'évêques orientaux désignés sous le 
nom d'« oligarchie eusébienne». Ce césaro-papisme s'accentue avec 
Confiance II. successeur de Constantin; sans doute, le concile de 
Sardique(343) maintient les prérogatives de l'église de Home méconnue* 
par les Orientaux, qui font sécession, mais l'empereur s'arroge le droit 
de déposer h> évèquefl fidèles à la tradition, de présider les synodes 
et contribue, pendant dix années, à la victoire de l'oligarchie antini- 
céenne; pourtant, avec Hosiua, avec saint Hilaire, avec saint Uhan 1 
et malgré l<- rôle effacé «lu pape Libère, le catholicisme oicéen résiste 
trieusemenl et l'Église triomphe 'le la double crise de l'arianisms 
•■1 du césaro papisme. 

l elles lonl les grandes lignes du livre de \l-i BatUTol.On De peut qu'en 
louei sai l'ordonnance générale, la composition, i<- style très 
souple el très (rigoureux <•( tant d'autres qualités de i"i essentielle" 



BIBLIOGRAPHIE 10 1 

ment françaises. La critique des faits et des historiens anciens ou 
récents est en général juste, précise et poussée assez loin. Certaines 
discussions de détail paraissent définitives, en particulier celles qui 
ont trait aux premiers conciles (p. 81-88). 'aux origines de la primauté 
romaine (p. 94-109', p. 407-421 et 446-45o), au caractère personnel 
de Constantin (p. 249-259), etc.. Toutefois, on regrette que, dans 
certains cas, l'auteur, probablement forcé de se restreindre par les 
dimensions matérielles du livre, se contente de renvoyer sommaire- 
ment à un article qui pouvait donner lieu à une brève analyse 3 . De 
même, si les principaux textes (notamment l'édit de Milan, p. 223- 
a4o, la lettre du pape Jules aux Orientaux, p. 422-429, le récit de 
Sozomène au sujet de Basile d'Ancyre, p. 488-489, etc.) sont inter- 
prétés d'une façon satisfaisante, il nous semble que, pour quelques 
autres, Mgr Batiffol n'indique pas suffisamment pourquoi il adopte 
la version de tel auteur et non pas de tel autre; on aurait souhaité, 
par exemple, une discussion plus serrée sur la valeur des divers 
historiens du concile de Nicée et des témoignages relatifs au pape 
Libère. Le même reproche peut s'adresser à la traduction des textes 
cités au cours du livre. On ne peut comprendre pourquoi l'auteur 
brise trop souvent la marche de son exposé pour intercaler des 
phrases, parfois même des pages entières, en latin, dont il ne donne 
pas le sens littéral, ce qui pourrait paraître, si on ne connaissait sa 
valeur scientifique, un moyen d'escamoter les difficultés. Ainsi, pour- 
quoi n'a-t-il pas suivi pour ledit de Milan, pour la lettre synodale du 
concile d'Arles au pape Silvestre. pour les canons de Sardique. la 
méthode adoptée pour les lettres d'Athanase, le dialogue de Constance 
et de Libère et quelques autres textes (le plus souvent en grec) qui 
sont traduits? Cette dernière méthode nous paraît de beaucoup préfé- 
rable, car elle laisse au lecteur la possibilité de se reporter à l'ori- 
ginal et le fixe en même temps sur l'interprétation qu'en donne 
l'auteur. 

Ces réserves de détail n'enlèvent rien à la très réelle valeur de la 
Paix constantinienne, digne complément de l'Église naissante, et 
lorsque Mgr Batiffol aura ajouté à ces deux volumes l'histoire du 

i. 11 nous semble pourtant que Mgr Batiffol exagère quand il écrit (p. 109), à 
propos d'Aurélien, dont l'intervention avait été sollicitée pour trancher un différend 
entre deux évoques et qui déclara s'en remettre à l'évoque de Rome : « Aurélien 
savait donc ce qu'était la xoivwvia catholique et le prix que les Antiochiens atta- 
chaient à être en communion avec l'évêquc de Rome et son concile... ». Aurélien n'a- 
t-il pas proposé cette solution parce que Rome était la capitale de l'empire et sans 
ohéir à aucune raison d'ordre religieux ? 

a. Ainsi, p. (48, n. i, Mgr Batiffol dit avoir discuté le « paradoxe » de M. Bahut 
sur l'interpolation des canons du concile de Sardique dans une note du Bull. anc. Hit. 
et arch. rlirct., juillet igi&. Pourquoi ne résume-t-il pas cette note ? — De même, 
p. (63, n. 3, il renvoie aux ouvrages de Tixeront et de Loofs à propos de la doctrine 
de Photin; il eût pu rappeler en deux mots en quoi elle consistait. 



l62 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

Catholicisme romain de saint Damase à saint Léon, il aura écrit une 
très belle page de l'histoire dn christianisme primitif. 

Au(.i BTia FLICHE. 

Duine, Origines bretonnes. Étude des sources : questions d'hagio- 
graphie et vie de S' Samson. Paris, Champion, iqi4; in-8" 
de 66 pages. 

Les études anciennes ne doivent point négliger les questions 
d'hagiographie. Il y a en ces questions quantité de petits problèmes 
(influence de Sulpice Sévère, souvenirs classiques, noms de lieux, 
sanctuaires locaux) qui, pour concerner les textes médiévaux, n'en ont 
pas moins leur répercussion sur le passé gaulois. — M. Duine étudie 
d'abord un calendrier de saints bretons, qui ne nous intéresse que 
d'assez loin, et, ensuite, la célèbre vie de Samson, qu'il n'hésite pas à 
placer, comme les plus célèbres bretonnisants de notre époque, au 
début du vu" siècle. Il y a là quelques noms de lieux utiles : Begesis 
pagus (le Bessin ?), Gubiolus (la rivière de Dol), l'île de Lesia, l'île de 
Sargia [pourquoi ne pas chercher à les identifier?], Sigona (la Seine), 
\enelia [ne serait pas le pays de Vannes, mais le Gwent en Galles], 
Winnian portus, etc. — Je reçois à l'instant un excellent travail de 
M .1. Loth, La vie la plus ancienne de Saint Samson de Dol, extrait 
de la Revue Celtique, 1914, in-8" de 3a pages. „ . 



CHRONIQUE DIS ÉTUDES ANCIENNES 



Platon. — Trois brochures de M. Auguste Diès, professeur aux 
Facultés catholiques d'Angers, qui s'affirme, depuis sea belles thèses 
Bur te Cycle mystique et sur le Sophiste, comme un de nos plus 
distingués historiens de la philosophie grecque el en particulier «lu 
platonisme. Il apporte ù ses travaux une solide érudition, un sens 
critique aiguisé et une certain»' élégance. 

I. Le SœrcUe de Platon < extrait de la Heeue des Sciences phUotO' 

phiquei et ihéologiquee . igi3. — Cette conférence, faite à Paris Le 
28 mai ](j\'6 (Cours <■( Conférences de la Revue de Philoeophie), 
recherche une fois «le plus quel crédit historique il faut accorder au 
les Dialogues. La conclusion, selon nous justifiée, esl que le 
le Platon est liistorique, ei 1 - qu*il prolon - 1 aie 

véritable l'achève et le fait définitive ni entrer dana le courant 



CHRONIQUE DES ÉTUDES ANCIENNES 1 63 

continu et impérissable de la pensée philosophique; mais, par là 
même, le Socrate de Platon dépasse celui qu'ont connu ses disciples 
immédiats : il est plus qu'un portrait, il est un symbole. 

II. La Transposition platonicienne (extrait du t. II des Annales de 
llnstitut supérieur de philosophie). — Cette conférence faite à l'Ins- 
titut supérieur de philosophie de l'Université de Louvain étudie le 
procédé, constant chez Platon, qui consiste à « parler au public la 
langue du public ou la langue de ses favoris, tout en donnant aux 
mots de cette langue une résonance et une signification plus pro- 
fondes» ip, /»'• En se limitant au Phèdre. M. Diès détermine trois cas 
de transposition : i° celle de la rhétorique, car cet art, bafoué dans 
le Gorgias, mais déjà vivifié par la pensée platonicienne et large- 
ment mis à profit dans l'Apologie, prend un sens et un aspect 
philosophiques dans le Phèdre: -r transposition de lerotisme, car 
l'amour trouble des corps, auquel aucun Grec, pas même Socrate, 
n'a été insensible, s'élève, dès le Phèdre, à l'amour de la beauté 
intelligible; 3° transposition du mysticisme orphique, en ce sens que 
les promesses orphiques de la survie suggèrent, dans le troisième 
discours du Phèdre, le mythe de l'ascension des âmes ailées vers la 
région des réalités intelligibles. 

III. Notes sur /'EVENHI EIRGMION de Gorgias (extrait de la Revue 
de Philologie, avril 1 9 1 3 > . — Cet article résume la démonstration toute 
nouvelle apportée par H. Diels, dans la troisième édition des Vor- 
sokratiker (1912», de l'authenticité de YÉloge d'Hélène attribué à 
Gorgias et longtemps considéré comme suspect. 

Th. RUYSSEN. 

Le vase de Voronège. — A diverses reprises, dans cette Revue 
(1905, p. ar'i et 307; 1907, p. 108; 1910, p. ii4). on a signalé les 
remarquables découvertes faites par les archéologues russes dans les 
steppes méridionales de l'Empire, entre le Boug et le Kouban. L'étude 
que M. Rostovzew vient de consacrer au vase de Voronège (Petrograd, 
typographie générale de l'Administration des apanages, 1914, iô pages 
grand in-4° avec V planches) offre un double intérêt, l'un historique, 
l'autre artistique 1 . D'une part, en effet, elle nous aide à mieux 
comprendre le caractère des peuples, Scythes ou Sarmates, qui habi- 
taient ces régions; d'autre part, elle précisela nature des liens qui 
rattachaient les tribus avoisinant le Palus Méotide aux grands centres 
civilisés de l'Asie hellénistique. 

Les tombes de la Russie méridionale ne contiennent pas seulement 
des œuvres typiques de l'art attique, pareilles à celles qui se trouvent 

1. Une jeune Polonaise, M"' Morand, dont le mari fut tué à l'ennemi, près de 
Senlis, a bien voulu me traduire le mémoire que j'analyse. Je la prie d'agréer ici 
l'« x pression de ma gratitude. 



î64 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

sur toutes les voies du commerce grec : elles nous révèlent aussi 
d'autres produits industriels spécialement fabriqués pour les popu- 
lations indigènes. Les scènes représentées attestent que les artistes 
connaissaient parfaitement la vie, la religion et le goût des gens pour 
lesquels ils travaillaient. 

Sur tout le mobilier funéraire exhumé de ces « courganes », on voit 
se répéter les mêmes motifs : oiseaux aquatiques, combats d'ani- 
maux, Scythes armés en guerre, tantôt (vase de Voronègc) s 'apprê- 
tant à la lutte, tantôt (vase de koul-()ba) après la bataille. Ln pareil 
choix n'a rien d'accidentel. C'est un genre établi, qui s'explique par 
la destination religieuse de ces vases, consacrés à la pins vieille et à la 
plus universelle des divinités du monde ancien, à la grande déesse de 
la terre et de l'eau, reine des bêtes et des poissons, spécialement pro- 
tectrice des chevaux et peut-être aussi des cavaliers '. 

On connaissait déjà le costume et l'armement scythiques : casque, 
cuirasse à écailles, bottes, arc et flèches, pique, long glaive en fer et 
poignard, hache de guerre, « nagaïka » (sorte de fouet court), justau- 
corps à bordure incrustée d'or, chausses étroites richement brodées, 
ceinture de métal. Le vase de Voronège nous apprend de nouveaux 
détails : emploi très répandu de la hache guerrière, des houppes de 
carquois, du fouet à deux queues. 

En rapprochant les divers indices fournis par le matériel des « cour- 
ganes », en s'appuyant sur la présence ou l'absence de certains types 
de céramique, M. Hostovzew arrive à cette conclusion que les tombes 
scythiques avec fosse surmontée d'une charpente de bois et recouverte 
par un petit tertre rond se placent entre le milieu du iv" siècle avant 
notre ère et le commencement du m*. 

L'art auquel appartiennent le vase de Voronège, le vase de Koul- 
Oba et l'amphore de Tchertomlitsk*, est l'art gréco-oriental de l'Asie 
Mineure, héritier du vieil ionisme et modifié par des influences 
iraniennes. Cet art anatolien, très épris des formes animales, a joué 
un grand rôle dans le développement des styles du Nord de la Russie 
et dans la naissance de l'art européen moderne. 

Georges RADET 

i Sur rcs représentation! de 1» Mo: » a pays russe, voir ici même, 1908, 

p, 1*6-1 99 (™ Cybibi, p. 18 ji). Pour lei déesaea aux chevaux, cf. Cb. Picard, duii 
1.- \tilanget Hollenx, p iS3. 

•production de ces deux dernier* monuments dana s Reinach, Répertotreàê 

rrhrfs I. III, p, ',,,* 1 

5 in'ii f'.)i:>. 

Le Directeur 'Gérant: Gborobs li\l>i 1 



Hordeam — Imprimi maoi rue Guiraud< 



L'ANNÉE DE LA BATAILLE DE KYNOSKÉPHALAI 



Mon ami Eug. Cavaignac, dans un travail publié, l'an 
dernier, par la Revue Klio (XIV, 1 9 1 4 , p. 07- '42)', a recom- 
mandé à l'attention des historiens les importantes recherches 
de P. Varese sur la chronologie romaine du 111 e et du 11' siècle 
avant notre ère 2 . 

Le système de P. Varese est connu 3 . Le calendrier institué 
par l'édile Gn. Flavius en 3o3 (45o Varr.) a fonctionné régu- 
lièrement à partir de cette année jusqu'en 191 (563 Varr.). 
Il comprend, dans les années communes, 12 mois de 29. 3i 
et 28 jours, faisant un total annuel de 355 jours; aux 12 mois 
normaux s'ajoute, tous les deux ans, un mois intercalaire 
qui est alternativement de 22 ou 23 jours, en sorte qu'on a, 
chaque deuxième année, un total de 377 ou 378 jours. Le 
cycle calendaire, qui est de \ ans, compte ainsi 1 ,465 jours, 
alors que 4 années astronomiques n'en donnent que i,46i. 
En conséquence, au bout de 4 ans. l'année romaine est en 
retard de 4 jours sur l'année astronomique, le retard annuel 
étant d'un jour en moyenne. 

Durant la première moitié de la première guerre punique, 
l'écart entre les deux années — année « flavienne » et année 
«julienne» — est déjà de près de 3 mois. Il est d'environ 
3 mois vers la fin de la même guerre; d'un peu moins de 
'1 mois au début de la guerre d'Hannibal, et d'environ \ mois 
à la fin. Il dépasse 4 mois et demi en 197 (557 Varr.); enfin, 
en 190 (564 Varr.), l'année romaine retarde de plus de 5 mois 
sur l'année julienne '. 

1. Voir au-si, du môme auteur, Uisl. de l'Antiquité, III . 1-7 iqq. 

■1. Prospero Varese, Cronotogia Romana, parte prima, Itoma, 1908. Même auteur, 
IlCaUndaria Romano alC etâ delta prima Guerra Puniea, Etoma, J. Beloch. 

/t. GescU. 111, 3, p. 308 sqq.; (Gercke-Nordeu; Einleit. in die AUertumsi 
III, p. p/i sqq. 

3. Cf. Cronol. Romana, p. <\8. 

i. lbid., p. ♦> — . 

A FB., IV SÙKiE. — Reo. Et. anc, \\ II, 1910, 3. 13 



l66 REVUE DES ICTUDES ANCIENNES 

Eug. Gavaignac, comme avant lui J. Beloch ', se range à 
l'opinion tle P. Varesc en ce qui concerne l'époque de la 
première guerre punique : le savant italien a eu, en effet, 
le grand mérite de débrouiller et de rectifier, d'une manière 
qu'on peut estimer définitive, la chronologie de cette guerre. 
Pour les premières années de la guerre d'Ilannibal, tandis que 
J. Beloch hésite et suspend son jugement % Eug. Gavaignac 
est encore disposé à suivre P. Varese 3 . Mais lorsqu'il s'agit 
de la fin du m' siècle et du commencement du n°, il se récrie 
et s'insurge; de quoi je ne puis que l'approuver. 

P. Varese place carrément la bataille de Zama en avril 20i : 
celle de Kynosképhalai en juin 196; le passage de lllellespont 
par les Scipions au début de septembre 189; la bataille de 
Magnésie vers le i5 octobre de la même année'*; bref, il met 
sens dessus dessous la chronologie unanimement adoptée 
pour la fin de la guerre d'Hannibal, la seconde guerre contre 
Philippe, et la guerre d'Antiochos. Ces grandes nouveautés 
ont causé de l'émoi et fait scandale. Reconnaissons que toutes 
les nouveautés sont, de leur nature, scandaleuses. Ceux qui 
sont doués de quelque esprit critique ne leur font pas pour 
cela plus mauvais accueil. Il faudrait se résigner tranquille- 
ment à la déroute de la chronologie traditionnelle, si P. Varese 
avait raison. Le malheur est qu'il a tort. 

Je ne veux vérifier ici que la date d'un seul événement. Les 
conséquences vaudront pour toute la période a voisinante. 

I*. Varese place, avons-nous dit, la bataille de Kynoské 
phalai en juin (julien) 196 (= février 667). Le mois c>| exa< 

1. Orieeh. Qetch. III, j, p. n4-ai5; Einlcit., p. 1 

a. lunlrit., p. Kj8. 

que P. Varese ;iit donné l'explication véritable du 
fameui di tblui de l'aûnée a i5 (Liv. Wlll, 3a, iq); cf. GronoJ. Romana, 

Noter pourtant que, récemment, 1 Kahrsledl (Gesch. der Kartfu 
m.', rji.i interprété d'une façon tout opposé* raignac, p la. D'ailleurs, 

&abrstedt, ii. ii i'- .i la chronologie traditionnelle, estime que, pendant t • > 1 1 1* - lu gw 
< 1 ' 1 1 .t 11 n i t •;■ 1 . ir calendrier romain fut en avanoe constante sur l<' calendrier julien 

ir 1.1 question : Kromarer, \nt. SehUtektftU , II, p 10g sqqi 
11 établit trèf bit a 'i 1 "' '•' bataille >«• pul être p 11" juin. C'est au m 

i;ii que m'avaient 1 onduit, voilà longtemps, mes propres 1 sl< uls. L'indit ation 



LA>>ÉE DE LA BATAILLE DE KYN05KÉPHALAI 167 

mais il y a erreur sur l'année. La bataille, ainsi que 
le veut l'opinion commune, est plus ancienne d'un an : 
juin 197. 

Lisons Polybe. A la victoire des Romains font suite 
presque immédiatement les négociations pour la paix 1 ; elles 
se placent donc dans le courant de l'été. Parmi les négocia- 
teurs figure l'Aitolien Phainéas 2 . P. Varese admet comme 
tout le -monde, et avec raison, que Phainéas était stratège 
fédéral en 198/197, — c'est-à-dire de l'équinoxe d'automne 198 
à l'équinoxe d'automne 197. C'est pourquoi il est pris d'un 
scrupule; je cite son texte 3 : « Ed ora veniamo ad un particolare 
che potrebbe a prima visla sembrare laie da distruggere quanto 
abbiamo dimoslrato in questo proposilo. Liv. XXXIII, 12, 12, 
nel sao racconto délie traflalive pei preliminari di pace, chiama 
Fainea [108/7 slratego degli Etoli. Questo fat to non ha valore, 
pel sempliçe motivo che in un passo di Polibio [XVIII, 37, 11], 
dal quale senza dubbio proviene quanto in Liv. XXXIII, 12, 12, 
Fainea non e qualificato corne slratego. Ecco i due luoghi... 
[suit la comparaison de Pol. XVIII, 37, 11 avec Liv. XXXIII, 
12, I2] 4 ... Inoltre ove ben si esamini il racconto polibiano-liviano 
délie suddelte trattative, si vede chiaramente che Fainea non ha, 
durante le medesime, agito in qualità di slratego. » La première 
des deux observations contenues dans ces lignes est parfai- 
tement exacte. Rien, dans Pol. XVIII, 07, 11, ne correspond 
au Phaeneae praelori Aetolorum, qu'on lit chez T. Live 
(XXXIII, 12, 12): les mots praetori Aetolorum sont une 
addition de l'historien latin. Mais, tout à l'encontre de ce 



que T. Live a tirée des Annalistes (\ WIII. \. 3) exila ferme anni litterae a T. Quinctio 
venerunt se signis conlatis cum rege Philippo in Thessalia pwjnasse ne peut pas être 
acceptée, comme le remarquait déjà Nissen, Krit. Lntersuch., p. iJ3. Elle suppose 
une avance excessive de l'année romaine sur l'année naturelle. 

i. Pol. XVIII, 34, '1—6; 36 — 39; cf - Liv - [—Pol-] XXVIM. 11 — 13. Dans Polybe. 
noter (XVII I, ;v J -.x: urrx mou tylépa; -isi to*j <!••.'/ i—tj /.-.'/. 

3. Pol. XVIII, 3 7 , 11 — 12; 38, 3-9. 

3. Cronol. liomana, p. Gi-Gj. 

1. Pol. WIII. 07, 11: toO Ki 'Vxvilvj utfâ -J.1-.X j)ouXo|i{v9U Xlytxv 8n uaTaia 
r.ii-7. --X icpô tofl yiyovi nu vas ♦îXmicov, tàv StoXfofa : 1 xaip&v, rfii\ ttxXiv 

àp-/T,v x'/.Vt.v -v.r^ïrt-x: irparf|tâTWV <> T;to; xvtoOev i; sopa; x*\ ô-jixixio; « IIxOtï 
■ 4*atv4a, Xt]pûvs y.-'/. Liv. WXIII, 13, 13: interfanti deinde Phaeneae. praetori 
Aetolorum, testilicantique, si elapsus eo tempore Philippus foret, mox gravius euui 
rebellaturum, «desistite tumultuari», inquil, a ubi consultandum 



l68 REVUE DES ÉTUDES WCÎENNE? 

que pense P. Varese, cette addition n'est nullement une 
erreur. Ce que montre, en efTet, avec une pleine clarté le 
récit des négociations, tel que le donne Polybe, c'est que 
Phainéas > prit part en qualité de stratège. Polybe mentionne 
deux négociateurs aitoliens, Alexandros « (le même qu'Àlexan- 
dros Isios?) et Phainéas : il faut bien que l'un des deux soit 
le chef de la Confédération, c'est-à-dire le stratège. Ce n'est 
pas le cas pour Alexandros, lequel est dit 'A>>s;xvsp;ç : A'rrwXôç, 
appellation qui ne saurait convenir au premier magistrat de 
l'État; il reste donc que le stratège soit Phainéas. Nous voyons 
que Polybe l'appelle b t<ôv AItcoXûv { \ } x:-/ix:' : le mot z-.?x-r-;i: est 
sous-entendu, ou peut-être a-t-il été simplement omis dans 
nos manuscrits 3 . 

Mais, aussi bien, on peut démontrer d'autre façon, d'une 
façon qui laisse encore moins de place au doute, que Phainéas 
était stratège des Aitoliens lors de la bataille de Kynosképhalai. 
Au commencement de L'hiver qui précéda cette bataille eurent 
lieu, comme on sait, entre T. Quinctius et les alliés de Rome, 
d'une part, et le roi Philippe, d'autre part, les inutiles pour- 
parlers du golfe maliaquc et de Nikaia ''. Ces pourparlers — 
qu'il faut dater probablement de novembre 5 — et la bataille — 
qui est d'environ sept mois plus récente — se placent évidem- 
ment dans la même année aitolienne, sous la magistrature 

i. Pol. XVIII, 36, ô : ix;to( Si roûrov (se. Amynandrum) 'AX£g*v8poc ô AitcoXb; 
ivaTtà; /.-'t.. Dans Appicn (Maccd. g, i), 'AXéfcvSpo; h tôv AtTttX&v Tiposopo; n'esl 
qu'une sottise. Alexandros ô TtpoTayopE-joaî/o: "Ieio« avait été l'un des représentant! 
de l'AJtolie am conférences du ^r<»lf<- maliaque (Pol. Wlll, .H— 4); il est bien pro- 
bable qu'ici encore c'esl de lui qu'il t'tgit, 

Pol. Wlll, 38,3: ... >'j 81 rôv A'.toÙi'.iv <l'a:/-a; "1: vlv r.uiv ojy. StttoStôta);, 

■\>:> :-.--. >' Km a Aâptaotv njv Kptpajariîv, 4>dpaaXov, 8^6a; rà{ "tôîa;, Mv/ivov»; — Il 
entde remarquer que c'esl Phainéas seul qui l'adresse a Philippe au nom des 
Utoliens; Alexa borné à plaider, dans an discours très général, les iul 

de tou> les<3i 

I n ci. beaucoup le plu> vraisemblable, I.c texte de Polybe devait 

portai /'..- Tv,iTr,yo: $a<vfa< /-./. C'est de II que I. Live aura tiré sou 

Phaenrar, praetorl Ariohrum. 

',. Pol. Wlll, i sqq; cf.l .1 W\ll. 

■uni. Romand, p. 50) les place a v*r$o l'ottobrc», ce qui c*i pré 
mature. L'histoire des ambassades envoyées i Rome laisse aisément reconi 
unment Pol. XV11I, n, t; n, i;Liv. | Pol.] XXXIII, 3, i l)quelati 
Philippe après la rupture dès (Pol. XVIII, 

tomba i n plein hiver; cf. Pol. Wlll, g, io. \n reste, P. \ «testa pas que 

luiooxi d'automne, tu début d'une an 



l'année de la bataille de ktxosképhalai 169 

du même stratège. Lorsque s'engagèrent les négociations, un 
stratège était entré en charge depuis peu de temps (équinoxe 
d'automne); et il exerçait encore ses fonctions au moment où 
se produisit entre les deux armées la rencontre décisive (juin ). 
Or, il suffit de lire Polybe pour être assuré qu'à l'époque des 
entrevues du golfe maliaque et de Xikaia. le stratège des 
Aitoliens était Phainéas; dans le récit du premier colloque, 
ce titre lui est donné à trois reprises '. 

Puisque Phainéas — P. Varese nous l'accorde — était stratège 
en 198/7 a , la bataille est donc bien de juin 197. Et, partant, 
il faut reculer d'un an les dates marquées aux événements de 
la guerre de Macédoine; autrement dit. il en faut revenir aux 
dates traditionnelles, lesquelles impliquent une avance notable 
de l'année romaine sur l'année naturelle. 

Voyons, d'ailleurs, quand commença l'année 55'j (Yarr.). au 
cours de laquelle la guerre fut déclarée à Philippe. P. Varese 
pose l'étonnante égalité : 1" mars 55 '\ = 'a juillet 200 3 . P. Sulpi- 
cius, le consul de 551, ne serait entré en charge qu'après la mi- 
juillet 200. et c'est pourquoi il n'aurait pu passer en Grèce que 
dans l'été (juillet) de iUU'*. Mais j'aimerais à savoir comment 
on concilie cette chronologie avec l'indication si précise de 
Polybe (XVI, al, 1) : ... to3 %&p5noq r.zr, /.z-xy/zy.i>zj. /.x6' :v 
II :-/.•.:; SeXrbuo; Jr.y-zz v.x-.iz-x'y^ h 'Pwjttj... Ne suit-il pas de là 
que les Ides de mars de 554 tombèrent dans le courant de 
l'hiver de 201 200, soit assez longtemps avant le i5 mars de 
l'année astronomique !' Et. dès lors, quelle difficulté trouve-t on 
à ce que le consul ait débarqué en Épire à l'automne de 200, 
uutumno fere exacto, comme dit T. Live interprétant Polybe 5 ? 



1. Pol. XVIII, $, 1 ; 1,4; 1, ,j. 

2. Ce que dit P. Varese de la iTsaTr,— 'x d'Alexaiiiénos p. 1J2) implique une erreur 
grossière. Alexaménos, comme on le voit dès qu'on jette les yeux sur Polybe 
(WI1I, ' 4 3), était stratège des Aitoliens pendant Vhiver qui suivit la bataille de 
kyiiosképlialai; il avait pris ses fonctions à l'équinoxe dautonino (197), soit environ 
quatre mois après la bataille. 

3. Cronol. Fiomana, p. ioi, 

',. Ibid., p. "«',. i : « ... p. Sulpicio (55i) e P. Villio (355) sono partiti molto più 
tardi di Flaminino: non solo, vogliam dire, alla seconda a fopua », cioè rispeltiva- 
mente negli anni a. C. 19g e 198; ma a buona sagione astai inoltrata (mettiamo nel 
marzo rom. = luglio astr.). » 
\. Pol. , \\\|. 



I7O REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

Nous pouvons dormir en paix, garder notre confiance à 
l'ancienne chronologie, continuer de croire que l'éclipsé du 
11 quinctilis 564 est celle du i4 mars 190, et tirer de là toutes 
les conclusions utiles. 

En somme, comme l'a dit Eug. Gavaignac, il y a dans les 
reconstructions chronologiques de P. Varese une partie accep- 
table et précieuse, et aussi une partie caduque. Il est exact 
que, durant une longue période du 111 e siècle, l'année flavienne 
retarda sur l'année julienne. Mais il demeure vrai, contraire- 
ment au système du savant italien, qu'au début du 11 e siècle 
et même plus tôt, le retard se changea en avance. Gomment 
se fit cette révolution? Eug. Cavaignac pense qu'elle fut le 
résultat d'une suppression systématique des mois intercalaires 
à partir de 210 : le retard aurait diminué progressivement 
jusqu'en 20/i; puis, en 2o3, l'avance aurait commencé et 
n'aurait cessé de s'accroître. Je ne me porte pas garant de la 
justesse de l'explication; je me borne à noter qu'elle est ingé- 
nieuse et qu'on obtient par elle des dates vraisemblables. 
Eug. Gavaignac place les Ides de mars de 55/i le 6 février 200, 
et celles de 557 le 7 janvier 197. J'avoue n'avoir pas pris le 
soin de procéder à une vérification qui serait assez laborieuse; 
mais je constate qu'il n'y a rien là qui ne s'accorde bien avec 
les indications de temps qu'on peut tirer de Polybe. 

Maurice IIOLLEAI \ 

Versailles. 



LES CYRÉNAÏQUES CONTBE ÉPICURE 

REMARQUES SUR LE LIVRE II DU DE FINIBUS BOÙ'ORUM 

DE CICÉRON 



Après que Torquatus a exposé, au premier livre, la morale 
d'Épicure. Cicéron prend la parole et emploie le second livre 
tout entier à la critiquer. Les onze premiers chapitres forment 
un tout assez bien isolé; ils ne visent pas la valeur de la fin 
proposée par Épicure (sujet qui sera traité dans la dernière 
partie du livre), mais seulement la faiblesse dialectique de la 
doctrine du plaisir et ses inconséquences; « Epicure n'a pas 
appris à pratiquer la définition et la division: et il ne connaît 
ni le sens des mots ni les habitudes du langage») (§ 3o); 
en second lieu, ils reprochent à Épicure d'avoir désigné par le 
même mot voluptas deux idées extrêmement différentes, d'une 
part ce que tout le monde appelle ainsi, c'est-à-dire l'émotion 
agréable ressentie par les sens, et d'autre part la simple 
absence de douleur qui accompagne la satisfaction d'un besoin. 

Sur ce second point, la pensée de Cicéron n'est pas toujours 
nette; il présente deux sortes de critiques. D'après la première, 
Épicure, tout en distinguant parfaitement les deux idées de 
plaisir et d'absence de douleur, a eu le tort de les désigner 
toutes deux par le même mot voluptas qui dans le langage 
ordinaire ne s'applique qu'à la première. La seconde porte 
sur l'idée qu'Épicure s'est faite de l'absence de douleur, et sur 
le tort qu'il a eu de la confondre avec l'émotion agréable. 
Ces deux critiques sont incompatibles : d'après la première. 
Epicure aurait été coupable d'une confusion de mots, et. 
d'après la seconde, d'une confusion d'idées. 

Attachons nous à la seconde de ces critiques : « Épicure ne 
peut faire qu'un homme, qui se connaît bien lui-même, qui 
a examiné sa nature et ses sensations, prenne pour une même 
chose l'absence de douleur et le plaisir... Qui ne voit qu'il y a 



1 1 1 \ l I DES KTI DES ANCIENNES 



1 /- 

dans la réalité trois choses à distinguer? La première, c'est 
l'état de plaisir; la seconde, l'état de douleur; la troisième, 
notre état actuel; car vous n'éprouvez actuellement, je pense, 
ni plaisir ni douleur; l'état de plaisir, c'est celui de l'homme 
qui dîne; l'état de douleur, celui de l'homme mis à la torture. 
Ne voyez-vous pas, continue-t-il en s'adressant à Torquatus. 
quantité d'hommes placés entre ces deux états, et n'éprouvant 
ni douleur ni plaisir? — Ahsolument pas, répond Torquatus; 
tous ceux qui n'ont- pas de douleur, éprouvent du plaisir et 
même le suprême plaisir» (§ 16-17). Ainsi donc, deux concep- 
tions sont ici opposées : d'après l'une, nos états affectifs se 
partagent en trois classes ; plaisir, douleur, états indifférents; 
d'après Torquatus, au contraire, il n'y en a que deux, la 
douleur et le plaisir, l'état dit indifférent étant la limite vers 
laquelle tend le plaisir lorsqu'il s'accroît. 

A la fin du chapitre IX, dans un passage que sa grande 
brièveté rend obscur, Cicéron revient à la charge : « Pourquoi 
douter, dit il, si l'absence de douleur est le plaisir suprême, 
que l'absence de plaisir sera la plus grande des douleurs? 
Pourquoi donc n'en est-il pas ainsi? Parce que le contraire de 
la douleur n'est pas le plaisir, mais la privation de la douleur. » 
Cet argument tout dialectique doit être ainsi restitué. L'absence 
ili- plaisir a pour contraire le plaisir suprême; l'absence de 
douleur a pour contraire la douleur suprême; car, suivant la 
définition acceptée par les stoïciens 1 , u sont contraires, les 
tenues du même genre les plus éloignés l'un de l'autre». 
Deux termes identiques ont donc 1111 même contraire. Et si 
l'on admet la thèse épicurienne que l'absence de douleur esl 
identique an plaisir suprême, il s'ensuit que la douleur - 
la même chose (pic l'absence de plaisir; conséquence tout 

lit inadmissible qui suffi! à montrer la fausseté du principe 
d'où l'on est parti; mais conséquence nécessaire pour Epicure, 

qui n'admel que deux tenues, plaisir et douleur. 

Au 3i, Cicéron critique une de- raisons sur Lesquelles 
Épicure fondail son hédonisme : l'animal, disait il. dès sa 

d'Arnim, \<>i il. 

n* 1 - 



LES CYRÉNAÏQUES CONTRE ÉPICURE 178 

naissance, recherche le plaisir comme un bien; cette tendance 
naturelle, antérieure à toute dépravation, nous indique dans 
quelle voie doit être recherché le souverain bien. — Mais, 
répond Cicéron. le plaisir que recherche l'animal à sa nais- 
sance, n'est pas le même que l'absence de douleur, considérée 
par Épicure comme le souverain bien : cette absence de douleur 
a ne serait pas un motif suffisant pour exciter l'appétit dans 
l'âme; cet état ne produit pas de choc qui donne à l'âme 
une impulsion; ce qui donne cette impulsion, c'est l'émotion 
agréable ressentie dans le plaisir». 

Quels sont les adversaires au nom desquels parle Cicéron 
dans ces trois objections? La chose n'est pas douteuse; ce sont 
les Cyrénaïques. 

Cicéron oppose à Epicure deux principes. Le premier, c'est 
la triple division de nos états affectifs en plaisir, douleur et 
états indifférents: le second, c'est que la recherche de la 
suppression de la douleur n'est pas un motif d'action suffi- 
samment fort. Ce sont là deux principes cyrénaïques : le 
premier est énoncé par Cicéron sous la forme où l'a conservé 
Aristocles 1 . Nous allons retrouver le second dans un moment. 
De plus, toute l'argumentation de Cicéron a pour base une 
certaine définition du plaisir. On sait qu'Épicure ne définissait 
pas le plaisir, parce qu'il le considérait comme suffisamment 
connu par lui-même. Cicéron, au contraire, le définit : « banc, 
quam sensus accipiens movetur, et jucunditate quadam per- 
funditur 2 . » Cette formule ne correspond nullement, comme 
le voudrait Cicéron, à l'opinion générale (sentiunt omnesi; 
ce n'est pas celle d'Aristote, ni celle du Philèbe, et non plus 
des Stoïciens. Il en est de même des expressions qu'il emploie 
par la suite 3 . En revanche, elles cadrent très exactement avec 
la définition que les Cyrénaïques donnaient du plaisir : « tt,v 
Xclov ■/. : :rr l z , :i z\: r'zhr^:/ StvaStSopéviJv. » 

Il n'y a pires ennemis que les philosophes dont les principes 
sont proches, \rislippe de Cyrène et Épicure « avaient bu à 

l. Cité par Eusèbe, Préparât, êvanyêl., \IV. iS, 3a. 
a. 5 G. 

S. f 8: «Jucundum rnotum, quo sensu* hilarelur. » S i3: « Commotionem 
suavem jucunditatis in eorpore. » 



I ^4 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

la même coupe » « ; ils mettent l'un et l'autre le souverain bien 
dans le plaisir; mais pour Kpicure, le plaisir suprême est le 
« plaisir constitutif», l'état de calme où la douleur n'existe 
plus; Aristippe le met dans l'émotion agréable, provoquée en 
la conscience par un léger ébranlement de l'organisme. Aussi 
est-ce parmi ses contemporains cyrénaïques, comme Anniceris, 
qu'Épicure trouva ses adversaires les plus ardents. 

De cette polémique, l'on a conservé peu de traces'; elles 
sont cependant suffisantes pour reconnaître que ce sont bien 
les Cyrénaïques dont Cicéron s'inspire ici. Dans les Stromates^, 
Clément d'Alexandrie expose les opinions des philosophes sur 
le souverain bien. Il commence par celle d'Épicure et il ajoute : 
« Les Cyrénaïques, comme Épicure, commencent par le plaisir; 
mais ceux-là disent franchement que la vie agréable est la fin, 
et que le bien suprême n'est que le plaisir. Épicure, lui, ajoute 
que la suppression de la douleur est aussi un plaisir; et il dit 
que le plaisir est l'objet primitif de la volonté qui de lui-même 
attire vers lui; mais (le plaisir dont il fait l'objet primitif de 
la volonté) est évidemment le plaisir en mouvement. » Il est 
clair qu'il faut voir en ces phrases une intention polémique 
contre Epicure; la « franchise » des Cyrénaïques est opposée 
à la confusion de la thèse épicurienne, qui appelle plaisir la 
suppression de la douleur; c'est là le fond de l'argumentation 
de Cicéron. Les deux dernières phrases ne prennent un sens 
que par la troisième objection de Cicéron; elles veulent dire 
que le plaisir qui fait l'objet de l'inclination primitive de la 
volonté est le « plaisir en mouvement » (terme technique qui, 
dans le langage d'Epicure, correspond à ce que les Cyrénaïques 
appelaient du nom général de plaisir) ; ce plaisir ne coïncide 
donc pas avec le plaisir suprême qui consiste en l'absence de 
douleur; cette constatation amène à conclure que l'argument 
tiré par Épicure des inclinations primitives de l'animal pour 
établir que le plaisir esl le Bouverain bien, porte à faux. 

Cette polémique reparaît .'i le lin du chapitre. Anniceris le 



i Plutarquc 'i'.. oh. ', 

I. 1.1V. II. | I. 



LES CYRÉNAÏQUES CONTRE ÉPICURE 17a 

Cyrénaïque était un contemporain d'Épicure; or, « il rejette 
la définition du plaisir d'Épicure, à savoir suppression de la 
douleur, en disant que c'est là l'état d'un cadavre (vexpcS 
xaxâaraon âxoxaXoDvrcç) ». C'est bien là le principe même des 
objections de Cicéron, exprimé avec plus de force: il s'agit de 
savoir si l'absence de douleur est autre chose qu'un état d'in- 
différence (cf. Cicéron, § 3i : status) incapable de motiver une 
action, et qui n'a rien à voir avec le plaisir. 

Ce point essentiel du débat, nous le retrouvons au milieu 
d'une diatribe que Philon d'Alexandrie dirige contre le plaisir: 
« Le plaisir, dit-il, n'est pas une chose immobile et stable, 
mais une chose en mouvement...; la passion, comme une 
flamme, se meut dans l'âme et ne lui laisse pas de repos. 
Cela nest pas d'accord avec ceux qui disent que le plaisir est 
constitutif 1 ; car le repos convient à la pierre, au bois, en un 
mot à un être sans vie, mais il est étranger au plaisir: le 
plaisir veut le chatouillement et l'agitation; à certains d'entre 
eux, il faut non le repos, mais un mouvement vif et intense 3 . » 
C'est là le développement de la polémique d'Anniceris contre 
Épicure; le «plaisir constitutif», qui n'est autre chose que la 
suppression de la douleur, est l'état d'un être qui ne sent pas. 

Dès l'Antiquité, les Epicuriens se sont plaints de n'être pas 
compris; Torquatus dit, à plusieurs reprises, à Cicéron qu'il 
n'entend pas bien la pensée d'Épicure. Les Cyrénaïques 
paraissent bien être les auteurs responsables de ce malen- 
tendu; ce sont eux qui, suivant leur propre psychologie du 
plaisir, ont séparé en deux ce qu'Épicure entendait sous ce 
nom; le plaisir ne saurait être, selon leur doctrine, que 
l'émotion agréable; s'il y a dans le plaisir, tel que l'entend 
Épicure, un autre élément, il faut faire de cet élément une 
catégorie à part, qui ne s'appellera plaisir que d'une façon 
impropre. L'unité de la pensée d'Épicure, ainsi démembrée, 
est fort difficile à retrouver, et bien des critiques y ont échoué. 
Ils s'en sont tenus au point de vue de Cicéron qui voit dans 
leur notion du plaisir, telle qu'elle a été défigurée par les 
Cyrénaïques, des contradictions intolérables. 

1. KaTaTTr l ;j.D(T:/.r,. mot technique d'Épicure que Cicéron traduit par stans, 
a. Legum Allegor., liv. I, s 160, p. 118, Mangey. 



176 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

Cicéron a-t-il emprunté directement ces objections à un 
document cyrénaïque? Il est vraisemblable que non. 

Non seulement Cicéron no fait pas allusion aux disciples 
d'Aristippe; mais il développe, en cet endroit même, des 
idées directement contraires aux leurs : « Pourquoi user, dit-il 
à Torquatus, de ce nom de plaisir qui est odieux, mal famé 
et suspect? D'autre part, nous tenons pour bien fondées 
les raisons qui ont amené Hirzel à voir dans Antiocbus 
d'Ascalon la source du livre II du de Finibus. Nous pouvons 
même à ces raisons en ajouter une nouvelle. Dans sa disser- 
tation de Antiocho Ascalonila, Hoyer a montré que le chapitre 
des Stromates auquel nous avons emprunté nos citations est 
inspiré d'Antiochus. Ces citations établissent des points de 
contact entre ce chapitre et notre livre du de Finibus ; mais ils 
ne sont pas les seuls. Entre les deux critiques d'Épicure qui 
sont au début et à la fin du chapitre, Clément expose les 
opinions sur le souverain bien de philosophes dont beaucoup 
sont peu connus par d'autres documents. Or, ces noms, in- 
connus par ailleurs, se retrouvent presque tous dans les 
chapitres XI, XII et XIII de Cicéron; et les courtes formules 
dans lesquelles est définie leur conception du souverain bien, 
paraissent traduites du grec de Clément. C'est Iliéronyme, 
Diodore le Péripatéticien, successeur de Critolaos, Calliphon 
(§ 34); l'opinion citée par Cicéron sous le nom des Stoïciens, 
est celle que Clément attribue à Antipatcr et à Archédème; 
l'opinion différente du stoïcien Ilerillus est citée au § J3, 
Il n'y manque que la liste dos péripatéticiens cl dos physiciens 
que Clément introduit à la tin du chapitre. 

\insi l'auteur de Clément a dressé une liste de conceptions 
du souverain bien qui est celledont Cicéron s'est soin i. De plus, 
comme l'indique la polémique contre Êpicurequi est an début 

et à la lin du chapitre, il a dn utiliser Cette enninération dans 
l'intention de sa polémique, connue l'a l'ail l'auteur <!«• Cicéron. 

Notre conclusion est qu'Antiochus d'Ascalon est celui qui, 

il.in- .1 critique d'Épicure, a Introduit les arguments d'origine 

rénaïque Mont nous au>ns relové les traces chez Cicéron. 

Êmili BRÊHIER 



NOTES CRITIQUES SUR LES POÈTES LATINS 



m 



STACE, Silves 2,2,18. 

Gratia prima loci. gemina testudine fumant 
18 Balnca, et e terris occurrit dulcis amaro 

\\mpha mari. 

E terris est suspect après le in terras du vers i5. Il est 
d'ailleurs bien inutile; d'où viendrait l*eau douce, sinon de la 
terre? Le e thermis de Polster, le e tectis de Sânger évoquent 
l'image déplaisante de l'eau salie par le bain; pour moi. je ne 
puis croire que Stace ait célébré la nymphe d'un égout. Il s'agit 
évidemment non de l'eau qui a passé par les baignoires, mais de 
la source limpide qui les alimente (cf. i,5,5i le caerulus amnis 
de Claudius Etruscus). Le bain chaud a son charme pour un 
Romain d'habitudes raffinées, la source qui tombe dans la 
mer a son charme pour un poète: l'ensemble de ces deux 
séductions est ce que Stace appelle gratia prima loci. 

Le bassin d'eau vive de Claudius Etruscus est si tentant que 
Vénus voudrait y être née, que Narcisse s'y mirerait, que 
Diane y affronterait le risque d'être surprise au bain. De 
même les divinités marines ont envie de se baigner chez leur 
voisin Pollius (vers 19-20). Non. j<- suppose, sous la double 
coupole fumante, mais en plein air, dans l'eau fraîche de la 
source, eau qui. chez Pollius comme chez Claudius, est 
recueillie dans quelque bassin de marbre avant d'aller se 
perdre dans la mer. Cette eau a donc, — et en effet elle doit 
avoir a priori. — un cours artiticiel 1 c'est précisément cela qui 
excuse le poète d'avoir mentionné les balnca les premiers). Et 
tandis que l'eau salie est lâchée à la mer par la voie la plus 
rapide, la belle eau fraîche est guidée vers un autre point; 



1-8 REVUE DES ÉTUDES A>< Il ■NM.- 

peut être forme-telle une petite cascatelle, disposée pour le 
plaisir des veux. 

Ces considérations me font penser que e terris cache 
exerrans ; la nymphe d'eau douce « s'écarte » des bains et de 
leur déversoir. Exerrare est un mot très rare qu'un copiste 
a pu aisément méconnaître. C'est par Stace qu'il a été intro- 
duit dans la littérature latine (Theb. 6,444 ). Cf. aderrans 
2,2,120. 

E terris représente une corruption quelconque (eterrans? 
exerras?) arrangée sous la suggestion du in terras voisin. 

2,2,116. 

Lorsque Pollius « chante » ses vers auprès de Sorrente, les 
Sirènes volent l'entendre, et les dauphins mélomanes s'ap- 
prochent des rochers : 

116 Hinc leuis c scopulis meliora ad cannina Siren 

Aduolat; hinc motis audit Tritonia cristis. 
iao Blandi scopulis delpliines aderrant. 

Stace n'a qu'un génie, celui de la facture, mais il l'a sans 
conteste. Il n'est pas croyable qu'il ait répété scopulis à quatre 
vers de dislance, et cela à propos des mêmes rochers, ceux qui 
avoisinent la villa de Pollius. Je lis donc au vers n(> specuUs. 
Ainsi il n'y a ni redite de mot ni redite d'idée. Les scopuli sont 
des roches basses quelconques, les plus voisines possible de 
la maison. Les spéculas sont des roches plus hautes et plus 
lointaines, non définies d'après remplacement de la uilta, et 
d'où les Sirènes guettent le> navires. 

- spéculât ne sont pas les petrae quas sirènes habilarunt 

de Mêla (3,69), Bituéea <!<• l'autre côté <lu cap de Minerve. 

unie Pollius voit Minerve d'un côté, les Sirènes d'un antre 

hinc... siren... hine Trilonia), il est clair que Stace 

Localise Les specuiae suit dans la direction de Stables el de 

Pompéi, soit au large en plein golfe. En toul cas scopulis 

un nom commun vulgaire, mais SpeculU 1 1 5 est. aux xenx 

du porte, l'équivalenl (l'un nom propre. 



NOTES CRITIQUES SLR LES POETES LATINS î 79 

2,2,138-140. 

i38 Ac nunc discussa rerum caligine uerum 

Aspicis; illo alii rursus iactantur in alto. 
Et tua securos portus placidamque quietem 
Intrauit non quassa ralis. 

On lit au premier vers .4/, ce qui, au troisième vers, a con- 
traint M. Postgate à corriger Et non en .4/, mais en Sed. Hypo- 
thèse graphiquement invraisemblable; pourquoi Y S initiale 
aurait-elle disparu ? 

En réalité tout ce qui précède, et en particulier l'opposition 
de Tempus erat i33 et de nunc i3S, rend un At parfaitement 
inutile dans i38. Lisons donc ici Hac, ce qui nous permettra 
de garder la correction At pour i4o. 

À la vérité, un Ilta aurait plus de propriété qu'un Hac, puis- 
qu'il s'agit du passé; cf. illo 1 3g. Mais Stace n'est pas un délicat 
en matière de démonstratifs; cf. i35-i36 Inde (!)..., Hinc au 
sens de illinc, hinc ou de hinc, hinc. 

2,3,3. 

Stat, quae perspicuas nitidi Melioris opacet 
Arbor aquas complexa lacus, quae robore ab imo 
3 Curuata uadis redit inde cacumine recto 

Ardua ? 

La suite montre qu'il manque un cur. Sànger lit donc Cur 
instrala; Postgate, au vers précédent, veut remplacer quae par 
cur. Gomme le vers 3 montre une faute initiale grave, phéno- 
mène rare (Manuel de critique verbale § 55o) et que seules peu- 
vent expliquer des circonstances particulières, je tiens pour 
assuré qu'il faut lire Cur <cur>uala ; le dédoublement d'un 
Curcur n'a rien que de naturel. \'adis, datif de la question qun 
construit avec un verbe simple, est quelque chose de hardi, 
mais l'opposition avec ab oriente l'esprit du lecteur. — Pho 
nétiquement, Cûr cur- n'a rien de cacophonique; je croirais 
même que l'oreille y trouvait son plaisir, comme dans Dorica 
castra ou parère récusât. 



l8o REVUE DES ETUDES ANCIENNES 



2,3,17. 



Épuisée de fatigue, ta nymphe poursuivie par Pan se couehe au 

bord de l'eau : 

Flauos (?) collegit amictus 
17 \rtius, et niueae posuil se margine ripae. 

Niueae n'a pas de sens. On a proposé des adjectifs moins 
déraisonnables, uiridi par exemple, mais aucune épithète de 
ripae n"est indispensable. D'autre part il manque une idée 
essentielle, et sans laquelle la suite est inintelligible; le récit 
suppose que la nymphe s'endort (de là le sopita est proposé 
par Karsten au lieu de posuit se). Cette remarque ouvre la voie 
à une hypothèse de mutilation du type suivant: 

Artius, et. <iniueos iam mandatura sopori 
Artus, co>m'uens posuit se margine ripae. 

La ressemblance des premiers hémistiches aurait amené la 
fusion des deux vers en un seul, Artius et niuens... Dans ce vers 
contracte, le barbarisme niuens aurait été lu niueus et arrangé 
en niueae. Satisfaisante à plusieurs égards, une telle conjecture 
se heurte à certaines difficultés. D'abord niueos... artus revient 
au vers 32. Ensuite il est peu probable que Stace ait employé 
à la fois deux participes en apposition, comme mandatura et 
coniuens; or, autant il est aisé de substituer à mandatura un 
équivalent, cotnmissura par exemple, autant il semble l'être 
peu d'écarter la tournure participiale. 

Ces réflexions me conduisent à simplifier l'hypothèse, irtius 
ri niuens».. serait non un texte contracte, mais le texte original 
lui même. En autres termes, Stace aurait ressuscité Ir simple 
perdu de CO-niueo, le primitif perdu de nicln. Ce n'est pas l.i 

première fois qu'on songe à une telle résurrection; niuentibus 
té proposé pour uiuentibus dans Pétrone 1 [5,8, et niuent pout 

iiinenl llist. \\iu ■ l'escenn . 3, mais s;ins aucune \ 1 -aiscmblancc 

Le niueo supposé sérail unexemplede 1 redécomposition 
tel le colomié d'Isidore (Etym. io,55), fabriqué au moyen 
d'incolumis, C'est la reoVScomposition qui explique fessus (au 



NOTE? CRITtQLES SLR LES POÈTES LATINS ICI 

lieu de *fassus), dejatiscor; gressus (au lieu de *grassus), de 
gradior, fréquentatif grassor. À l'époque impériale, la redé- 
composition a donné cludo pour claudo. Elle a altéré des sim- 
ples archaïques; ainsi spicit est écrit pour specit dans Plaute, 
Miles 694 (la faute se retrouve dans Festus p. 33o; serait-elle 
antérieure à Yerrius Flaccus?). — Les copistes ayant l'habi- 
tude d'ajouter des préfixes à beaucoup de verbes simples 
(Manuel de critique verbale §§ 1178 ss.), plus d'un redécom- 
posé a pu disparaître de nos textes. Cf. Jligit 2,6,58. 

2,4,11. 

1 1 At tibi quanta domus rutila testudine fulgena 

Conexusque ebori uirgarum argenleus ordo 
Argutumque tuo stridentia limina cornu 
Et querulae iam sponte fores. Yacat ille bcatus 
Carcer, at aagasR (Tire angusti\ nusquam conuicia tecti. 

Le poète interpelle le défunt perroquet, dont la cage est 
maintenant vide. At et quanta sont inintelligibles: quanta jure 
d'ailleurs avec le angusti à peu près certain du vers i5, et At est 
suspect a priori comme a\ant figuré au vers 8. Brandes a 
conjecturé A tibi quanta, Grasberger Quo tibi tanta. hypothèse 
qui a quelque chose d'excellent. Je crois qu'il faut la perfec- 
tionner en lisant Quo tibi eomta. « A quoi bon, ô perroquet, 
ta cage si bien entretenue?» Pour comlu (voir ci-dessus 1,2,1 3 
corntu), cf. Theb. 11,405, où les Furies fourbissent des objets 
de métal {phalerasque et lucida comunt Arma manu). 

Quanta est cornla combiné avec un prétendu substituende quo, 
ce qui a donné d'abord quomta. Le pseudo-substituende quo, 
c'est un rétablissement marginal du mot initial du vers, qui 
avait dû être laissé en blanc par suite d'une obscurité du 
modèle. Quant au At qui remplace ce quo, ce n'est probable- 
ment qu'un complément métrique arbitraire. 

2,6,11. 

Sed famulum gemis. utse (lire Vrse), pium, sed amore fidequp 
11 Has meritam lacrimas, cui maior stommate iunclo. 
Libertas ex mente fuit. 

Reu. Et. anc. i3 



l82 HEVUE DES ÉTUDES AM II >M 18 

Dans stommate on a reconnu stemmate « arbre généalogique ». 
La condition servile du défuut est donc mise en relation 
d'abord avec l'idée de noblesse, ensuite avec l'idée de liberté. 
Ces deux notions si distinctes ne peuvent elles-mêmes être 
mises en rapport entre elles, en même temps qu'avec la notion 
tierce d'esclavage, dans une pbrase subordonnée si courte. 
Donc elles sont traitées séparément; c'est ce qui m'a fait mettre 
après iiuicto une virgule. Il me parait rigoureusement impos- 
sible de guérir le texte par des conjectures fournissant une 
phrase unitaire stemmate cunclo ou Tusco). Markland l'avait 
bien senti quand -à Libertas il substituait Nobilitas, éliminant 
ainsi une des deux notions irréductibles. 

La virgule mise après iu/ieto, reste à corriger ce mot inin- 
telligible. Je soupçonne que c'est tout simplement uirtus, lu 
d'abord iuctus par erreur graphique, puis arrangé en un mot 
construisible. 

Le jeune esclave pleuré par Ursus avait un mérite supérieur 
à une noblesse, et son cœur était celui d'un enfant libre. Voilà 
ce qu'a voulu dire Stace. 



Louis HAUT. 



(A suivre.) 



INSCRIPTION DE DJEMILA 1 



Lettre de M. R. Cagnat a M. C. Juliian 

Mon cher ami, 

Quand, dans le premier numéro de cette année, j'ai publié, 
sur votre invitation, deux inscriptions, de Djemila, relatives 
à un certain vétéran nommé T. Flavius Breucus, je n'ai pas 
voulu faire état d'un fragment qui figure au Corpus, parce 
que le texte n'en était pas suffisamment établi. Les fouilles 
qui se poursuivent eu ce moment dans les ruines de la ville 
romaine ont changé la situation et vos lecteurs ont droit à 
un complément de mon article. 

Le dit fragment porte au VIII volume le numéro 20100. 
M. Dessau, qui l'a copié, nous apprend qu'il était employé, 
quand il l'a vu, « in muro domus ». Il l'a transcrit ainsi : 

sacrW M 

BREVCVSFI 
ATR • ES PB A 
iOIO FEC 
V I O V AT\ 
ATOTT/ 

ce qu'il fait suivre de la note: 3. fortasse legendum : e s un 
p(ecuttin , 5 : re]novatum, 6 : [Junio Don|ato II (a. 260). 

En démolissant les maisons ou mieux les gourbis arabes 
qui s'élevaient naguère à l'Est du Capitole, on a retrouvé le 

1. Cf. Revue, igiS, p. 3i. 



l84 REVIE DES ÉTUDES ANCIENNES 

fragment, qui est aujourd'hui conservé au musée. Je l'y ai vu 
et y ai lu : 

G E N I O 
RVM 

BREVCVS FL 
AT-RESPBA 
IOLO FEG 
VI ON AT A 

RATO TT 

Lettres de o m io à la première ligne, de 0,075-0,07 aux 
autres. Ainsi la restitution du Corpus: \sacr\um était juste; 
les lectures e sua pecurùa, renovalum et Junio Donalo sont 
inadmissibles et la date de 260 injustifiée. 

11 serait, d'ailleurs, impossible de donner du texte une 
reconstitution, même approximative, si l'on n'avait pas 
retrouvé tout récemment un autre morceau de la même 
pierre, également publié au Corpus (n° 83n). Celui-ci, au 
temps de Delamare, se trouvait *< sur l'emplacement du 
grand-temple » ; on l'a rencontré, cette fois, « dans la rue à 
l'ouest du Capitole », ce qui revient au même, le grand temple 
et le Capitole étant tout un. 

Le texte donné au Corpus est tout à fait exact, sauf pour la 
première ligne, où au lieu de CI 11 il faut lire KM A, le haut 
des lettres étant brisé. Cette fois encore les caractères mesu- 
rent à la première ligne o'"io, aux autres 0,075-0,07. Nous 
aurons donc : 

\li A 
SA 
Mtf FLAVIVS 
P E C D E D E R 
LVMN1S ET T 
ÏANTIB L OCT 
AS S io HONG 

M n lonteui que le» deui fragments n appartiennent 



INSCRIPTION DE DJEMILA l85 

à la même inscription; il suffît de les rapprocher pour obtenir 
un ensemble satisfaisant : 

i I I kug G E N I O 
S A c H V M 
M# FLAVI VS BREVGVS FL 
PEC D E D E R ATRES- PBA 
LVMN1S ETTiOLO FEC 

RANTIB LOGTaVIO NATA/// 
ASSIO HONORATO II uiris 



ce qui signifie : 

... [qua\m Flavius Breucus Jl(amen) p'er)p(etuus de sua) 
pec(unia dederat res p(abtica) ba\sim cum co]lumnis et tholo 
Jec[it cu\rantib(us) L. Oct\a]vio [N\ata\li? et C'assio Honorato H 
[viris. Dfecrelo) d(ecurionum)]. 

Quant à la première ligne, il semble bien qu'elle doive 
être restituée : [\Ia\rti A[ug.\ Genio [col(oniae)\. 

Ce sont précisément là les mots inscrits en tête de l'inscrip- 
tion que j'ai publiée dans la Revue au début de cette année; 
et comme celle-ci est dédiée par un T. Flavius Breucus, 
tlamine perpétuel, il y a bien des chances, étant donnée 
surtout la rareté du surnom Breucus, pour qu'il soit question 
du même personnage dans les deux dédicaces. 

Croyez, cher ami, à mes sentiments bien affectueux. 

R. CAGNAT. 



NOTES GALLO-ROMAINES 



LXVII 
EN LISANT LA PRÉFACE DAIMOIN 

On ne consulte guère les historiens latins du x e et du 
xi e siècle que sur les événements de leur époque : tout ce 
qu'ils racontent des temps anciens, étant connu par ailleurs, 
est d'ordinaire négligé ou méprisé. Nous nous garderons bien 
de lire ce qu'Aimoin ou Richer nous rapportent des Gaulois, 
puisqu'ils l'empruntent à Jules César et que nous avons les 
Commentaires de ce dernier. Et lorsqu'il plaît à Richer de 
parler des Gaulois ou des Germains à propos d'Hugues Capct 
ou d'Othon, nous lui en voulons de ces réminiscences d'érudit 
qui travestissent les faits de son époque et dénaturent les 
formules des documents officiels. 

Il y a là un préjugé de l'historiographie moderne contre 
lequel, depuis longtemps, je me suis élevé ici même 1 . Rien 
n'est à négliger ni à mépriser dans les écrits du M « >\ <*i i \ge : 
tous, môme les plus futiles et les moins originaux, ont leur 
utilité à certaines heures de nos recherches : el les divagations 
éruditei <>u les plagiats puérils d' Umoin ou de Richer peuvent 
non- renseigner sur leur temps aussi bien que \r^ chartes les 
1*1 1 j ^ précites el les faits les plus exacts. 

i. Hr»ur, i-o, p. |4 lu I'muJo Turpin al dM OM1VKI llml 

lairei); 19091 p. a'i3 (5 propoi de Jehan de 1mm , .1 igsS, p 181 (•' propot >lrv 
nlenoea). 
1. Il «*i < «i i.i 1 11 . pu 1 -n-mpii". que 1.1 C/unuon de Roland, donl l«' tubitratam 

riqueaa réduil I presque rien, doui aida blei eui I oompreadre la nanti 

iii- ■ qua 1 brade dooumaoU à caractère htatorlqne ou 

jiiri.li | 



NOTES GALLO-ROMAINES I07 

Aimoin a dédié son Historia Francoram à son maître Abbon, 
abbé de Fleury ou de Saint-Benoit sur-Loire (mort en ioo4). 
Dans l'épître dédicatoire, il rappelle que, pour suivre les 
conseils réitérés d'Abbon, il a fait précéder les chapitres sur 
les rois francs d'une introduction sur la Germanie et la Gaule, 
comparées dans leur situation et leurs mœurs primitives '. 

Et nous voyons alors, en tête du livre d'Aimoin, que le Rhin 
séparait la Gaule de la Germanie 3 , que les mœurs des Gaulois 
étaient moins sauvages que celles des Germains 3 , et (c'est par 

1. Aimoin, //. Fr., prxf., Migne, CXXXIX, c. 627 = Duchesue, III, p. 1 : Ammo- 
nitionis itaque tux non immemor, qua sxpissime hortatus es ut situm Germanise vel Gallix, 
in quibus hxe qaœ referentur acta sunt, non prxtermitterem. Remarquez cette préoccu- 
pation d'Abbon et d'Aimoin : présenter d'abord, dans un livre d'histoire, le cadre 
géographique où vont se passer les événements. Et cela vraiment indique, chez les 
éruditsde ce temps, un principe de très saine méthode, auquel il n'y a absolument 
rien à changer. — Cette même préoccupation géographique, quoique moins forte- 
ment indiquée, se trouve également à la fin de la préface de Richer (Migne, 
CXXXVIII, c. 18): Ac iotius exordium narrationis aggrediar, breviter facta orbis divi- 
sione, Galliaque in parles distribata, eo quod ejus populorum moret et actus describere 
propositum sit. Gomme Richer a écrit sous l'inspiration de l'archevêque de Reims 
Gerbert (vers 996), il serait possible que ce dernier lui ait conseillé ce genre de 
préface géographique, de même qu 'Abbon l'a fait à Aimoin. En tout cas, ce rappro- 
chement indique qu'il y avait là une pratique d'érudit constante dans les écoles 
du temps. 

2. Pr., U : Germanis, qui trans Rhenum incolunt : 3 : Belgica habet ab oriente limitem 
Jluminis Rheni et Germaniam. Sur le cours du Rhin, 1 : Per fines Helvetiorum, Medio- 
matricum atque Treverorum citatus fertur : c'est le fameux passage de César, De b. 
G., IV, 10, 3, regardé à tort comme interpolé par les derniers éditeurs allemands 
(Meusel, 1, if)i3, p. 3o3). — Remarquez qu'Aimoin no cite pas Tribucorum, les Tribo- 
ques, après les Médiomatriques : le mot manque d'ailleurs dans toute une classe des 
manuscrits de César, la classe f}, et il est fort possible qu'il ait été intercalé par un 
copiste dans l'énumération de César, car Strabon, qui a César sous les yeux, dit que 
les Trlboques ont été installés chez les Médiomatriques (IV, 3, !>), c'est-à-dire qu'ils 
les ont remplacés en Alsace, et cela sans doute au temps de César même. — Richer 
marque avec plus de force encore qu'Aimoin cette antique frontière du Rhin : Constat 
itaque totius Gallix spatium ab oriente quidem Rheno... cingi (I, 2, col. 19). — Il y a 
chez Gerbert (Lettres, 3o, p. 37, éd. J. Havet) un texte très curieux, mentionnant 
Germanum Rrisaca: il s'agit de Yieux-Brisach sur la rive droite du Rhin. Cette épithète 
de Germanus semblerait faire croire qu'elle est là par opposition à un « Brisach 
gaulois» sur la rive gauche: mais Neuf-Brisach est de date toute récente. En tout 
cas, Herbert semble bien avoir voulu dire que la Germanie, du côté de l'Alsace, 
commençait au Rhin. Dès ce temps-là, Brisach était donc sur la rive droite, en 
admettant (ce sur quoi j'ai toujours des doutes) qu'il ait été jadis sur la rive gauche. 

H. Aimoin, pr., 1-2, 5-8. Je dois dire du reste, à l'honneur scientifique d'Aimoin, 
qu'il se Iwrne à transcrire scrupuleusement les paroles de César (De b. G., VI, 21-28, 
i3-jo ; IV, 5), sans réflexion ni addition d'aucune sorte. — N'oublions pas qu'Aimoin, 
comme les érudits de son temps, ne considérait pas les Francs comme des Germains : 
leur origine troyenne (cf. Revue, 1913, p. 321) avait alors force de vérité dans les 
écoles, et, sa préface finie, il commence son Historia Francnrum par ces mots : Post 
triumpham victor Ut quant Grseci de e.rridio egerunt Trojx(l, 1), et il fait ensuite des 
Francs les plus formidables ennemis des Cermains (I, 3 : Ipsis etiam Germanis, pro- 
ceritale et ferilatc corporum prxeminentibus, formidini). Et que cette légende de l'ori- 
gine troyenue des Francs soit une invention ridicule, cela va sans dire : il n'empêche 



1 88 iw.vi i; DES l' ri DES \m:ii\\i> 

cela qu'il termine cette introduction) que les Gaulois ont pris 
Rome et fait souvent trembler toute l'Italie '. 

Tout cela, évidemment, est textuellement emprunté, sans 
commentaires, à Pline », à Jules César 3 , à Salluste 4 et à Orose 5 , 

qu'elle est, d'une pari, intéressante à analyser pour rechercher les sources des diffé- 
rents détails, et que. d'autre part, il est impossible que, répétée à satiété dans 
les livres et les écoles, elle n'ait pas agi profondément sur les pensées publiques 
et populaire>, en rappelant que les Francs étaient d'une origine très antique, et 
supérieure, et différente de celle des Germains : et pour tous les écrivains latins de ce 
temps les Germains sont les hommes des empereurs saxons, et leurs ancêtres. — Il 
est de mode aujourd'hui de dire et de répéter que Charlemagne était un Germain. 
Cela est vrai, si l'on veut, au point de vue ethnique et linguistique, en 06 sens qu'il 
a eu des Germains parmi ses ancêtres et qu'il parlait un dialecte germanique. 
Mais, outre que la langue ne l'ait ni la race ni la mentalité, outre que le germa- 
nisme des Francs est de nature toute différente de celui des Suèves ou Alamans et de 
celui des Saxons (cf. Revue, igr&, p. 317 et s.), ce n'est pas à l'aide de nos classi- 
fications modernes, quelque scientifiques qu'elles paraissent, qu'il fout juger de 
l'origine ou du caractère des hommes du passé. On eût sans aucun doute étonné et 
indigné Charlemagne, ses contemporains et ses héritiers, si on l'eût traité de 
Germain; né franc, né en Gaule, né sur la rive gauche du Rhin, il se regardait 
comme l'ennemi né de la Germanie (cf. Eginhard, 67, ommes Gtrmaniam UusoUntet 
nationes). El qu'on ne dise pas que les mots de Gaule et de Germanie n'avaient alors 
aucun sens, n'étaient que des expressions géographiques: d'abord c'est faux; et 
je répondrai ensuite qu'appliquer à Charlemagne l'épithète de Germain, c'est 
lui appliquer précisément une expression géographique alors contraire à la réalité, 
ou une expression ethnique qui n'avait alors aucun sens. Traiter Charlemagne de 
Germain, c'est commettre le même anachronisme que de traiter d'Allemand un 
Strasbourgepis de 1S70. Voyez là-dessus les très justes remarques de M, I.ot (Hugues 
Oi/.e/, p. »38-a3o). 

1. Cette fois, \imoin déclare nettement qu'il entend faire servir l'histoire du passé 
à l'intelligence du présent : Quamvis enim id pnefatia non s/io/ionderit se actnram,tamen 
conrjruum ïrslimatiun est duoruin aut trium testimoniu insérera, ut, dum eorum (les Gaulois. > 
virtus magna fuisse docelar, ma.ioh iimnrino kr.ocohum qui kos vicehunt, fohf. 
DCCLABSTOB. Ht il rappelle alors (prtef., 8) la prise de Home par les Gaulois d'aprèl 
Orose [II, m, '1 ; vil, 3g, 17], la victoire .les Cimbres (OalU) à Orange d'après Salluste 
\Jug., 114, 1-3]. 

s. Histoire naturelle. — Il lui emprunte par exemple | Pline, IV, y8-ioi | les notions 

géographiques sur la Germanie (Almoln,pre/., 1 : Umoin suit un manuscrit autre 
que celui de i.evde, ce qui me paraît «Mer de l'intérêt à ses Leçons). 

;. P. 187, n. S. 

l. N. 1. 

V 1 . — Il emprunte en outre à Orose |l, a| quelques détails mit la géographie 

■ ailles (i>r., f\). — M;ii> Umoin, à oepropos, intercale danslesdonnéet géographi 
les Anciens la liste des principales cités des Gaules, qu'il emprunte dès oertai 
nement a un manuscrit de laffoUtia Galliarum, En Celtique : Lnjdunaw, CùbiUotùt, 
Hedaa quœ et Aagëitoduniu, Sanonis, Autistioderus, Meldit, Trteat, Pariiius, Caraotam, 

ttbtti M nunr \urrlitinis, Hnthnmagus. Bbrotti, OxllMU, (Unonuinnis. l.i.roviiiiu, 

Namneti», Redonlt, \ enrtus, Ibrineati/ui, Andui tjat w indegavis, TuronU, BiUurigtt, 

Sivedunat qaam gaidam Vax utant; et il rappelle II gloire d'Autun, ami de 

nqueur de Rome. En Belgique : Cotonia AgrippUuiuit, TuHçrit, 

jum et sfacUoatatrteom, Remît, Lauduiuu, Sueuionit, imbionis, l iro 

mandas, Bthoçuif \ir,iifitutit, Lingonii, et pogut Htlvetloram 90001 nunr Alamanni 

ineolunt. En aquitaine n compris la Narbonnaise primitive] : \<ubona. Artxtrnuj qtm 

nunr Clammotu oùeatur, Ccdu flavalU, ftotetuu, Ltmovbc, Pttrtgoriea, 

loua, M EngolUma [Je cile le texte d'après Duchesni 

p pelle ii 1 dos louvenit ne, H manque :i ~.< lista ta 



NOTES GALLO-ROMAINES I 89 

et l'historien de l'Antiquité n'y trouvera absolument rien 
à glaner. 

Mais l'historien du x" siècle demeurera attentif à toutes ces 
lignes qu'Aimoin a copiées chez les auteurs de l'Antiquité, et 
il se demandera pourquoi Aimoin les a écrites, pourquoi 
surtout son maître Abbon, un des grands personnages du 
temps ', a voulu qu'elles fussent écrites. 

Pour montrer qu'on faisait à Fleury d'excellentes études sur 
la Gaule et l'Antiquité!' qu'on y lisait Pline, César, Salluste 
et Orose! J C'est possible, et voici déjà une utile constatation 
pour l'histoire de ce temps, que les écoles abbatiales se 
faisaient gloire de connaître le passé de la France et de le faire 
connaître autour d'elles. 

Pourtant, comme il y avait mille manières plus nettes de 
glorifier les études classiques et nationales de Fleury, j'ai peine 
à croire qu' Abbon, en inspirant ces lignes sur la Gaule et la 
Germanie, n'ait pas eu quelque intention secrète, quelque 
arrière-pensée politique et religieuse. Avec des prêtres comme 
lui, pleins d'intelligence et d'initiative, il faut toujours lire 
entre les lignes. 

Et lire entre les lignes, dans cette préface d'Aimoin. c'est 
lire l'étendue de l'ancienne Gaule et la prééminence de ses 
habitants. Que ce fussent, chez Abbon, Aimoin et leurs élèves, 
de simples propos d'école, expressions géographiques et sou- 
venirs d'érudits, il n'en est pas moins capital que de tels 
propos aient été tenus et enregistrés en tête d'une histoire 
des Francs. 

Il est bien possible que vers l'an iooo, ces mots de Gaule 
et de Gaulois ne fussent que des expressions géographiques 2 . 



plupart des cités .le la grande Narbonnaise. — Les mentions de Gennahus à Orléans, 
Awlus à \ngers Mvedunus à Nevers, des Alamanni chez les Helvètes, montrent 
qu'Aimoin est indépendant de tous les manuscrits connus de la Notitia iialliarum 
[voyez l'édition de Mommsen, qui n'a du reste pas utilisé Aimoin], et qu'il a tenu 
à compléter les listes qui circulaient par des gloses historiques tirées .le ses connais- 
sances. Kt cela est Important pour l'histoire .le l'érudition géographique. 

: Voyez -ur lui, entre autres. Sackur, Die Cluniacnser, 189s, I, p. 270 et s., et 
bien d'autres. Mais le travail réfléchi que mérite Abbon n'est pas encore fait. 

i. A dire toute ma pensée, ce mot d' .. expression géographique »> e>t le plus sou- 
vent, chez ceux qui l'emploient, une manière commode de se débarrasser de> pro- 
blèmes dJJBciles. - il i'st bien certain, par exemple, que dans la Chanson de Roland les 



190 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

qui ne sortaient sans cloute pas du latin d'église. Mais une 
expression géographique n'est pas une chose que l'historien 
doive mentionner avec dédain : car c'est uh cadre où peuvent 
entrer, à chaque instant, des ambitions ou des rêves de 
contemporains 1 . 

Puis, le latin, au xi° siècle, était la langue de tous ceux qui 
commandaient ou qui réfléchissaient. Tout autour de ces 



mots France et Espagne peuvent être traités parfois d' « expressions géographiques ». 
Et, cependant, analysez les sentiments que l'opposition de ces deux mots fait naître 
cliez Roland et Gharlemagne : Roland ne veut pas mourir en France, il veut mourir 
en terre ennemie, en Kspagne, face à l'Espagne (vers 3266, a3(ïo, 2367, 2866-7), et 
Charlemagne proclame avec orgueil que son neveu est mort en Espagne (3866-7, 
2gi3). Or, remarquez que toutes ces belles paroles sont prononcées au col d'Ibafieta, 
en terre espagnole, à quelques centaines de pas de l'endroit où passait, au u* siècle, 
la limite entre France et Espagne. Non. je ne peux croire que les hommes qui pen- 
saient de telles choses et qui les disaient en face de la croix frontière, ne missent 
dans ces mots de France et d'Hspagne qu'une «expression géographique» : ils leur 
donnaient aussi un sens national, religieux, presque mystique. Ou bien je ne sais 
plus ce que parler veut dire. 

1. \imoin précise plus encore dans le système de la continuité historique, de la 
pérennité de la Gaule, depuis les Gaulois jusqu'à Hugues, lorsqu'il écrit, et ceci non 
plus dans son Histoire, mais dans son traité, plus populaire, sur les Miracles de saint 
Benoît (I, i,4; Migne, col. 8o3): Gallicanarum incolas regionum... Julii Cœsarisdecennnlis 
attrivit eoncertatio, Hunnorum subita dilaceravitirruptio...ad ullimum Francorum... drxtra 
subjugavit. Horum pr&ferox potentia, curn in subigendis, tum etiam in arcendis a suis 
KiMiius 11AHBMUS qbbotbcs, viguit, etc. Ce résumé est extrêmement remarquable de 
netteté et par l'intention. On trouvera une intention semblable dans les \ers où 
Raoul (ilaber (Y, y) identifie Gaule et Francs : Quo gens Francorum vigebat hrtabunda, 
Pideiqae \>ace lola sirnul Gallia. VA c'est encore à un sentiment de ce génie que répond 
le vers de la Chanson de Ftoland (161 6-7) : Tere majur... Sur tute yent est la tue hardie. 
Allirmer, à propos de ce vers el de l'apothéose de la France dans la Chanson de Roland, 
que l'œuvre ne peut a\oir été composée qu'après la première croisade, parce que 
c'estalors seulement que les contemporains ont glorifié la nation française, nie parait 

une de ces erreurs comme, dans une certaine renie, on en a tellement répandu depuis 
un demi-siècle sur la France et son histoire politique et littéraire. La recrudes© 
aux abords de l'an 1000,. de la gloire de Gharlemagne, est Inséparable de cette glori- 
fication, à celte date, des Francs el de la (i.iule. — Je sais bien qu'il est courant de 
répéter qu'il n'y eut, en cette lin du \' siècle, aucune opposition nationale entre 

Français el Germains. \ quoi je réponds : d'une part, que nous connaissons trop mal 

1 popul ■■ temps pour avoir le droit de rien affirmer à ce sujet; 

ensuite, que des épisodes comme celui de l'aigle d'Aix la-Chapelle (p. 19s, n. 
allusions comme celles faites par Umoin et par bien d'autres aui Gaulois, aux 
Mamans el aux Germains, dea mots comme ceux de Richer (et de bien d'autres) 
opposant san^ c<^~e Oalli el GarmanJ < m, 71, 76, etc.), paraissent Indiquer, si ni m ebes 
ils, du moins < h./ des chefs militaires et Intellectuels, ls conscience 
d'une réelle individualité nationale, faisant face aux Germains de l'Empire; el il eal 
bien difficile que dea chefs cette const lence ne soit paa passée! la masse <iui répétait 
el obéiftsait. Voyea là dessus les remarques -i ici les de M. Lof (Haçum Capef, 
il .1 eu tai^ >n ,1 .,• trop de timidité, d' nne opinion 

publique », ait aux époques les pins sombres du Moyen 

1. - homme poliliqut . prêtres ■! p< hissaient en pariant el en écrivant, 

1 ni , réflécl iui pour qui Lia pai latent et 

iii ni 



NOTES GALLO-ROMAINES igi 

quinze pages d'Aimoin sur la Gaule de César, il faut voir les 
centaines, peut-être les milliers de clercs et de jeunes gens 
à qui elles étaient destinées, qui les ont lues, et chez qui elles 
ont éveillé pensées ou sentiments. 



Que le clergé, en ce temps-là, ait parlé couramment de 
Gaule, c'est un fait sur lequel on ne saurait trop insister. 
Par-dessus le morcellement féodal, il notait toujours « les 
églises de Gaule », « les églises gauloises» 1 , vieille habitude 
évidemment, et qui ne changeait rien au présent ou n'enga- 
geait rien dans l'avenir, mais habitude tenace par laquelle 
la France de Hugues Capet rattachait son histoire à la Gaule 
d'autrefois 2 . 

Cette perpétuité du mot de Gaule 3 , obstinément entretenue 
par l'Église, ne peut pas avoir été un fait négligeable, sans 
aucune portée sur l'esprit public et les passions populaires. 
Les hommes de ce temps n'étaient pas plus sots que nous, et, 
d'ailleurs, ce que l'Église disait avait alors force de loi pour 
des millions d'êtres. En parlant sans cesse de la Gaule, je ne 
peux croire qu'elle parlât uniquement par affectation d'ar- 
chaïsme, pour ne rien dire, pour ne rien faire croire. Et jin 
cline à penser, au contraire, qu'en ravivant avec énergie l'idée 
de la Gaule, elle a, pour sa part et en connaissance de cause, 



1. Les exemples sont innombrables et se présentent dans des écrits de toute 
nature : Richer, Hist., IV, 99, et ailleurs, oppose Galliarum episcopi à episcopi Germanise ; 
Abbon, lettre à Grégoire V, dit tout à côté Francorum rex et Gallicanœ eeclesix 
(Migne, CXXX.IX, c. &fg-4ao). L'énorme profusion de manuscrits de la Xotitia 
Gatliarum à cette époqu»* du Moyen-Age s'explique par le même besoin de maintenir 
l'unité religieuse de la Gaule. — N'oublions pas non plus que ces temps-là virent la 
plus étonnante manifestation de gallicanisme que la France ait peut-être connue 
avant it>8i (concile de Saint-Basleen 991 ;cf. Lot, Hugues Capet, p. i3o, qui a très bien 
vu cette question). 

-. C'est ce qui explique pourquoi Perlz et tant d'érudits allemands malmenaient 
si durement (Mon. Germ., Scr., III, p. 564) le patriotisme de Richer, d'ailleurs le plus 
obstiné des écrivains de ce temps à parler de Gaule et de Gaulois : niche um patria 
ultra (juatn ferri potest studiosmn. et Pertz compare l'histoire de Richer aux Bulletins 
de Napoléon (cf. Lot, Les derniers Carolingiens, p. 10G). 

'i a dit parfois dit que Richer avait ■< repria l'expression de Gallia. Peut-être 
s'en est-il servi avec plus de complaisance que ses contemporains, En réalité, elle 
n'a jamais disparu, et jamais perdu de sa popularité. 



«92 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

contribué à former l'idée de la France 1 . — N'oublions pas 
que, moins d'un siècle apirs Aimoin, cette idée de la France 
s'esquissait nettement déjà dans la Chanson de Roland 2 . 

Camille JULLIÀN. 

1. Pour Aimoin (IV, 1), Francia est synonyme de Gaule : il s'étonne, par exemple, 
que Bruneli.-iut, qui régnait seulement in Austria et Burgundia, ait pu construire tant 
d'édifices in tam diversis Franciœ partibus fee qui montre, par parenthèse, que le folk 
lore s'était déjà emparé du nom de Brunehaut dans toute la France]. Et immédiate- 
ment après, au lieu de France, dans le même sens, il écrit apud Gallias. — J'ai 
à peine besoin de rappeler qu'on disait regnum Gallorurn pour le royaume des Francs 
(Gérard de la Sauve-Majeure, Miracula s. Adalardi, S 8, Migne, CXLVII, c. 10G7). et 
gallice, lingua gallica. pour «en langue française» (Richer, IV. S 100); etc. — Pour 
d'autres de ses contemporains, comme on sait, Francia a au contraire un sens très 
limité (par exemple in Franciam algue Burgundiam, ab Arvernia et Aquitania, Raoul 
Glaber, III, 9). — Sur les divers sens qu'a pris le mot Francia, voyez en dernier lieu 
Marc Bloch, L'Ile de France, 191 3 (extrait de la Revue de synthèse liistorique), p. 1 et g, 

2. Aix-la-Chapelle est en France (Chanson, 36, 1 35, 736, 3706), de même \anten 
(Sein:, 1^28), et il est très net que, passé les Pyrénées en venant du sud, on est égale- 
ment en France (Chanson, 818; ici, p. 189, n. 3). La France de la Chanson est donc 
synonyme de la plus grande Francia (cf. n. 1), de la Gallia ou des GaUise des 
écrivains latins de l'an 1000. Il est impossible, et je reviendrai bientôt p!us directe- 
ment là-dessus, il est impossible de comprendre la formation de la Chanson de 
Holand et des épopées françaises sans étudier de près la vie et les écrits des milieux 
scolaires (par exemple de Fleury-sur- Loire) sous les derniers Carolingiens et les 
premiers Capétiens. — Sur l'idée de France dans la. Chanson de Roland, Gautier, Rerue 
des guest. hist., VII, 1869, p. 84 ; Tavernier, /.ur Vorgeschichte des allfran:. Rolandslicds. 
190.3, p. 92 et s., p. 209 et s. [celui-ci beaucoup plus sensé nue Hœfftl; etc. — Dans 
une thèse à laquelle on a fait souvent trop d'honneur, IhefTl s'est efforcé de montrer 
(France, Franceis et Franc, Strasbourg, 1891) que le mot France, au x* siècle et 
dans la Chanson de Roland, ne pouvait être employé qu'avec 100 sens restreint : si 
parfois l'auteur de la Chanson le fait aller jusqu'au EU) in, c'est, dit l'auteur, qu'il 
copie OU intercale une poésie sur Uoneevaux antérieure au traité de Verdun 60 

Je connais peu de travaux où, sous couleur d'érudition, il y ait plus de parti pris, 

d'u priori, d'hypothèses et d'ignorances profondes d'une époque et d'une œuvre, — bien 
plus justement, et à propos de la Chanson, M. Ferdinand Loi s vu qu'il y a\ait en 
germe un vrai sentiment national dans celle expression de « France • : a La littérature 

orale se chargea de perpétuer chei les illettrés, nobles ou vilains, le sentiment d'une 
certaine solidarité entre les diverses parties donl se composait le royaume » \llugues 
Captt, p. 2.38). Déjà du reste. Gabriel Monod avait dit {École pratique >lcs Hautes 
Études, Annuaire de 1896) p, 16 17 ' : fl L'idée d'une unité nationale subsistera. »• 

En ce qui concerne l'insistance avex laquelle la ChOMOn rappelle qu'Aix-la-Cha- 
pelle est en France, je me demande (et je ne me dissimule pas qu'il est Impossible de 
répondre à cette question) si l'auteur ne l'a pas fait à dessein, et s'il n'est pas l'écho 
populaire d'un sentiment né par exemple de la fameuse expédition de Lothaireen 
revendiquant Aix Uunquam sedrm regni 1 m tram tuorum (Grandes Annales de Saint 
Gall, Perte, Script., I, p. 80), et, une fois là, retournant >ers l'est l'aigle du palais 
impérial que aies Germains ■ [les Saxons avaient retournée vers l'ouest (Richer, 
III, 71). On objectera que l'auteur de la Chanson devait Ignorer ce fait : il raudrail l< 
prouver, al on ne se trompera guère en croyant que 1 talent déji 

constitués certains éléments moraux et Intellectuels, oertalnes pensées, qui - 
nouiront chei l'auteur de II Chanson, < ta objet 1 |ue l'auteui de la Caonsoe 

■ tnt en toutes chosea, nn simple d'esprit, parlant à la sut le 

et la politique: c'est bientôt dit, Hosfft *•< même jusqu'à affirmai p 
que i'- - uvenit d lix, capitale de Charles, n'avait pu se eo n s er ve r jusqu'en 
Un framasisehên Volk Ile affirmation, une telle méth o de *out 

m te» 



L'OMPHALOS CHEZ LES CELTES 



Dans un ouvrage paru en 19 13 sous le titre général à'Umphalos », 
W.-H. Koscher a établi l'existence de la croyance à un centre ou 
nombril de la terre chez un grand nombre de peuples : Chinois, 
Japonais. Malais. Indous, Babyloniens, Israélites, Arabes. Perses, 
Phéniciens, Égyptiens, Grecs, Italiotes. Magyars, Péruviens. Cette 
croyance, qu'il a constatée le plus souvent dès les temps les plus 
reculés, se lie, d'après lui, à l'idée que se faisaient tous ces peuples 
de la forme de la terre : ils se la représentaient comme une surface 
plane circulaire, les Chinois seuls se la figurant quadrangulaire. 
Souvent le nombril de la terre est simplement le centre ou nombril 
d'un pays déterminé. Roscher repousse avec raison la théorie des 
Pan-babyloniens, comme il les appelle, suivant laquelle l'idée du 
point central de la terre aurait pris naissance chez les Babyloniens et, 
delà, se serait répandue jusqu'aux extrémités de la terre, jusqu'aux 
Célèbes et au Pérou. 

Roscher ne prétend pas avoir épuisé le sujet. Il indique, d'après 
d'autres (p. 38), sans s'y arrêter, la croyance au nombril de la terre 
chez les Scandinaves, les Perses, les Thibétains*. 

Les Celtes sont passés sous silence. 11 m'a semblé qu'il y avait là 
une importante lacune à combler. Sans être aussi nombreux ni même, 
parfois, aussi précis qu'on pourrait le désirer, les documents que 
j'ai réunis jusqu'ici suffisent à établir l'existence de la croyance à 
Y Omphalos chez tous les peuples celtiques. 

Chez les Celtes continentaux, le pays des Carnutes, d'après le témoi- 
gnage précis de César, était considéré comme le centre de la Gaule, 
et, comme tel, il possédait un lieu consacré; une sorte de medio-nemeton 
ou sanctuaire central où se réunissait chaque année, à une époque 

1. <)mphalos, Eine philol.-arehaeol.-volkskundliehe Abhandlung ilber die i'orstrlltingen 
der Griechen und anderer Vôlker vom .\abel der Erde (Des \\I\ Bandes der Abh. 
d. Phil.-Hist. Kl. d. Sachs. Ges. d. W., n° IX, mit 08 Figuren auf 9 Tafeln uad 
3 Bildern im Text). — Cf. Revue, 191$, p. >36. 

1. Pour les Scandinaves, il renvoie à K.-H. Meyer, Germ. Mythologie, S îôo. 
p. 187 et suiv., Giïmm, Deutsche Myth.3, p. 7 -8. Voir des notes additionnelles dans 
l'éd. de ce dernier ouvrape, revue par I'. Mejer 1878), t. III. p. aio : en moy. -haut- 
ail., Vomphalos s'appelle dillestein : dil, tabula, pluteus. Grimm rapproche de Vom- 
phalos de Delphes, cette pierre, ainsi que le lapis manalis qui ferme le mundus d«s 
Étrusques. 



ig4 REVUE DES ÉTUDES AM.IIVNKS 

déterminée, l'assemblée des druides 1 . Cette croyance, la présence de 
ce lieu sacré, donnaient aux Carnutes une influence religieuse ot, par 
conséquent, chez un peuple comme les Gaulois, politique consi- 
dérable, dont les Commentaires de César nous ont conservé le témoi- 
gnage. Fait véritablement frappant : c'est sur l'autorité des Carnutes, 
d'après Hirlius, que les cités de l 'extrémité de la Gaule, riveraines de 
l'Océan, qui sont appelées armoricaines, obéissent sans retard aux 
exigences des Romains, à l'arrivée de Fabius et de ses légions 2. 

11 semble qu'en Gaule, comme chez d'autres peuples, notamment 
les Grecs, différentes tribus aient aussi voulu avoir leur Omphalos, 
peut-être comme commémoration du sanctuaire national central, et 
l'aient consacré par la création d'enceintes religieuses. Cette préoccu- 
pation est attestée par la présence de nombreux Mcdio-lanum ou 
Medio-lanium, dont le sens paraît bien être lieu sacré central; medio- 
est représenté dans les langues néo-celtiques exactement par l'irlan- 
dais mide (au'}, midhe), milieu. Ouant à lâno-n ou lanio-n, il n'a pas 
d'équivalent en néo-celtique. Whitley Stokes a probablement raison 
de lui donner le sens de plaine, endroit uni, et de le faire remon- 
ter à un indo-européen * p lâno-n = lat. planu-m (l rkelt. Sprachsch., 
p. a36). C'était, sans doute, un endroit uni, débarrassé de tout obs- 
tacle naturel, où avaient lieu des réunions ou cérémonies religieuses; 
c'était le centre religieux de la cité 3 . Medio-lâno-n a vraisemblable- 
ment pour équivalent : Medio-nemeto-n, nom de lieu de l'île de Bre- 
tagne, aujourd'hui Kirkintilloch, près Glasgow (An. Kav. 5, 3i, 
p. h'Sb, 8). Le medionemeton signifie clairement: sanctuaire, lieu con- 
sacré central, vraisemblablement dans une foret, comme je le mon- 
trerai plus loin. Mezunemusus, qu'on lit sur la stèle de Zignago, dans 
la vallée de Vara, en Ligurie, n'est peut-être, comme l'a proposé 
récemment Vendryes, qu'une graphie étrusque pour un gaulois 
Medio-nemossos 4. Nemossos paraît dérivé de la même racine que 

1. III 1 il ru ides) certo anui tempore In finibua Garnulum <iuae regio lotius Galliue 
média habelur considunt in loco consecrato (de liello tlall., 6, i3 ; Hirlius, de liell. (iali, 
8, 3i.) 

i. Ceteraeque civitates poaitae in ultimis Galliae Bnibus, Oceano oonjunctae, 

■ Armoricac appellantur, àuctoritate adductae Carnutum adventu Fabii !• 
aumque Imperata sine mon RaciunL 

3. I.e lann di •- G Britioai n'a rien à fairo contrairement à oa que ilit 

Holdei | MediolaMm) avec * t""<> "• l-;< forma vieille-celtique serait toAdâ, qui aal Iden 
tique ii l'allemand imui, Imm ,t en Bretagne, comme en Galle* et an Cornwall, la 
sens •■ -s?, lieu cm. us primitif parait être : andraii 

iiinn um, mail délimita : rieux-gallols ffl< it-lann, arta, auj. yd-lann, aire i bettn 
même en Irlandais (vieil Irl. HMo, géu. UMand: UMa est une forme analogique el 
relativement récent' : 

',. Hct'urerU., t , BUBal l'ancien iuuii de NemOUTl, Sur In 

im.n,\ Mu!» il. /.'./'.. i i \ : stèles fnnci,. 

<jnui> lo li Rsvue eett. ciM plus haut] J'avoue que 

i quelques doul dea u<>\u* propres: aYaddalits, 

medo- ne peut avoir le sens de madio*< — Cf. ftavt*j inistP* 



L OMPHALOS CHEZ LES CELTES 190 

nemeto-n, et doit avoir un sens équivalent. Ce qui le confirme, c'est 
que .Xemossos, ancien nom de Clermont-Kerrand (Strabon, IV, 2, 3), 
a été remplacé par Augusto-Xemeton. Holder, dans son Altceltischer 
Sprachschalz, ne compte pas moins de !\2 Medio-lanum, à peu près 
tous en territoire gaulois. En général, il n'y a qu'un Medio-lanum 
par cité. Il y a à peine une ou deux exceptions : c'étaient sans doute 
des filiales du Medio-lanum principal. 

Le pays de Galles nous a conservé un souvenir de la croyance à 
Y Omphalos . 

D'après le curieux mabinogi gallois ou, si l'on veut, récit légen- 
daire, connu sous le nom de l'Aventure de Lludd et Llevelys', 
il y avait aussi dans l'île de Bretagne un point central jouissant 
de privilèges extraordinaires. Trois fléaux s'étant abattus sur l'île 
de Bretagne, Lludd, roi de l'île, appela son frère Llevelys, roi de 
France, à son aide. Le second fléau avait une origine inconnue: c'était 
un grand cri qui se faisait entendre chaque nuit de premier mai 
au-dessus de chaque foyer dans l'île de Bretagne : il traversait le cœur 
des humains et leur causait une telle frayeur que les hommes en per- 
daient leurs couleurs et leurs forces: les femmes, les enfants dans leur 
sein; les jeunes gens et les jeunes filles, leur raison. Animaux, arbres, 
terre, eaux, tout restait stérile. Llevelys dévoila à son frère la cause 
de ce fléau et lui indiqua le moyen de s-'en débarrasser. Le cri était 
poussé par le dragon des Brittons : « Un dragon de race étrangère, 
dit Llevelys, se bat avec lui, et cherche à le vaincre. C'est pourquoi 
votre dragon à vous pousse un cri effrayant. Voici comment tu 
pourras le savoir. De retour chez toi, fais mesurer cette île de long 
en large; à l'endroit où tu trouveras exactement le point central de 
l'île, fais creuser un trou, fais-y déposer une cuve pleine de l'hydro- 
mel le meilleur que l'on puisse faire, et recouvrir la cuve d'un man- 
teau de paile. Cela fait, veille toi-même, en personne, et tu verras les 
dragons se battre sous la forme d'animaux effrayants. Ils finiront par 
apparaître dans l'air sous la forme de dragons, et, en dernier lieu, 
quand ils seront épuisés à la suite d'un combat effrayant et terrible, 
ils tomberont sur le manteau sous la forme de deux pourceaux; ils 
s'enfonceront avec le manteau, et le tireront avec eux jusqu'au fond 
de la cuve. Alors, replie le manteau tout autour d'eux, fais-les enterrer 
enfermés dans un coffre de pierre, à l'endroit le plus fort de tes États, 
et cache-les bien dans la terre. Tant qu'ils seront en ce lieu fort, 
aucune invasion ne viendra dans l'île de Bretagne 3 . » Lludd fit me- 

1. Ce récit se trouve dans un ms. du xiu* siècle. La rédaction porte la marque de 
l'époque de Gaufreis de Monmouth ; mais les traditions populaires qui en forment le 
fond sont incontestablement beaucoup plus anciennes (v. J. Loth, Mabinogion, 1' éd.. 
p. 3i-3i ; p. j3i). 

». J. I-oth, Mabin., j* éd., pp. a3i, aSô-'aS 



igè lu vi i DBS ÉTUDES kNCIEANI S 

surer l'ile en long et en large. Il trouva le point central à Rhyd-Ychen 
de gué aux bœufs), nom gallois d'Oxford. 11 lit connue il avait été 
convenu. Ouant au coffre de pierre dans lequel il enferma les dra- 
gons, il le transporta à l'endroit le plus sur qu'il pût trouver, dans 
les montagnes d'Eryri (chaîne du Snowdon). 

Il est clair qu'on est ici en présence d'une tradition très ancienne, 
mais confuse et remaniée. Oxford n'est central que si on va de l'ouest 
à l'est, en partant à peu près de l'embouchure de la Severn, et en se 
dirigeant vers Londres. La rédaction du récit se place, sans doute, à 
une époque où la domination bretonne ne s'étendait plus guère que 
sur le pays de Galles. Si l'auteur cherche encore le point central en 
Angleterre, en revanche il fait transporter le coffre de pierre renfer- 
mant les dragons dans les montagnes du Snowdon. Dans la version 
primitive, le coffre devait sans doute être enfoui au point central 
même, considéré comme le plus sur, en raison de son caractère 
religieux. 

Il y a, il me semble, un écho du culte de YUmphalos dans la lexico- 
graphie galloise. Le mot gallois nav (écrit aujourd'hui naf, avec 
/= v) est isolé dans les langues celtiques. Il a le sens de chef ci s'ap- 
plique même à Dieu. Dans VArchiv fur celtische Lexicographie, III, 
3o, je l'avais rapproché du vieu\-liaut-all. naba, moyen de roue, et 
expliqué par une métaphore : « On sait le rôle qu'a joué le char chez 
les Indo-Européens; c'est un des traits caractéristiques de leur civili- 
sation. La roue est un symbole que l'on trouve un peu partout dès les 
temps préhistoriques. Le moyeu en est la pièce importante: 'nabho- 
(d'où nav) aurait donc désigné la pièce importante de la roue, du 
char, puis le personnage important dans la société. Il est possible que 
'nahho- ait aussi désigné la partie cintrée du char où s'attachent les 
rênes. C'est un des sens du grec z\j.ïx\z-:. Ce dernier mot, d'ailleurs, 
signifie, comme on le sait, point central, centre. •> aujourd'hui j'irai 
plus loin : nav et nabe sont des formes différentes du thème auquel 
remonte SjiçocXs-ç ' . Aussi le sens primitif du mot gallois doit-il avoir 
été le même que celui du mol grec. C'est ainsi que dans le EUg-Veda, 
igni est appelé le nombril de la terre*. 

outre le Wedionemeton d'Ecosse, il y avait, dans l'Ile de Bretagne, 
un Medhlanum, peut-être même plusieui 



i. — « i r oet doublM formes, cf. Brugminn, Ibrégidtgr. conp.dti Uutf uMiità 

ira<i. m i. ii. i uiiv. Brnout, aoui la direction 'i<- Melllet et Oeuthiot, p i5s-i54. Pour 

MrW, MO, cf. Wnlilr, Lut. Elym. Unit., umbilicus. 
bei , Omphalo$ t p. ai. 
3. Holdei identifie le MMiefonfoii de Ptol< i lui de l'IUni nlre d'Antonio 

• il de l'Anonynv me, ai !<■ place ■ CUwdd-Cocb, <■" Shropshiro. Pétrie 

(Mon hiit. hm.j en distingue deux ; celui di PtoléméV teraitauj kfef/od; celui de 
l'I Un il DraytoOi Whitechurch, Shropthlre Quentin IfauonviAodel'Anon. 

de Kavcnnc, ce aerell afoenfiorof , dtni le Nord-Gai lei 



l'omphalos chez les celtes 197 

C'est en Irlande que l'on trouve le témoignage le plus précis et le 
plus complet de la croyance, chez les Celtes, à l'Omphaios de la terre, 
avec ses conséquences religieuses. Une des cinq provinces de l'Irlande 
portait le nom de Mide (irl. moderne midhe, prononcez mï) dont le 
nom est resté sous la forme anglicisée Méat h. nom de deux comtés 
actuels, Meath et West-Meath. Mide remonte à un vieux-celtique 
medio-n (cf. lat. médius, médium). La province de Mide, dans son 
ensemble, ne justifie pas son nom. Mais toutes les traditions irlan- 
daises sont d'accord pour attribuer la création de cette province arti- 
ficielle au roi Tuathal Techtmar, qui serait devenu roi d'Irlande vers 
1 3o après J.-C. ; avant lui, seule la zone autour de la colline d'Uisnech, 
aujourd'hui Ushnagh Hill, dans la paroisse de Conry, baronnie de 
Rathconrath, dans le comté de West-Meath, portait et méritait le nom 
de mide, car Ushnagh Hill représente assez exactement le point central 
de l'Irlande 1 . Tuathal, partant de ce point, qui était en Connaught, 
détacha une portion des territoires des quatre autres provinces 
Est -Munster et West-Munster avaient été fondues en une 3) et 
en forma un royaume qui devint l'apanage propre des rois 
suprêmes d'Irlande. Cette tradition repose sur des témoignages 
sérieux 3 . O'Curry, d'après un manuscrit du xv'-xvi" siècle^, raconte 
que la pierre d'Uisnech, appelée aujourd'hui aill-na-meeran (ici. mod. 
aill-na-mirenn), pierre des portions, marquait l'endroit où conver- 
geaient les lignes séparatives des cinq royaumes. 

Ce qu'il y a de plus net et de plus frappant sur la pierre d' Ushnagh. 
c'est le témoignage de Giraldus Cambrensis (Topogr. Hibern., Dist 
III, c. 4): Eam (l'Irlande) vacuam inve mentes* in quinque portiones 
inter se diviserunt, quarum capita in lapide quodam conveniunt 
apud Mediam, juxta castrum de Kyllari, qui lapis et lmbilicls 
IIibermae dicitur quasi in medio et meditullio lerrae positus, 
unde et Media pars Ma Hiberniae vocatur, quia in medio est insita. 
D'autres endroits ont disputé cet honneur à Ushnagh : ils n'en sont 
pas bien éloignés. D'après Usher (Brit. Ec. ant.. cap, 13), une pierre 
creusée à Birr en King's County était désignée comme Yumbilicus. 

1. Athlone est donné comme le centre géométrique; or, Ushnagh Hill est dans le 
voisinage. 

3. D'après les traditions irlandaises, ce sont cinq frères des Firbolgs qui auraient 
inauguré cette division. Ou en trouve une origine beaucoup plus curieuse dans le 
Mabinogl de Branwen J. Luth, Mabin., 2' éd.. 1. p. i5o). 

3. O'Donovan, dans une note de son édition des Annals of the Four masters. 
I, p. 98, note y, à l'année ioi après J.-C, cite à l'appui diverse- autorités, notam- 
ment les Annals of Clonmacnoise, le Leabhar Qabhala, publié par O'Clery. le Book ni' 
Leçon, VHistory of Ireland de Keating (cf. pour Keating, l'édition de Dinneen dan- la 
collection de VIrish texts Society, II. p. •. ,',:,). Je dois l'indication de cette note 
d'O'Donovan à l'amitié de R. I. Best. 

't. On the mannert and customs of the ane. Ir., 11. p. i3, d'après le ms. de Trinily 
Collège, H. 3, 17. 11 y a des parties bien antérieures à l'âge du m-. 

.">. Ce -ont le- fils de Delà, les FirbolgSj 

liev, El. anc. .>, 



Iq8 REVUE DES ÉTUDES ANC1ENM là 

Reeves, dans une note à son édition de la vie de saint Columba, par 
Adamnan», après avoir cité le passage de la Top. Hib. de Giraldus 
Gambrensis, et celui d'Ushcr sur la pierre creuse de Birr, indique 
(llonmacnoise comme le centre de l'Irlande d'après la Trias Thau- 
maturga de Colgan et la vie de saint Kiaran. On lit, en effet, dans 
Colgan, Triadis Thaumaturgae acta (Quinta vita sancti Columbae), 
p. 392, col. 2, n" XX : sub idem tempus s. Finnianus leniter soporatus 
vidit in Hibernico horizonic duos soles cooriri, union, ul prae se 
ferebat, argenteum, aureum alterum, magna utrumque sed impari luce 
coruscum. Qui argenteus erat, austro propior loco qui Cluainmicnois 
dicitur recta imminebal; eoque potissimum directis radiis, IIibermae 
umbilicum mire irradiatum prope incendebat. Ce passage est corroboré 
par la vie en irlandais ainsi que la vie latine de S'Ciarân 2 . Seirkieran 
en King's Gounty est également donné comme : in medio Hiberniae 
positum (vita s. Kiarani, acta ss. Hib.. p. 461 b : d'après Reeves). Il est 
très probable qu'on a voulu opposer dans Clonmacnoise un umbilicus 
chrétien à l'umbilicus païen d'Ushnagh. Les témoignages en sa faveur 
ne sauraient d'ailleurs prévaloir contre le témoignage désintéressé de 
Giraldus Cambrensis, la tradition mentionnée plus haut et le fait 
certain que la pierre d'Ushnagh était bien la borne à laquelle aboutis- 
saient les cinq provinces d'Irlande. Son existence est attestée bien avant 
Giraldus Cambrensis, dès le vu" siècle. Dans des documents que l'on 
fait remonter à cette époque, concernant saint Patrice, publiés par 
Whitiey Stokes sous le titre Tirechdns Collections (Tripartitc Life of 
S Patrick, II, p. 3 10), il est dit de l'apôtre : in Huisniuch Midi 
(UisnechdeMide) mansit juxla Petram ComiRiGi.Tout le monde a vu 
dans celte pierre sur la colline d'Uisnech en Mide VA ill-na-mircann. 
appelée aussi Cat's Rock ou Cat- stone- cromlech'' . 11 ne saurait y avoir 
de doute à ce sujet. Le nom de la pierre dans le document du 
vu* siècle, Petra Coithrigi mérite l'attention. Coilhrigi est le génitif 
de Cothraige, nom donné à Patrice par Miliucc, le premier maître 
chez lequel Patrice servit comme esclave en Irlande, après avoir été 
enlevé du Nord «le l'île de Bretagne par des pirates. Il y a là une faute 
volontaire du scribe ou peut-être même un à peu près de l'auteur du 

1. llecvc», Adamnan'i Life nf S 1 Colomba, i>. 107-8. 

». VVhiUoj BtokM, Lires <tf the saint of the Book of Lismorr, p. 137, 1. \i03, Irad. 
p. 37a — IMuiiiiiHT, VUtU M. Ilil'em, I, vita s 11 Ciarani de Clualo, p 100 otiutv. 
n rivitutr snneti Kiaruni Chuiiii ineir \<>is, ijiie est in mtiJO llylierniac ... 
cf. $ ai. Dans la vie irl., Kimlian voit tieii.r lunes, mais ayant une OOUloUt doréi 
ce» deux lune», 001IUM les deux soleils de la ÏV. Th., lymboliMlent Ciarân cl 
ColumclUe. 

n.lii. par H hitlc y Stokes (Trip. Life. Indox) av.-c nue autre 

i srAit Mip. i p.ti.iin quai Pofra Palrieii aequo oune (lïipHft, H. 
n Soburgi, taj D witverkk dtai là oomM d' ûitrim 
of Armùgh, tbm poiooohib, 11. p 169] nroehân'i Coll.). Il 
y avait 1 <'"'!/< I <:a»h«l r 



L OMPHALOS CHEZ LES CELTES 199 

document. La pierre devait porter le nom de AU Coic-rige 1 , la pierre 
aux cinq royaumes. Le scribe a écrit Ail Coithrigi, pierre de Cotkraigë, 
c'est-à-dire de Patrice. Dans d'autres endroits, on a christianisé des 
menhirs en les surmontant d'une croix; ici, on a converti discrètement, 
par une très légère retouche. l'Omphalos païen en une pierre commé- 
morative du grand apôtre d'Irlande. 

Lappenberg ( Allgem. Encycl. d. Wiss., art. Irland. 4g *) qui con- 
naissait le passage de Giraldus Gambrensis et avait établi un rapport 
entre le Mide irlandais et la regio média de la Gaule, parle en ces 
termes de ce qu'il appelle Carn Lsnach : «Sur le sommet était debout 
une pierre gigantesque appelée le nombril de la terre: elle était en- 
tourée de pierres plus petites, d Lappenberg renvoie, à ce sujet, à Mone, 
Geschichte des Heidenthums (Auszug ans Symbolik und Mythologie der 
alten Vblker, p. 447- $ 117)- H y est bien question de monuments de 
ce genre, mais non de cercle de pierres à Ushnagh. If. E.-C.-H. Arm- 
strong, qui vient de succéder à M. CofTey, comme conservateur du 
Musée national de Dublin, croit à une erreur. Il n'y a sûrement pas 
actuellement de cercle de pierres: ce qui a pu, d'après lui, y faire 
croire, c est que cet énorme bloc de pierre s'est effrité : il y a à la base 
plusieurs volumineux débris qui semblent former un cercle tout 
autour. Cette explication serait satisfaisante si dans un texte dont la 
rédaction n'est pas postérieure au xi* siècle, la Vie Tripartite de 
saint Patrice, publiée par Whitley Stokes. il n'était question des 
pierres d'L'isnech. Saint Patrice, ayant eu à se plaindre de la réception 
qu'on lui avait faite, maudit les pierres d'L'isnech^, si bien, ajoute 
l'hagiographe, que depuis elles ne furent même pas bonnes à faire 
des pierres à bain. Il est difficile d'admettre que l'auteur du xi* siècle 
ait été trompé par des effritements. En revanche. Tîrechân, qui 
écrivait au vu* siècle, ne parle que de la pierre d'Uisnech ; il en est de 
même de Giraldus Cambrensis. Copeland Borlase (The Dolmens of 
Ireland, II, p. 372-373) donne une gravure et une description du 
monument (The Cat-Stone at Ushnagh). Il a, d'après lui. de s 8 à 
20 pieds de haut et 60 pieds de circonférence. Une entaille ou 
crevasse traverse la pierre du N'.-E. au S.-O. La pierre qui, en appa- 
rence; est une pierre de couverture de ce passage, est un fragment 
détaché de la partie supérieure du bloc. L'ouverture de la crevasse 
a environ 5 pieds en largeur et 6 pieds en hauteur. Il n'est pas sûr. 
dit Borlase, qu'on soit en présence d'un dolmen ruiné, mais qu'était-ce? 
Borlase constate que le monument a été entouré d'une levée de terre. 



1. Ce genre de composés substantifs dont le premier terme est un numéral, est 
connu dans toutes les langues néo-celtiques: cethar-chend,z quatre tètes; cf. gallois 
pedwarochr, pedwar-carn. On le distingue parfois par un terme sanscrit, dvigu 
(cf. Whitney» StB u / u ' U Grammar, i3ia). 

j. Mallacht for clocha L'isnig {Tri;,. Lifr, 1, p. 80). 



aoo 



REVUE DES ETUDE? ANCIENNES 



Quoi qu'il en soit, le fait que saint Patrice séjourna près de cette 
pierre, qu'il y fonda un établissement religieux, qu'il crut devoir 
maudire les pierres ou la pierre d'Uisnech, est un indice de la grande 
importance qui s'attachait à ce lieu et à YOmphalos de l'Irlande. Nous 
savons par un passage des Brehon Laws (IV, i43) que les pierres 
servant de bornes étaient l'objet d'un culte (lia adrada, pierre d'ado- 
ration), comme chez les Latins. Dès qu'une terre avait été enclose, on 
y élevait la pierre debout du chef 1 . On comprend des lors la très 
grande importance qu'avait dans l'Irlande païenne la pierre mar- 




KIC. i. — aill-.na-\ii:i:h\\ 



quant le centre de l'Irlande, et considérée comme la borne idole prin- 
cipale du pays. Aussi Lisnech a-t-il joué un rôle capital à l'époque 
païenne, r/était un des principaux lieux de réunion, sinon le principal. 
au moins à une époque très lointaine. Il s'y tenait annuellement, le 
premier mai, une assemblée générale qui rappelle, suivant la juste 
remarque de Lappenbcrg, la réunion annuelle des druides dans le 
lieu consacré central dr 1,1 Gaule, chez les Carnutes, M. d'Arboil de 
Jubainville 3 , qui. après Lappenberg, avait établi un parallèle entre le 
Mide fMedion) de l'Irlande et i.i regio média de la (Saule, a sign.dé 

un fait qui établit, en outre, l'identité d'institutions pour les deux 
assciubl Mge, I'' juge du Senchat Môr, exerçait dans 



i. Hrrfmn i Social hist., II. , 

ment pour ml a l'adoration). Brehoa Iâom, I V, 146,1, 16). 

friand», Parla, iss,>, pp m n m. d'Arl 

i.litcilgls. 



l/OMPHAI.OS CHEZ LES CELTES 201 

l'assemblée d'Uisnech une fonction analogue à celle des druides « 
dans l'assemblée du pays des Carnutes. Le roi suprême profitait 
aussi, à une certaine époque, de l'assemblée d'Uisnech pour combler 
les vides de la milice nationale dite des Fiann^. Le Dindshenchas ou 
recueil d'anciennes traditions sur les collines fortifiées d'Irlande, nous 
a conservé l'écho de traditions lointaines, très confuses, à l'époque de 
la rédaction de ce recueil, c'est-à-dire le xr siècle ou la première 
moitié du douzième. maisS d'où se dégage, à mon avis, un fait de la 
plus haute importance. Mide, dans le passage consacré- à cette région 
centrale, devient un nom d'homme. « Le premier. Mide aurait allumé 
un feu en Irlande pour les enfants de Nemed: il resta allumé pendant 
six ans; c'est à ce feu que furent allumés les principaux feux en 
Irlande. 

» C'est pourquoi le successeur de Mide a droit de chaque toit d'Ir- 
lande à un sac (de blé) et un cochon. Les druides d'Irlande dirent 
alors : « Voilà une mauvaise fumée pour nous (mi-dé) 'j, que ce feu qui 
i> a été allumé dans le pays! » Les druides d'Irlande furent alors réunis 
dans une même maison, et, sur l'avis de Mide, leurs langues furent 
coupées de leurs têtes, et Mide les enterra dans la terre d'Uisnech, et 
lui, Mide, le druide et historien chef d'Irlande, s'assit au-dessus 
d'elles. Gairech, fille de Gunnoir, mère nourricière de Mide, dit 
alors: «Élevé (uais)' a est celui (nech) qui est ici, cette nuit. D'où 
» (les noms) d'i'isnech et de Mide. » De ce récit fantastique, il ressort 
que VOmphalos d'Irlande aurait été le point de départ de l'institution 
de Bel-tene (feu de Bel), c'est-à-dire la fête du premier mai en l'hon- 
neur d'une des grandes divinités, une des deux grandes dates de 
l'année irlandaise et celtique. Quant à l'action du chef des druides 
s'asseyant à l'endroit le plus élevé de la colline d'Uisnech, par consé- 
quent exactement à la place où se trouve VOmphalos, au-dessus du 
lieu où sont enterrées les langues des druides indiscrets, il ne peut 
guère s'expliquer, à mon avis, que par la présence d'un oracle, comme 
à Delphes, auquel présidait le chef des druides. Les langues coupées 
des druides symbolisent probablement la suppression d'oracles rivaux 



i. Les .lruides en Irlande n'étaient pas juges. La science du droit et le pouvoir 
judiciaire y étaient aux mains de la classe des savants d'Irlande, les voyants, nom. 
sg. fili, génitifyifed, vêles, velet-os. Ils correspondent aux o-'.i-.v.; de Strabon. 

a. LVArbois de Jubainville, Les Assemblées publiques, p. ia et note a, d'après 
O'Curry, < >n tlie manners,U, p. 38i. La source est un traité perdu, mais analysé par 
Keating dans son llislory of Irelawl. 

3. Ce recueil en prose a été publié par Wbitley Stokes dans la Revue celtique, 
W et XVI. La publication du Dindshenchas en vers a été entreprise par un celtiste 
éminent. Fdw. ilwynn. dans les Todd Lecture séries; certain> poèmes remontent 
avec certitude au \i" siècle (Todd f^ecl., ser. \). 

4. Le Dindsbenchas est farci d'étymologies /anfas/iguM." mi a le sens de mauvais, 
et dé- celui de fumée. 

5. Régulièrement uas, 6s. au-dessus de: uaii-est tiré artificiellement de i'isnech. 



202 REVUE DES ETUDES ANCIENNES 

au profit du grand oracle de Mide ; l'oracle rehaussé par la présence 
de YOmphalos. La pierre elle-même rendait-elle des sons ? Il y avait 
d'autres pierres fatidiques en Irlande. La plus célèbre est celle qui 
est connue sous le nom de Lia Fdil, pierre de Fâl. D'après divers 
textes irlandais, notamment le recueil du Dindshenchas », elle se 
trouvait à Tara, résidence du roi suprême d'Irlande. Elle avait 
un étrange privilège, d'après le Dindsenchas : «Elle avait l'habitude de 
mugir sous les pieds de tout roi qui voulait prendre possession de 
l'Irlande (de la royauté de l'Irlande). » Elle ne mugissait que sous les 
pieds des rois de pure race scotique. Cette pierre prophétique, sur 
laquelle devait se tenir le prétendant à la royauté, était peut-être une 
sorte d'omphalos. Nous n'en possédons malheureusement aucune 
description. 

La tradition d'après laquelle le feu de Bel, le feu du premier mai, 
aurait été allumé pour la première fois sur la colline d'Uisnech, 
pour les enfants de Nemed, et sans doute par eux, nous fait entrevoir 
l'établissement d'un culte nouveau, apporté en Irlande par le premier 
ban peut-être des envahisseurs celtes, le culte des nemeta. On a vrai- 
semblablement personnifié en Nemed une institution religieuse de la 
plus haute antiquité, de même qu'on a personnifié en Mide la région 
centrale et sacrée du pays. Le sens général du nemeto-n celtique est sanc- 
tuaire. Dans les Gloses irlandaises au Priscien de Saint Gall ,J , Nemed 
glose à deux reprises sacellum. Le sens n'en était pas encore oublié du 
temps de Fortunats, mais le sens précis est lieu sacré dans une forci, 
clairière, avec le ciel comme voûte. Le cartulaire de Quimperlé^ 
signale une forêt de Nemet, aujourd'hui Nevet, en partie conservée 
dans la commune de Plogonnec, canton de Douarnenez (Finistère). 
J'ai découvert récemment dans une charte de i2i(J-i2i5 un Nymct- 
WOod % en Devonshire 5 . Nemeto-n est un dérivé «le la racine nem- qui 
a donné en vieux celtique nemos, ciel, d'où: le vieil, irl. nem, irl. mod. 
neamh, gallois, comique nev, breton nrnv, avec un é fermé nasal. Une 
glose galloise du ix e -x* siècle nous a conservé un doublet phoné- 
tique de nem: nom, glosant templa. Le sens de nemos est assuré par 

i. Hrvue ci»//., XV, p. »8l, SS I, i3. D'après la SrrtmJe bataille de Moytura {Hrviif 

• rit., \n, p. 56, j), cotte pierre aurait été apportée d*unt rite fantastique, Pallai Le 
sens de FAI n'est pas certain : J'AI, nom commun, ■ le sens de mur et correspond 
au gallois gwavoi ' wdo-. il est possible que cette pierre ;iii été apportée de nie île Bre- 
tagne (cf. le picte l'ran-fnhel, caput valli, ap. Itède, //./•.'., I. ij). Sur le /.ici l'Ai, cf. 

Joyce, Soc. hUt., I. i, p. (6, 178; 11,88. il y ;i\;iit d'autres pierres parlantee* Las 
tiaiiois avaient leur UtcMmar. pierre plate qui parie, Sur les pierres qui parlent 
i<-, <f. Joyce, Sor. hist.. !, Ï77. 

j. Stokea et Strachaa, Thn. palaaohib., H, p 64,1.86; p. k>j, l. »8. 

3. Vimiin- varnemetts voluit vocltare vêtu 

Jttimm iwjrns Rai lica UngUS ni 1 1 1 Wticrll., Ii\ . I, < li.ip. IX, vetl 

1 bas M , \ \\\ 111. cl. 71 C). 

|. Il | 1 tllMU, p. I 

•finis, pott rnurtrm: //<nri., III. f 



l'omphalos CHEZ LES CELTES 203 

les autres langues indo-européennes. La racine nem- est large- 
ment représentée. L'indo-européen *nemos signifie courbure, voftte, 
d'où courbe du ciel. Dans une glose au Priscien de Saint-Gall, l'irlandais 
nem glose laquear «. Pour le sens primitif de nem-os en rapport avec 
nemeto-n, le latin nem-us avec son sens de bocage, bois avec pacage 
et pâturage, est des plus instructifs; à rapprocher du grec vsjioç auquel 
Hésychius donne le sens de: suv3sv$poç -.'zr.zz /.*[ vopjp r/wv 2 . Cette ins- 
titution des nemeta remonte à une très haute antiquité, car elle est 
commune aux Celtes et aux Germains : le nimid vieux-saxon est 
un lieu sacré dans une forêt 3. Le peuple qui l'apporta en Irlande 
resta caractérisé par ce culte nouveau sous le nom de peuple, enfants 
de Semet. Dans les hautes terres d'Ecosse, où le paganisme a résisté 
beaucoup plus longtemps qu'en Irlande les neimhidh sont nombreux 
dans la toponomastique^ 

Il semble qu'il y ait eu un lien entre cette institution des nemeta 
et celle du feu du premier mai, sans qu'on puisse en donner la 
raison. 

Il n'est pas douteux que de l'ancienne regio média, le Mide de 
l'Irlande, de la colline d'Uisnech, le culte de YOmphalos ne se suit 
répandu dans le pays, bien que nous n'en ayons pas de preuves 
certaines. Ce culte a été certainement un des premiers abolis par le 
christianisme : Saint Patrice n'avait pas manqué de maudire les pierres 
d'Uisnech. Il est fort possible qu'un certain nombre des piliers 
en pierre ou menhir^ épars à travers l'Irlande aient été des représen- 
tations de YOmphalos. Qu'une simple pierre brute dressée, une borne 
ait joué ce rôle, cela n'est pas sans exemple. D'après Servius (Vir- 
gile, Enéide, I, 720), c'est ainsi que chez les Cypriotes, Vénus était 
représentée : apud Cyprios Venus in modum umbilici vel, ut quidam 
volunt met.e colitur. D'ailleurs, d'une façon générale, jusqu'à l'époque 
chrétienne, les idoles de l'Irlande étaient des pierres brutes : de véri- 
tables menhirs. 

Elles étaient parfois rehaussées d'or et d'argent. Un annotateur au 
martyrologe d'Ôengus, composé au ix* siècle (les notes sont plus 



1. Slokes et Strachan, Thés, palaeothib., II, i38, 1. aG. 

j. Walde, Lat. etymol. Wôrt. à nemus. Pour le sens de courbure, il y a à noter le 
breton caneveden, arc-en-ciel, pour cam-neved-en; voc. corn, cam-ntiet. 

3. Desacris silvarum quae nimidds vocant .Indic. superst. et paganiarum 6: ap. Hol- 
der, Celt. Alt. Spr.. à nemeto-n. 

U. Un savant écossais, qui prépare un important travail de linguistique topono- 
mastique écossaise, Francis G. Diack, d'Aberdeen, a bien voulu me faire profiter de 
ses profondes études sur les neimhidh de son pays. Il me confirme que ce terme est 
commun en Ecosse, au moins au nord du Fortb. Partout où ce nom se présente, 
il est ou était associé à des terres appartenant à des églises. Le mot a été christianisé. 
Quant aux suffixes entrant dans la composition des neimhidh d'Ecosse, ils diffèrent, 
comme l'atteste la prononciation actuelle, comme le démontrera M. Diack, qui 
a fait, à ce point de vue, d'importantes découverte*. 



204 



REVUE DES ETUDES ANCIENNES 



récentes) nous donne de curieux détails sur l'idole suprême du Nord : 
c'était une pierre adorée par les païens, d'où un démon du nom de 
Cermond Cestach faisait entendre sa voix. « C'est la pierre courte, 
ajoute-t-il, qui est à droite en entrant dans le temple de Clochar; 
la place de morceaux d'or et d'argent y reste encore « ut vidimus 
ipsim. La Tripartite Life nous a conservé le souvenir d'une célèbre 

idole, connue sous le 
nom de Ccnn (ou Crom) 
Cràatch, qui n'était 
qu'un pilier de pierre, 
et était entourée de 
douze autres piliers, 
représentant douze di- 
vinités inférieures. La 
grande idole était or- 
née d'or et d'argent, 
les divinités inférieures 
avaient des ornements 
de bronze 3 . A côté de 
ces idoles de pierre 
brute, il y eut, dès 
l'époque de la Tène, 
en Irlande, des pier- 
res» sculptées dont la 
destination n'est pas 
connue. Les plus re- 
marquables sont les 
pierres de Turoe, pa- 
roisse de Kiltullogb, 
baronnie d'Xtbenry, en 
Galway ; de Castles- 
trange, comté de Roscommon (voir pi. I, Jig. 3 et 4), et de Mulla- 
L'Imiast, paroisse de Vnraglimore, comté de Kildare. Elles ont été 
l'objet d'une publication, avec gravures de Coffcy, dans les Proceeding 
oj the R. 1. À., WIV. 6, 1904, 1». 357068 (planché \\lli-\\lh. La 
plus complète et la plus importante esl celle de Turoe; c'est un bloc 
tique de i"ao de haut. Coffej donne une reproduction d< 1 cette 
pierre au frontispice de son Guide tu the Celtic antiquiiies 0/ the 
Christian Period (Dublin, 1910). Il croit que ta pierre de Turoe ••! 
1 elle de Castlestrange sont de l'époque «le la Tène II, tandis que celle 



- %_ 



w^ * ;x !* , 



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Pll'lim h] Tl'lini 



1 Wlull. !,-Urr Otnç • D'tprèt unr autre note, saint 

rérogHar dani un plliei de plaira d'une cellala. 



L OMPHALOS CHEZ LES CELTES 



205 



de Mullaghmast (ci-dessous, Jig. 5) serait de la fin de l'époque pré- 
chrétienne en Irlande 1 . M. Déchelette. dans la dernière lettre que 
j'aie reçue de lui, en juillet 
dernier, peu de temps 
avant la guerre au cours 
de laquelle il a trouvé une 
mort glorieuse, exprimait 
l'avis qu'il était impossi- 
ble de' dater ces pierres 
avec précision : on pou- 
vait affirmer qu'elles 
étaient de l'époque de la 
Tène, et rien de plus 3 . 

M. C. Jullian a signalé 
la parenté de ces pierres 
avec le bétyle de Kerma- 
ria. près Pont-1'Abbé, dont 
M. du Ghatellier a donné 
une photographie dans la 
seconde édition de ses 
Epoques préhistoriques et 
gauloises dans le Finistère 
(p. 3a2), et a conclu, sans 
doute avec raison, que ces 
monuments doivent ré- 
pondre à la même pensée 
magique ou religieuse et 
correspondre à la même 
civilisation 3. Par leur for- 
me, les pierres de ïuroe 
et de Mullaghmast, sur- 
tout celle de Turoe, se re- 
commandent comme des 
omphaloi *. Il y a une 
certaine parenté entre les 
dessins de la pierre de Turoe et ceux de Kermaria. La plus signi- 

i . On sait que l'ornementation dite de la Tène, appelée aussi Late Celtic dans les lies 
Uritanniques, s'est continuée longtemps à l'époque chrétienne, en Irlande; l'art criti- 
que, dans certaiues parties de ce pays, a survécu jusqu'à la fin du xv # siècle [Guide, p 3). 

1. Dans son Manuel d'archéologie, II, p. 1 ô j ', , Déchelette, parlant de la pierre 
de Saint -Goar sur le Rhin, dont la décoration se rattache aux traditions celtiques 
(masques humains, palmette à trois feuilles, ornements en .S), croit qu'elle est de 
l'époque carolingienne. 

3. lievuedes Etudes anciennes. VII, p. j5g. 

V Je dois les photographies uV- pieriw d'Irlande à l'ohligeancede M. Armstronget 
à la libéralité de l'administration du \ationat Muséum de Dublin. Cf. Hevue, 191 i, p. 3 36. 




D. — PIERRE DE MLU.UÎHMAST 



206 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

ficative des trois me paraît être celle de Kermaria (pi. II. fig. 6, 7, 
8 et 9). Elle est haute de o,85 centimètres et présente quatre cartou- 
ches. Sur une des faces est un swastika; le sommet de la borne est 
entouré d'une grecque et le bas d'un enroulement ou frise en forme 
de S continu. Ce signe serpentiforme a pu avoir une signification 
analogue à la représentation du serpent sur des omphaloi grecs. 

Quoi que l'on puisse penser de cette interprétation, il est hors de 
doute, surtout par la comparaison du Mide irlandais avec la regio 
média de la Gaule, et l'importance religieuse et politique de ces 
centres dans les deux pays, que l'idée d'un Omphalos de la terre 
remonte à l'époque de l'unité celtique. Les Celtes ont pu, il est vrai, 
la trouver également établie et symbolisée par des monuments dans 
les pays qu'ils ont conquis. Si la pierre de Uisnech a été réellement 
entourée d'un cercle de pierre, comme l'a avancé Leppenberg, on 
pourrait faire remonter le monument à l'époque néolithique, mais 
l'existence de ce cercle de pierre parait plus que douteuse. Il y a bien 
eu un cimetière païen à Uisnech, comme dans tous les grands centres 
de réunion d'Irlande, mais il se compose de tiunuli de faibles dimen- 
sions. Des fouilles pourraient seules nous révéler leur âge. Il est 
a priori probable qu'ils sont d'une époque postérieure aux grands 
tumuli du début de l'époque du bronze, comme New Grange. Mais 
YOmphalos existait sans doute avant le cimetière. C'est sa présence à 
l shnagh qui a déterminé l'institution de la grande assemblée annuelle 
dont nous avons parlé et amené ainsi la création d'un cimetière. 

J. LOTH. 



LE PRÉTENDU «CAMP ROMAIN» DES MONTS DE CAUBERT 



Ce camp, dit « Camp de César », comme ceux de Tirancourt, Lier- 
court, l'Étoile, est situé tout près d'Abbeville, sur un des escarpements 
qui dominent la vallée de la Somme sur la rive gauche, entre Caubert 
et le faubourg de Rouvroy. C'est le plus vaste après celui de Liercourt, 
et un des plus beaux et des plus curieux que l'on puisse voir. Cepen- 
dant, il a été très peu étudié jusqu'ici. Il n'est pas même mentionné 
dans l' Introduction à l'Histoire générale de Picardie d'après les notes 
de Dom Grenier {Mém. de la Société des Antiquaires de Picardie, t. III), 
et le comte d'Allouville, dans sa Dissertation sur les Camps romains 
du département de la Somme (1822), l'omet également. Il est vrai qu'il 
n'a pu recevoir à temps les notes que If. Traullé, magistrat à Abbe- 
ville, devait lui faire parvenir sur les camps des environs de cette 
ville. Ces notes, restées manuscrites, ont été largement utilisées par 
E. Prarond dans sa Topographie d'Abbeville (i85A) et dans son Histoire 
de Cinq Villes (t. I, 1861). D'après II. Traullé, à la différence de tous 
les camps visités par lui, celui de Caubert est « composé de deux 
sections à peu près égales en surface, et qui toutes deux tiennent au 
rempart qui les sépare... La première section est établie dans un angle 
que forment par leur réunion la vallée de la Somme d'une part, et de 
l'autre le ravin sec de Vaux; elle présente ainsi un triangle dont la base 
serait le rempart vers la plaine. » La surface de cette section serait 
de 1 3^ arpents (mesure du pays), soit 54 hectares 48 ares 44 centiares 
1 l'arpent équivalant au « journal » picard vaut 44 ares 66 centiares). 
La hauteur totale, « prise au point de repère du rempart du camp, est 
de 3oo pieds, juste au-dessus du niveau des eaux d'inondation ». L'opi- 
nion de M. Traullé, et de tous ceux qui ont abordé le même sujet 
après lui, est que c'est bien un camp romain, et il en donne les 
preuves que E. Prarond reproduit (loc. cit.). — Toutefois, dès 1871, 
dans une séance de la Société d'Émulation d'Abbeville (séance du 
29 juin; cf. Mém. Société d'Émulation, 1869- 1872), E. Prarond, en 
résumant un rapport de Quicherat sur les oppida gaulois (cf. Revue 
des Sociétés savantes, 5" série, t. Il, juillet 1870), se demandait si ses 
observations ne s'appliqueraient pas également au camp de Caubert, 
et si on n'aurait pas là un oppidum gaulois aussi bien qu'un camp 
romain ou si « un oppidum gaulois n'aurait pas, aux mêmes lieux, 



ao8 



REVUE DES ETUDES ANCIENNES 



précédé un camp romain» — C'est le point de vue admis par 
M. Alcius Ledieu, qui n'indique pas, d'ailleurs, comment cette opinion 
s'est accréditée. « On pense généralement, » dit-il (Dictionnaire biogra- 
phique illustré du département de la Somme, page 7), « qu'il fut aupara- 
vant un oppidum gaulois. » — Rien n'est plus juste. Mais pour 
établir avec certitude l'existence de cet oppidum qui ne put pas être 
un camp romain, il faudrait entreprendre des fouilles méthodiques 
sur le plateau de Rouvroy à Gaubert. Il y a là un but de recherches 
fort intéressantes que l'on doit signaler aux archéologues et surtout 
à la Société d'Émulation d'Abbeville, toujours attentive aux questions 
qui touchent aux antiquités locales. 

Madame J. PASCAL, 

Professeur au collège d'Abbeville. 

[J'ai visité Caubert, Liercourt, Tirancourt, L'Étoile, Vermand, et je ne mets pas 
en doute qu'ils ne fassent partie d'une même classe d'oppida, datant îles derniers 
siècles de l'indépendance. Tavemy se rattache à cette famille, qui n'a jamais été 
étudiée encore de manière scientifique. C'est un des principaux desiderata de l'archéo- 
logie celtique; cf. Revue, rgu, p. 427-8. — C. J.] 



LE DIEU DE V1EGE : ADDENDA 

La vignette illustrant l'article relatif au dieu de Viège a été donnée 
(ci-dessus, p. it\6) sans sa légende. Nous la complétons par celle-ci. 

3 4 t 7 







1 . Dispatei de \ 

. Musée de Rouen, Btn 1ère- Plavy, / c 

I 11 liaul. Krv. nrch., iSS'i. 68, p i : ni bas, Uarrière-FlaN > . pi uiui, i 
'i- lir-v. areh . i, p. 

Il' lier, /. C, p 70) lig- ' 

I I.IM, pi l(l 

.':■-,'. areh., i 3 17, lig 

I c 
1 1 DUptUr de Viège, mr la jambe gau> In 
ii. Barrière PUvj pi lxxtii, l. 



LA QUESTION DE LA CLE EN ARCHÉOLOGIE 



Cher Monsieur. 

J'ai lu, avec grand intérêt, dans les Note* gallo-romaines publiées 
par la Revue des Études anciennes (n" i du t. XVII, p. 63), la question 
si curieuse de la crémaillère, à propos du double crochet figuré au 
devant de la tunique du dieu de Viège. 

Je me suis attaché également à la lettre que vous a adressée, sur ce 










Gùe<f -erv -/orme cle. Tfou. c{ J CXncreJ 




(tictej et Joulèveiiirir/ 1 



□Uta GALLO-ROMAINES ET MEROVINGIENNES 



sujet, II. W. Deonna(p. 1 45 delà même Revue), dans laquelle ce savant 
croit reconnaître une clé à la ceinture de la figurine de Viège. et 
lui donne un caractère symbolique. M. Deonna fait un rapprochement 
de cette clé ou symbole avec celles de la petite trousse d'Envermeu, 
reproduites par l'abbé Cochet ', qui les a découvertes dans un milieu 
i. Abbé Cochet, La Scine-Infcrinirc hist. et arch., a* édition, p. 3oo. 



3IO REVUE DES ETUDES ANCIENNES 

mérovingien, et par M. Barrière-Flavy, qui les a dessinées dans son 
album ■ . 

Je ne sais jusqu'à quel point ces clés peuvent être prises comme 
symboles 2 ; mais ce que je crois pouvoir affirmer, c'est que l'objet 
suspendu à la ceinture du dieu de Viège est bien une clé. Et, pour 
appuyer mon opinion, j'ai reproduit, sur la gravure ci-contre (p. 209), 
six clés empruntées à la vitrine spéciale du Musée de Rouen, le dessin 
valant souvent mieux qu'une longue dissertation. 

Les figures 1, 3, 3, 4, reproduisent des clés en forme de T, selon 
l'expression admise par J. Déchelette 3 ; les figures 5 et 6, des clés 
laconiennes dites à soulèvement, d'après Ch. Loquet, maître serru- 
rier et collectionneur distingué de Rouen •'». 

Or, les clés en T ou à ancre ont généralement une perforation ou 
un crochet pour la suspension; celles dites laconiennes se terminent 
le plus souvent par une pyramide quadrangulaire, dont le sommet, 
aminci en forme de bouterolle, est perforé (fig. 5 et 6) afin de pouvoir 
être suspendues. 

Les clés à ancre n'ont pas toujours les branches du T perpendicu- 
laires à la barre transversale, ni parallèles à la tige verticale. Elles 
s'arrondissent et ont leurs extrémités terminées par un tortillon a a' 
(fig. 1), 6 b' (fig. 3). Ces particularités leur donnent une complète 
ressemblance avec le crochet figuré sur le dieu de Viège. 

J'ai trouvé les deux types de clés dans plusieurs fana de la Seine- 
Inférieure ou de l'Eure 5 ; mais malheureusement l'incendie de l'École 
des beaux-arts, où l'on a inondé d'eau les vitrines du Musée d'anli 
quitta afin (le les protéger, a fait disparaître les étiquettes des objets : 
et seule la clé (fig. 1) peut être indiquée comme provenant du milieu 
romain de Sainte- Beuve-Epinay, près de Neufchàtel, où elle fut 
recueillie vers i83o. 

Et maintenant, quoi d'extraordinaire que le dieu de \ îège porte 
à t<i ceinture le modèle d'une de ces clés? N'est-ce pas à la ceinture 
que se fixaient les trousseaux de clés ou autres objets que portaient 
Les femmes et dont sont encore munies les tourières ou économes 
des couvents, etc.? 

I.e dieu de Viège ou porte-clé nv serait donc pas un Symbole solairr. 

m, ii^ un dieu domestique, gardien de la maison, protecteur du foyer. 
\ euillez agréer, etc. 

L. de \ ESLi 

1 p. > art» industriels dupeapUt barharm, 1 tu. pi. 1 XIX. 

a. [Cf. î<i, p. 317.I 

Décbeletta, \lanml tfarchèologU, i. \\ 189S. 

', 1 h Loquet, /" urrarerli A In publié pat la Société llbra 

ll.ltlMll). 

1 : normande, pi. 111, Bg, 1 h i ; pi. VII, ». D. 



LE MUSÉE RÉMOIS 



A l'imitation de quelques villes françaises et surtout étrangères, la 
municipalité rémoise avait décidé d'utiliser le palais archiépiscopal 
pour la création d'un Musée historique de Reims et de la région 
champenoise. 

La belle salle gothique, dite du Tau, abritait des tapisseries; à côté, 
dans les appartements royaux, devaient être réunis les estampes, 
costumes, médailles constituant un Musée des sacres. Des salles 
voûtées du rez-de-chaussée, anciennes remises aménagées autrefois 
sur les plans de Viollet-le-Duc, recevraient les documents lapidaires et 
épigraphiques jusqu'ici disséminés sur différents points de la ville. 
Au premier étage, à côté de la belle bibliothèque créée par le cardinal 
Gousset, étaient déjà transportés les plans, toiles, portraits, souvenirs 
de tous genres se rapportant à l'histoire de la ville. Le second étage 
comprenait un Musée champenois d'ethnographie, collection de tradi- 
tions populaires et de folk-lore, due à une initiative privée, qui occupait 
cinq salles et était ouvert au public depuis un an; et, à côté, dans six 
grandes pièces, un Musée archéologique, comptant environ 1 2,000 objets, 
qui provenaient, pour la plupart, des fouilles de la région : les uns 
remontant à l'âge de la pierre ou à l'âge du fer, principalement à la 
belle époque marnienne, les autres, céramique, verrerie, bronzes, de 
l'époque gallo-romaine ou des périodes suivantes. 

L'incendie allumé par les obus allemands a brûlé les bâtiments 
du xv" et du xvn' siècle, détruit les musées d'archéologie et d'ethno- 
graphie. Seule, la série lapidaire a échappé à la catastrophe et servira 
de base à la reconstitution ultérieure du Musée historique de Reims. 

D r 0. GUELLIOTi. 



1. Nous avons dit déjà, Revue, iqi5, p. i58, et nous redirons plus d'une fois ce 
que le Musée Kémois et l'ethnographie champenoise doivent au D r Guelliot. Cf. plus 
loin, p. 218. — C. J.] 



CHRONIQUE GALLO-ROMAINE 



Fouilles actuelles des arènes de Lutèce. — Académie des Ins- 
criptions, séance du 7 mai igi5. — M. le D r Capitan, au nom de la 
sous-commission des fouilles de la Commission municipale du Vieux 
Paris, expose à l'Académie le résultat des fouilles qui se poursuivent 
actuellement dans les ruines des arènes gallo-romaines de la rue 
Monge. — On sait que la moitié de ce monument avait été découverte 
en 1870 dans un terrain appartenant à la Compagnie des Omnibus, 
et très bien étudiée alors. Le tout avait été recouvert pour la cons- 
truction d'un dépôt d'omnibus. — En i883, le Conseil municipal 
acquit, moyennant une très grosse somme, les terrains, mitoyens de 
ceux-ci, ayant fait partie de l'ancien couvent des dames Augustincs. 
Les fouilles y firent découvrir l'autre moitié des ruines des arènes qui 
furent alors très exactement reconstituées par l'architecte Duseigneur. 
Depuis trente ans, on peut les voir dans le square qui les entoure. — 
En 191 3, le Conseil municipal put enfin acquérir le terrain du dépôt 
des Omnibus, supprimé par suite de l'établissement général de la 
traction mécanique. Il a chargé M. Formigé, architecte de la ville 
de Paris, de remettre au jour les substructions de cette seconde 
moitié du monument antique découvert en 1870, puis de les restituer 
comme celles de l'autre partie, de façon à constituer un ensemble 
aussi complet que possible. — La Commission municipale du Vieux 
Paris chargea sa seconde bous «commission, qui s'occupe de toutes 
les fouilles archéologiques municipales, de suivre ces travaux. L'ins- 
pecteur des fouilles, M. Charles Magne, resta SUT place en perma- 
nence; et le vice-président de la Commission plénière, M. Milliouanl 
et le président de la deuxième sous-commission, M. le D r Capitan, 
visitèrent fréquemment les touilles. Tout fut soigneusement relevé. 
Les nombreux plans et photographies présentés à l'Académie mon- 
trent bien l'état des fouilles aux diverses époques, Actuellement, ce 
que l'on peut voir est ceci. Le mur d'enceinte de l'arène elle-môi 

bien conservé et en totalité, ainsi ipi'un des réduits (carrer). 

ouvrant sur l'arène, «»ù l'on enfermait probablement les bétet 1 1 
grande galerie «rentrée (vomitorUun) est également très visible, ainsi 
que quelques mur- sur lesquels devaient reposeï les gradins. On 
.1 retrouvé aussi 1 d'un soubassement à l'intérieur «in podium 

(mur d'enceinte de l'arène), qui devait former une galerie circulaire 



CHROStQLE GALLO-ROMAINE 2l3 

destinée au service de l'arène, tout comme dans les torils actuels, 
mais plus étroite (o m g5 environ). — Les constructions des Omnibus 
avaient été posées sur les murs antiques non détruits, mais mal- 
heureusement dérasés en certains points par suite de l'abaissement 
du sol. De ce fait, quelques restes de murs fort intéressants décou- 
verts en 1870 ont disparu. Quoi qu'il en soit, on peut maintenant 
se rendre bien compte de l'aspect général du monument, et aucun 
travail de restitution n'a encore été commencé sur les murs nouvelle- 
ment remis au jour. C'est pour cela que la Commission municipale 
du Vieux Paris a pensé que l'Académie pourrait s'intéresser à ces 
fouilles et que par l'intermédiaire de son vice-président, M. Mithouard, 
elle vient la prier de vouloir bien venir visiter ces fouilles. — La 
visite a eu lieu le 10 mai. Le ik, l'Académie, sur la proposition 
de M. Héron de Villefosse, a émis à l'unanimité un vœu « pour la 
conservation de ces murs antiques dans l'état même où ils apparais- 
sent aujourd'hui, en se bornant à une consolidation pure et simple, 
sans aucune reconstitution moderne». 

Sur les stèles du Val di Magra et les Celtes en Italie. — Voici 
un travail très consciencieux de M. M. Giuliani sur ces stèles figurées 
du pays ligure qui ont déjà provoqué tant d'articles en France et 
en Italie : Di nuovi studi sui Celti in Italia secondo momunenti recen 
temente scoperti in Liguria, travail paru dans le Giornale slorico délia 
Lunigiana (La Spezia, 19 15). Sauf quelques notes de notre chronique, 
M. Giuliani paraît avoir lu tout ce qui a trait à cette question, et 
j'admire cette information bibliographique dans une revue locale 
comme celle de La Spezia; je ne sais si beaucoup de revues locales en 
France pourraient réaliser semblable mérite. 11 va de soi que l'auteur 
montre que rien n'a infirmé jusqu'ici les conclusions posées par 
M. Ubaldo Mazzini (cf. Revue préhistorique de 1910, n° 5): que ces 
stèles sont celtiques, qu'elles sont homogènes, qu'elles sont funé- 
raires, qu'elles sont apparentées aux menhirs à ligures du Midi de la 
France. J'hésite encore, pour ma part, à prononcer le nom de Celtes 
pour cette archéologie; je crois toujours que tout cela est de monde 
ligure, en rappelant, bien entendu, qu'il n'y a pas de différence 
fondamentale entre la civilisation celtique et la civilisation ligure. 
Cf. Revue, 1914, P- 101.' 

Superstitions du clou. — C'est une chose très curieuse que le 
réveil de la superstition du clou par ces temps de guerre. On l'a signalée 
à Vienne, en Autriche, où les dévots viennent planter solennellement 
un clou dans un chevalier de bois (l'image en a paru en mai dans 
Excelsiorci dans la Revue hebdomadaire), et là-bas, comme il convient, 
cette superstition a été organisée avec grand soin par L'autorité. File 
existe chez nous, mais avec la spontanéité qui trahit, comme dit 
Ostwald, une nation incurablement individualiste. Ln de mes étu- 

Hev. Et. anc. i5 



2l4 KEVUE DES ETUDES ANCIENNES 

diants me signale qu'on met en vente à Paris des bagues en forme de 
clous, destinées aux blessés et aux soldats comme porte-bonheur. Je 
n'ai pas besoin de rappeler qu'un peu partout en France, et mon 
correspondant me spécifie dans sa lettre qu'à Mirande (Gers), « on a 
beaucoup la superstition des clous, notamment ceux qui viennent de 
fers à cheval... J'en ai même vu encadrés dans des médaillons ». 
C'est là un bien vieux remède que le clou de fer; il guérit depuis 
longtemps de l'épilepsie (Pline, XXVIII, 63); il apaise la douleur des 
blessures, surtout si c'est un clou ramassé à terre, sur lequel on ;iit 
marché (XXVIII, 48 : qnod quis calciarit; ne serait-ce pas ici, en 
l'espèce, un clou de fer à cheval?); les clous arrachés des tombeaux 
et plantés sur le seuil sont excellents contre les cauchemars (XXXIV, 
i5i); et les clous des croix n'ont pas attendu le christianisme pour 
supprimer la fièvre (XXVIII, 46). 

Voies romaines. — L'article Via du 5o' fasc. du Dictionnaire des 
Antiquités paraît devoir être un des plus importants de l'œuvre. La 
partie romaine de cet article est de M. Besnier. Il sera de toute pre- 
mière utilité pour la connaissance et l'explication des voies romaines 
de la Gaule. M. Besnier sait que je ne partage pas l'admiration que 
l'on a d'ordinaire pour la Table de Peutinger, qu'on a fini par com- 
menter comme un livre saint, et qui est un des documents les plus 
stupidement déformés et les plus arbitrairement incomplets que je 
connaisse. — En ce qui concerne les rues des villes, je crois bien que 
l'étude des anciennes « cités » de la France médiévale permet de 
reconnaître quelques-unes des lignes traditionnelles de la viographie 
municipale des Romains; cf. Revue, iqi3, p. iq5-6. 

Voies de pèlerinage. — Nos lecteurs savent combien de fois 
nous avons rappelé ici l'importance des chansons de geste pour la 
connaissance des voies de pèlerinage, et par là des routes romaines. 
A ce titre, nous signalons le travail de Wilke. Die fran:<csischen 
Verkehrsstrassen nach den Chansons de geste (Halle, 19 10, Beihefte 
de Grœber, t. XXII). Mais c'est un travail encore bien élémentaire 
el -uperficiel, et qui vaut surtout par ses citations assez abondantes. 

Bronzes du Louvre. — Les Bronzes antiques du Louvre, par 
\. de Kiddcr, t. Il, les Instruments. Paris, Leroux, 191.") ; gr. in-'i* île 
270 pages, 1 a/| planches, 3, 000 numéros. Quantité de chosesdea temps 
celtiques et gallo-romains. 

Inscriptions de Berre, à Saint-Estève, près <lu hameau de llauran: 

VLIAS 
APH 



VIliVLLIO 

V 1 : r o 



Julia Saphir.' 



Berniolle el Dubois, Bull, de /</ Soc, areh. de Provence, ini4i n* *o, 

P ..;, i 



CHRONIQUE GALLO-ROMAINE 3l5 

L'amphithéâtre de Lyon. — Il s'agit de celui que découvrit Lafon, 
à Fourvières. M. Rogatien Le Nail (Bull, arch., 19 15, p. xi) affirme 
qu'il n'y a pas là un amphithéâtre, mais un théâtre. Je voudrais, pour 
me décider, l'opinion de MM. Germain de Montauzan et Fabia. 

Roland, Prussien. — Je ne croyais pas que le pangermanisme put 
atteindre à un tel degré de sottise et de mauvaise foi. M. Mann 
affirme que l'on s'est trompé en plaçant la Chanson de Roland à 
Roncevaux et sur la route d'Espagne. Roncevaux, c'est en réalité 
Prenzlau dans l'Allemagne du Nord-Est; Pampelune, c'est Plœn 
dans le Holstein ; Saragosse, c'est Saragost, le temple des Slaves ; 
les Sarrasins, ce sont les Slaves. La bataille de Roland, c'est la lutte 
du Germain chrétien contre les Slaves payens. Car Roland, c'est bien 
un Germain, un Prussien même; les Français ont dénaturé un nom 
primitif, qui était Porut-land. le Prussien. Et il est l'ancêtre de la 
dynastie ascanienne des margraves de Rrandebourg (Mann, Das 
Rolandslied, 1912; Leipzig, Weicher, in-8* de 174 pages). Folie que 
tout cela? pas le moins du monde. Car M. Mann est professeur, il 
a été chargé de faire le programme de rentrée du Gymnase Frédéric- 
Guillaume à Posen. Il connaît bien les textes, les manuscrits, les 
recueils toponymiques. Sa technique scientifique n'est pas d'un igno- 
rant. Et c'est une preuve de plus de ce phénomène général qui 
entraine les Allemands à faire de la science un organe de contre- 
vérité. 

La démence de Mann s'explique d'ailleurs, et c'est à d'autres qu'il 
faut en rapporter la responsabilité. Le pauvre professeur de Schneide- 
miihl, en imprimant ses insanités, est la victime de l'enseignement 
des frères Grimm, et ne fait qu'appliquer dans ses dernières consé- 
quences le principe posé par Wilhelm Grimm à propos de la Chanson 
de Roland (Ruolandes Liet, Gœttingue, i838, préf.) : «Lorsque Henri 
le Lion fit traduire en allemand la Chanson de Roland, il ne fit que 
rendre son bien à l'Allemagne », empjîeng Deutschland iras schon sein 
Eigenthum war. « La langue romane » avait pris Roland à l'Alle- 
magne, continue Grimm, il faut le lui rendre. — Il y a bien près d'un 
siècle, on le voit, que les savants d'outre -Rhin se sont intoxiqués 
de pangerma'nisme. 

Le cycle de la Terre Mère chez les Celtes. — J. Loth. Le Dieu 
Lug, La Terre Mère et les Lugoves. Dans la Revue archéologique de 
sept.-dec.191A. Nous reviendrons sans doute sur cet important travail. 

Folk-lore de la naissance. — A. Gascard, La naissance au Moyen- 
Age, dans la Revue archéologique, sept.-déc. 191 !\. Capital: offre cet 
avantage d'avoir mis en lumière tous les textes médiévaux. C'est, 
comme je l'ai dit souvent, la principale tache qui s'impose au folk- 
lore, recueillir les textes anciens, tirés des vies de saints, chansons, 
images (l'auteur a utilisé ce9 dernières). 



2l6 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

Histoire du Berry. — La Société des Antiquaires du Centre avait 
depuis longtemps reconnu la nécessité de publier une table complète 
de ['Histoire du Berry de Thaumas de la Thaumassière, indispensable 
à tous les chercheurs de notre région et utile à tous les érudits. 

On sait que les exemplaires de l'édition de 1689 étant devenus 
presque introuvables, il a été publié une deuxième édition du célèbre 
ouvrage par la Société du Berry en i865, en plus petit format. Le 
travail à paraître sera de ce dernier format qui est le plus répandu, 
et renvoie aux paginations des deux éditions. Le prix en est fixé 
à 5 francs. 

Apollon en Gaule. — L'inscription de La Celle -Bruère (de Ville- 
fosse d'après Mallard, Bull, des Antiquaires, ioi/j, p. a/jo) est capitale 
pour l'histoire de l'Apollon celtique : 

N V M A V G 

ET 
DEO APOLO Cf. Corpus, XIII, 939 : Deo Apollini Coble- 

N I B A S S O dulitavo (à Périgueux). — M. de Villefosse, 
LEDVLITA Bull., 1913, p. 368, lit en un seul mot 
NO ADELPHI Bassoledulitanus. ce qui est fort possible. 

O 
V- S L M 

Si Apollon a pu prendre le surnom de Bassus, il y a là un argument 
de plus pour voir dans le fameux temple ai veine de Vassogalatc un 
temple à Apollon, et par suite pour placer ce temple à Clermont 
même (Revue, 191 3, p. 423). — Je sais les objections qu'on peut faire 
(cf. Corpus, \lli, 4i3o). 

Symboles météorologiques ou domestiques? — L'idée dominante 
de 11. Deonna (Rerue, 1915, p. i45), à propos du dieu de Viège, est que 
les symboles qui l'accompagnent ont un sens météorologique, éclair, 
foudre, etc. '. Je préfère croire (cf. p. ai 1) à un sens domestique, à rap- 
procher le clou et cet instrument bifide de la marmite el {{<■- chenets 
que portent d'autres dieux. Je laisse l'avenir décider entre les deui 
thèses. — Quand bien même, d'ailleurs, l'origine météorologique du 
dieu serait prouvée, cela n'exclurait pas son rôle domestique. Il est 
in, par exemple, que !«■ fameux groupe du cavalier porté par l'an- 
guipède ne peut guère avoir un sens domestique (Revue, 1913, p. 8 
El cependant, rencontré presque toujours dans des cours de fermes ou 
de maisons, il ce peut guère a\oir qu'un rôle domestique. El 1 
rappi lie l'autel de Jupiter des maison- classiques, deui penetraUs. 

1 m Deonni dit (p ■'<"•). « La oton, symbole dal'écUir ItuloU». Je m 

\.,ii,|i . 1 1 1 - i> .n lut iooepléfl lai yu\ formel. Il n'y a aucune 



CHRONIQUE GALLO-ROMAINE 217 

Cadavres percés de clous (Revue, 1902, p. 3oo-i). — Tillemont, 
Mémoires. IV, p. A97 : On a trouvé... [des] corps depuis «quelques 
années auprès de l'église de Saint-Sixte... et vers l'abbaye de Saint- 
es icaise [à Reims]. Ces corps avaient plusieurs grands clous enfoncés 
dans la tête et dans les bras... Entre ces corps ainsi percés, il y en 
avait un d'un enfant d'environ dix ans». — Sur le folk-lore du clou, 
ici, p. 2i3-4- 

Coiffure gauloise. — Résumé de la question par Ad. Reinach, 
A propos de la coiffure des Gaulois et des Germains, dans la Revue 
celtique, 1914, n* 4- Remarques importantes du jeune, vaillant, admi- 
rable érudit. Cf. aussi, sur ce sujet. Hermann Fischer, Zum germa- 
nischen Haarknoten, extrait de la Zeitschrift fur deutsches Allertum. 
LUI, 1912. 

A propos de sainte Reine. — L'intéressante brochure de M. Tou- 
tain sur l'ancienne basilique et le soi-disant sarcophage de sainte 
Reine à Alésia {La Basilique primitive et le plus ancien culte de 
sainte Reine à Alésia, extrait de la Revue de l'histoire des Religions, 
1914, p. 21) pose un certain nombre de questions sur les plus 
anciens temps du christianisme gaulois. Sur le sarcophage, je répète 
que je ne veux pas me prononcer avant de l'avoir vu (cf. Revue, 1910. 
p. 69). On a trouvé à l'intérieur, introduites sans doute par la cavité 
ménagée dans le couvercle, un certain nombre de clés (dont j'aurais 
voulu les dessins): il est bien probable, comme l'a indiqué M. Tou- 
tain, qu'il y a là quelque rite : la clé intervient souvent dans le vocabu- 
laire primitif, clé d'abîme, clé du paradis, des cieux, de la mort, etc., 
et qui dit métaphore dit le plus souvent rite dans le culte et 
symbole en archéologie. Il s'agirait de savoir si les instruments 
dont parle ici M. Deonna (Revue, igi5. p. 1 4^-7, p. 2101 ne sont pas 
véritablement des clés, comme M. Deonna le suppose, et ne se ratta- 
chent pas aussi à la symbolique chrétienne (sur la forme, cf. Déche- 
lette, Manuel, t. II, p. 1391). De même, parmi les objets si étranges 
que tiennent les cavaliers symboliques des monnaies gauloises, il 
serait possible qu'il y eut des clés (p. ex. n 6949t. El que la symbo- 
lique chrétienne continue maintes fois la symbolique celtique, cela 
n'étonnera personne. — Il semble bien que le culte de sainte Reine 
puisse remonter assez haut jusqu'au vi\ peut-être jusqu'à la fin du 
V siècle. Il n'importe d'ailleurs pour l'authenticité. Dès le iv' siècle, 
il se forme en Gaule des cultes absolument apocryphes, surtout vers 
le temps des empereurs de Trêves (après 364), qui virent le premier 
épanouissement du culte des saints. Et c'était la grande affaire de 
saint Martin, que de lutter contre la falsa opinio qui avait consacré 
tant de faux martyrs (cf. Sulpice Sévère. Vita, $ 11). Et je n'affirme 
pas qu'il n'y ait pu avoir une sainte Heine, mais j'aime mieux aussi 
ne pas affirmer qu'il y en a eu une. Quand on lit. par exemple, les 



*l8 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

ineptes contre-vérités de la Vita Martialis du Pseudo-Aurélien (le vrai 
type de cette tératologie littéraire et historique), on se sent éperdu de 
doute à l'endroit de toutes les vies de saints que des contemporains 
n'ont point écrites. Je pense, là-dessus et sur le reste, être d'accord 
avec M. Toutain. 

La question des Rèmes et des Belges. — Je soumets à M. Guelliot, 
puisque l'occasion s'en présente (cf. p. 211), la question suivante, 
à laquelle il répondra mieux que pas un. — Il est bien difficile que 
les Celtes, vers 55o-5oo (cf. Revue, iqi5, p. 76), n'aient pas occupé 
la Champagne, pays fertile entre tous. D'autre part, les Rèmes étaient 
regardés comme des Belges, et je doute que les Belges soient arrivés de 
la rive droite du Rhin avant 3oo. J'ai toujours supposé que les Rèmes 
n'étaient pas de vrais Belges, et que cela explique leur attitude tou- 
jours si foncièrement hostile aux Belges. Voici donc la question que 
je pose : Y a-t-il, dans l'archéologie rémoise, trace de quelque 
changement vers l'an 3oo, au milieu de l'époque marnienne? 

Si oui, c'est qu'il y a eu, sur fond celtique, invasion belge. Si non, 
c'est que l'élément celtique a continué sa vie sans modification. 

La superstition des Itinéraires. — J'ai déjà dit (p. 21 4) qu'on 
avait beaucoup trop le culte de la Table de Peutinger et de Vltinéraire 
Antonin : et ce culte devant les cartes défigurées et les textes tronqués 
me rappelle celui dont on a si longtemps entouré les tracés des portu- 
lans. M. Rouzaud, dans un travail analysé ici même (191a, p. i/»i)> 
fait des remarques très justes à ce sujet : « On a jusqu'ici disserté 
à perte de vue sur des itinéraires où les noms de lieux sont habituelle- 
ment estropiés et impossibles à identifier avec quelque certitude 
[ceci est cependant excessif] ; au point que je me demande si l'on 
n'aurait pas systématiquement tourné le dos à la vérité, et s'il ne serait 
pas plus scientifique de rechercher d'abord sur le lorrain des traces 
matérielle- d'une voie, qui ne peut pas s'être totalement volatilisée; 
en même temps qu'oïl compulserait soigneusement les textes du 
Moyen-Age, où des mentions de routes très anciennes pourraient se 
trouver oubliées. » 

Tabula, la Dyle. — Tabula est le nom d'une rivière que l'tolémée 
place avant le pays des Tongres : [iz-'u. tfcv TaffoâXav Rorapàv Tsjvypoi 
(II, 9,T).. Les éditeurs de Ptolémée, Holder, le Corput ne savent pas 
os que c'est, c'est, dit M. Cumont (Comment la Belgique, etc., p 
la Dyle, Thila ou Thilia, qui a toujours servi de limite à la eivitas 
de Tongres. Il est probable que Ptolémée avait quelque carte sous 
les yeux. 

mu . k JULLIAN. 



VARIÉTÉS 



La Guerre et la Religion. 

Der Krieg unddie Religion, Rede am 12 November 19 14 gehalten 
von D. Adolf Deissmann. Professor an der Universilaet 
Berlin. — Mit Beilagen ausgewaehlter Kriegsdokumente. — 
Herausgegeben von der Zentralstelle fur Volkswohlfahrt 
und dem Verein fur volkstùmliche Kurse von Berliner 
Hochschullehrern . Berlin, Cari Heymanns Verlag, 1 9 1 4 ; 
1 brochure in-8°, de 45 pages. 

Dans une série de conférences intitulée : Deutsche Reden in schwerer 
Zeit, — Discours allemands en temps d'épreuve, — et confiées à des 
professeurs de l'Université de Berlin, après Delbriick, Lasson, Harnack 
et quelques autres, M. Deissmann, l'auteur des Bibelstudien, de 
Licht vom Osten*, etc., a prononcé, le 12 novembre 1914, un discours 
sur la Guerre et la Religion, thème redoutable, nous avoue-t-il lui- 
même, et « qui pourra paraître à plus d'un aussi étrange que le serait 
cet autre : l'obusier et la cathédrale ». On me reprocherait de souli- 
gner ce que la comparaison a d'ingénieux et surtout d'opportun. 
Il faut reconnaître, — bien qu'on s'y attende peu de la part d'un 
homme qui montre de prime abord tant d'esprit, — qu'il a su garder, 
en parlant des ennemis de son pays a, une modération qui lui fait 
honneur. On n'en trouvera que plus significatives certaines déclara- 
tions par où se manifeste une fois encore cette perversion du sentiment 
religieux dont l'Allemagne offre le spectacle au monde étonné, et dont 
elle-même s'étonnera plus tard. 

1. Cf. Revue des Etudes anciennes, njia, p. 108. 

a. Surtout en parlant des Français. P. i4, il note que « la France, dans les années 
qui ont précédé la guerre, montrait déjà des signes évident! d'une renaissance reli- 
gieuse et morale, et qu'en ce moment, comme le prouvent certains exemples typi- 
ques, la guerre y a donné l'essora de puissantes aspirations religieuses». Ces exemple; 
typiques sont des lettres trouvées sur des soldats français (cf. p. 3-]). M. Deissmann 
est un peu moins bienveillant pour les Russes, p. i4 et p. 36, sans que son langage, 
cependant, se laisse aller à trop de violence. 



■Xf.O REVl E DES EUDES ANCIENNES 

Ces déclarations portent sur deux points : qu'est-ce que « le Dieu 
allemand » ? Quelle conception les Allemands se font-ils aujourd'hui 
du christianisme ? 

Le Dieu allemand? M. Deissmann reconnaît ce que cette confiscation 
apparente de la divinité au profit d'un peuple risque d'avoir de cho- 
quant pour les autres. Un ami de Hollande ne lui a pas caché d'ailleurs 
«l'effroi» qu'elle inspire. Historien justement réputé des origines 
chrétiennes, comment M. Deissmann se dissimulerait-il qu'une notion 
pareille est une véritable régression? « Le Dieu allemand, le Dieu 
national ! Pendant des semestres, nous, théologiens, dans nos salles 
de cours, nous avons enseigné que le Dieu national appartenait au 
plus has degré du développement religieux, et d'innombrables disser- 
tations de licence l'ont exécuté sur un ton de supériorité ironique. Or, 
le revoici tout à coup >. » Suit maintenant le plaidoyer, qui met 
habilement en valeur le principal moyen de défense auquel on 
puisse faire appel. Le peuple allemand, selon M. Deissmann, invoque 
le Dieu allemand au même sens où chaque fidèle, en priant, s'adresse 
à « son Dieu ». De telles expressions répondent seulement au besoin 
de traduire avec toute l'intensité possible une foi profonde, de rendre 
plus sensible et plus étroit le lien que cette foi établit entre le croyant 
et la divinité. Ainsi comprises, elles n'offrent aucun danger. « De 
même que l'individu ne dispute point son Dieu aux autres, mais 
glorifie Dieu aussi souvent qu'un autre individu sait le reconnaître 
comme son Dieu, ainsi, en tant que peuple, nous ne disputons pas 
aux autres peuples la propriété de Dieu. Nous ne leur refusons 
pas cette propriété a. » Nous sommes parfaitement convaincu que 
If. Deissmann, en écrivant ces lignes, ne fournit pas seulement une 
excuse, mais exprime très exactement l'état d'àme île certains de ses 
compatriotes. Cependant, quoiqu'il ajoute que « confesser ainsi notre 
Dieu et notre Père, n'étant pas de l'exclusivisme, n'est par conséquent 
pas un fait d'atavisme religieux; (pie les églises allemandes» — et 
nous l'en croyons — « n'ont pas oublié jusqu'à présent dans leurs 
prières même leurs ennemis», et — nous voulons l'en croire — «(pie 
derrière les supplications (pie t'a i t entendre à haute \<>ix la commu- 
nauté des fidèles, il > a secrètement la muette aspiration vers le Vo/rs 
Père 'le l'Immunité, au nom duquel lei peuples de toutes langues 
doivent se réunir un jour o, pourquoi restons -noua inquiets, nous 
l'ennemi, tout comme l'ami de Hollande? et pourquoi continuons- 
nou* .1 non- demander *>i, malgré tout, l'abus, la répétition exs 
rente de cette formule provocatrice n'est pas un de ces indices qui 

i. p. i 

I' i ; i Wir ■ ■ iiiiiii ilim ii .lii-i'ii H.-mI, •■ ', .1 imiii a îles iiii.in 

■Ile .pu m'a paru rendit la moloi bleaatnte i 

\i Del m mu 



VARIÉTÉS 32 1 

trahissent une aberration indéniable du sentiment religieux? Je crains 
que les dernières pages de la brochure de M. Deissmann ne soient de 
nature à nous l'expliquer en partie. 

Quels sont les effets de la religion sur la guerre ? C'est le second 
point de la harangue de M. Deissmann. dont le premier était : Quels 
sont les effets de la guerre sur la religion ? La religion eût pu prévenir 
la guerre, dira-t-on : or. elle ne l'a pas fait, quoique a l'empereur et 
le chancelier, parce qu'ils sont pieux, aient certainement éprouvé le 
frisson intime de l'homme pieux en présence de la guerre, et qu'ils 
aient tout fait, jusqu'à l'extrême limite, pour l'éviter ». M. Deissmann 
est convaincu — cela va de soi — que la guerre a été imposée à 
l'Allemagne. Du moins, si la religion ne l'a pas prévenue, elle inspire 
la charité des aumôniers et des infirmiers sur le front. Mais à cela 
If. Deissmann consacre à peine quelques lignes. La vraie question, 
pour lui et — semble-t-il croire — pour ses auditeurs, est celle-ci : 
« Le christianisme est-il assez dur pour pouvoir être une arme, en un 
siècle où doivent combattre les uns contre les autres, sur terre, des 
millions d'hommes retranchés, et sur mer des vaisseaux cuirassés? 
Le christianisme est-il assez dur pour l'âge de fer de la guerre mon- 
diale ? » On en pourrait douter, selon II. Deissmann, si le christia- 
nisme était ce sentimentalisme douceâtre qui peut servir d'excuse aux 
sarcasmes de Nietzsche 1 . Mais telle n'est pas la religion du Nouveau 
Testament: elle n'est pas cette édulcoration fade. Avec sa riche com- 
plexité, qui ne se laisse pas enfermer dans une formule, elle embrasse 
tous les extrêmes : a Elle souffre et elle combat : elle bénit et se 
courrouce. Jamais elle ne s'est réellement détachée de la religion 
héroïque des vieux prophètes et des psalmistes ; elle a elle-même un 
caractère héroïque. Elle a pour mot d'ordre : quand même : elle exige 
qu'on mette enjeu sa personne tout entière, qu'on soit prêt à sacri- 
fier sa propre vie; elle est une milice; elle est une religion de mar- 
tyrs...*.» Vous êtes éloquent. Monsieur Deissmann; mais je vous 
arrête. Je sais bien que vous n'avez pas une fois, dans votre harangue, 
prononcé le nom de la Belgique, et peut-être vous en sais-je gré; mais 
ici le lecteur étranger le prononcera, et il dira que vous allez blas- 
phémer. 11 vous passera l'ingéniosité, — on sait assez par vos Bihel- 
studien que vous en avez, mais je préférerais que vous n'eussiez plus 
assez de liberté d'esprit pour en avoir, — il vous passera l'ingéniosité 
un peu laborieuse de ces pages 22-23 où vous avez cru devoir refaire, en 
quelque sorte, en sens inverse, ce que fit un jour votre maître Harnack 
dans une étude bien connue, en recherchant à l'aide de quelles trans- 

i. P. '43, If. Deissmann nous apprend que les. trois li\re- <|iie l'on rencontre 
le plus souvent dans le paquetage du soldat allemand sont : la Bible, le Faust de 
Goethe et le Zarathustra J<- Nietzsche. Il ne trouve pas cela si paradoxal. 

a. P. 21-22. 



2 22 REVUE DES ETUDES ANCIENNES 

positions d'idées et de termes l'Eglise chrétienne devint la militia 
Christi. Transposez à votre tour, s'il vous plaît, les paroles de Jésus ou 
celles de saint Paul pour que « monnayées à l'origine en vue du combat 
contre le monde, le péché, les ténèbres, elles soient capables de servir 
aujourd'hui à un autre genre de combat» >. Mais quand, du même 
ton à peu près que certains de vos compatriotes revendiquent le titre 
de Huns, vous répondez à notre ambassadeur à Londres, qui a parlé 
de cette religion de la Barbarie que prêchent des savants et des pro- 
fesseurs : « Cette déclaration — j'en risque le paradoxe — n'est pas 
très éloignée de ma propre pensée. Ce que là -bas on nomme 
aujourd'hui Barbarie, l'histoire le nommera un jour : force primor- 
diale (urwûchsige Kraft). Dans le siècle de la plus puissante mobili- 
sation de forces physiques et spirituelles que le monde ait jamais vue, 
nous prêchons, — cela est vrai, — non, ce n'est pas nous qui la 
prêchons, c'est elle qui se révèle elle-même : la Religion de la Force. 
Et nous bénissons le destin qui nous a jetés, avec nos yeux pour voir 
et nos cœurs pour battre, en plein dans le remous de pareilles 
forces » *, ceux qui continuent à croire que la force du christianisme, 
c'est la charité, ceux-là vous répondront à leur tour : « Vis tua tecum 
sit. » 

A. PUEGH. 



Collections d'auteurs grecs et latins. 

Nous ignorons tous quand se terminera la guerre; mais il importe 
que chacun de nous pense dès maintenant au temps qui la suivra, el 
que les Ilots de sang, versés par nos soldats, ne soient pas inutiles. 
Or, dans une multitude de cas, par négligence, par veulerie d'esprit, 
par dilettantisme, nous nous sommes laissés devenir tributaires d'un 
peuple pour lequel, quelle que puisse être notre victoire, notre haine 
ne sera jamais assez tenace ni assez vigoureuse. 11 faut dès aujour- 
d'hui y songer et préparer l'avenir. 

Tous ceux qui s'occupent de littérature ancienne savent à que| point 
l'Allemagne, dans ce domaine comme dans bien d'autres, a accapare 

la marché mondial. Teubner à Leipzig, Weidmann à Berlin, pouf ne 
citei que les éditeurs les plus connus, sont devenus les fournisseurs 
de l'univers. Tel livre, modestement publié en France, a pein 
arrivai à une seconde édition, qui, parce qu'il a été traduit par la 
firme de Leipzig, parvient à un luccèa donl il ne se glorifiera Jamais 

i. i' 

1.1 phrase q il la darnli n d( la • 



VARIETES 220 

dans son pays d'origine. Mais disons-le très haut : la plupart des 
productions de ces librairies colossales ont la médiocrité des produits 
d'usine. Ils sont trop faits à la grosse, au mille. Ce n'est pas ainsi que 
nous voulons qu'on travaille. Un livre doit être une œuvre pondérée, 
bien écrite, claire, ordonnée, lumineuse. 

11 y a toujours un peu d'art dans un livre. Le lecteur n'est pas un 
client ordinaire. Si on le refait, en lui glissant dans la main un article 
de camelote, trompé une fois et furieux, on ne le trompe pas deux. 

Or, je le demande à tous les hellénistes qui, comme moi. hélas! ont 
tant de livres allemands sur leur table, est-ce qu'ils n'ont pas 
souvent la sensation très nette que le texte de ces écrits, surtout celui 
des plus récents, quelque volumineuse qu'en soit la documentation, 
n'a pas au fond plus de valeur que le papier dont ils sont faits, ce 
papier qui, on ne sait pourquoi, s'effrite et se réduit à rien? Depuis 
cinquante ans, l'Allemagne nous inonde d'un flot d'éditions grecques 
qui ne valent pas toujours le prix qu'elles coûtent. Qui a lu la 
Sophokles Elektra de Kaibel avec son Kommenlar de 260 pages sans 
les Nachtràge? Wilamowitz peut bien se permettre ces éditions 
difformes, parce qu'il est Wilamowitz. Mais chez ses imitateurs cela 
devient cruel. 

Il faut donc nous débarrasser le plus possible de ces gens-là. Mais 
c'est ici que s'élève une difficulté grave. Nous sommes, pour ce qui 
est des éditions grecques, dans un état de pénurie vraiment humi- 
liante. Faisons le compte des écrivains classiques que nous pouvons 
lire annotés en notre langue : il ne sera pas long. 

D'abord et avant tout, le Démosthène, incomplet. d'Henri Weil, 
ses Sept tragédies et YAlceste d'Euripide: le Sophocle de Tournier- 
Desrousseaux ; les deux premiers livres du Thucydide d'A. Croiset, et 
si l'on veut, car nous n'avons pas le droit d'être difficiles. V Homère, si 
vieilli, d'A. Pierron. Ajoutons-y la Paix d'Aristophane de P. Mazon, 
ses Travaux et Jours d'Hésiode, qu'il a publiés l'an dernier, les 
Bacchantes de G. Dalmeyda. Si à cette liste on joint sept ou huit 
éditions d'oeuvres isolées et moins notoires, on ne sera pas loin d'être 
complet. 

Ainsi, pour ne mentionner qu'une lacune qui est vraiment extraor- 
dinaire, aucune édition de Xénophon. Nous avons bien YAnabase de 
P. Couvreur, et ce travail est excellent, mais il est destiné à des 
jeunes gens et ne suffit point. 

Il est donc urgent, très urgent, que nous nous mettions à éditer les 
classiques grecs de l'Antiquité. Allons-nous continuer, comme des 
êtres inconscients, à porter notre argent aux librairies boches? Et que 
nos éditeurs ne nous disent point qu'ils risquent gros dans l'entre- 
prise. L'Euripide d'il. W fil. >on Démosthène arrivent en une quaran- 
taine d'années à leur troisième ou quatrième édition. Sans doute, ce 



324 REVUE DES ÉTCDES AISCIEJTSES 

n'est pas le succès de I Iphrodite de P. Louys, encore que ce bui 
prouve jusqu'à un certain point que chez nous l'amour <le la culture 
grecque n'est pas éteint même dans la foule. 

Quel type d'éditions devons-nous adopter? Mais il est tout trouvé, il 
existe. Prenons celui des éditions dites savantes, celui d'Hachette, et 
pour nos étudiants celui des Morceaux choisis d'Aristophane de 
L. Bodin et de P. Mazon, des Extraits des Orateurs attiques de L. Bo- 
din, — ces deux précieux petits livres, — ou, si l'on veut, celui des 
Extraits de Thucydide du regretté A. llauvette. Car nous avons quel- 
ques excellents travaux, il faut seulement les multiplier. Mais, de 
grâce, qu'on y songe. Ces éditions ne se font pas en un jour. Qu'on 
se partage la besogne et qu'on s'y mette. Et si les éditeurs craignent 
pour leur caisse, ne peut-on pas suivre l'exemple que nous donne 
chez nous la Société des textes français modernes? Qui refusera sa 
cotisation, si elle est nécessaire pour nous délivrer des éditions alle- 
mandes, ou plus exactement pour en délivrer nos étudiants, puisque 
leurs maîtres devront continuer d'être informés des travaux qui se 
feront dans les pays d'outre-Rhin, comme ils l'étaient avant la guerre!' 
Mais cela est une nécessité professionnelle qui n'incombe point aux 
jeunes gens avec lesquels ils travaillent, A-t-on jamais vu les élèves 
des gymnases allemands lire un texte grec dans une édition française? 
Et s'ils l'essayaient, en comprendraient-ils la valeur, eux qui sont 
habitués à leur notes amorphes, où tout, grammaire, critique de texte, 
morphologie, métrique, histoire, est mélangé pêle-mêle, sans compter 
la polémique contre les précédents éditeurs! 1 Pourquoi condamner nos 
étudiants et tous ceux qui lisent encore chez nous du grec à se servir 
de ces éditions-là et ne point leur en moitié dans les mains qui soient 
vraiment nôtres par l'ordre, la précision, la probité! 1 

P. M\S(H ERAY. 



La question des textes est, en effet, pour notre avenir scientifique, 
une question vitale. Il ne s'agit pas d'ailleurs, pour nous, de nous 
exercer à une tâche nouvelle : il s'agit de reprendre une tradition 
ancienne, maladroitement oubliée depuis une trentaine d'années. En 
Allemagne, les grandes collections (Weidmann, Teubner sonl de 
date relativement récente: lesTauchnitz avaient une valeur médiocre. 
Chez nous, il v a de l'excellent chez Panckoucke el Lemaire, el si les 
Didotonl recouru à «les érudits allemands, ils n'en --oui pas moins 
une œuvre française. Je laisse de côté Les Nisard, qui furent une 
honte, C'esl cette tradition, laquelle date de la Restauration, qu'il 
luit reprendre. l!t il faut la reprendre, non pas en créant des insti- 
tutions nouvelles, mais en Faisant vivre, utilisant, développant les 
collections, les oeuvn il en est de l'érudition comme 



VARIETES 220 

de l'administration et de la bienfaisance : au lieu de fonder à nouveau, 
adaptez les organes anciens. Pour le grec, que la maison Didot rajeu- 
nisse ses éditions en recourant à nos hellénistes. Pour le latin. 
qu'Hachette développe la collection grand in-8 n inaugurée en 1867 
(avant l'autre guerre) par le Virgile de Benoist. Voilà pour les grandes 
éditions savantes. Pour les éditions courantes, la petite collection 
Hachette in-16, où paraît le Virgile de Lejay (cf. ici p. 236), peut être 
un excellent point de départ. Quelques-uns trouvent le format de cette 
collection trop étriqué, pas assez scientifique : rien n'empêche, s'ils 
ont raison, de donner à cette collection le format in- 12 de la collec- 
tion Teubner ou de la collection d'Oxford, sans même changer la 
justification. Surtout, que les pouvoirs publics veillent, dans les 
libellés des programmes, à ne renvoyer qu'à nos éditions. Je crois donc 
qu'il existe chez nous des éléments de collections générales. J'ai peur 
qu'en n'y recourant pas, en voulant tout de suite faire du nouveau, faire 
grand, on ne perde beaucoup de temps et on aboutisse à ces opéra 
interrupta que la science française a mulitipliées de 1860 à i885. 

C. JULLIAX. 



Pourquoi les éditeurs français ne pratiqueraient-ils pas l'union 
sacrée à l'exemple du reste du pays? Leur serait-il difficile de former 
un consortium où chacun conserverait les ouvrages déjà publiés par 
lui en les faisant rentrer dans l'organisation générale? Voici, je 
suppose, les Extraits de Thucydide d'Hauvette, les Morceaux choisis 
de YAnabase, de Dùrrbach, édités, les premiers chez Delagrave, les 
seconds chez Armand Colin. Bien que rangés sous une firme diffé- 
rente, n'ont-ils pas l'air, ayant même format, même justification, 
même imprimeur, mêmes caractères, d'appartenir à une même collec- 
tion? C'est cette collection, unique comme type, comme méthode, 
comme inspiration, comme garanties, mais d'origine très diverse, que 
l'on pourrait réaliser d'abord. Un patronage des maîtres de la culture 
classique, un commissaire responsable pour chaque publication, une 
société de souscripteurs en relation avec la fédération des éditeurs, 
des prix récompensant les sacrifices, et nous aurions avant peu 
l'ensemble qui nous manque. 

G. BADET. 



BIBLIOGRAPHIE 



V. Gostanzi, Stndi di Storia macedonica sino a Filippo (extrait 
des Annali délie Université Toscane, tomo X.XXIII). Pisa, 
Stabilimento tipografico toscano, 1910; 1 vol. in- 4° de 
vin- 136 pages. 

L'ouvrage d'Abel (Makedonien vor Kunig Philippos), publié en 18^7, 
était la seule histoire d'ensemble que l'on put consulter sur le pays 
dont l'hégémonie avait succédé à celles de Thèbes, d'Athènes et de 
Sparte. Mais à défaut d'un livre organique, d'innombrables travaux 
de détail s'étaient fait jour depuis un demi -siècle. Les recherches 
de linguistique et de préhistoire, en particulier, avaient vivifié hien 
des questions. Il était donc utile de tenter une nouvelle synthèse. 
M. Vincenzo Costanzi l'a entreprise. Il ne s'est point cependant 
proposé de nous donner une histoire complète de la Macédoine 
jusqu'à la veille de la conquête d'Alexandre : laissant de côté les 
parties secondaires ou suffisamment établies, il a borné son effort 
aux problèmes les plus difficiles, sur lesquels la discussion reste 
ouverte. 

Un des premiers et des plus controversés est celui de l'origine des 
Macédoniens. Ce peuple appartient-il à la famille hellénique, comme 
le soutenait Abel, ou faut-il voir en lui un groupe de race barb 
M. Costanzi défend avec une science lumineuse et alerte la thèse de 
la gréçité. L'onomastique et les coutumes macédoniennes (notamment 
L'institution si remarquable de Yhétairie) apparentent le cœur de la 

nation au inonde homérique. .Non moins probante est la comparaison 

iili - roua les grands types divins de l'Hellade primitive, toute 
la hiérarchie des puissances solaires ou chthoniennes, avec la place 
prépondérante accordée à Zeuset à la Terre-Mère, toutes les croyances 

ctéristiques, animisme, zoolatrie, culte des morts, se retrouvent 
m Macédoine, roui des formes Indigènes qui ne sont que des rami- 

Lions différentes d'une même souche. 
Ce fond de grécité des Macédoniens explique leur hisloii 
rattachant m plu- vieux passé hellénique, ils "ni tendu, par une 

■ naturelle de plus en plus consciente, à faire partie intégrante 
de cette Grèce qui les avait pn de la civilisation. 



BIBLIOGRAPHIE 23 7 

A cet égard, Amyntas P r , que nous voyons en relations politiques et 
commerciales avec les Pisistratides, joue le rôle d'un précurseur. Son 
fils, Alexandre le Philhellène, que célébra Pindare, mit à profit les 
victoires de Salamine et de Platées pour soustraire la Macédoine à la 
suzeraineté perse, pour y attirer des colons grecs, comme les fugitifs 
de Mycènes et de Tirynthe. pour développer, à côté des institutions 
militaires proprement macédoniennes, la culture hellénique. Le pro- 
gramme de la dynastie était tracé. Tous les princes de la lignée 
téménide s'en inspirèrent. Pendant un siècle, tandis que Sparte, 
Athènes et Thèbes se disputaient l'hégémonie, ils travaillèrent à 
l'avènement de la Grèce du nord. Philippe fit plus que réaliser les 
rêves ambitieux de sa maison. En offrant pour but suprême à la 
politique panhellénique la conquête de l'Empire achéménide, il 
n'apparut pas seulement, à ses partisans grecs, sous les traits d'un 
champion de l'unité grecque, mais comme un nouvel Hercule chargé 
d'assurer le triomphe universel de l'hellénisme. 

Pour ne pas interrompre la trame vivante et rapide de son récit, 
M. Gostanzi a rejeté en appendice six dissertations sur des points 
spéciaux : I. La souveraineté (tagia) de Daochos P r . — IL L'hégé- 
monie d'Archélaos sur Larissa et les allusions historiques du discours 
sept r.z'r.-.v.x:. — III. Questions relatives au droit héréditaire macé- 
donien (les bâtards et les concubines). — IV. La Thessalie depuis la 
fin de l'hégémonie thébaine jusqu'à la suprématie de Philippe. — 
V. Les causes de la guerre sacrée et la chronologie de ses premières 
années. — VI. Philippe et la politique panhellénique. 

Dans cette Revue, où l'on s'est élevé tant de fois contre l'érudition 
encombrante qui ne peut aborder un sujet sans en remâcher toutes 
les parties ab oro. nous avons plaisir à saluer en M. Costanzi le 
représentant de la vraie méthode, celle qui se limite à l'essentiel et 
procède par efforts vigoureux sur des points bien choisis. 

Georges RADET. 

A. Bouché-Leclercq, Histoire des Séleucides, 2' partie : biblio- 
graphie, notes et éclaircissements, table généalogique, 
généalogies dynastiques, etc..., index général, planches et 
cartes [pages '487 à 729 j . Paris, E. Leroux, 191 \. 

En copiant l'énumération inscrite dans un cartouche sur la couver- 
ture, et qui omet seulement des spécimens de monnaies des Séleu- 
cides décrits par M. Babelon, j'indique au mieux le contenu de cette 
seconde partie du grand ouvrage de M. Bouché-Leclercq, imprimée 
depuis près d'un an, mais dont la distribution fut retardée par la 
crise européenne. Ceux-là, s'il en était, qui reprochèrent au tome I" 



22b REVI l DES ETUDES ANCIENNES 

de planer au-dessus des controverses et de proposer comme sûres 
des conclusions douteuses et combattues, verront cette fois que du 
moins Ions litiges furent jugés sur pièces et après audition des plai- 
doiries. Preuve de conscience, et souvent de patience; et l'on conçoit 
que l'auteur esquisse par moments un geste de lassitude, laisse 
apparaître une sorte «d'indifférence quelque peu désabusée». La 
plupart des débats portent en effet sur des points de chronologie — 
très obscurs pour les motifs que M. Bouché-Leclercq développe à 
merveille (p. 5i5-5ao) — , ou sur l'identité nébuleuse du Séleucos, de 
1 Antiocbos ou du Démétrios auquel la ebronique imprécise attribue 
tel ou tel acte. Bien peu dépassent les questions de dates ou de per- 
sonnes 1 , et au milieu des conjectures, des postulats qui les étayent, 
on se sent bien des fois comme une envie insurmontable de ne point 
choisir. Cette abstention trop commode n'était point permise au 
rédacteur d'une histoire complète et suivie, et lui-même fournit toutes 
facilités d'examen à ceux qui, devant ces problèmes, manifestent un 
autre courage que celui de la résignation. Dirai-je que ça et là j'ai 
incliné — rien de plus — vers d'autres solutions que celles qu'il 
préconise, et qu'ailleurs il m'a convaincu? Il faudrait trop de place 
pour donner ses raisons, et qu'importe une voix de plus dans ce 
hasardeux plébiscite? Il reste que cet ouvrage, solide et brillant, me 
parait rendre avec justesse la physionomie, la couleur d'une époque, 
d'un gouvernement, d'une dynastie. Ce qu'il dit de chaque roi pourra 
être revisé, si des informations nouvelles réduisent le champ des 
confusions; j'ai peine à croire qu'elles changent beaucoup l'aspect 
d'ensemble du tableau. 

\ icioR ÇHAPOT. 

Mélanges Ilollcaux. Paris, A. Picard, 1910; 1 vol. in-S° de 
3l4 pages cl xiii planches. 

Ce recueil de mémoires concernant l'Antiquité grecque fut offert 
a M. Maurice llolleaux pgr ses élèves en souvenir de ses années 
de direction à l'Kcolc française d'Athènes (1904-1913). 

Il contient les lia vaux suivants : 

Cli. Avezou et Ch. Picard. La palestre et le mur de Triarius à Déloi 
identifications topographiqix -. d'après les fouilles de 1910 et 1919). — 
.1. Berchmans, l/.'.-il:<.x Epya (parmi les nombreuses œuvres attrib 

• |>a-, il n'y a guère que la Ménade de Dresde et le MaUSOle du 

Britisb ttuteum que la comparaison avec ie>- originaux provenant 

1 v :i i.mi lei notei développée! iui Im otroontcripUoni 

i.u. 1 le 1 . ii- problème •! . ■ t, U 

1.1 dol ai i |i opâtn 1.'- 1, ii- soulèvement <i<- le Judée 

cl \' 



BIBLIOGRAPHIE 229 

de Tégée fasse nettement rentrer dans la manière du maître parien). — 
G. Blum, La déesse en char de l'acropole (l'opinion traditionnelle qui 
voit dans le personnage du bas-relief une déesse et non un aurige est 
confirmée par le témoignage des vases peints). — E. Cavaignac, 
Une question de méthode (utilité de la statistique moderne pour arriver 
à mieux connaître les ressources matérielles des États anciens). — 
F. Courby, L'autel de cornes à Délos (identité de ce monument avec 
l'autel même d'Apollon et assimilation à un groupe de ruines). — 
Ch. Dugas, Les vases d'Érétrie (intéressants pour la connaissance des 
ateliers de second ordre, à clientèle locale). — H. Grégoire, Les chré- 
tiens et l'oracle de Didymes (restitution du n° 2883 J du C1G : ainsi 
complété, ce texte devient un document plein d'intérêt pour l'histoire 
des persécutions). — J. Hatzfeld, Esclaves italiens en Grèce (condi- 
tions dans lesquelles furent libérés, après Cynoscéphales, les anciens 
captifs d'Hannibal). — G. Lefebvre, Le dernier décret des Lagides 
(mesures prises, le i3 avril 4i, par Cléopâtre et Gésarion, pour donner 
satisfaction à des Alexandrins molestés par les fonctionnaires du 
nome Hérakléopolite). — G. Leroux, Les églises syriennes à portes 
latérales (raisons pour lesquelles certaines basiliques chrétiennes de 
Syrie ont leur entrée, non sur un des petits côtés de l'édifice, comme 
en Occident, mais sur le côté long). — F. Mayence, Fragments de 
loutrophores atliques à sujets funéraires (lot appartenant à l'Université 
de Louvain : depuis que cet article fut rédigé, les originaux n'ont-ils 
point péri dans l'inexpiable désastre?). — G. Nicole, Un nouveau cata- 
logue d' œuvres d'art conservées à Rome à l'époque impériale (feuillet 
de papyrus se rattachant à la série d'inventaires qui servirent de base 
aux livres XXXIV" à XXXVI de l'Histoire naturelle de Pline). — J. Paris, 
Une nouvelle collection rhodienne de timbres amphoriques (description, 
onomastique, emblèmes). — Ch. Picard, La ïïzrr.x ttjowv de Colophon 
(à propos d'une petite plaque de bronze archaïque représentant une 
variante de la célèbre Souveraine des bêtes, l'auteur recherche l'origine 
du type; il la trouve dans la Grande Mère héthéenne et, par delà 
l'influence hittite, bien attestée en Lydie, il remonte jusqu'au couple 
divin des dompteurs de fauves: Ishtar et Gilgamès). — A. Plassart, La 
synagogue juive de Délos (dédicaces au Très-Haut, 0s<o 'Y'liz-w, dispo- 
sitions de l'édifice, vie du groupe hébraïque délien). — Fr. Poulsen, 
Tête de prêtre dlsis trouvée à Athènes (buste d'un vieillard mulâtre 
qui desservait un des sanctuaires de la communauté égyptienne en 
Attique). — G. Poulsen, Note sur la couverture du sanctuaire dit • des 
taureaux'» à Délos (remarques de technique architecturale). — 
Ad. Reinach, Mkératos d'Athènes et les débuts de la sculpture perga- 
ménienne (dates probables de la vie de l'artiste : né vers 3oo, il produit 
ses premières œuvres avant 270 et meurt avant 23o). — S. Risom, 
Le siège du prêtre de Dionysos Eleuthéreus au théâtre d'Athènes 

liev. Et. ane. i$ 



330 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

(rapprochement avec d'autres trônes semblables et restauration 
détaillée du monument). — P. Roussel, Règlements rituels (absti- 
nences, interdictions et purifications en usage à Délos dans les cultes 
égyptiens ou syriens). — E. Schulhof, Quelques questions de chrono- 
logie détienne (examen des difficultés soulevées par la mention de 
certains noms sur les listes d'archontes). — R. Vallois, Les kCvoxcç 
déliens (contribution à l'histoire de la peinture, d'après les inventaires 
sacrés; deux grandes classes de tableaux: les portraits et les sujets 
d'inspiration religieuse; modes de préservation et d'exposition: les 
panneaux à volets, les encadrements, les frises sous plafond à la façon 
des Noces Aldobrandines). — W. VollgrafT, A propos du fronton 
oriental du temple deZeus à Olympie (l'usage de n'accomplir que pieds 
nus certains actes religieux explique le vrai sens d'un des plus fameux 
bas-reliefs de la balustrade d'Athéna Niké : la Victoire ne rattache pas 
sa sandale ; elle s'en débarrasse au contraire pour participer au sacri- 
fice que préparent ses sœurs. De même à Olympie, dans le fronton 
oriental, le personnage que Pausanias prenait pour un aurige est une 
jeune servante qui doit être placée devant la reine Stéropé: celle-ci 
allant sacrifier aux dieux, la jeune fille se baisse pour dénouer la 
sandale de sa maîtresse). 

On observera que Délos, parmi les travaux qui viennent d'être énu- 
mérés, détient la part du lion. C'est justice, si l'on songe avec quelle 
vigueur et quel esprit de suite le savant en l'honneur de qui a été 
publié ce recueil fit progresser l'exploration du sanctuaire. 

Georges RADET. 



F. Sartiaux, Les sculptures cl la restauration du temple d'Assos 
en Troade. Paris, E. Leroux, 1915 ; 1 vol. in-8° de 160 pages, 
avec 59 figures dans le texte. 

Il est peu d'édifices qui aient éprouvé plus de vicissitudes que le 
temple d'Assos. En i838, une partie de ses sculptures fut transportée 

iris. Le reste, à la suite des fouilles dirigées de 1881 à i883 par 
l'Institut archéologique américain d'Athènes, fut réparti entre Boston 
et Constantinople. La dispersion matérielle s'aggrava de négligences 

ntiliques. L'ouvrage où (llarke, Bacon, Koldewey faisaient oonnattre 

leurs découvertes est demeuré inachevé. M. Félix Sartiaux, qui avait 
à son tour visité, en septembre 191 1, les ruines de la vieille acropole, 
lut de mettre de l'ordre dans cette anarchie et c'est le résultai «le 
son enquête qu'il nous offre aujourd'hui. 

1 contient déni no répertoire méthodique, avec 

description détaillée et classement rationnel « i « m célèbres bas«r< I 



BIBLIOGRAPHIE 



l3l 



du temple; une étude architecturale de l'édifice, avec restauration et 
détermination de date. 

Assos, comme nous l'apprend Homère et comme le confirme une 
inscription du temps de Caligula, avait Athéna pour protectrice. On 
doit supposer que le temple était consacré à la déesse poliade. « Le rôle 
prédominant que joue Héraklès dans les sculptures de l'architrave ne 
contredit pas cette hypothèse : le héros était en effet très fréquemment 
associé à Athéna et l'importance qui lui est attribuée dans l'œuvre 
sculptée d' Assos rappelle celle qu'il a prise dans les temples archaïques 
de l'acropole d'Athènes » (p. a4)- 

Quant à la question de date, M. Sartiaux s'efforce de la résoudre 
par un examen comparatif du style des bas-reliefs et des procédés de 
construction. Il voit dans le temple d'Assos « un produit de l'archaïsme 
avancé. Le terminus post quem est vraisemblablement compris entre 
56o et 55o ; le terminus ante quem est donné par la domination des 
Perses en Troade, vers la fin du vi* siècle » (p. 147). 

?sous ne saurions trop remercier l'actif explorateur de la nouvelle 
et précieuse contribution qu'il ajoute à la féconde tradition des recher- 
ches françaises dans le Levant. i, _ . 

Georges RADET. 

Clinton Walker Keyes, The Rise of the Equités in the third 
century of the Roman Empire. Princeton, University Press, 
19 15; 54 pages in-8°. 

A l'époque de Dioclétien, on constate que dans les provinces les 
pouvoirs militaires et civils ont été séparés, et que les uns et les 
autres sont généralement confiés à des gens de l'ordre équestre. 
M. Keyes s'est efforcé de reconnaître, autant que possible, les phases 
de cette évolution, les dates de ces changements. Il a fait une méti- 
culeuse étude du matériel épigraphique, malheureusement bien 
insuffisant. Dans certaines provinces, il y a preuve que la nomi- 
nation de praesides chevaliers est antérieure à Dioclétien ; dans 
d'autres, on voit des gouverneurs sénatoriaux jusqu'à ce prince; 
pour un troisième groupe, c'est le doute absolu. Aucune trace de 
cette réforme avant Aurélien, excepté en Arabie, où elle apparaît 
sous Gallien. Quant au remplacement des sénateurs par des cheva- 
liers dans le commandement régulier des légions, déjà réalisé par 
exception de-ci de-là bien antérieurement, il semble s'être appliqué 
à tout l'Empire à partir de Gallien. Enfin, II. Keyes estime qu'à 
ce prince aussi remonte la séparation des pouvoirs militaires et 
civils, réforme qui aurait été l'origine plutôt que la conséquence 
des autres. Le résumé de cette doctrine, très défendable, aurait du 

être présenté par l'auteur en quelques mots. ,. „ T¥ . n ~-, 

n n Victor CHAPOT. 



a3a revue des études anciennes 

Gaetano Poggi, Genova preromana, romana e rnedioevale. Gènes, 
Ricci, 191^; 1 vol. in-8° de 3o6 pages et 101 gravures 1 . 

Cette histoire de Gênes ancienne me rappelle la Nouvelle histoire 
de Lyon, de Steyert, et par la nature du texte et par l'abondance des 
gravures : à cela près que Gênes étant beaucoup moins riche en 
monuments et objets antiques, l'auteur de ce volume a recouru, pour 
l'illustration, à quantité de vignettes fournies par d'autres villes. 

Je le chicanerai volontiers sur ces dernières. Ainsi, p. 89, il repro- 
duit le fameux bas-relief du marchand de pommes de Narbonne 
(Espérandieu, n° 616) : pourquoi le transforme-t-il en marchand 
di père cotte? — Comme exemple de port romain, il donne une 
reconstitution du port de Fréjus (p. 61) d'après un dessin de Lenthe- 
rich [sans doute Lenthéric] : ce n'est pas du tout la réalité, le port de 
Fréjus n'était pas sur le rivage, mais assez avant dans l'intérieur; ce 
prétendu recul du rivage est une de ces imaginations des géographes 
théoriciens qui, de 1870 à 1900, ont gâté tout notre sol gaulois 
cf. Revue, 1914» p- 63-64). Comme type de port grec, je vois une 
vieille image (n° 26) du port de Marseille, scavato entro terra : scavato, 
« creusé » artificiellement? Jamais de la vie. 

M. Poggi appartient à l'école, encore si foisonnante en France, des 
origines helléniques. Pour lui, Genova serait le grec ;év.:ç, prononcé 
sans doute à la génoise. Ai-je besoin de dire que je ne peux souscrire à 
cette hypothèse, qui, d'ailleurs, doit être fort ancienne? Genua ressem- 
ble à Genava, Genève, à Genabum, Orléans; cela doit être un mot 
d'une antique langue occidentale, signifiant quelque chose comme 
« coude » ou « port ». 

Il y a de tout dans ce livre, un grand amour pour la cité de Gènes, 
une bonne volonté réelle, des planches sans nombre, bien tirées, 
quoique je leur aurais voulu souvent plus d'exactitude (la table des 
Minucii, p. 19a, aurait pu être reproduite pholotypiquement), la 
connaissance minutieuse de Gênes, le goût des questions topographi- 
ques, mais, évidemment, une certaine inexpérience de l'archéologie 
et l'abus des hypothèses dues à la simple imagination de l'auteur. 

C. JULL1AV 

Henrici Kiepert Forma orbis antiqui, etc., travaillées et publiées 
par Richard Kiepert, carte \\l\ Berlin, Reimer, [janvier 
iqi3]; 1 pi. et 1 fasc, in 1 

pie nous avoua «lit. en janvier 1914 (Itewie, 1914, p. 63 el sui\ . | 
de la carte \\\ de h Forma Orbis \rtti</iii de Kiepert s'applique 

1 L'impreMioti fiait honneur à l'imprimerii , el l'ouvrage d'sb eel pas moins d'un 
bon "wir l déjà fait connaître pu nombre de publi» 

os star Luna, la Lifuri I ! d urell loou» 

menti »ui |uc. 



BIBLIOGRAPHIE 



2 33 



plus encore à la carte XXIV, qui vient de paraître. Celle-ci renferme 
la Gaule au temps de César, la Germanie romaine, et la Gaule au 
temps d'Auguste. 

Erreurs extraordinaires dans les tracés des rivages, noms de peuples 
arbitrairement déplacés, lacunes sans nombre, absence de toute indi- 
cation de limites, tout contribue à faire de ce fascicule un monstrum 
d'ignorance et d'erreur. Avec lui, la faillite des Riepert est consommée. 
— Je n'ai pas le temps de donner ici les preuves. Mais je le ferai, et 
tout au long, s'il m'apparaît que n'importe qui trouve ce jugement 
excessif. 

C. JULLIAN. 

F. Haverfield, Roman Britain in 19iU. Londres, 19 14, publié par 
la British Academy, chez Milford; in-8° de 67 pages et 
3o gravures. Prix : 2 sh. 1/2. 

Je ne reviens pas sur la nature, le plan et les mérites de cette publi- 
cation; voyez l'analyse faite ici même de la publication de 1913 (ici, 
p. 157). Voici ce qui, dans ce nouveau volume, paraît le plus intéres- 
sant pour nos études. 

Poteries estampées de Holt. — C'est de beaucoup ce qui m'a le plus 
arrêté dans ce fascicule. On a découvert dans le camp romain de 
Holt, près de Chester sur la Dee, des poteries estampées rouge-brun, 
qui paraissent du faux samien, ou, mieux encore, des imitations du 
faux samien de Gaule. Sur fond uniforme, des empreintes, grossière- 
ment faites à l'aide du même poinçon également grossier, des étoiles, 
des palmes et des têtes. Et à première vue, j'ai songé aux poteries 
barbares ou chrétiennes du v e siècle, si fréquentes dans le sud de la 
Gaule. Mais la couleur, la date des ruines, la présence, comme type de 
poinçon, d'une tête de Silène ne peuvent guère faire penser qu'à la fin du 
second siècle. Et cela, alors, nous rappelle les poteries estampées de 
Hongrie, si peu connues en Gaule, sur lesquelles un mot de M. Déche- 
lette (Vases céramiques, II, p. 353) a attiré mon attention, poteries 
évidemment contemporaines et similaires de celles de Holt. — Déche- 
lelte voulait établir un lien entre le type danubien du second siècle et 
le type chrétien du cinquième, lien formé, croyait-il, par les Goths. 
J'en doute fort. La découverte de Holt ne confirme pas cette hypo- 
thèse : car ces poteries-là sont faites sur place. Voici donc trois 
groupes de ce genre de poteries : i° en Hongrie; 2 en Bretagne; ces 
deux groupes contemporains et paraissant semblables, du second 
siècle; 3* en Gaule [je ne crois pas au sud seulement], du V siècle. 
Quel rapport y a-t-il entre les deux premiers, et entre eux et le 
troisième? Toute la question est à résoudre. En tout cas, le caractère 
germanique de ces poteries doit être écarté. 



334 REVUE DES ÉTL'DES ANCIENNES 

Inscriptions. — En voici une qui intéressera bien les celtisants 



P R O • D O M V 
DIVINA • ET-NV 
MINIBVS • A.VG 
VSTORVM • VOLG 
ANO • SACRVM 
VICANIVINDOL 
ANDESSES CVr 
AGENTE/////0\///// 
V S L M 



Il s'agit des habitants de Vindo- 
lana devenu Vindolanda, u white 
space». — Cf. sur ce mot, Loth, 
ici-même, p. 194, n. 3. 



P. 36, une note sur la borne aux noms des deux Philippe près 
d'Appleby. G j 



CHRONIQUE DES ÉTUDES ANCIENNES 



Dictionnaire de Saglio (5o* fascicule). — Fin de l'article Vasa, par 
MM. Dugas et Pottier, un modèle de sobriété pleine et méthodique. 

— A signaler ensuite : Vectigal (R. Gagnât), l'impôt à Rome; simple 
rappel d'ensemble, chaque catégorie étant traitée sous sa rubrique 
propre. — Vehiculum (P. Collinet) : circulation des véhicules. — 
Veiovis (J. A. Hild) : résumé de nos connaissances sur cette vieille 
divinité latine. — Velamen (H. Graillot) : les différents usages du 
voile. — Vélum (V. Ghapot) : rideaux, tentures et portières. — Vela- 
rium (O. Navarre) : origine, disposition, manœuvre de la grande 
banne destinée à protéger les spectateurs des théâtres contre le 
soleil; excellent exposé, d'une remarquable précision technique. — 
Venalio, en deux parties : I (Ad. Reinach), tout ce qui se rapporte à la 
chasse en général, légende, histoire, place dans la vie et dans l'art; 
Il (J. Lafaye), les spectacles de chasse dans les jeux de l'amphi- 
théâtre; paragraphe complété, par le même auteur, au mot Venator, 
en ce qui touche les bestiaires. — Yenejicium (Ch. Lécrivain) : les 
divi de [luisons; législation relative à l'empoisonnement. 

— Venli (l\. Lanlicr; : les dieux des vents, dans le culte, la littérature 
et l'art. — Venus il.. Sérham la dresse de l'amour dans le monde 
;m< i.ri, Ihmii lojet, traité un peu trop avec une austérité d'inventaire. 

— I ivain): les peines corporelle». l'eru, Verutnrn 

(Ad. Reinach), ce qui perce ! I le broche n l'arme de jet Keiteet 

Vestniis (.1. \. Hild) : la divinité du foyer et l'institution des 



CHRONIQUE DES ÉTUDES ANCIENNES 23£» 

— Vestibulum (V. Ghapot) : complément à l'article Domus. — Vestis 
(A. Boulanger) : le vêtement, au civil et au militaire; étude d'ensem- 
ble, renvoyant aux points spéciaux. — Veteranus (J. B. Mispoulet) : 
le soldat libéré, sa condition, ses privilèges. — Vexillarius (R. Cagnat) 
et Vexillum (Ad. Reinach) : complètent l'article Signa. — Via, en deux 
parties : I (S. Reinach) : la route et la rue clans l'Orient grec; tableau 
à la fois riche, alerte et vivant, un des plus intéressants du fascicule; 
II (M. Besnier) : la voie romaine (l'importance de ce travail est 
indiquée plus haut, p. 2t4). 

D'étape en étape, nous avons suivi la marche de cette grande 
publication (cf. Revue, 1914, p. 3go; 1913, p. 488 et n3; 1912, 
p. 3a8, etc.). On ne saurait trop féliciter les éditeurs de continuer 
leur œuvre, malgré la guerre. Le Dictionnaire des Antiquités grecques 
et romaines approche de son terme. Il aura vu le jour entre les deux 
plus grandes crises qui aient bouleversé notre pays depuis la Révo- 
lution et l'Empire. Ses laborieux débuts sont impliqués en effet dans 
les désastres de 1870'. Son achèvement coïncidera sans doute avec 
la paix future. Il aura de la sorte, entre la défaite et la revanche, non 
seulement attesté pour sa part l'esprit de vitalité de la race française, 
mais préludé à d'autres entreprises similaires qui naîtront de la 
victoire et nous libéreront de l'oppressant tribut germanique. 

Georges RADET. 

Jean Astruc et l'ancienne école critique française. — Il n'y a pas, 
en matière d'exégèse biblique, d'élément plus célèbre que la distinction 
faite entre le récit de l'Élohiste et le récit du Jahvéiste 3 . Il serait assez 
intéressant de rappeler à quel moment cette distinction est entrée 
dans la science critique. Un ami, notre collaborateur M. Puech, 
m'ayant conseillé de regarder chez Astruc, j'ai consulté l'œuvre, 
aujourd'hui si oubliée, du savant médecin languedocien. Et, en effet, 
la distinction s'y trouve tout au long et très nettement exposée. 
[Jean Astruc], Conjectures sur les mémoires originaux dont il paroit 
que Moyse s'est servi pour composer le livre de la Genèse, Bruxelles, 
1753, p. i3 : «Le livre de la Genèse est formé de deux ou trois 
mémoires, joints et cousus ensemble, dont les auteurs avaient 
toujours donné chacun à Dieu le mesme nom, mais chacun un nom 
différent, l'un celui d'Élohim et l'autre celui de Jéhovah. » Suit la 
comparaison synoptique 3 . — D'ailleurs, Astruc n'en tire pas argument 
contre l'unité de la Genèse : Moïse aura coordonné les deux docu- 



1. Voir la page 6 de la Xotice sur Edmond Saglio, encartée dans le 46' fascicule 
(cf. Revue, 191 3, p. 3a8). 

a. En dernier lieu, Edouard Xaville, Archéologie de l'Ancien Testament, p. 6C-67. 

3. Au surplus, Astruc reconnaît que ce double récit fut déjà soupçonné par les 
plus anci«ns Pères de l'Eglise. 



236 REVUS DES ÉTUDES ANCIENNES 

ments. Voyez p. 467 : « Réfutation des conséquences que Spinoza 
prétend tirer du désordre apparent de la Genèse pour avancer que 
Ifoyse n'en est pas l'auteur. » La méthode d'Astruc était, en effet, 
tout le contraire de la « méthode destructive » ». — Cet Astruc fut un 
savant plein de hardiesse et de finesse, sans parler de sa valeur morale, 
qui paraît fort grande. Je n'ai évidemment pas lu ses traités médicaux, 
qui lui causèrent tant d'ennuis. Mais ses mémoires sur l'histoire 
naturelle du Languedoc m'ont fort attaché, ingénieux et remplis de 
détails utiles à l'histoire de notre plus lointain passée : il connaissait 
fort bien ses textes et il les interprétait par la claire vision des choses 
contemporaines. — Je ne sais s'il a paru un travail d'ensemble sur 
Astruc; il le mériterait. En tout cas, son nom et son œuvre doivent 
être rappelés pour ne pas laisser prescrire les droits de la critique 
française. 

C. JULLIAN. 

Les Géorgiques de M. Lejay. — En ces temps où le devoir s'impose 
à nos éditeurs, à nos érudits, à nos professeurs, de reconstituer le 
patrimoine scientifique et pédagogique de la France, nous saluons 
avec joie l'apparition des Géorgiques de M. Paul Lejay (Paris, Hachette, 
in- la de a38 pages). Tout est là réuni pour faire une heureuse concur- 
rence à la collection Wcidmann, par exemple : l'introduction, le 
commentaire critique, l'annotation et le texte. Cf. ici-même, p. 222-225. 

C. J. 



1. J'emploie l'expression dont se sert M. Fueter (Histoire de l'Historiographie 
moderne, trad. Jeanmaire, Paris, Alcan, 191 4), p. 58i ; cf. p. 706, à propos de Niebufar, 
«critique destructeur ». Recommandons en passant ce livre, qui, malgré dos défauts, 
peut rendre de très grands services. — Je rappelle à dessein cette méthode et Astruc 
parce que, à la manière dont on le cite d'ordinaire dans les manuels d'histoire 
biblique, on peut être tenté de voir en lui un précurseur de cette méthode, la vérité 
est juste dans le contraire. Astruc est un précurseur de Naville, et son livre 
écrit pour combattre ceux qu'il appelle « les esprits forts», Spinoza, lUcliard Simon, 
llobbes, Jean Le Clerc (en partie), et aussi, bien inférieur à toua ceui là, l'extraor- 
dinaire Lapeyrère « le préadamite », qui était un érudit dans le genre de Gobineau, 
et auquel on a, je crois, essayé de faire un certain succès eu Allemagne. Voyez, par 
exemple, Astruc, p. (58 et s. : « Qu'Etdral n'a pas pu être >• l'auteur du Pentateuque, 

<( ni le sacrificateur Israélite envoyé è Bamariepar Salmar ubliOns pas, en 

ftflét, que cette hypothèse d'1 Miras est peut-être la plui \ ieille qu'on ait faite dans la 
critique du Pentateuque. 

a. Cf. Histoire de lu ('mule, t. Il, p. soi, 



vdn Î9i5. 



ar -Gérant 1; \hi 1 . 



Bordeaux. — Imptiim 



ÉTUDES D'HISTOIRE HELLÉNISTIQUE 



A la mémoire de mon ami Gabriel Leroux, 
tué à l'ennemi le 9 juin Î915. 



i\on ego firmus in hoc ; non haec palicnlia nostro 
injenio... 

Tiblll., III, a. 



I. AYSIAS «JMAOMHAOT. 

Dans un important travail, publié il y a peu d'années 1 , 
Ad. Wilhelm a fait voir : que <ï>'.X:y.v,;; Aucfou, donateur du 
Didymeion dans la « deuxième moitié » ou vers la « fin » 
du 11 e siècle avant notre ère 3 , était un « dynaste » ou 
prince souverain de la Petite-Asie; qu'il le faut probable- 
ment identifier avec le dynaste Philomélos, que Polvbe 
nous montre 3 , en 189, lors de l'expédition de Gn. Man- 
lius chez les Galates, venant en aide aux Termessiens et 
faisant pour eux la guerre aux habitants dlsinda; qu'en 
tout cas, le père du Philomélos nommé par Polybe devait 
être le dynaste Lysias (peut-être identique au AuoocvCaç de 



1. Ad. Wilhelm, Xeue Beitr. zur griech. Inschriftenkunde (Sit:.-Ber. der Wien. 
Akad. 191 1, t. 166), I, 48 et suiv. (Kleinasialische Dynasten). 

3. B. Haussoullier, Études sur Afilet, aoS, n°7 : — ; ecvifapuv «D'.'/ôuv.o; A[v]<r;ov 
Çtvy-*] f ( tiiovrxà -vi-.i y.x: rouç £[o":a).] |u.=vou; ir\ Tr; tovtuv 6epxr:£!0(; I xvôpa; tbv 
àptOjxb/ r.l-i-.i. — Cf. ibid. 3&1, et, pour la date, ai3. Comme le fait observer Ad. 
Wilhelm (j'6id. 64), cette date (d'ailleurs beaucoup trop vague) ne peut, en l'absence 
de toute démonstration, être acceptée que sous d'expresses réserves. Il serait urgent 
de la vérifier et île la préciser. Jusque-là on ne pourra savoir s'il y a lieu ou non de 
distinguer le <I):>.6ur/o; Avofou de Didyma du <ln>.ôu.r,>.o; de Polybe. 

3. Polyb. XXI, 35, a. — Dans ces Éludes, je cite toujours Polybe d'après l'édition 
de Bùttner-Wobst. 

A FB., IV Sciue. — Bcv. El. anc., XVII, 191 3, i. 17 



2.38 IIKMK DBS III DES ANCIENNES 

Polybe, V, go, i '), que mentionnent deux inscriptions triom- 
phales d'Altaï»- I" r , et qui, allié de Sélcukos III Soter, fut vaincu 
par le roi de Pergame entre 226 et 223, en même temps que 
les «stratèges de Scleukos» 2 ; que l'importante ville de 
Philomélion et celle de Lysias, situées l'une et l'autre dans la 
Grande-Phrygie, eurent ces princes (ou des princes homonymes 
de la même famille) pour fondateurs 3 ; et qu'on peut ainsi 
localiser au cœur du pays phrygien le siège de leur Suvxoreta*. 

Une inscription de Delphes, depuis longtemps connue, 
confirme et complète de la façon la plus heureuse les obser- 
vations de Ad. Wilhelm; elle nous offre, dans des conditions 
plus instructives encore que celle de Didyma, les noms de 
Auawfç et de $tX6;i.r < Xoç étroitement unis. 

Sur le « cippe » ou « pilier quadrangulaire » découvert à 
Delphes, qui porte le décret par lequel les Delphiens reconnu- 
rent, à la demande de Séleukos II, YxrStJ.% de la ville de Smyrne 
et du sanctuaire d'Aphrodite Stratonikis 5 , sont gravées, au- 
dessous de ce décret, trois autres inscriptions qui se succèdent 
de haut en bas dans l'ordre suivant : 

2 ) Décret conférant la proxénie à Athénodotos, fils de Théo- 
dotos, citoyen d'Antioche-du-Kydnos (arch. Aristion) 6 ; 

3°) Résumé d'un décret accordant la -pzy.xniix aux Smyrniens 
(arch. Damotimos; r r semestre) 7 ; 

1. Th. Reinach avait ou la même idée. Il proposait (Revue critique, 1807, 
note) de lire, «dans l'inscription n* 35 de Pergame \— Or. gr. inscr. 272], 
A'ja[a-/i'xv], au lieu de koô< \uofte*] ». Mata l'inscription Or. gr. inscr. 277 port.' 
clairement A|u]<jïav. 

2. Diltenberger, Or. gr. inscr. 272; 277. Cf., en dernier lieu, 0, Cardinal!, Hegno. 
di Pergamo, 2 «j , 1 ; Stlhelin, Qtteh, îer Ideinns. QalaUr*, 28-29. C'est à SULhelio que 
revient le mérite d'avoir reconnu que Lysiai était un adynaate» d'Asie (ibid, 29). 
Cf. Nieee, Ùetoh. Il, 160, 5, On ne voit paa bien pourquoi, dans sa récente Hittoi 
séleucides (II, 5G7), M. Bouche Leoteroq fait de Lyaiaa an simple n chef de bande 
Indépendant», et le déclare << hypothétique » \?\ — quoique son nom se s. il 
conservé entièrement, ;'• ta réserve d'une seule lettre, dans Or. gr. inscr 

I w llhelm, H'i'l. 5i, 5j-58. 

.! lei Swderai <le la Petite taie vei ■ la lin du iu* siècle, \d. Wilhelm renvoie 
m testa connu de Polybe, \ , go, 1 : cf. aussi \ . I&, 7. Dei Svvâtrrat sont encore men« 
tonnés, com no y l'indique plua loin, dans le a marbre d'Oxford d (Or. gr. inscr. 329, 
I, I. n). 

1 l .".in: n,,- iiv .n-i ColliU-Baunaek, S0DI f 1788 ■■Michel, 

3 d8 — <)r. gr. inacf, 228. A la I. s, lire gflU toc/ «irpliov) eKaYyiXXïxai àr.oôiôitiv 

laueaoullier, afil lia, Conirib. alla storiu deW Imp. StleiK 

dans les Atti. <i l; \r,-„,{..ii Tortno, < 

tlita Baunacà, v t 

C<dlit7.-Maiuinrk, ■>•; 



ÉTUDES D'HISTOIRE HELLÉNISTIQUE a3g 

4") Décret nommant évergète et proxène Auorfaç <£•./.: ;/. r, >.: u 
MzxsSwv (arch. Damotimos; 2 e semestre) '. J'en reproduis 
seulement les considérants (1. 3-6): bcet$J] Auertoç $(Xop;^Xou 
Moxs&n SurceXe? t:z te xott tom Beau xâù tc Eepov eùaeôé&w y.x\ [x]J« 
jcsAet xcsvôr jwk toîç rrcuYX^vôvrotç set xaO lîfav [w»J | AeXfûv 
9'.).a/);(ô-oj; yzivxvizz /.-:"/.. Ils suffisent à montrer que Lysias, 
fils de Philomélos, était un bienfaiteur du sanctuaire 
pythique % comme, plus tard, Philomélos, fils de Lysias. 
le fut du Didymeion. 

J'ai souvenance que, lorsque le regretté L. Couve publia ces 
documents en 189^, il me vint à l'esprit que AuoCorç ^iXojxtqXcj 
pouvait ne point différer du personnage homonyme, adversaire 
malheureux d'Attale. que les habiles retouches apportées 
par H. Gabier 3 à deux inscriptions de Pergame avaient tout 
récemment signalé à l'attention. Il semblait naturel, en effet, 
que le dernier 4 des quatre décrets que les Delphiens avaient 
pris soin de réunir sur le même monument fût par son objet 
analogue aux trois autres 5 , et qu'il eût comme eux rapport 
à l'Asie grecque; si bien que c'est en Asie qu'on était 
d'instinct porté à chercher Lysias. Le fait qu'il s'intitulait 
yix/.ilbr) — encore qu'on ait parfois tiré de là des conclusions 
singulières — n'était point assurément pour contredire à cette 
hypothèse : les Séleucides eux-mêmes, comme les Antigonides 
et les Lagides. n'avaient-ils point accoutumé de joindre à leur 

1. L. Couve, BCH, 189/i, 329,268 (n* V) = Collitz-Baunack, 2736. 

2. Formulaire très analogue dans le décret en l'honneur de N'ikomédès II et de 
Laodiké, autres évergèles du même sanctuaire (Or. gr. inscr. 3^5), 1. 6 et suiv. : 

Ykù ''jT.t.'ivj; titx.vp.rfim — — xsà [faunXuTOa Aao[ô:xa] £j<tîoû>; o:x/.v. [iv/01 

rvfxxvovri ~ r ,i: m* taàv -/.t'a. 

3. H. Gabier, Erylhrà. i7~48. 

\. Le dernier, si l'on considère l'ordre matériel de succession sur la pierre ; il va 
sans dire que, chronologiquement, c'est le décret pour 'A0r,;ô5oTo; Bîoôôtov (arch. 
Aristion : c. 213 ?) qui est le plus récent des quatre. 

5. La même remarque a été faite par Baunack (ad n. 2733) : « Conformément 
à une coutume ancienne, on a groupé des documents de même sorte sur un monu- 
ment unique : le n. 2734 concerne un 'Avt.o/:-; à~o KvSvov, le n. 2735 les Z;A-jpva ; .<3'.. » 
Comment le décret pour Lysias ferait-il seul exception dans le « groupe » ? 

•>. Dans son étude sur l'Amphiktionie delphique (Die delph. Amphiktionie tu der 
Zcil der aitol Herrschaft), Th. Walek (no, 7) fait cette observation un peu naïve : 
« Dies letztere Dekret [décret pour Lysias] gestattet den Damotimos mit Sicherheit 
in die Zeit 3$5-23y zu fixieren, vveil in der ganzen zweiten Ilulfte des 3. Jahrh. die 
•t in sehr schlechten Beziehungen zu Makedonien gestanden haben. » Évidem- 
ment, il a échappé à Walek que, depuis Alexandre, il se trouvait nombre de Maté» 
doniens hors de la Macédoine. 



a40 HE VI E DES ETUDES ANCIENNES 

nom ce glorieux ethnique 1 , imités en cela par les fonctionnaires 
de leurs monarchies qui étaient originaires de Macédoine 3 : 1 
Toutefois, à l'appui de l'identification que j'imaginais, les argu- 
ments précis me faisaient défaut. Je n'avais pas songé, comme 
Ad. Wilhelm, à rapprocher Philomélion de Philomélos, ni 
Lysios, nom de ville, de Lysias, nom d'homme; et l'on n'avait 
point encore, à cette époque, déterminé avec exactitude la 
date de l'archonte delphien Damotimos 3 . Aujourd'hui, tout 
devient parfaitement clair. 

Les critiques qui ont fait une étude particulière de la chro- 
nologie delphique s'accordent à rapporter à l'année 2/i2 la 
magistrature de Damotimos. En effet, le troisième décret des 
Delphiens (wpoj*avreia de Smyrne), qui est daté de cet archonte, 
appartient certainement à la même année que le premier 
(im>X(a de Smyrne), où sont mentionnées des IlJO-.a qui ne 
peuvent être que celles de i!\i h . C'est donc en 2^2 que les 
Delphiens ont décerné au Macédonien Lysias, fils de Philo- 
mélos, les titres d'évergète et de proxène. 

Il suit de là que Lysias peut être considéré comme le 
contemporain de Séleukos II, lequel naquit entre 265 et 260 
devint roi en 246, et mourut d'accident en 226. Par suite, 
l'identification avec l'allié de Séleukos III (226-223) ne soulrvc 
aucune difficulté chronologique. — D'autre part, il est évident 
que Lysias, fils de Philomélos, est un des ascendants du dynaste 
asiatique Philomélos, fils de Lysias, nommé dans l'inscription 
de Didyma; c'est ou son père ou son bisaïeul, selon la date plus 
ou moins tardive qu'il convient d'assigner à cette inscription^. 
— Ht ce qui ne paraît pas moins sûr, c'est que. en raison de 
l'époque où il vécut, Lysias fut le père du dynaste Philonudos, 
retrouvé par Ad. Wilhelm chez Polybe, — que celui-ci 
soit identique au Philomélos, fils de Lysias, bienfaiteur du 

1. Voir les exemples épigrapniquei réunll par W. \\ . Tarn, Journ. Hell. stud. 
1909, a68-i6g. 

Bip., par example, li dédicace du stratège ou mis (sur c 

ige, Cf. A'I. Williclin, Il «71. Stad. 1907, ll-li) : Or» gr. inscr. a3;>, Il : EtC&C 

1 Baui t encore flotter oelte date entra a8o et too. 

II. PoOQtOW, Drlph. t Jtrunuliigie, 9, 17, II; OÔU, <jfl. An:. IQlS, Igl ; 
I de Sanctis, Contribua etc. 817. 
B. ci a.i Wtlhalca, Utid. :>4. 



ETUDES D HISTOIRE HELLENISTIQUE 241 

Didymeion, ou qu'il en soit l'aïeul. En conséquence, il est 
infiniment probable que Lysias, fils de Philomélos, fut, lui 
aussi, un prince de la Petite-Asie, — ce qui était le cas du 
Lysias des inscriptions de Pergame. Et, dès lors, on peut 
tenir pour établi que les deux Lysias ne sont, comme lavait 
conjecturé Ad. W ilhelm, qu'une même personne. 

Nous connaissons donc au moins trois, et peut-être cinq 
générations de « Philomélides ». Si l'inscription de Didyma 
où parait <!>•./.; j.y;/.:; Auofoti n'est pas ou n'est qu'à peine posté- 
rieure à l'année i5o, on aura : 

«P.Xiy.y;"/.:; I (inscr. de Delphes : SGDI, 2;36j 

I 
\j7 ! .xç (Id.; ann. 242) 

I 

<ï>'.}.:y.Yf/.:ç II (Pol. XXI. 35, 2; ann. 189; inscr. 

de Didyma : Milet, 208, n° 7) 1 

Mais s'il est nécessaire de faire descendre la même inscrip- 
tion jusqu'aux approches de l'année 100, le ( V:\ij.r~/.z; /Vuofou 
qui s'y trouve nommé appartiendra à la cinquième génération 
issue de Philomélos I; et l'on aura : 

$tXé|M]Xoç I (inscr. de Delphes) 

I 
Auofotç I (Id.; ann. 242) 

f 
*t3^Xoç II (Pol. XXI, 35, 2; ann. 189) 

I 

[ÀUO&EC II] 

I 

«p-./.cy.y,:: III (inscr. de Didyma.) 

Dans le passé de cette famille, peut-on remonter plus haut 
que celui que nous appelons ici Philomélos I? 

1. Noter que, dans l'hypothèse ici présentée, Philomélos II aurait été passablement 
lorsqu'il lit sa donation au Di.lymcion ; il aurait eu pour le moins quelque 
70 ans. Cf. Ad. Wilhelm. ibid J|. 



ll\2 REVUE DES ÉTUDES ANCIETWES 

Le fait qu'elle était d'origine macédonienne est digne 
d'attention. Elle se rattachait vraisemblablement à quelqu'un 
des compagnons de Séleukos Nikator; et c'est le lieu de se 
souvenir que celui-ci avait, dans sa dernière guerre contre 
Démétrios, un général, presque certainement macédonien, 
appelé Lysias 1 . Dans ce Lysias je verrais volontiers l'ancêtre 
de Philomélos I a . 

Une autre question, malheureusement insoluble, est de 
savoir à quelle époque les « Philomélides » — ou les « Lysia- 
des » — commencèrent à faire figure de princes souverains. 
On a fait remarquer 3 , et très justement, que l'état de désordre 
créé par la Guerre-des-deux-Frères favorisa l'éclosion,dans les 
diverses parties de l'empire séleucide, de nombreuses « dynas- 
ties » indépendantes. Mais il s'en faut, pourtant, que les princi- 
pautés qui se constituèrent en Asie, au détriment de l'autorité 
royale, aient toutes pris naissance à ce moment. Quelques-unes 
remontaient à des temps bien plus anciens; c'est ce qui 
apparaît assez, sans doute, par l'exemple des Attalides, et c'est 
ce qu'atteste aussi le passage suivant du grand décret de 
Smyrne (Or. gr. inscr. 229, I, 1. 11): sypaùsv [Seleucus II j il xaù 
-pz: toÙç jia-'.AET; v.r. ::j: BuvâsTaç XOt Taç T.ilv.ç xat xi EOvty XtX. 
Manifestement, les « dynastes » d'Asie 4 , dont Séleukos II, tout 
au début de son règne, reconnaissait officiellement 5 l'existence 
et qu'il traitait en souverains, ne devaient rien à la Guerre 
des-deux-Frères; ils avaient acquis leur indépendance dès la 
première moitié du n e siècle. Tel put être aussi le cas des 

1. Polyaen. IV, 9, 5 (à rapprocher de Plut. Demetr. 4g): — ïitz^t (Seleuius| 
Vvofav ai-a xoXX&v Maxîôoviov èjti Ta ô'pY) xtX. Textes signalas par Ad. \\ illielin, 
ibid. f>i . 

a. Onestt' temanderal Lysias, l'ambassadeur d'Antiochos [II, el 

(peut-être identique au pi I qui kntlochoi Êpiphaoès OOOfia la régence da 

l'empire et la tutelle de son lils, D'appartooaienl pas I la même famille. La CbOM 
n'a rien d'impossible, mais les preuves manquant. 

3. n CI \<i. Wilhelm, fMd. 5a. 

!,. liien antendu, les ôv/àiTai auxquels s'adressait Séleukos 110 résidaient pas tous 
en Asie, mais ils y résidaient peur la plupart. BOfl d'Asie, il 0» pOUVa.il 

trouver di- Kdynaatesa qu'an Athamanie(p), en [llyrietenThraoeetdans lesconti 

I el I l'Es! da ri iimii 1 1 . pai exemple, Polyb \\n. iA, ... wiv, 
rralsemblable que Séleukos ait recommandé sa bonne villa 
.•1 irei trop étranfers I l'hellénisme, 
^r la date do réécrit da Séleukos 11 en faveur <!<• Smyrn<*. \..ir. i>u dernier 

Contributi etc. B17. Le reai rll est ■!-■ 

l'innN j4'i ou ù très DOU près. 



ÉTUDES D'HISTOIRE HELLENISTIQUE 2^3 

« Lysiades ». Nous n'avons, ce semble, nul motif décisif de 
regarder Lysias, l'allié de Séleukos III, comme le fondateur 
du petit État dont ^iAo^Xiom et A.uoiaç, ainsi que l'a reconnu 
Ad. Wilhelm," furent les chefs lieux. Et c'est pourquoi l'origine 
de ces deux cités demeure entourée de mystère 1 ... 

(A suivre.) Maurice HOLLEALX. 

Versailles. 



i. Ad. Wilhelm ibid. 5a-53) montre d'ailleurs par de très bonnes raisons que 
Pliilomélion semble n'èlre devenue une ville florissante que lors de l'apogée de la 
monarchie attalide, c'est-à-dire après 188. 



VIKGILE MAITRE D'ENERGIE 



La sensibilité virgilienne est proverbiale, il serait puéril 
de chercher à en démontrer l'existence, la valeur poétique ou 
humaine, les nuances exquises; on sait d'autre part comme il 
s'est appliqué à l'étude de la philosophie, des sciences les 
plus diverses, et comme il a mérité d'être qualifié « le plus 
moderne des anciens, s'il a vraiment laissé tomber de sa 
bouche cette parole que le scoliaste nous a transmise : On se 
lasse de tout, excepté de comprendre » ». 

Mais il semble bien que tout ce qu'on a décerné d'éloges au 
Virgile sensible et intellectuel ait fait tort dans l'opinion des 
hommes au Virgile admirateur et panégyriste de la volonté. 
On a dit, non sans raison, qu'il n'était pas un caractère et 
qu'il supporta des choses que tel autre n'aurait jamais accep- 
tées; volontiers, on le placerait à cet égard entre son ami 
Horace, à l'échiné moins souple, et le bien pauvre homme 
que fut Ovide, plus pr.ès de celui-ci peut-être. Un excès de 
sensibilité l'aurait rendu peu résistant; l'abus du savoir aurait 
fait de lui un dilettante, rebelle à l'indignation, trop prompt 
accommoder de tout. La justice lui lut chère sans doute, 
puisqu'il aurait refusé les biens d'un proscrit, soutenu devant 
Auguste <pie l'équité fixe la fortune et que tous \ uni droit, 
enfin défini en fonction de cette vertu le principe de la morale 
éternelle Discite justitiam moniti... ». Iprès quoi, son 
biographe nous le montre soutenant l'émiiieiile utilité pra- 
tique de la patience : a l'as de rexers de fortune, aurait-il dit, 

donl une patience avisée ne permette de triompher : \ incends 



i i' Bout i* piyehologie contemporain», k propot de ÏLtMn, L'tneodoU 

rutllU (iiirlim, ;.'( : \l \t.i. | . Ml Quld, iin|iiil. ViTjfili, MUeUUOD 

bontiol ii Omnium rtrum, Inqull liludo |ul mullUudo »lo- 



VIRGILE MAITRE D'ÉNERGIE 2^5 

omnis fortuna ferendo est 1 . » Ce n'est pas là, du moins au pre- 
mier aspect, une attitude bien héroïque; une telle sagesse 
confine à celle de Sancho Pança plus qu'à l'autre; et, de 
quelque façon qu'on la définisse ou qu'on l'envisage, la rési- 
gnation, qui n'est jamais un beau geste, ressemble trop à 
l'abdication pour être à nos yeux une attitude virile, une 
conduite à recommander ou à généraliser. 

Toutefois, résignation n'est pas le mot et, pour éviter toute 
équivoque, ce n'est même pas patience, mais endurance qu'il 
faut dire. Or, endurer est la première des vertus stoïciennes, 
et la doctrine de Zenon ne fut jamais, que l'on sache, mai- 
tresse de lâcheté. Il se peut donc que Virgile, dont l'humeur 
répugnait aux gestes tapageurs, à ces protestations bruyantes 
que Tacite un jour devait blâmer formellement, ait mérité par 
avance le magnifique éloge d'un historien peu suspect : « Non 
contumacia neque inani jactatione libertatis famam fatumque 
provocabat », et montré déjà la possibilité de vivre, sans 
déchoir, auprès d'un maître, prouvant de lui-même que «obse- 
quium ac modestiam, si industria ac vigor adsint, eo laudis 
escendere quo plerique per abrupta, sed in nulhim rei publicae 
usum, ambitiosa morte inclaruerunt » 2 . Là encore, cepen- 
dant, nous n'insisterons pas : tous ne s'accommoderaient pas 
de ce ralliement patriotique, généralement avantageux à qui 
supporte de s'y asservir; disons aussi qu'à juger Virgile d'après 
ses biographes, on se risquerait sur un terrain peu sûr. 

Notre intention est ici d'examiner, en fait d'énergie, non 
ce que Virgile en personne a bien pu faire, mais ce qu'il a 
recommandé dans ses poèmes, ce que ses héros ont proclamé 
ou prêché d'exemple. S'est-il conduit comme eux? s'y est-il 
du moins appliqué? a-t-il dû regretter, comme la Médée des 
Métamorphoses, de ne pouvoir les imiter et les a-t-il chantés 
faute de pouvoir les suivre? C'est une question de bien peu 
d'importance à côté de celle-ci : les œuvres de Virgile étant 
ce qu'elles sont, quelle moralité s'en dégage? quel idéal de 
conduite y est exalté? quelle est la qualité première de son 

i. Donatus audits, j3, 73, 7 
2. Tacite, Agricola, \i. 



a/^6 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

homme ou de son surhomme? Horace a cru pouvoir examiner 
sous ce point de vue les épopées homériques 1 : c'est dire que 
la question peut être posée. Déclarons tout de suite que cette 
rirlus, qui définit le vir* et le caractérise, ne peut être elle- 
même définie que par une étude attentive, un recueil métho- 
dique des indications éparses ou plutôt répandues d'un hout 
à l'autre des chefs-d'œuvre virgiliens. Les circonstances nous 
y ont encouragé, sans doute, et nous avons eu conscience, 
dans ces recherches, de ne rien oublier du présent; le pro- 
blème, toutefois, dépasse la crise actuelle et la domine d'assez 
haut pour nous permettre de conserver ici l'impartialité et le 
désintéressement nécessaires. 



i . Essence et objet de l'énergie. 

La nature de l'énergie qui caractérise la virlus apparaît clai- 
rement dans l'exemple des ancêtres, que confirmera pour nos 
descendants l'exemple même que nous aurons laissé. L'huma- 
nité, dans son passé et dans son présent comme dans s<>n 
avenir, forme une chaîne ininterrompue, solidaire dans ses 
parties diverses, dont nulle philosophie ancienne ne mécon 
nut l'autorité et qui fut le premier, l'unique dogme peut-être 
des croyances antiques. S'agit-il du Messie inconnu de la 
IV Églogue? 

At simul heroum laudes et l'aria paivnlis 

jani Ictère, et quac s'il poteria cognoscere virlus (v. aô- 

l'histoire ancestrale dispense de toute définition formelle. 

Niii^t ans plus tard, au terme <l<- L'activité du poète, Les 
suprêmes avis d'Énéeà son (ils sont formulés dans le même 

i it : 

Tu facito, moi cura matura adoleveril .nias. 

i le anima repetentem exempts tuorum 

<i pain Enesi <'t amncului excitai Hector < En \n. 

i II ..rj. ■ l'élit. I. il. 

3. Gli il. ivni, ', ; ■ kppallata Ml •nlm ;• vlro ulrtus, ^m lutom pro« 



VIRGILE MAITRE D'ÉNERGIE 2^7 

Énée est modeste; il ne se donne pas comme l'unique modèle: 
il semble avouer que certaines vertus, certains aspects des 
vertus d'Hector lui ont manqué, et déclarer qu'un héros par- 
fait ne saurait se régler sur l'exemple d'un seul ancêtre; mais 
cette modestie n'exclut pas une légitime fierté. 

Nous reviendrons sur ce testament en six vers, quintessence 
de tout un poème; notons cependant que le premier vers, sous 
son apparence abstraite et un peu vague, pourrait bien être 
une définition: 

Disce. puer, virtutem ex me verumque laborem (v. 435). 

Ne serions-nous pas ici, comme plus haut (Ecl. IV, 27), en 
présence d'une hendiadyin, la figure qui est avec l'hypal- 
lage la plus familière à Virgile? Verus labor ne serait-il pas 
l'explication, non le complément, du mot virtus? Qu'est-ce à 
dire? d'abord, que l'activité est comportée par la virtus; mais 
il ne s'agit pas de cette énergie stendhalienne qui porte en 
soi toute sa moralité. Une épithète la définit, qui est de capi- 
tale importance et ne dément pas le justitiam moniti: verus en 
effet, comme si le bien seul était la vérité, signifie équitable et 
non pas seulement exact 1 . La virtus serait-elle donc l'activité 
saine, l'énergie mise au service de la justice? On ne saurait 
concevoir en tout cas une plus noble interprétation que celle 
de la sincérité et de l'équité dans l'effort. 

Quant à l'objet propre de cet effort, aucun ancien n'a 
dissimulé que c'était la gloire, prix de l'action, la gloire qui 
prolonge dans l'indéfinie durée de ce monde la vie si courte 
attribuée à chacun de nous. Après Cicéron 2 , après Salluste 3 , 
Virgile à son tour proclame par la voix du maître des dieux : 

... Famam extendere factis 
Hoc virtutis opus (.En. X. 468-9), 

et, comme il vient d'être dit que le destin est immuable, 
l'heure fatale inéluctable et proche, nous soupçonnons déjà 

1. César, B. G. IV, 8, 2 : « Neque verum esse, qui suos fines tueri non polueriut, 
alienos occupare. » 

j. Clcéron, pro Archia, XI, î8 : « N'ullam enim virtus aliam mercedem laborum 
perii ulorumque desiderat praeter banc lamlis et gloriae. » 

3. Salluste, Cit. I, ' ( : « Virtus clara aeternaque h&betur, a etc. 



2^8 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

que l'essentielle vertu de l'homme sera comme une revanche 
sur la destinée 1 , tandis que la passion illimitée de la gloire, 
jointe à l'amour de la patrie 3 , est assurée de l'indulgence et 
de la sympathie du poète. La constatation devient précepte 
dans la bouche d'Anchise catéchisant Énée : 

Et dubitamus adhuc virtutem cxtendere factis (.En. VI, 828)? 

Dans son extrême concision, la phrase est parfaitement claire : 
l'action est à la base de toute virlus, la gloire en est la fin; 
l'est la vie prolongée sur terre, sinon encore la vie éternelle 
dans l'autre monde. Mais quoi? ne trouve-ton pas dans les 
Champs Elysées tous ceux dont les services ont immortalisé les 
noms, 

Quique sui memores alios fecere merendo (/En. VI, 664)? 

11 n'est pas bien surprenant que les dieux, à leur tour, récom- 
pensent l'énergie vertueuse, puisque Jupiter lui-même en a fait 
le privilège de l'humanité. 



2. Origine première de l'énergie. 

C'est Jupiter en effet qui a, non pas enseigné ou suggéré, 
mais imposé aux hommes la pratique de l'énergie; — et cela, 
non pas en punition d'une faute originelle ni comme une 
épreuve en vue d'une existence ultra-terrestre, mais par bonté 
pure pour l'espèce humaine; de lui-même, en nous faisant 
éprouver le besoin, usus, il a rendu notre existence laborieuse. 
active, industrieuse, développé les intelligences jusque là rudi 
mentaires; notre espèce est devenue capable de tout : 

Pater ipse cotondJ 
haud r.iciieni mm dam votait, primtuqua par irtem 
Munit agrofl caria ûcueiû mortallt corda 

lice ti>r|H'ir _l.i\i DMMM |U1 PCI 11.1 VOtenU) dV". I. ISI '|l. 

1. Cf, Sa 1 1 liste -, 1 ! mis videtur quoDiann vili i|is.i qui rruimui 

brevli p»t, iik-tiioi i.iui iMtsit 1 ipi.i m muume 1 • » r ■ •. » 

■H .1 pitriM laudumqui In nM oupldo. » 



VIRGILE MAITRE D'ÉNERGIE 2^9 

C'est là, tout ensemble, une mythologie de l'effort et une 
action de grâces : le dieu nous a traités en père, il a voulu 
expressément; ses prédécesseurs, au rebours, avaient laissé 
croupir l'homme dans un état manifestement inférieur. Ars 
désigne une activité intelligente; les soucis nous améliorent, 
nous affinent, nous arrachent à la léthargie d'une existence 
trop facile. Telle fut l'œuvre d'une Providence consciente, 
bienveillante et sage par-dessus tout. 

Faut-il insister maintenant sur la vie végétative du clas- 
sique âge d'or? pas de cultures, ni de civilisation; une exis- 
tence abêtie d'êtres alimentés par les fruits spontanés de la 
terre, comme des animaux qui broutent l'herbe ou des para- 
sites vivant sans effort sur le travail d'autrui : leur intelli- 
gence demeurait proportionnée à leurs exigences de mangeurs 
de glands. C'est Jupiter qui, par la création de dangers incon- 
nus d'abord, par la suppression des productions d'un sol non 
cultivé, fit naître le besoin; de là, grâce au travail, devait 
se dégager le progrès laborieux mais sûr de l'intelligence 
humaine, 

ut varias usus meditando extunderet artes 
paulatim (Geo. I, i33-4). 

Notons bien que ut ici présente un sens final et non pas seule- 
ment consécutif: c'est l'expression de la volonté, pater ipse 
volait, définie plus haut. Grâce au besoin providentiellement 
imposé, l'homme apprit à s'ingénier de mille manières: à 
l'effort illimité, improbus. répondirent des succès proportion- 
nés : labor omnia vicit, et c'est à la détresse et à ses nécessités 
qu'il convient d'en savoir gré. 

Cela dit, on retombe dans la convention avec les vers sui- 
vants; mais le vigoureux effort du développement qui précède 
ne sera pas perdu. Nous le retrouverons çà et là, soit explici- 
tement manifesté, soit à l'état de principe mystérieux : la 
masse des légendes pieuses est vivifiée par cette étincelle, et 
peu importe qu'entre temps le poète s'oublie au point d'iden- 
tifier la vie agricole à l'âge d'or 1 . Peu importe encore que, 

i. Georg. II, 460, 538, etc. 



230 HK\ M l'h I II Ml v XM'.II n [ 

fidèle à la religion des Romains, il dresse devant le vestibule 
infernal Kgestas et Labos, qualifiant la Faim de mauvaise 
conseillère, le Jîcsoin de fléau dégradant» : il n'est pas si 
simple de faire entrer de la philosophie dans le cadre théo- 
logique et surtout de l'y maintenir! Qu'importe? en vers 
dignes de celui qui put connaître les Causes, égaux à ceux de 
Lucrèce par la pensée et supérieurs par l'harmonie, Virgile 
nous a révélé sa foi : si l'homme par la virtus est devenu le 
roi de la création, il le doit à l'effort issu de ce besoin dont le 
gratifia la Providence : l'expulsion du paradis païen de l'âge 
d'or demeure, pour l'humanité, le suprême bienfait des dieux. 
Sans sortir encore des Géorgiqaes, n'est-ce pas l'incessanl 
travail qui béatifie l'exil du vieillard tarentin? n'est-ce pas 
avec fierté plutôt que Virgile décrit la tâche sans répit du viti- 
culteur? Donc, il faut bénir la loi du travail ; à elle seule, 
guidée par la justice, les hommes doivent leurs progrès, Rome 
surtout doit l'éclat de son empire : 

Sic... rerum fada est pulcherrima lloma (Geo. II, 534). 

Mais cette illustration des causes de la grandeur romaine, il 
faut l'examiner dans les systématiques kïxux constitués par 
l' Enéide. La vie d'Enée est toute en efforts soutenus ; rien ne 
le déeourage. Ce Phrygien, prédestiné à la peine, puis à l'im- 
mortalité par le labeur, est un Romain avant la lettre; cel 
ancêtre est modelé sur le type de ses descendants. Défensive 
surtout, offensive quand il le faut, soutenue par la foi, tcll« 
présente dans V Enéide l'énergie que le poète y exalte d'un 
bout à l'autre. 



L'énergie défensive ou endurance. 

Il est aisé da remarquer, el I " < » 1 1 m- l'en <■>! i»a^ fait faute, que 
le héros de V Enéide') manque de relief, d'éclat, de panache; 
explications ni les justifications modernes □ auront fail 
défaut .m poète ancien. Etait ce vraiment bien nécessaii 



VIRGILE MAITRE 'D ÉNERGIE 201 

L'idéal des vieux Romains n'était pas éclatant, celui d'Enée 
pas davantage : 

Disce, puer, virtutem ex me verumque laborem, 
fortunam ex aliis: 

pourquoi serait-il un Achille ou un paladin? « Pendant long- 
temps. Rome avait été une puissance modeste. Elle se méfiait 
de la fortune; elle redoutait la richesse et le luxe; elle résis- 
tait souvent aux circonstances qui la poussaient à agrandir 
son empire. Elle voulait fonder un grand empire ». » Les succès 
d'Enée — et des Romains — seront durables parce qu'ils 
résulteront d'efforts patients, méthodiques et soutenus. Il 
s'agit moins d'avancer que de tenir, moins de frapper que de 
résister, moins d'éblouir que de durer; par là furent des stoï- 
ciens inconscients le Cunctator et ses pareils, car on ne sau- 
rait admettre que celui-là seul ait rétabli les affaires de Rome 
par la temporisation : l'histoire de Tite-Live est pleine de 
malédictions contre les téméraires épris de beaux gestes bientôt 
punis, les Minucius Rufus, les Glaudius Pulcher, les Varron. 
Le premier des moyens propres à l'énergie virile, c'est donc, 
si paradoxal que ce soit, la patience et la résignation voulue. 
Le vieux Nautès, instruit par la Sagesse divine, est l'ennemi 
juré des folies inutiles : 

Quo fata trahant retrahantque sequamur i.LVi. Y, 709); 

pas de résistance au destin : si jamais on en triomphe, c'est 
en suivant ses arrêts, intelligibles ou non, c'est-à-dire presque 
ses fantaisies. On ne rame pas contre la bourrasque : on y 
serait brisé, dit le pilote Palinure : « Superat quoniam fortuna, 
sequamur (V, 22). » Est-ce capitulation 2 ? non; simple tactique, 
mais infaillible dans tous les cas : 

Quicquid erit. superanda omnis fortuna ferendo est { Kn. \, 710;, 

1. Ferrero, discours du n février igi5. Anatole France avait déjà dit: «Le 
triomphe des Romains fut celui de la patience et du bon sens » (Mannequin d'osier, 
p. 8, 1897). Les beaux jeunes gens de V Enéide, Turnus, Lausus, Pallas, Nisus et 
Euryale, sont tous voués à la mort prématurée. 

1. Le danger de cette maxime est, en efTet, dans son équivoque; le vers '19 d' En. X : 
t Et, quacumquc viam dederit Fortuna, sequatur » jette le manche après la cognée; 
la politique de Mettus, prêt à voler au secours de la victoire, s'exprime en terme? 
analogues: «Consilium erat,qua fortuna rem daret, ea inclinare vires (T. Liv.I , tj). a 



202 M'AI E DES ETUDES ANCIENNES 

juste la mise en vers de l'idée favorite du poète, s'il faut en 
croire le Donalus auclus : « Nullam adeo asperam esse fortunam, 
quam prudenler puliendo vir fortis non vincat ' (70) », — au 
lieu (ju'Horace, épicurien, considérait le patience comme un 
simple soulagement (I Od. xxiv, 20). 

Cette adhésion, consciente et volontaire, à l'arrêt des puis- 
sances supérieures, adhésion que Virgile a si souvent recom- 
mandée, se ramène en définitive à la règle que voici : « J'obéis 
aux dieux parce que je le veux », déférence qui ne diminue en 
rien le libre arbitre et paralyse moins l'activité qu'elle ne la 
surexcite : c'est reconnaître après tout que le ciel nous 
contraint moins qu'il ne nous aide. Combien de fois dans 
Y Enéide ne voyons -nous pas l'accord actif de la volonté 
humaine avec la Providence! La race de Saturne, gouvernée 
par Latinus, n'a besoin ni de contrainte ni de lois pour pra- 
tiquer la justice; son libre vouloir suffit, d'accord avec les 
traditions léguées par le dieu venu sur terre 3 . Énée reven- 
dique également l'indépendance de son activité et de son 
respect des arrêts d'en haut : 

Sed mea me virlus et sancta oracula divutn 

. . . fatis egere volenlem (.En. VIII, i3i-3). 

Comment concilier le « Impavidum fericnt ruinae » d'Horace 
avec le « Oracula volentem ducant » de Virgile, sinon par 
l'application incessante et inlassable de son intelligence à 
comprendre la vérité des choses? Si volentem /(dis n'est pas 
une lamentable défaite, un sophisme hypocrite, ne sérail ce 
pis l'acte le plus réellement énergique de l'cspril humain? 
n'cst-il pas à l'antipode même de la veulerie qui tenterait tic- 
i prévaloir, et cette confusion possible n'est-elle pas pour 
lui comme un nouvel élément de grandeur, de noblesse cl 
d'ascétisme? 

La palienUa qui. exigeant l'intervention île l'intelligence. 
D'exclu! pas le volonté, n'exclût pas davantage la sensibilité) 

imiiK'iit.iii. prouverai! iti besoin que mptruada en Impliqua possibilité, 

rnilli'iiuril Obligation murale. 

j. « Sponte nu* w U risque Sel m tt te&entem ■ < ' 1 VT1 



Virgile maithe d'énergie a53 

du moins chez Virgile : grave et heureuse atteinte à l'orthodoxie 
stoïcienne. Énée, qui obéit, n'est pas plus impassible qu'il n'est 
inerte ; ce n'est pas un corps entraîné à la dérive, c'est un nageur 
qui utilise le courant glacial, mais en frissonne par instants. 
Mézence résiste avec l'impassibilité d'un roc 1 ; Enée, lui, 
n'est pas une pierre brute, mais un arbre bien vivant, que la 
douleur éprouve : la sérénité de sa décision est d'autant plus 
méritoire que son cœur est déchiré. La comparaison est une 
des plus belles que Virgile ait jamais détaillées : un vieux 
chêne, solidement enraciné, est battu par les autans des Alpes 
conjurés contre lui; ses branches grincent, le feuillage arra- 
ché jonche le sol, qu'importe? l'arbre tient au roc éternel. 
Ainsi Énée, assailli de paroles suppliantes échos de sa propre 
passion, est douloureusement meurtri, mais sa volonté demeure 
immuable; ses larmes coulent, mais sans effet : 

Mens immota manet. lacrimae volvuntur inanes (.En. IV, 449) a - 

La tendresse et la douceur humaine du héros ne comportent 
d'autre défaillance que les larmes, ces larmes qu'on lui a si 
injustement reprochées, notamment au 1 er chant, devant la 
menace du naufrage; sa conduite nous prouve qu'elles n'éner- 
vent nullement sa volonté, que l'énergie ne perd rien à 
s'humaniser et qu'elle n'y compromet rien de sa force intime 
et irrésistible. 



A- L'énergie offensive. 

Si résister, si tenir bon est le principe de la virtus ordinaire, 
nous n'irons pas soutenir qu'il n'existe aucune circonstance 
où la valeur active, l'esprit d'entreprise et d'audace ne puisse 

i. Kn. X, 693*6. 

3. Il y aurait lieu de comparer le personnage d'Énée avec celui d'Ulysse, qui est 
également patient et résistant, « adversis rerum immersabilis undis » (Horace, II 
Epist. 11, 22). On s'apercevrait bientôt de la complexité plus grande du personnage 
rirgilien, moins simple à définir, d'une fermeté plus nationale en quelque sorte que 
vraiment individuelle, bien personnel toutefois du fait que cette constance est 
tempérée par l'humanité croissante de la philosophie. Son héroïsme est celui d'un 
Curiace : t Encor qu'à mon devoir je coure sans terreur, mon cœur s'en effarouche... 
Ce triste et fier honneur m'émeut sans m'ébranler. » 

Hev. Et. anc. 18 



a54 HF.vi i. DES i il DIS kNCIEH 

et ne doive se manifester. Ferendo est la loi générale, mais 
audcndn a su place dans une épopée comme dans toute vie 
humaine; il faut au besoin savoir agir, aller de l'avant, 
accomplir un exploit, exécuter un tour de force. 

Quand cela!' précisément quand la résignation ne suffit plus. 
Lorsque les maux deviennent tels qu'à les subir on en serait 
accablé, c'est le moment de réagir à tout prix; les moyen* 
ordinaires ne conviennent qu'aux circonstances ordinaires : 
voilà ce que la Sibylle, sa prédiction achevée, recommande 
en vers immortels. 

Tu ne cède malis, sed contra audentior ito 
quam tua te fortuna sinet (.En. VI, 95-6), 

pourrait se traduire ainsi : « Pour ne pas succomber à l'ad- 
versité, tu réagiras au contraire et d'autant plus... » Il est des 
moments où le calme serait néfaste, où sonne l'heure de 
l'héroïque folie : 

Una salus victis nullam sperare salutem (.En. II, 354); 

mais alors la raison semble abdiquer, l'acte de foi est tout 
proche : « Audentes fortuna juvat (/En. X, 284) », osons 
toujours... Le plus beau de ces actes de foi et de folie est 
peut être celui de Turnus qui, ayant à deux reprises affirmé 
l'énergie de sa résignation consciente devant la mort fatale, 
ajoute de sens froid : « Hune sine me furere ante furorem 
(/En. XII, 680);» d'autre part, l'exclamation : « Quainquam 
o!... » exprime par deux fois (J\n. V, Io5 et \l. Ii5) la passion 
d'agir contre toute espérance. 

assurément, l'action héroïque dans Y Enéide, L'exploit propre- 
ment dit, résulte en général d'une exaltation, d'un emportement 
tranchant sur L'ordinaire sérénité qui devait frapper \ . Hugo : 

e m iront calme, aua yeiu pleins de r*y< 

Lfl \ii^il<' ven'in qui dit: « Continuons 1 !» 

dire que lr héros d'action perde la tête en pareil cas? 
istemenl quelque phose fait Ici le charme essentiel, délicat 

|, loir inlrnrurr*. \|.i-- un. Icihur de K.mtr | 



VIRGILE MAITRE d'É>ERGIE a55 

et profond des grands coups d'épée et même des efforts 
désespérés, c'est la conscience nette qui ne cesse jamais de 
régner et de s'affirmer. Tous ces mâles héros savent ce qu'ils 
font et ce qu'ils veulent; un peu plus, ils se regarderaient agir. 
Dans ce chant V de Y Enéide que Montaigne préférait à tous 
les autres, peut-être parce que c'est celui où se déploie le 
plus d'énergie surexcitée, la formule employée est on ne 
peut plus claire : le héros 

Acrior ad pugnam redit ac vim suscitât ira, 
tum pudor incendit vires et conscia virtus (4Ô4-Ô . 

Même conscia virtus chez Turnus (XII. 667-8), en dépit des 
passions exaspérées. Ainsi, et en définitive, c'est la perception 
précise, soit de la situation, soit de ce qu'on vaut soi-même, 
en tout cas la conscience de la vérité qui maintient ses droits 
au voisinage de l'acharnement, de l'ardeur folle, de l'irritation; 
le résultat de cette combinaison heureuse est immédiat : Darès 
y succomberait, si Énée n'arrêtait juste à temps la valeur 
irrésistible d'Entellus'. 

Constamment, dans l'Enéide, une intelligence intérieure ou 
extérieure conserve ce qu'il faut à la passion de calme pour 
aboutir : « Marche et sois tranquille, » dit Junon à Saturne 
(XII, 109) : ce Auctor ego audendi. » Si audere exprime 
l'offensive, s'il est vrai que cette offensive doive être soutenue 
pur une ardeur momentanée ou durable, il demeure que 
l'ardeur est guidée par l'intelligence, chère au poète, et qu'à 
défaut de cet appui, la virtus n'est plus qu'une témérité funeste. 
Cacus ne laisse rien d'inausum scelerisve dolive? c'est que les 
Furies l'ont affolé {/En. VIII, 2o5); le Notumqae forças quid 
femina possit (Y, 6) est demeuré proverbial!' c'est que Virgile, 
assez peu féministe (inutile d'insister), refuse au sexe faible 
la sérénité qui, jusque dans les manifestations de la passion 

1 . Observons en passant que la virtus trouve une récompense assurée, la plus 
haute, dans cette conscience même : t Pulcherrima primum Di moresque dabunt 
restri i En. IX, 304). » Servius écrit à ce propos: « Ciceronis est tractum de philosophia, 
qui Jicit suillcere ad gloriam bene facti consciciitiam » Le fait est que Cicéron, 
Phil. Il, sur, 1 14, avait résumé par avance la théorie virgilienne :<( Etsi enim salis 
in ipsa conscientia pulcherrimi facti fructus erat, tamen mortali immortalitatem 
non arbitror contemnendam. » 




2Ô6 REVl B DES ÉTUDES LH< I1NNËS 

la plus vive, n'abandonna jamais l'homme digne de ce nom : 
c Yaiïum et mutabilc semper l'emina (IV, 669-570). » Virtus est 
le propre du sexe fort, parce que la virtus n'est jamais dénuée 
de conscience et de raison. En regard de l'infortunée Didon 
— que Virgile, d'ailleurs, plaint de toute son âme, parce qu'il 
sait comme elle compatir au malheur — on voit Énée, ccrtus 
cundi (IV, 554), dormir paisiblement à la veille du départ, 
affronter en stoïcien (VI, io5) la perspective de la lutte; 
Turnus (XII, 678-9), Euryale même (IX, 220) sont des modèles 
de fermeté. 

On en vient, c'est recueil, à considérer toute ardeur comme 
suspecte et inquiétante : il semble bien qu'il faille interpréter 
ainsi les vers célèbres de Nisus, anxieux de savoir d'où lui 
vient son entraînement imprévu : 

... Dine hune ardorem mentions addunt, 
Euryale ? — an sua cuiquedeus fit dira cupido | En. I\, i^'i- 

Chacun ne diviniserait-il pas à son gré toule passion irré- 
sistible? Dès qu'on sort de la raison, c'est pour tomber dans 
l'extravagance ou dans le miracle : 

Quis deus Italiain, quae vos demenlia adegit (.En. 1\. <>oi) ? 

La virtus n'a que faire ici. S'il existe des exceptions, ellei 
sont infiniment rares (/En. VI, i3o) et les résultats en sont 
d'ailleurs invraisemblables; mais en général les Romains, non 
plus qa'Énée leur ancêtre, ne perdent leur sérénité qu'au 
moment OÙ, à la conserver, ils auraient du coup perdu la vie. 



"). Le rôle de la foi. 

Défensive on offensive, l'énergie virgilienne est Incessam 
ment soutenue par une double confiance : la fol dans 1rs 
promesses divine-, la i«»i dam la râleur propre «le la viriut; 
oelle là étant bon <le doute, il convient d'insister quelque 
m celle ci. 



VIRGILE MAITRE D'ÉNERGIE 267 

On connaît la lutte, au cinquième chant de Y Enéide, des 
groupes respectifs de Mnesthée et de Cloanthe : Mnesthée, qui 
a peu à peu gagné des rangs, ne voit plus devant lui que le 
seul Cloanthe à dépasser. Un duel acharné s'engage entre 
ceux qui voudraient conquérir la première place et ceux qui, 
l'ayant acquise, s'évertuent à la conserver; les uns s'indignent, 
les autres s'exaltent, hos successus alit. C'est alors que le poète 
signale en eux l'action d'une force qui les aurait peut-être 
amenés au premier rang : 

Hos successus alit : possunt quia posso videntur (V, 23 1 |, 

ils peuvent parce qu'il croient pouvoir, la foi est un appoint 
décisif. 

Telle n'est pas, il est vrai, l'interprétation de Servius : 
« Sperabant victoriam opinione spectantium: ut. Cunctique 
sequentes instigant studiis. » Il sous-entend. comme complé- 
ment de videntur, spectantibus et non sibi, chose qui de fait 
n'est pas impossible, puisque trois vers plus haut Mnesthée 
est présenté comme ayant la faveur du public. Mais, outre 
qu'il n'est pas utile sans doute de revenir si tôt sur une idée 
suffisamment exprimée, ne voyons-nous pas que le poète se 
place au point de vue des héros eux-mêmes? Hos successus 
alit, possunt, etc. Que signifie successus? Servius interprète 
Félicitas 1 , qui est certes, dans son commentaire, le plus 
imprévu des sens, si tant est que la chance est indépendante 
de l'opinion, comme de l'effort et du mérite : Cicéron (de Imp. 
Cn. Pompei, XVI. f \~) oppose la fort una ou félicitas à la virtus. 
comme Enée les opposera dans ses ultiiivi verba. Leur succès 
de tout à l'heure, leur confiance en la prochaine victoire leur 
sont d'un égal réconfort, bien supérieur aux applaudissements 
de la foule. Oui, la foi est une force effective pour ces rivaux 
d'un ludus. comme pour les Romains qui, combattant les 
Volsques dans des conditions défavorables, sont sauvés par 
un opportun mensonge du consul : « Impetu facto, dum se 
pulant vincere, vicere (T. Liv. II, 64, (3). » Sans préjuger ici 

i. Même iuterprétalion ad Kn. Il, 



258 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

des rapports de Virgile avec T. Live et de l'influence qu'a dû 
exercer sur l'épopée la publication de la première décade, on 
peut bien remarquer à quel point la presque identité des deux 
passages les illustre l'un par l'autre : le succès acquis donne 
la confiance, la confiance assure le succès prochain. L'inter- 
prétation de Servius ne pourrait se défendre qu'à la condition 
de traduire successus par « faveur du public », — et c'est 
justement ce qu'avec raison il s'est bien gardé de faire. 

De ce que la foi dans le succès est une force, n'allons pas 
conclure que la crainte, bien plus, la certitude absolue de la 
défaite fatale, soit une raison pour ne plus agir : là au contraire 
est le sublime de la virtus. Pas d'exemple sur ce point plus 
significatif que celui de l'intervention de Juturne provoquée 
par Junon. Le vers cornélien sur le « beau désespoir» devait 
exprimer autant d'espérance que le vers de Virgile « Una salas 
vie lis »; mais, dans le cas présent, le doute, c'est-à-dire 
l'espérance, est impossible de tous points. Les Parques, les 
Destins, servis par le bras d'Énée, rendent la mort de Turnus 
inévitable : autant de puissances dont on ne vient pas à bout. 
La certitude même de ces arrêts du Destin est indiscutable : 
les dieux l'affirment, eux qui savent tout de science sûre, et 
c'est bien la reine des dieux qui déclare sans restriction : 

Nanc juvencm impaiibus video concurrere fatis: 
Rarcarumque (lies, et vis i ni mica propinqaai (\ll. 1 49-160 

Elle en est affligée au point de ne pouvoir demeurer davantage 
-m l<' mont Albain. son domaine : elle s'enfuit jusque d;uis 
le ciel. Rien à faire, Bans doute, là où se déclare impuissante 
faîtière Saturais 

Il y a toujours à l'aire, dit \ irgile, et cela pour deux raisons. 

D'abord, la viriut est chose belle : decei; ensuite, et après tout, 
qui sait jusqu'où elle peut atteindre? 

Tu pro germano si ajuid praeseotiui sudas, 

perge, decet. Fortan miserai mellora sequentur <\ii i 

I ette rencontre de la beauté el de l'énergie n'esl pas nou 
relie "" connatl le palchrumqae mor i de JEn II, ; i~ mais 



VIRGILE MAITRE D'ÉNERGIE 209 

ici, en vérité, n'est- il pas superbe pour l'activité humaine 
(Juturne est une déesse de fraîche date) que Junon la 
soupçonne de pouvoir arrêter le cours du Destin? Après avoir 
si bien prévenu la nymphe de l'inanité de ses efforts, elle 
l'y encourage cependant en lui faisant espérer que jamais, 
absolument jamais, rien ne sera désespéré où la virtus peut 
agir : tout pratique et Romain qu'il est, Virgile ne met pas 
plus en doute ici la valeur illimitée de la conscia virtus. 
endurance ou offensive, qu'importe? qu'il n'hésitait dans les 
Géorgiques à proclamer le succès total du labor. Soutenue 
par la foi, maintenue sans défaillance même devant l'échec 
assuré, l'énergie triomphe des hommes, triomphe des dieux, 
triompherait même de la Destinée. 



6. Effets de l'énergie. 

Il est aisé, vers la fin du poème, d'observer ces effets-là. car 
les décisions prises au conseil des dieux ont pour objet propre 
d'affranchir la virtus humaine de toute intervention divine 
\. i5. 112): le « Rex Juppiter omnibus idem.) est comme 
une laïcisation du poème, ainsi distingué, dans son esprit, 
des poèmes homériques et de leurs imitateurs. C'est, en 
principe, la suppression du miracle, du deus ex machina. Peu 
importent diverses menues dérogations, auxquelles Jupiter 
mettra bon ordre : quand lui-même pèsera dans une balance 
les destins des deux rivaux, il se bornera à en constater l'iné- 
galité fatale. Si, d'ailleurs, le Juppiter idem n'avait pas une 
importance exceptionnelle, s'il ne proclamait pas un principe 
nouveau, capital et inattendu, ce n'était pas la peine de mettre 
en action le tout-puissant Olympe ni le signe de tetejovien 
déjà utilisé pour l'immortalité des vaisseaux d'Énée ou, plus 
lard, pour l'éternité de Rome capitale : ni l'imitation d'Homère 
ni le besoin d'interrompre la monotonie d'une bataille n'au- 
raient, justifié l'épisode. Non: l'activité des deux rivaux et ses 



aGo BEVl F. DES ÉTUDES ARC1EHNBS 

résultats ne dépendront plus que d'eux-mêmes et des destins, 
ç'est-à-dire de l'accomplissement des lois éternelles influencées 
par le seul effort des hommes; pas d'interposition divine 
entre cette pérennité d'une part, cette activité vivante de 
l'autre. 

Le stoïcisme de Virgile à cette époque suprême de sa vie 
s'accommode également dufatum universel et de l'énergie indi- 
viduelle; tous deux, en lutte perpétuelle, ont leur place dans 
la nature telle qu'elle existe en fait. Aussi M me de Staël voyait- 
elle parfaitement clair en écrivant: « La fatalité, chez les 
anciens, faisait ressortir le libre arbitre, car la volonté de 
l'homme luttait contre l'événement et la force morale était 
invincible (De l'Allemagne, III, i fin) ». Improbus, le lahor avait 
partout prévalu, et la civilisation avait décidément distingué 
l'homme des autres créatures; nous savons maintenant que 
l'empire de la virtus est comme celui de Home avec lequel il se 
confond: « Imperium sine fine dedi(vfs/i. I, 279). a II réagissait 
contre la dégénérescence fatale des produits de la nature: ce 
n'est pas assez que de choisir des semences ou des rejetons, de 
les préparer avec un soin extrême: il faut intervenir sans cesse 
pour maintenir cette sélection : 

. . . Degenerare tamen, ni vis humana quotannis 

maxitna quaeque manu legeret. — Sic omnia fatia 

ln pejufl ruere ac rétro sublapsa referri {Geo. I. 198-200). 

Il faut choisir et corriger sans relâche; sinon la nature 

aussitôt reprendrait ses errements; contre L'homme qui la 

gouverne, elle dresse éternellement sa résistance {Georg. Il, 

mais à force d'opiniâtreté et d'attention, 00 en 

triomphe i la lin. 

phénoménal d'ordre naturel onl leur réplique, peut être 

et pourquoi pas?), dans L'ordre des événements historiques; 

1 ainsi qu'à lu lin du poème, nous l'avons vu, Junon n'ose 

affirmer qu'un effbrl humain ne saurai! vaincre Le Destin 

môme el non plus seulement les caprices de la Fortune 

/. \. 710). Dans l'intervalle du chant N au «liant \ll. 

.1 Minute- reprisai et en style d'épopée, nous voyons la uirtu» 



VIRGILE MAITRE DÉNERGIE 26 1 

égaler l'homme aux Dieux », ardens evexil ad sidéra virlus 
VI. i3o): l'apothéose est le prix de l'activité intensive, et la 
suite des âges le prouvera : Rome 

Imperium tenus, animos aequabit Olympo (.En. VI. 782;; 

mais vaincre le Destin, c'était faire plus que les dieux mêmes, 
c'est être plus qu'un Dieu. 

Soutenue par l'exemple des ancêtres, encouragée par l'espoir 
en la reconnaissance de la postérité, limitée par la seule jus- 
tice, l'énergie réalise ce que devait atteindre la charité du 
chrétien : « Elle espère tout, elle ne finira jamais, au lieu que 
les prophéties s'anéantiront, que les langues cesseront, que la 
science sera abolie. » Comment donc un héros animé de la virlus 
la plus parfaite, un Turnus beau comme un héros de légende, 
digne bien avant le Gid d'affirmer avec une noblesse infinie : 

Je rendrai mon sang pur comme je l'ai reçu, 
Sancta ad vos anima atque istius inscia culpae 
descendam. magnorum haud unquam indignus avorum 

En. XII. 648 

comment la virlus incarnée succombe- t-elle? Gomment les 
dieux en viennent-ils à bout!' Comment vaincre l'invincible? 
Cette virlus dont nous avons reconnu les effets sans bornes 
finit comme le reste, puisqu'en définitive morialia facta peri- 
bunt: quel est donc l'achèvement de son histoire? 



7. Destruction de l'énergie. 

Toute chose a son contraire, toute force peut se heurter 
à une force opposée. A l'homme le plus brave, le meilleur, le 

1. Le degré supérieur pour les hommes, c'est l'apothéose: pour les animaux, 
c'était l'humanité. Pourquoi certains philosophes ont-ils attribué aux abeilles 
comme aux hommes une parcelle de l'intelligence divine, une inspiration éthéi 
C'est moins pour leur industrie que pour l'espèce de virlus qui les anime et se mani- 
feste, comme ches l'homme, par le courage devant une mort glorieuse et belle, pul- 
rhrnmque pelunt par tablera mortrin (Gr<>. IV. 21S). Leur croyance à l'immortalité par 
le courage (Geo. IV, a2i>-;, cf. En. I\, ao5 ; VII, ',9, 646) esl le trait décisif qui exalte 
ces humbles insectes ju<qu'à la dignité du stoïcisme le plus pur. Splendidc philosophie 
d'un peuple que la guerre effraie si peu qu'il passe, bien à tort, pour l'avoir aimée ptui 
que tout: l'intrépidité devant la mort fortifiée par la foi en l'immortalité delà gloir. ' 




2ba REVUS DES ETUDES ANCIENNES 

plus irréprochable, fût-il à leur égard parfaitement sans péché, 
les dieux — nous préciserons tout à l'heure, — ministres dociles 
sinon passifs du Destin, ont le pouvoir d'infliger la terrible 
déchéance qu'est la terreur, la lâcheté soudaine, la panique. 
Les Romains avaient dressé des autels propitiatoires à l'É- 
pouvante et à la Pâleur (T. Liv. I, 27); Metus, la Terreur, 
occupe sa juste place devant le vestibule des enfers (^EV*. VI, 
276), après les Angoisses, les Maladies blêmes, la Vieillesse 
affreuse ; elle régnait en maîtresse au dernier jour de Troie 
J\n. II, 36c)), et V. Hugo l'a fait intervenir dans la prodigieuse 
déroute de Waterloo. C'est l'épouvante et l'affolement qui 
enlèvent à la Virtus sa qualité propre de conscia et, par là, triom- 
phent d'elle. Turnus, brusquement, est paralysé dans son corps, 

Genua labant, gelidus concrevit frigore sanguis; 

l'impuissance du songe est seule comparable à l'anéantisse- 
ment de son énergie: 

Velle videmur et in mediis conatibus aegri 
succidimus. . . ; non corpore nolae 
sufficiunt vires ( En. MI, 910-2), 

bref, le héros, quacumqae viam virlute petivil, se voit refuser 
tout succès. Il perd la tête, en vérité, il ne se reconnaît plus. 
La victoire d'Énée sur lui en serait presque à la honte du vain- 
queur, si précisément le poète ne tenait à nous montrer (pic 
l<s destins sont avec lui, que son succès est providentiel, qu'il 
doit être, et d'ailleurs qu'il fut gagné par une rirlus. Binon 

-i éclatante} du moins plus méritoire par la durée des 
efforts, l'âge plu- avancé, [&patientia plus soutenue, les périls 
multipliés vingt années durant. 

I,r comble de l'infortune, pour Turnus, est d'avoir pressenti 
ri reconnu sa disgrâce. Au défi d'Enée raillant sa fuite éperdue 
(provoquée par le miracle des armes divines faisant voler les 

nnei en é< lit-' il répond, non sans hauteur: •■ J'ai peur, il 
est \ i .0. mais tu n \ es pour rien, tu ne -aurai- eu être Ber 

Non me tus fei vida terrent 

dicta, i' 1 -\ i»i nu tn ont et luppltei ii"-ti9, 



VIRGILE MAITRE d'ÉNERGIE 263 

les Dieux seuls m'effraient, et l'hostilité de Jupiter. » Il n'en 
fallait pas moins. Nul moyen de résister: devant l'inéluctable 
accomplissement des destins, quand le dénouement s'impose, 
quand le jour fatal est venu, la prière serait vaine; qu'il s'agisse 
d'un simple mortel comme Palinure (VI, 3-6), d'une amante 
comme Didon (IV, 36o) ou de la reine des dieux (XII, 800), il 
faut céder enfin, et tâcher, dernier effort et gloire extrême, de 
conserver sa dignité d'homme dans l'épouvante involontaire. 
Involontaire assurément, car les dieux l'ont envoyée: à côté 
de la peur d'une femme qui s'enfuit en criant, il est, dit Joseph 
de Maistre (Soirées, VII), « une peur bien plus terrible qui des- 
cend dans le cœur le plus mâle, le glace et le persuade qu'il 
est vaincu ». Prions Dieu, ajoute t-il. de ne pas nous envoyer 
la peur. A dix-huit siècles d'intervalle, ce raisonnement provi- 
dentialiste est renouvelé du XII e chant de Y Enéide; mais, 
dans le polythéisme, les fonctions divines sont spécialisées. 
Comme si le miracle des armes brisées n'y pouvait suffire, 
voici qu'intervient l'une des filles de la Nuit, les Dirae, sœurs 
de Mégère, déesses infernales au service des Superi. satellites 
du Jupiter qui châtie et ministres de ses hautes œuvres : 
« Acuuntque metum mortalibus aegris (XII, 85o). » Le monstre, 
sous la forme d'un nocturne hibou, va frôler de ses ailes le 
visage et l'armure deTurnus, passe et repasse devant ses yeux: 
le héros est saisi d'une épouvante inouïe; ses cheveux se dres- 
sent, sa voix s'arrête dans sa gorge: Énée, présent sans com- 
prendre, a beau jeu pour s'écrier : « Quae nunc deinde mora 
est (XII, 889):» » C'est la lâcheté qui, de tous temps, trahit les 
âmes communes ou avilies, dégénères unimos timor arguit 
(IV, i3): il est beau, pour Turnus, en face d'une mort aussi 
injustement et cruellement dégradante, de reconnaître avec la 
simplicité d'un pécheur qui s'humilie: « Equidem merui nec 
deprecor. » Il songe sans doute à la trahison dont il s'est rendu 
complice, en la voyant réussir : 

Turnus, ut Knean cedentem ex agmine vidit 

turbatosque duces, subita spe fervidus ardet En. \ll. 3a£>5 . 

car que reprocher d'autre à cette victime des dieux, excité par 




2()4 lU.VUE DBS ÉTUDES ANCIENNES 

Àllecto, trompé par Tris, sauvé par Junon aux dépens de son 
honneur? Défaillance unique, et dont il ne sied pas d'exagérer 
la gravité, puisque sa conscience loyale n'en est pas autrement 
troublée et que son adversaire avait nié d'avance l'existence 
d'un droit quelconque entre belligérants: 

... Dolus an virtus quis in hosto requirat ( En. II, 3g< 

Était-ce bien la peine, pour aboutir à cette déclaration, de 
flétrir les fourberies des Myrmidons et des Grecs de toute 
espèce ? 

Mais à quoi bon discuter? Quos vult perdere Jupiter... Le vers 
est moderne, l'idée est absolument antique et païenne. Virgile, 
tout admirateur qu'il est de la virtus humaine, dont nul mieux 
que lui n'a défini et montré la grondeur, ne refuse pas cette 
concession à la fatalité des anciens: la religion résout ainsi 
l'antinomie, concilie les inconciliables, conserve et confirme 
à Énée son caractère d'homme providentiel. 



Conclusion. — Telles sont, bien sommairement indiquées, 
les manifestations de l'énergie humaine dans Y Enéide \ on en 
connaît l'origine et l'objet, les moyens, les effets et la cadu- 
cité. L'homme s'agite, et ce qu'avait commencé le labor sous 
la pression de Yegestas, la virtus l'achève et fait de la brute 
devenue homme au sortir de l'âge d'or un être presque surhu 
main, une sorte de dieu : jamais porte n'a dressé plus haut 
que Virgile ni plus justement loué léminente grandeur «le 
l'homme. 



Il faut répondre cependanl à une dernière question, toul 
cela n'étant que phénomène et apparence: quel dieu, quelle 
force réelle conduit l'homme dans sea actions? La virtus noua 
affranchit, <<»it; <1<- quoi, «m somme, ou de qi 

Le poète n'a pas répondu ', rasusrr dmsrr (XII, 3ai), drus rt 
J< tri il nu VOCClt (XII, < ► 7 7 . BOnt If \ pression de son incertitude. Il 

■ nie «■! constate sans conclure, n'ayant pas argumenté; il 



VIRGILE MAITRE D ÉlfEAGIE a65 

proclame surtout que la sagesse est de conformer à la néces- 
sité, reconnue telle, sa volonté active et consciente (VII, 20^): 
c'est un moraliste, assurément, mais dont la métaphysique 
demeure en l'air. Fidèle d'ailleurs aux traditions épiques et 
aux exigences d'un maître qui se vantait de restaurer la reli- 
gion romaine, il ne pouvait s'en tenir aux principes d'une phi- 
losophie déterminée. Il admet, comme authentique révélation 
du Destin, tous les procédés à la fois et se réclame de toutes 
les puissances, hasard sans lois, destin immuable, oracles 
variés, Dieu personnel et intelligent: c Me pulsum patria, dit 
Évandre (VIII. 333-6), 

Fortuna omnipotens et ineluctabile Fatum 
his posuere locis, matrisque egere tremenda 
Carmentis Nymphae monita et deus auctor Apollo. » 

Ce large syncrétisme, qui accumule au même point les 
influences tour à tour admises de tout temps, souligne mieux 
que toute affirmation rationaliste le scepticisme de Vir- 
gile, — sans qu'il soit besoin de rappeler l'étrange dilemme 
de Nisus. 

L'honneur du poète est, dans cette incertitude, d'avoir sauvé, 
mieux encore, d'avoir fortifié, en présence et à la faveur des 
inévitables épreuves, individuelles ou nationales, la dignité de 
chacun, — d'avoir montré qu à travers les rites conservateurs 
et pieusement observés de la religion d'État il faut croire 
d'abord à la mission humaine, à sa beauté, à sa grandeur, que 
n'atténue certes en rien la sensibilité qui a fait de ce poète 
unique le confident éternel', — d'avoir présenté l'énergie, mais 
l'énergie consciente, patiente et juste, comme l'idéal propre de 
l'homme, — enfin d'avoir conservé sous cette forme l'àme la 
plus pure 2 et peut être la plus religieuse que l'Antiquité nous 
ait léguée. Nous connaissons trop mal sa vie pour être surs 
qu'elle fut exemplaire; son œuvre du moins nous a laissé des 
préceptes incomparables. Encore pourrait-on s'abstenir de ces 



i. Notamment pour V. Hugo, années i833 et suivantes. 
». Horace, I Sat. V. ', i. 



m \ i i ni - i ii ni- \m n tntl - 

réserves' ; mais qu'importe, encore une fois? L'auteur passe, et 
le lot le plus heureux lui est échu quand il peut dire que 
« tout ce qu'il y avait en lui de sentiments créateurs de vie, 
fortifiants, édifiante, éclairants, vit encore dans ses ouvrages, 
et que lui même n'est plus que la cendre grise, tandis que le 
feu a été conservé et propagé partout ». 

S. CHABERT. 

i . C'est ce qu'a fait V. Hugo, Dernière Gerbe : 

Ce que nous écrivons de nos plumes d'argile, 
Soit sur le livre d'or comme le doux Virgile, 
Soit comme Alighieri sur la Bible de fer, 
C'est notre propre llamme et notre propre chair. 



NOTES CRITIQUES SUR LES POÈTES LATINS 



III (Suite et fim 

STACE, Silves 2,6,17. 

Hominem gémis (heu [lire ei] mihi, subdo 
Ipse faces) — hominem. Vrse. tuum, cui dulce uolenti 
Seruitium. cui triste nihil, qui sponte sibique 
i- Imperiosus erat. 

Le sens attendu est: qui obéissait de lui-même et y trouvait 
plaisir. Imperiosus erat dit exactement le contraire. Il faut 
donc corriger ces deux mots et laisser tranquilles les autres, 
qui n'en peuvent mais. Je lis : Imperio suberat; b et s se res- 
semblent assez en capitale, parce que l'un et l'autre se compo- 
sent de deux cercles imparfaits, placés l'un au-dessus de 
l'autre. 

2,6,38-42. 

Qualis eras ! procul en cunctis puerisque uirisque 
Pulchrior et tan tu m domino minor: illius unus 
\nte décor, quantum praecedit clara minores 
Luna faces, quantumque alios premit Hesperos ignés. 

38 Son. tibi femineum uultu decus. oraque supra 

Mollis honos, qualis dubiae post crimina formae 
De sexu transire iubent, torua-que uirilis 
Gratia. nec petulans acies blandique seuero 

i2 Igné oculi, qualis bellis iam casside uisu 

Parthenopaeus erat, simplexque herrore (lire horr-j decnro 
Crinis, et obsessae nondum primoque micantes 
Flore genae. 

i. Le femineum decus de 38 et le mollis honos de 3g sont 
évidemment choses équivalentes, et qui, ensemble, contrastent 
avec la uirilis gratia de &o-4i. Le charme féminin et le charme 
masculin se trouvent-ils cumulés dans le même personnage? 



2(38 REVUE DES ETUDES W<ii\m.v 

c'est ce qu'il est naturel d'attendre a priori, car il s'agit d'un 

puer délicat us qui approche de dix huit ans (vers 7 3) et qui 
a déjà un peu de barbe (44-45). Aussi le lecteur est-il décon- 
certé par le Non de 38, qui semble refuser à l'adolescent tout 
reste de Je mine uni decus et par conséquent de mollis honos. 
Autre difficulté, ce même non jure avec le que de oraque, car 
c'est un ue qu'on devrait avoir (et si, par impossible, le poète 
entendait ne nier que le femineum decus et affirmer le mollis 
honos, il faudrait un sed ou un uerum). Enfin Non est inquié- 
tant à un autre titre encore. Qui ne croirait, au premier abord, 
à une corrélation entre ce Non et le nec de 4 1 ? or celte corré- 
lation ne peut être qu'illusoire, car le nec de 4i porte unique- 
ment sur l'adjectif, nec pétitions actes blundique oculi valant 
el acies non pclulans et oculi blandi; Non, au contraire, ne peut 
porter uniquement sur femineum, dont il est isolé par Ubi 
(voulût-on, d'ailleurs, forcer la langue et comprendre tibi decus 
<es/> non-femineum et supra ora mollis honos et uirilis gratia, 
on arriverait à un non-sens, mollis se trouvant caractériser 
l'aspect viril par opposition à l'aspect de l'autre sexe). 

Il semble donc manifeste que Non ne peut être conservé. 
Je lis Nom; il y aura eu confusion entre Aô et Nô. 

ii. Le iubent du vers 4o n'a ni sujet ni régime visible. 
Comme le sujet doit être un pluriel, il est clair qu'il faut le 
chercher dans l'inintelligiblepos/ crimina de 3q, ce qui conduit 
à admettre le discrimina de Bentley et de Markland. Dubiae 
discrimina formae, la crise d'une beauté équivoque qui, d'en- 
fantine (ou féminine), est en train de devenir virile. 

Quant au régime de iubcnl, ou bien c'est un accusatif caché 

Mans qaalis, et alors quaUs est corrompu, ou bien c'est l'idée 

sous-entendue du jcmincnm decus eiàa mollis honos qui viennent 

d'être nommés, h alors qualis est impossible a construire H il 

est encore nécessaire de le corriger. Qualis ^ bu surplus, était 

pecl .i priori; il est trop semblable au qualts de \'. placé 

comme lui en tête de proposition el devant la penthémimère 

mit on rien ;*» lire qualem, qui d'ailleurs suppo* 

ni une faute | »<• n explicable). Je Lia quamquam } qui aura 

.1 abord été dédoublé en quam t puis qu'un oorreoteur peu 



NOTES CRITIQUES SI' H LES POETES LATINS 369 

scrupuleux aura arrangé en qualis en s'inspirant de \i. Cela 
en vue du mètre seulement; la faute post crimina dispensait de 
tout effort visant le sens ou même la syntaxe. 

L'altération de dis- en post a chance, en effet, d'être la plus 
ancienne des deux fautes; elle implique une mélecture, 
P pour D, qui n'a été possible qu'au temps de la capitale. 

m. Torua au vers !\o est un monstre ; il faut rejeter avec 
non moins d'énergie le toruo de l'édition de l 'i 7 5 , le torua 
atque des détériores, car Stace n'aurait pu ni employer l'adjectif 
toruus en bonne part tj'admire les latinistes qui prétendent 
comprendre toruo 5,3,63), ni concilier toruo avec nec pelulans 
acies et avec blandi oculi. 

Le torua fautif étant précédé de iubent, le / initial peut y 
venir d'un doublement fautif; cf. feranttocvlis Virg., B. 6,5; 
selon P. Et je lis tout bonnement una, adverbe. Un twsa du 
ix* siècle, avec n à trois jambages, a pu être lu turia et arrangé 
en torua. Vna, en fait, convient singulièrement bien pour 
le sens ; le puer delicalus de dix-sept ans conserve encore leferni- 
neuin decus et le mollis honos de l'enfance, bien que son âge les 
condamne à s'effacer (de sexu transire iubent), et en même 
temps il a déjà la uirilis gratta. Les corrections quamquam 39 
et una \o sont en harmonie entre elles et se complètent 
mutuellement. 

iv. Le bellis de \i est, comme l'a vu Krohn. une altération 
de bellus « beau garçon». La rareté de ce sens, qui est déjà 
le sens roman, la rareté relative de l'adjectif bellus en général, 
car il est bien moins employé que le substantif bellum, la 
suggestion logique du casside, nom d'un objet guerrier, enfin 
la suggestion acoustique et oculaire du mot contigu qua-lis, 
telles sont les circonstances multiples qui ont collaboré à la 
production de la faute. 

Parthénopée est bellus uisu, c'est-à-dire per uisum (il n'y a 
pas ici de supin). Il est beau par son regard, sans qu'on voie 
ni ses traits, ni ses cheveux ou sa barbe. Il l'est iam <e> casside 
(Postgate), encore emmitouflé dans son casque. Un casque, en 
effet, peut ne laisser d'apparent que le regard; une cuvette de 
métal enveloppe la chevelure, la nuque et le front; une arête 



Hev. Et. anc. 



'" 



$70 HEVCE DES ETl DES ANCIENNES 

en descend et masque le nez; une large jugulaire couvre le 
menlon et les joues. Cf. Terlullien, de carne Ghristi n, nemo 
oslendere uolens hominem cassidem nul personam ei inducit. On 
peut supposer que quelque artiste, au moment où Stace écri- 
vait, avait fait la gageure de localiser la beauté masculine dans 
les yeux, en figurant un Parthénopée casqué et quasi masqué. 
S'il y a effectivement allusion à une œuvre d'art, c'est 
l'œuvre d'art qui doit expliquer bellus. Formosus , pulcher 
devaient se présenter plus naturellement à l'esprit du poète, 
s'il rêvait abstraitement d'un Parthénopée imaginaire; la 
contemplation effective d'un certain marbre pouvait suggérer 
le choix d'un autre adjectif, et peut-être bellus contient-il, 
à l'adresse de l'artiste, à la fois un compliment et une sorte de 
critique limitative. 

2,6,58. 

Quis deus aut quisnam tatn tristia uulnera causas {lire casu< 
Eligil? unde inanus Falis tain certa nocendi ? 

Il me parait évident qu'il faut lire Fligit <ei>. Le mot rare 
Fligit a été altéré de la façon la plus naturelle (cf. au rebours 
Flegisse pour Elegisse 2,1,88), et l'altération a entraîné la 
suppression de et. Fligit est construit avec uulnus, comme 
ii{fligcre se trouve joint à uulnera ou à plugam. — Ftigil est 
presque un « redécomposé », comme niuens 2,3,17. 

2,6,70. 

71 Vilar modo cartnen adultae 

Nectere temptabat luaenum pulcherrimus Ule 
Cum tribus Eleii anam trieterida Lustris. 

Je lin ruhnen. Le jeune liomnic approchai I de dix-huit ans, 

ce qui aux \eux du poêle csl uilur <nlulliir cii/nifn, le sommet 
ou le terme <lc la croissance. C.aruten c>t I ai 1 .1 usinent d'une 

inclccture calmen. 

Loi is HA VI 1 

1 



NOTES GALLO-ROMAINES 



LXVIII 

DE L'EXACTITUDE TOPOGRAPHIQUE DANS LA 
LÉGENDE CAROLINGIENNE x 

VALUS MACRA 

En lisant la Geste de Charlemagne à Carcassonne*, je suis 
très frappé de l'ancien nom que l'auteur donne au terroir 
de l'abbaye de Lagrasse, où l'on sait qu'a pris naissance ce 
singulier roman, à la fois historique, topographique et étymo- 
logique 3 . Il prétend que ce terroir, avant de s'appeler Lagrasse, 
portait le nom de vallis Macro, autrement dit « val maigre » *. 

i. Cf. Revue. \S<j<), p. a33 sqq. — En ce qui concerne les renseignements topo- 
graphiques fournis par les Gesta dont nous allons parler, voyez, outre la préface de 
Schneogans à son édition, sa thèse (Strasbourg, 189 1), Die Quellen des sogenannten 
Pseudo-Philomena. 

1. Gesta Karoli Magni ad Carcassonam et Sarbonam, éd. Schneegans, 1898 (collection 
Firrster). Il manque à cette édition une carte et un index géographique. 

3. Roman du même genre que le Turpin saintongeais étudié Revue, 1899, p. a37 
sqq. 

lx. P. ta : Vallis illa vocabatur Macra, Narbonenses [les gens du diocèse de Narbonne] 
taie ei nomen imposuerunt; sed ab aliis [les gens du diocèse de Carcassonne?] antea 
Vallis Vailica nuncupabatur. Schneegans a supposé, au lieu de l'allicu, .\ovalliea. en 
s'appuyant sur les textes des anciennes chartes, qui portent, pour l'ancien nom de 
Lagrasse, .Xovaligo. .Xovalitia (Mahul, II, p. 209). Mais ce dernier nom ne s'appliquait 
qu'au lieu de Lagrasse et ne convenait guère à une vallée (ici, p. 372, n. 3>. Et je 
crois que Vailica peut rester et doit signifier la vallée dite du Val ou de La Val, ce 
qui e*t resté ou redevenu son nom actuel. 

On rappellera à ce propos que la vallée à l'est de Lagrasse s'est appelée, au 
moins à partir de 8ao, vallis Aquitaniae, Val-de-Daigne (cf. Dict. topogr. de l'Aude, 
par Sabarthès, p. 458) Et ce nom ne laisse pas que de surprendre: car, à l'époque 
romain -, jamais la cité de Carcassonne, à laquelle appartenait le Val-de-Daigne, n'a 
rattachée à l'Aquitaine. Si le nom n'a pas une origine locale, il peut provenir de 
l'attribution à Pépin, roi d'Aquitaine, lors du partage de 817, du pays de Carcas- 
sonne. à demi séparé, par suite de ce partage, du reste de la Septimanie. Il était tout 
naturel que les gem du monastère de Lagrasse, dont l'importance grandit vers ce 
temps-là et qui a été sans doute pour beaucoup dans la diffusion de ce nom de Vallii 



272 REVUE DES ETUDES ANCIENNES 

L'écrivain explique ce nom à sa manière. « Val maigre », 
dit-il, cela vient de ce que de pâles et décharnés ermites 
avaient élu là leur domicile 1 . Lorsque Charlemagne y fonda 
un monastère et eut rempli la vallée de toutes sortes de biens, 
il fallut bien changer le nom, et le « val maigre » devint le 
« val gras 3 . C'est aujourd'hui Lagrasse. — La puérilité de 
ce rapprochement pourrait faire croire que l'ancien nom, vallis 
Macra, a été imaginé de toutes pièces par les érudits du lieu 
pour faire contraste avec le nom actuel, Lagrasse 3 . 

J'incline à croire cependant que ce nom de Macra est 
bien antique et qu'il s'explique. Qu'on regarde la carte 
ancienne du pays^, ce qui est indispensable à toute enquête 
toponymique. 

La vallée où se trouve le monastère de Lagrasse coïncide 
exactement avec la limite entre le diocèse de Carcassonne et 



Aquitaniea, appelassent « val d'Aquitaine » les vallons à l'est de leur terroir. \alluns 
par lesquels commençait l'Aquitaine de Pépin. — M. Rouxaud, dans son travail sur 
la voie romaine de Narbonne à Salses (cf. ici, n. 3l, explique d'une autre manière, 
peut-être plus acceptable qui' la nôtre, ce nom de vallis Aquilaniae. II y aurait eu là. 
dit-il, l'amorce d'une route partant de la voie Domitienne et se dirigeant vers 1' \qui- 
taine : vallis Aquilaniae, c'est la vallée de la route par où l'on va vers l'Aquitaine 
(Rouxaud, p. 37 sqq.). Et cela est fort possible. L'existence d'une vieille route 
passant par Lagrasse et se dirigeant vers Carcassonne est bois de doule (Malml. 
Cartulairc, II, p. /189, col 2). 

Toutefois, tandis que M. Rouxaud la fait s'embraneber sur la voie Domitienne 
1 1 11 Languedoc à Saint-Julien-de-Septime, tout près de Narbonne, je croirais plut 
volontiers qu'elle continuait au sud-est. vers Sakes et Roussillon : c'était bien la 
route directe d'Aquitaine, menant d'Espagne et du Pertus vers Bordeaux d'un côté 
et vers Cabors ou Limoges de l'autre: le compendium de Lagrasse évitait le détour 
par Narbonne. 

Et ici je touche, je crois, à un lait important pour la formation de nos légende! 
épiques du Moyen-Age. Il y avait donc en Gaule, pour se rendre de Limoges [e'esl à 

dessein que je choisis celte ville] en Lspagne, deux routes essentielles: l'une par 
Blaye, Bordeaux ci Roncevaux ; l'autre par Carcassonne, Lagrass* ,i le Pertus; sur 
la première, de Blaye à Roncevaux, l'est développée une légende de Roland; il s'en 
est développé une autre de Carcassonne à Lagrasse ci su delà. La paralléUsmi 
absolu. Bl i'- crois Wen que ces deux légendes, comme ce- deux, routes, se sont 
fail concurrence, .le répète que, sans qu'il j ait doute sucun, la seconde légende 
• Formée \ le chercherai ailleurs ou a pu te former la 

premi< 

1 . P. is,s&. 

j. 9 

s. Précisément le terroir d< n esl pas une terre ■ maigre ■•. Le lieu même 

p. 371 , n. '1 1 .tait dit \. m UigUt, .\.iraliti<i, autrement 

nouvellement défrii hé ■ ou « rendu à la culture • le très puissant monasti i<- 

: 1 n me peut être de le fertilité de son terroirs, dit Justement 

Rouxaud (\"iin- du ti ■ \a voit DomUitnnt dé Varbonneà S&I& •(>)• 

• il. minent -.nantir itSO. 

1 mgf] m. Atlas historique, pi 



NOTES GALLO-ROMAINES 2 73 

le diocèse de Narbonne 1 : très vieille limite, qui continuait la 
limite entre les deux cités romaines de ce nom. et peut-être 
entre les Volques Tectosages (Toulouse) et les Volques Aréco- 
miques (Narbonne) 3 . 

Or je me demande si le nom de Macra ne signifiait pas 
quelque chose comme limite 3 dans les langues gauloises ou 
ligures. — Voici pourquoi : 

i° Ce nom est porté par la rivière Macra en Italie, qui a si 
longtemps servi de limite entre la Ligurie et l'Etrurie*. 

2° Pomponius Mêla signale, à la frontière de la Gaule et de 
l'Espagne, une rivière Magra ou Magrada, qui semble être la 
Bidassoa 5 . 

3° La sainte principale de Fismes, Fines, la localité frontière 
entre Reims et Soissons, s'appelle sainte Magre, Macra. et je 
ne sais si ce nom n'a pas été donné à la sainte par confusion 
avec un mot gaulois traduisant fines r \ 

i. Entre bien d'autres textes. Mahul, II, p. ai3 (charte de Sj3) : Monasterio 
Smrtae Mariae [Lagrasse] quod est situm super Jluvium Orbionis, in confinio Xarbonensi 
et Carcassensi. — 11 est bien difficile que le rastrum de Terminis (Termes sur l'Orbieu), 
en amont de Lagrasse, ne représente pas également une ancienne limite, soit entre 
Narbonne et Carcassonne. soit entre Narbonne, Carcassonne et la cité d'Elne-Rous- 
sillon. qui a revendiqué pour elle le pays de Razès (Longnon, Atlas, texte, p. i5i). 
— Les « petra flca » [dans la région de Miraillès sur le terroir de Lagrasse près du gué 
de l'Orbieu] dont parle le roman (p. 78) peuvent évidemment être des menhirs, comme 
le conjecture Schneegans (p. 243); mais ce peuvent être aussi des pierres-limites. 

1. Ne pas oublier que Narbonne est chez les Volques ArécomiquesStrabon. IV, 1. 12 . 

3. L'enquête que j'ai commencée sur les lieux-dits Le Maigre (Cantal), Les Maigres 
(Haute-Loire), etc., ne m'a fourni aucune conclusion; ils ne sont pas à des limites de 
cités, ils peuvent être à des limites de pagi. 

4. Pline, III, &8: Macra, Liguriae finis. 

5. Mêla, III, i5 : Magra dans le manuscrit où il semble que la seconde main ait 
voulu corriger en Magrada (cf. p. n de l'édition Frick). — Le cadastre d'Urrugne 
(commune dont dépend le village frontière de Béhobie) mentionne à Béhobie un 
certain nombre de noms de lieux intéressants : celui du ruisseau qui suit la grande 
route et se jette dans la Bidassoa en face de l'île des Faisans, ruisseau de Maraueria; 
maison de Margueria au confluent de ce ruisseau et du ravin de Maillaronia; 'hemin 
de Margueria, qui représente l'ancien * chemin des troupes », autrement dit l'ancienne 

de route avant la nouvelle descente. Je me suis demandé si Margueria était un 
nom d'homme ou n'avait pas quelque rapport avec l'ancienne Magrada. En basque 
de Koncal (voyez le Dictionnaire de Azkue. t. II, 1901)), margin signifie t limite ». Les 
dictionnaires populaires basques appellent margarria un c notable ». 

0. Je laisse de côté la question de l'existence de la mainte ; je ne parle que de son 
nom : les deux questions sont distinctes. - Le martyre de sainte Macra se place 
in insulam quae vocatur Litia uhi Aride [Ardre] Jluviolus in Jluvium [la Vesle] injluit 
Bollandistos, G janv.. I, p. 3a5), et c'est Fisme>, l'ancienne localité de Fûtes, entre le 
t le pays de Soissons.— La vie de sainte Macra n'est certainement 
pu undociiment contemporain : « Les actes ont quelques endroits assez beaux, mais 
il y on a d'autre» qui diminuent l'estime qu'on en pourroist faire; » Tillemont, 
Mémoires, IV, p. ',.,'', et 7 '• - 



Q-'l REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

Si le radical macr- peut signifier frontière, il doit être l'équi- 
valent de celui de mark qui a ce sens en germanique et sans 
doute aussi en gaulois 1 . Des transpositions de consonnes, 
comme celle que suppose le passage de marc- en macr-, sont 
assez naturelles. 

Et qu'une vallée ou une rivière puisse s'appeler une vallée 
ou une rivière « frontière », cela s'est vu souvent : le Vinxt- 
bach, entre la Germanie Inférieure et la Germanie Supérieure, 
est le ruisseau des fines*; et Ecoranda, qui (quel que soit le 
sens du mot) s'est toujours appliqué à des frontières, s'est fixé 
aussi bien sur des rivières que sur des lieux habités 3 . 

Camille JULLIAN. 



i. Je songe aux localités Marcomagus (Marmagen) et Marcodurus (Dùren), où 
j'expliquerai «marché» et «village» «de la frontière», plutôt que, comme ou le 
fait d'ordinaire (Holder, 11, col. 4aa), «de Marcu>». Je n'ai pu encore étudier, à ce 
point de vue, les Matres Ambiomarc-e (C, Ï.L., Mil, 7789). 

». Corpus, XIII, 11, p. ItÇfù. 

3. Cf. par exemple Holder, I, col. ii85-i486. 



NOTE SUR UNE STELE SINGULIERE 

(Planche III) 



La stèle qui fait l'objet de cette note a été récemment découverte 
avec d'autres, à Bourges, au boulevard de l'Arsenal, sur l'emplacement 
d'un ancien cimetière gallo-romain dit des Fins-Renards '. Le monu- 
ment, de pierre tendre commune, est brisé, mais peut être recons- 
titué presque entièrement par le rapprochement des morceaux qu'on 
en possède. Sa hauteur est de o m k- : sa largeur, de o"^; son épais- 
seur, de o ra [7. 

Ce monument présente, dans une niche, l'image grossièrement 
sculptée d'une femme nue, debout, de face, tenant devant elle des 
deux mains des fleurs ou des fruits. Deux bandelettes figurées par des 
traits, passant sur les épaules, se croisent sur la poitrine et contour- 
nent les hanches du personnage. 

Au-dessus de la niche, en partie dans un fronton triangulaire, est 
cette inscription : 

N (ET) 
G LCA 
ESARI 

A 
// RVFI(NI)VS ADN(AM'A)FRIC(NI) 
D F 

D 

A la première ligne, le T ne serait indiqué que par un léger prolon- 
gement vers la gauche de la barre supérieure de l'E ; il pourrait ne 
pas exister. Le G de la seconde ligne est à branche retombante. L'A 
de cette même ligne et celui de la ligne suivante ne sont pas barrés ; 
la forme de la lettre R est de tendance cursive. A la quatrième ligne, 
le premier N est probablement lié avec un I, mais cet I peut manquer; 
après le second N est un monogramme composé d'un M et de deux A ; 
un point existe à l'intérieur de l'M, comme pour indiquer la fin d'un 
mot. Au commencement de la ligne sont peut-être les restes d'un G; 
à la fin, les deux lettres N et I sont liées, et un A, que le lapicide 
avait oublié de graver, est au-dessus de la ligne dans la bordure du 
fronton. 

i. M. Oi lave Hoger, conservateur du musée de Berry, et M. J. de Saint-Venant, 
pré-iilent de la Société des Antiquaires du Centre, ont bien voulu me permettre de 
publier cette stèle, le me fais un devoir de les remercier de leur courtoisie. 



276 REVUE IMS ÉTUDES /LUCIENNE S 

Si la copie de ce texte parait à pou près sure, l'explication qu'on en 
peut donner n'est pas facile. Je suppose qu'il faut lire: 

N(amim) et [ou effj] Gl(oriae) Caesarifs); [C(aius?j] Rufinius 
[ou Rujinfijus] Adnam(ctus), Africani f(ilius), d(onum) d(edit)*. 

La Gloire impériale divinisée est connue par une inscription 
il' Afrique* et des légendes monétaires 3 . Je ne pense pas qu'il s'agisse 
d'une dédicace N(umini) et G(enio) Lfucii) Caesarifs). 11 n'est pas pos- 
sible de dater la stèle et d'indiquer le César qu'elle concerne. Mais sa 
barbarie on fait un monument plutôt de la fin du troisième siècle ou 
du début du quatrième que du temps d'Auguste. On peut penser à 
Constance Chlore. 

Il n'y a rien à dire du gentilice Rujinius et du cognomen Africanus. 
l'un et l'autre fort répandus. Le cognomen gaulois Adnametus est plus 
rare. On l'a cependant rencontré à Bordeaux'' et à Bourges même, 
sur une pierre tombale trouvée aux Fins- Renards 5 . Des monnaies 
quo l'on attribue aux Boïens de la Transpadane le fournissent sous la 
forme un peu différente Adnamatus^ . 

La femme nue du bas-relief ne peut être qu'une déesse locale dont 
il serait vain de-cbereber le nom. Pour ajouter sans doute à la valeur 
do son acte, le dévot semble l'avoir chargée des présents qu'il eûl dû 
tenir. Cotte singularité n'ost pas nouvelle. 11 existe au Musée de Cons- 
tantine une dédicace néo-punique à Baal-llammon qui ost accom- 
pagnée do même d'un bas-relief figurant une femme nue portant des 
fruits;. 

Les bandelettes croisées sont de caractère religieux. 11 faut y recon- 
naître vraisemblablement le prototype de l'étole. Los pèlerins païens 
revêtaient de ces bandelettes 8 . A Bourges, on en parait quelquefois les 
enfants défunts 9. 

• Km. ESPÊRANDIE1 . 

Bourges, a5 septembre igt5. 

1. On a un exemple, à Bourgee*, du mol H abrégé |>ar nn r. dam cette formule : 

I» \. M Dut (Manibut) ri mrmoriae (Mater, \fim. des \nl. du Centre. \\\ Il [i 

2. ','. /. /... VIII, 6g6g : Oloriac aug. sacrum. 

Cf. Pauly-Wlatowa, VII, ool. i4Si, •. v. cloria. 
',. ('.. Jullian, Inseripl. dr Bordeaux, I, p. a3 1 , rr ma. 

5 Mit. r . itim.det Ant. du Centre, XXVII, (iqo3), p, 176. Cf. Rolder, UteeHiteher 
.s'/// a 1. y, 

Muret, Catal. drs. monn. çaui . n" iooî4 à 10038; Il <\f l ■ Tour, Itla» de mono. 
gaul., pi. lu. 

lauckler, Mutée de CoïuUMttne, p. Bi al pi, III, r. Le monumenl 

ini-iii par M. Salomon Relnai h. 
xu-relieft, III, j',07, .',,0, a.'m, 1 1 

Mophanl, qui l'eal longuement occupe" dea bandelette* 
le nombreux exempli le 1 nue idée vague de nia 

n Relnach, Ini de Bosphore cimmérien, Index, 1 v, Baudet 



m DEDÏIÊME TTMILUS GALLO-ROMAIN 

A MARTEL ANGE 



Nous avons décrit, en 19 10. dans les Publications de l'Institut 
archéologique du Luxembourg, t. XLV. p. 3G~, un tumulus trouvé 
au lieu -dit 7m Baulicht. 11 y a lieu de parler aujourd'hui d'un 
deuxième tumulus, à situation analogue, découvert par nous en 19 12, 
au même lieu, à environ trente mètres plus au sud. 

Kien, sinon un léger renflement du terrain, ne faisait supposer la 
présence d'une sépulture en cet endroit. Au lieu d'exposer comment 
nous avons exploré le tumulus, nous allons exposer, aussi clairement 
que possible, la façon dont on a procédé pour le créer. 

Une fois l'emplacement choisi, on a nivelé le terrain sur un espace 
carré de dix mètres. Au milieu de cet espace, que nous appelons area 
ou aire, on dressait le bûcher, destiné à recevoir le cadavre. 

A l'est, on disposait une grosse pierre triangulaire en grès blanc ou 
en quartz. Sur cette pierre, on abattait les animaux destinés au sacri- 
fice, afin de pouvoir les égorger plus facilement. Avant de mettre le 
feu au bûcher, on apportait les vases précieux, en bronze ou en terre 
cuite, de toutes sortes, ayant appartenu au mort et qui lui étaient 
particulièrement chers pendant la vie, pour les placer sur le bois avec 
le cadavre. Pendant que celui-ci se consumait, on sacrifiait des ani- 
maux domestiques offerts en viatique au défunt. Il en était de même 
de la farine de seigle préparée sur place et offerte en quantité plus 
ou moins grande selon la qualité du disparu. Le vin, l'eau, le lait, le 
parfum des invités venaient asperger à tour de rôle les restes fumants 
du bûcher. Celui-ci consumé, les braises éteintes, on ramassait quel- 
ques os du mort dans une urne et, tout au milieu de l'aire, on écartait 
soigneusement les ossements restants, les vases brisés, les restes de 
ferrailles, pour y creuser une fosse ou chambre de 3 mètres sur 3 mètres 
et profonde de 2 m. 5o. La terre tirée de cette fosse venait couvrir la 
poterie et réduire en miettes ce que le feu avait épargné. 

L'urne renfermant les quelques ossements du défunt était placée au 
fond de cette chambre et recouverte de terre fine. Pendant cette céré- 
monie, d'autres vases contenant du lait, du vin, de la viande, etc.... 
venaient rejoindre l'urne funéraire. De temps en temps, on allumait 



378 RBVUE DBS rn m < \\<irwi- 

un petit feu dans la fosse en guise de cérémonie et puis, petit à petit, 
la fosse se comblait par d'autres vases et des figurines ou ex-voto 
qu'on offrait au mort pour son dernier voyage. 

A partir d'un mètre du fond on ne rencontre plus de débris de vases 
ni de couches de cendres : il faut croire qu'à partir de cette hauteur 
la fosse était comblée jusqu'en haut en forme de butte. 

Le premier tumulus se distinguait surtout par les nombreux débris 
d'ex-voto y découverts ; celui-ci est encore plus remarquable par les 
nombreux noms de potiers que nous avons pu déchiffrer sur les 
tessons des vases qui y avaient été employés à profusion lors de cette 
suprême et imposante cérémonie. 

Ce qui est de nature à nous surprendre tout spécialement, c'est que 
les noms de ces potiers ressemblent aux noms d'une quantité de 
villages des environs, situés alors manifestement en pays trévirien; ils 
se terminent en o comme, du reste, beaucoup de noms de Belges, 
à l'époque de César. 

Il n'entre pas dans nos vues, et cela n'intéresserait guère nos lec- 
teurs d'ailleurs, de décrire cette quantité énorme de vaisselle brisée, 
depuis les poteries bijoux jusqu'aux géantes amphores classiques avec 
leurs deux énormes anses. Il est, par contre, plus intéressant de 
savoir qu'il y avait autant de petites assiettes, toutes sigillées (pie de 
petits bols en terre rouge samienne, les derniers portant presque 
tous le nom du potier en abréviation, par exemple : 

Malos signe Mai.; Vervico signe Ve.; Dacovir signe Ihir. 

Sur les grandes assiettes, le nom du potier était reproduit trois lois 
à la face supérieure du plat, tantôt à la direction convergente, tantôt 
à la direction excentrique. 

Parmi les débris de poteries, nous avons ramassé environ deux 
kilos de cuivre fondu provenant des vases et des ornements de bronze 
détruits par le feu. Nous avons tout de même pu distinguer quelques 
bords de vases et quelques pieds en bronze ayant la forme des jambes 
des trépieds. 

Une tête en bronze de brebis mérinos, pesant 80 grammes, nous 
tomba «Mitre les mains intacte. On \ remarque les cornes enroulées el 
le front orné d'un bandeau à stries transversale!. N<»u- trouvâmes 

• •mure un anneau de \ase a\cc plaque appliquée, sur laquelle est 

1 e couché. 
De plus une poignée ovalaire en bronze, ornementée de moulures 
elle pèse environ zoo grammes el ressemble 1 peu près aux poignées 
de nos cercueils. 

l.' - noms de potiers nouvellement découverts ion! '• 

Inm, Inilulios. Xank, /><>nus, AndeCO* , Juirii, I rmc, MOTOtî, 

1. ta |>i«rr«- tombale 'in Mutée lapidaire d'Arion n' Ifl parti d'un ln«V 
Irloo, 



DU DEUXIEME TUMULUS GALLO-ROMAIN A MARTELANGE 279 

Mebieo, Treviod, Canico, Taruae, Dacovir, Dalisa, Bitvoll, lllos. Cnaei, 
Visero, Arel (arel), Arantedu, Varico. Cornuir, Abalus, Assinno, 
Mert, Innillos, Matos. Madi. 

Mebieo écrit sur les bols en abréviation IVI; un simple M avec deux 
points en dessous. 

Dans le premier tumulus nous avons trouvé les noms suivants : 

Atei, Atti, Sollos, Cortcrus. 

Nous n'avons trouvé aucune pièce de monnaie, de sorte que nous 
ne possédons aucun point de repère qui nous eût permis de fixer la 
date approximative de cette sépulture. Dans le tumulus décrit en 1910 
nous avons découvert un moyen bronze de Domitien (81-95) ap. J.-C. 
Vu la ressemblance frappante que présente la poterie des deux tumulus, 
nous pouvons admettre presque avec certitude qu'ils datent et l'un 
et l'autre de la même époque, donc des environs de l'an 100 ap. J.-C. 

Pour finir, encore un mot sur les tombes plates à incinération, qui 
sont très répandues dans notre pays. Une marque générale et qui 
s'applique à toute cette catégorie de sépultures, c'est qu'au-dessus du 
petit caveau, constitué soit par des pierres, briques, ardoises, etc., 
renfermant les urnes ainsi que quelques objets précieux ayant appar- 
tenu au défunt, il se trouvait sur le sol, un vase, pot, cruche, etc. Ces- 
récipients servaient à contenir un liquide quelconque, du lait ou du 
vin probablement, que les survivants y apportaient lors de leurs 
visites aux parents morts, sans doute pour en asperger la terre qui 
recouvrait leurs cendres. Dans l'église catholique on se sert encore 
aujourd'hui de l'eau bénite contenue dans des vases analogues pour 
le même but. 

Ce qui est curieux, c'est que quelquefois ce vase est le seul qu'on 
trouve à la surface du sol. En fouillant alors la terre à une profondeur 
de 60 ou 80 centimètres le plus souvent, on rencontre le caveau qui 
contient plusieurs ossements ou bien une pièce de monnaie, sans 
remarquer de trace de nul autre vase de quelque nature qu'il soit. 

Si nous insistons tout particulièrement sur ces faits, c'est que les 
auteurs en général semblent ignorer ces détails pourtant excessive- 
ment intéressants, car ils prouvent que les places réservées aux enterre- 
ments se trouvaient à un endroit bien protégé et à l'abri de toute 
profanation, sans cela ces vases auraient bien vite été brisés ou détruits 
et on n'en aurait certainement plus rencontré de traces de nos jours 
encore. 

11 est à remarquer que nous avons découvert ces vases isolés de tout 
autre objet dans des champs qui n'avaient jamais été cultivés depuis 
le départ des Romains ; ailleurs, la charrue avait enlevé le dessus du 
vase et n'avait ménagé que le fond que nous avons retrouvé ensuite 
posé sur la sépulture et à la place même où une pieuse main l'avait 
déposé. 



280 revue nrs études uvgjekebs 

Une agglomération de sépultures de ce genre a été découverte par 
nous à Burnon, au lieu-dit Moronrupt. Ce nom n'a pas de sens. Mais 
si l'on met : « Morts en rue» en wallon, alors cela voudrait dire, 
morts enterrés le long de rues, comme ce fut effectivement le cas ici. 

Le cimetière avait une forme carrée de 20 mètres sur 20 mètres; 
nous avons encore retrouvé en de certains emplacements les murs 
d'enceinte. Il était traversé de l'est à l'ouest par deux ruelles de 
2 mètres de large environ avec un empierrement de 5o centimètres 
formé de blocs en grès blanc, reposant sur de la pierraille. Les tom- 
beaux se trouvaient de chaque côté des deux ruelles et tout autour 
du mur formant l'enceinte. 

Les tombes les plus riches longeaient le mur de clôture du côté nord. 

Sur une centaine de tombes de ce cimetière, les trois quarts ne ren- 
fermaient rien du tout, à part quelques ossements. Les autres nous 
fournissent en grand nombre des plats, des cruches, ainsi que des 
fibules en bronze et en fer. 

Nous y avons trouvé encore une cuiller à parfum en argent, finement 
ciselée, un grand bronze d'Antoninus, un moyen bronze de Nerva et 
un autre de la Diva Faustina. Parmi les pièces en terre cuite, il faut 
mentionner surtout un petit vase turbini forme, à tubuline latérale 
désigné ordinairement sous le nom de biberon, un coq (jouet d'enfant . 
des pots à lait, des cruches à huile, une ampulla, un verre avec filets 
circulaires ou en spirales et à deux poignées, des pots à pommade. 
des patères en terre rouge de l'Allier, un pot rond à bord rabattu, 
portant à l'extérieur et sur ce bord cinq sangsues bleues et cinq 
rouges en posture de succion. Ce vase, extrêmement rare, fera plus 
tard l'objet d'une étude détaillée. 

11 faut croire qu'il s'agit, en l'espèce, d'un cimetière privé dépen- 
dant d'une villa romaine qui se trouvait vis-à-vis but le plateau de 
Waz Ohet (vases à os) et que le terrain boisé ne permet paa à L'heure 
actuelle d'explorer. 

A \\ inville, il existe également des cimetières de ce genre qui n'ont 
pas encore été explorés convenablement. 

Ce cimetière a été mis en coupa réglée par des \ illageois qui tiraient 

de la pierraille justement dans les nielles et de temps en temps Us met- 
taient à jour mi tombeau dont le contenu fut alors dispersé ou détruit. 

1 ce ratl qui attira notre attention sur cet endroit cl qui nous 

a t'ait reconnaître son ancienne destination. 

Sous avons été ainsi à même de faire une description sommai 

auver 1 r la science de l'archéologie quelques objets précieux 

pouvant nous Bxei sui L'époque de ces sépultures, qu'on peut hardi* 
menl plaçai aux n' et m siècles <i<- notre 

D Im.iM ,1 i;,m M \l.«,l l 

M rU 



CHRONIQUE GALLO-ROMAINE 



Les rites de la terre natale. — Extrait des journaux : «Les mères 
envoient à leurs enfants, dans les tranchées, de la terre prélevée sur 
la tombe des aïeux. » 

La licorne. — Ce doit être évidemment un fait de folk-lore très 
ancien, même en Occident, puisque Pline en parle. St. Marcel Hébert 
a retrouvé une nouvelle représentation de la cbasse à la licorne dans 
un dessin du xvi e siècle (Soc. préhist. fr., 22 avril 191 5). Je doute fort, 
comme lui, qu'il y ait un « cromlech mystique » dans cette barrière 
crénelée de Yhortus conclasus. C'est bien trop régulier et continu. — 
On sait que la licorne ne pouvait être capturée que par une vierge. 
Pour Pline, elle ne pouvait être capturée vivante. 

La route des Pyrénées. — Au premier abord, le très beau livre de 
M. Henri Ferrand, La route des Pyrénées (Grenoble, Rey, 191A, in-4" 
de 164 pages et 161 photogravures, admirablement imprimé, et les 
dessins tirés avec un art merveilleux), ce livre ne rentre pas dans 
le cadre de nos études. Toutefois, comme nous l'avons fait pour les 
Alpes (Revue, 1912, p. 168), il nous parait utile de rappeler que ces 
grandes routes touristiques à flanc de montagnes ne font que repren- 
dre les très anciennes pistes muletières des caravanes préhistoriques. 
La route moderne préconisée par M. Ferrand part de Cerbère ou 
Port-Vendres et arrive à Saint-Jean-de-Luz ou Hendaye. Le vieux 
périple de Festus Aviénus (et cette mention peut se rapporter aux 
abords de l'an 5oo avant notre ère) mentionne qu'il fallait sept jours 
pour se rendre d'Ophiusa à « la mer Intérieure » : Septem dieruni 
tenditur reditu vicie (vers 1 5 1 : pediti via?). Il compte depuis Ophiusa, 
qui est sans aucun doute Oyarzun, son pays et son port (Pasajes? 
Saint-Sébastien ? Oyarzun est le plus vieux et le plus important centre 
ibérique dans le Pays Basque) jusqu'à Pvréné (vers 558-5Ô9), qui peut 
être Elne. Sept jours seulement, c'était possible à dos de mulet, d'au- 
tant plus qu'il faut compter beaucoup moins que les 600 kilomètres 
de la route' moderne. Je ne crois pas qu'il soit impossible de retrouver 
la vieille piste des caravanes en examinant les plus anciens chemins 
et cols, les textes du Moyen-Age, les gisements des temps du fer. — Je 
pense qu'il y avait une route concurrente sur le côté espagnol, 
d'Oyarzun ;i Barcelone : mais je ne m'en suis pas occupé. — Voilà 



202 Kl \ I I DES I M M S Wi.ll \M - 

bien, en tout cas, un exemple double, et sur grande échelle, de ces 
vieilles routes d'isthmes sur lesquelles M. Bérard a écrit de si justes 
remarques {Phéniciens, p. 68 et suiv.). 

La Meidje. — Henri Ferrand, La Conquête de la Meidje, Genève, 
ii|i5, in-8° de 20 pages. Le nom exact est V Aiguille du Midi delà 
Grave, en patois VŒuille de la Meidjour, ou plus simplement la 
Mcidjo. Sur le sens et l'antiquité de ce genre de noms appliqués aux 
grands sommets de montagnes, cf. Revue, 1906, p. 121 : ce n'est pas 
la direction, c'est l'heure qu'indique ce nom de « midi ». 

Encore la superstition du fer, cf. Revue, 1915, p. 21 3. — Extrait 
du Journal des Débats du 23 juin : « Genève, le 22 juin. Le 20 juin 
a eu lieu à llombourg, en présence de la sœur de l'empereur, la prin- 
cesse de Schaumbourg-Lippe, l'inauguration de la statue dite du 
« Paysan de fer». La statue, en bois doré, de trois mètres et demi de 
haut, représente un paysan recouvert d'une armure. Elle est placée 
dans une loggia ouverte. Chaque passant enfonce un clou dans la 
cuirasse en faisant le vœu de ne reculer devant aucun effort et devant 
aucun sacrifice jusqu'à ce que la victoire réponde à son espoir; on 
dépose ensuite son obole pour la Croix-Rouge dans une tirelire placée 
au pied du monument. » — J'ai vu bon nombre des bagues talis- 
mans auxquelles je fais allusion p. 21^- Toutes celles que j'ai vues ont 
été fabriquées en Angleterre et sont, en principe, faites à l'aide d'un 
clou enroulé. Ce clou doit être un clou de fer à cheval. 

Céramique gallo-romaine et poteries estampées. — Le solide 
article de M. Fabia sur les collections céramiques du Musée de Lyon 
(Journal des Savants, avril 1 9 1 5) apporte de nombreuses additions et 
rectifications au livre classique de Déchelette, sans du reste atténuer 
sa valeur. — M. Fabia signale (p. 17a) deux vases estampés prou- 
vant de Nîmes, qui, d'après ce qu'il en dit, doivent se rattacher moins 
aux poteries chrétiennes qu'aux poteries romaines du type de 11<>U 
(cf. Revue, 1910, p. 233). Une enquête, je le répète, s'impose sur 
iteries estampées. 

Charlemagne en Germanie. —Le Petit Parisien du i3 juin igi5 
nous apporte une variante du chevalier aux dous. A Salzbourg, ce 
serait un Charlemagne : « En me rendant à la gare, je passe devant 
un grand Charlemagne en bois, dans lequel les habitants viennent 
planter des clous tout comme à Vienne, avec cette différence qu'à 
Balzbourg le prix est de <li\ francs pai clou dans Le ventre de l'auguste 
empereur; cinq francs dans !<■ dos ; trois francs dans le manteau . un 
Franc dans la poitrine; la ente postale coûte vingt centimes. Il q'j 
trop petite- aumônes) » — L'intérêt de ce renseignement, s'il 
est authentique, est que l'Allemagne continue à embrigader Charte* 
m igné comme Germain, (, t utilise à son profit actuel la popularité «lu 
id empereur. J'ai déjà «lit ce que Je pensais iiu germanisme de 



CHROMQIE GALLO-ROMAINE 383 

Charleraagne (p. 188, en note). En ce qui nous concerne, il ne faut pas 
oublier qu'il a été le champion des pays, des hommes, des saints de ce 
côté-ci du Rhin, et si les Germains ont voulu en faire un des leurs, 
c'est tout simplement en vertu de la même tenda-nce qui a fait chez 
nous la popularité de Jules César, vainqueur des Gaulois. 

Haches anormales. — M. Coutil (Soc. préhist. franc., 1915, 
p. a5o et s.) a eu la très heureuse idée de faire l'inventaire de toutes 
les haches, spatules et ciseaux (de l'époque du bronze) à dimensions 
anormales. Et il conclut que ces haches ont dû servir d'armes de luxe, 
de parade, de culte. Il ne s'agit que des haches plus grandes que les 
dimensions normales. 11 a raison. L'usage d'armes ou d'instruments 
plus grands que nature et destinés en particulier aux dieux s'est 
continué dans le monde celtique et dans le monde classique, comme 
le montrent les torques à grandes dimensions que les Gaulois otTrirent 
à Mars, Auguste ou Tibère. — J'aurais voulu que M. Coutil étudiât 
aussi les haches à dimensions trop petites, et qui, elles aussi, ont été 
des ex-voto. Voyez par exemple les haches minuscules du Musée de 
Berne [C.I.L., XIII, 5i58). 

La Bastide-Forte. — M. Georges Lafaye (Bull, des Antiq., 1914, 
p. 292-0) revient sur ce monument. Je crois bien, comme lui, qu'il se 
rattache au réservoir d'eau et pourrait être un temple à la source de 
cette eau. 

Têtes à pièces ajustées. — Cf. Héron de Villefosse, Buste antique 
en bronze découvert à Chatel près Roanne, lettre à M. Déchelette, 
Roanne, 1 9 14^ extrait du Bull, de la Diana, t. XIX. 

Poteries d'Arezzo en Gaule. — Cf Bull. arch.. 191D, p. m et suiv. 

Méthode archéologique. — YV. Deonna : 1° Art et réalité, 1916, 
extrait de la Revue arch., in-8°de 37 pages; 2 Questions d'archéologie 
religieuse et symbolique, 191 4, extrait de la Revue de l'hist. des 
religions, in-8° de 18 pages; 3° même titre, même origine, in-8° 
de 26 pages; 4° Congrès international d'ethnologie et d'ethnographie, 
tenu à Xeuchâtel, 1914. même origine, in-8° de \k pages. 

A propos des Arènes de Lutèce (cf. 1 91 5, p. 212). — Je lis dans 
un journal très sérieux : « On n'a que des renseignements incomplets 
sur l'origine de ces arènes, qui comprenaient un cirque et un théâtre. » 
Et à la suite : 

« Je citerai parmi les rares documents qui les concernent un 
récit de Calilius Severus. Ce chevalier romain rapporte qu'ayant 
quitté Orléans pour visiter Lutèce, il assista à un spectacle dans les 
Arènes consacrées à Vénus, et où plusieurs malfaiteurs furent livrés 
aux bêtes. Il décrit la foule bruyante, les soldats, les cortèges de 
dignitaires, duumvirs, édiles, questeurs portant la toge à bande de 
pourpre. Vingt mille spectateurs étaient assis sur les gradins, à l'om- 
bre d'un immense vélum, et ils poussaient des clameurs assourdis- 



a8A KEVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

santés. Le voyageur romain ajoute que ce lieu, dont le regard se 
reposait sur le cours de la Seine et sur les hauteurs verdoyantes qui 
la dominent, était « orné de toutes les magnificences de la peinture 
et de la sculpture». 

Le cas Hauser. — H semble bien que les Allemands eux-mêmes 
aient renoncé à défendre ce triste personnage (cf. Revue, 1908, p. 85: 
1913, p. 7 

Les Basler Nachrichten du a3 juillet 191 5 publient ou rappellent 
des documents significatifs à cet égard, un article de M. Birkner, paru 
dans Natur und Kullur, fasc. 17-18, quelques mots assez nets de 
M. Schuchhardt (séance du 20 février 1910 à la Société anthropologique 
de Berlin), etc. Voici la conclusion, écrite par un Allemand : So lange 
Hauser nicht dem ihih soit 1905 wiederholt bffentlich gemachten 
Vorwurfvon ivissenschaftlicher Lnzuverldssigkeit einwand/rei wider- 
legl, kann man von niemanden verlangen, dasz er den Vorwurj 
fur unberechtigt hielt (D r Birkner). Je dois dire que tous ces articles 
s'expriment avec mesure sur la France. 

J'ai peine à leur rendre la pareille. Tant que le marchand Hauser 
pouvait leur être utile, ils en faisaient un savant et le défendaient 
contre nous. Aujourd'hui que Hauser, réduit à l'impuissance en 
France, ne peut leur rendre service, ils le « débarquent» et se défen- 
dent d'avoir été ses complices. 

Astronomie préhistorique. — Le rocher aux pieds de ISanleau-sur- 
Essonne (Seine-et-Marne), par le I) r Marcel Baudouin, in-8° tle 20 pa_ 
extrait de la Société d'Anthropologie, 2 avril 1 9 1 4 • — M Marcel 
Baudouin, conformément à une méthode dont nous avons parlé ici 
(1915, p. 68-9), s'efforce de rattacher les pieds, cupules et rigoles 
du rocher aux observations astronomiques des temps néolithiques 
(lever du soleil, soleil à midi, etc.). Et il est trè< certain qu'en 
ces temps-là et en d'autres les observations astronomiques ont pu 
être mises en rapport avec des ombres ou détails des surfaces ou 
saillies de pierre. Cf. Aviénus, vers (i/jG et s., solis columnam (ici, 
Revue, 1906, p. lai); cf. encore Py tin-as apad Geminus, 6, 9; etc. J'ai 
toujours cru pour ma part (pie ces Indo-Européens primitifs étaient 
presque .m^i avancés en astronomie que i<- Chaldéens eui mêmes 1 1 

• pi'il n'était point nécessaire de recourir aux influences chaldéem 

ou au panbabylonisme pour expliquer les traditions météorologiq 
de l'Europe occidentale. — Et cependant, j'hésite beaucoup à suivre, 
<ii 1 \i. Baudouin dan- ses explications des pieds, cupules, 

1 igoles "M rainure-. J'admire la minutie de ce travail: mais je ne suis 
du toni convaincu qu'il puisse aboutir. Je comprends d'ailleurs 
tout ce que es genre de recherches présente de tentant. 

Comment se fait le folk-lore historique. r Le boulevard det 
Dame* à Marseille. \ propos de la \t<usUiographie, M. Michel Clerc 



CHR0X1QUE GALLO-ROMAINE 285 

(Revue, 19 12, p. 192) avait émis des doutes sur l'héroïsme militaire 
des dames de Marseille lors du siège de 1024. M. Bourrilly, dans un 
travail excellent (les Dames de Marseille et le siège de 1524, extrait des 
Annales de la Faculté des lettres d'Aix. juillet-décembre 191 2), vient 
de montrer comment s'est formée cette tradition, perpétuée par l'his- 
toire, la poésie, la rhétorique et la peinture. Elle a pris naissance 
chez un érudit local, qui écrivait en 1095, et elle s'est développée, 
surtout à partir du xvm' siècle, et uniquement dans les milieux 
lettrés. C'est de là seulement qu'elle a pénétré chez le populaire, loi 
que nous avons si souvent constatée dans le folklore. Ce qui a déter- 
miné la légende, c'est sans doute que la municipalité de Marseille, 
lors des travaux du siège de 1024. employa quelques femmes du • 
peuple pour les terrassements : M. Bourrilly a retrouvé les noms de 
ces femmes dans les comptes de la Ville. 

2 Marius. — M. Bourrilly, dans le même travail, publie une liste infi- 
niment longue de tous les ouvriers marseillais qui furent occupés à ce 
siège, \ucun ne s'appelle Marius. Je répète que la popularité de Marius 
en Provence a un siècle d'existence à peine. Cf. Revue, 1899. P- **^* 

La Tène et Marnien. — Je suis très frappé du travail de M. Guelliot 
(Rull. de la Soc. préh. fr., 1910, p. 226). fait avec une compréhension 
très complète et très claire du sujet, ce qui, d'ailleurs, n'étonne pas 
ceux qui connaissent le digne et vaillant promoteur du Musée rémois. 
Voici la thèse, juste après tout, qu'il soutient ici. 

L'âge de La Tène l n'existe pas, en tant qu'industrie, à la station 
suisse de La Tène. Tout ce qui est dit caractériser cet âge existe en 
nombre et variété dans les sépultures marniennes. « C'est dans cette 
zone de la France du Nord-Est que Déchelette a trouvé matière à ses 
descriptions de La Tène. » Sur 24 chars, 22 marniens; les poteries, 
toutes marniennes ; 63 0/0 des épées de toute la période de La Tène 
sont marniennes ; même proportion pour les sépultures. « La civili- 
sation celtique post-Hallstattienne parait s'être épanouie en Europe, 
surtout dans la France du Nord-Est. » Conservons donc pour cette 
époque le nom de Marnien, qui est nôtre. — Au surplus, le Marnien 
embrasserait aussi la période de La Tène II. La vraie coupure serait 
vers ioo, au temps de l'invasion cimbrique. 

Je crois que sur tous ces points je serais volontiers d'accord avec 
M. Guelliot, si ce n'est que je ferais commencer peut-être plus tard le 
Marnien, et que je le ferais peut-être descendre aussi plus tard. 

Il est certain que La Tène n'est pas, ne doit pas être considérée 
comme un centre de civilisation. Le pays des Rèmes l'était tout autre- 
ment. La Tène ne peut être regardée que comme un marché frontière, 
un rendez-vous de trafiquants'. Et comme le remarque justement 

1. C'est la thèse quej'ai développée ici, 1906, page ii8-ikj. Et j'ai le regret de consta- 
ter que ceux qui l'y ont prise se sont bien gardés d'indiquer l'origine de leur science. 

Rev. Et. anc. 3>.> 



286 REVUE DES El I DES A>C1EN>ES 

M. Guelliot, le lieu n'avait nulle importance productrice au temps 
où la civilisation rémoise brillait de tout son éclat. 

A dire cependant toute ma pensée, je ne verrais aucun inconvénient 
soif à garder ce nom de La Tène ', à la condition de ne pas sous- 
entendre en l'employant qu'il désigne un centre producteur de civili- 
sation, soit également à le remplacer par l'expression vraie, qui pour- 
rait être marnienne, qui pourrait être celtique. Car, à parler encore 
franchement, si on ne sait quel nom ethnique donner à la civilisation 
de llallslatt, celle de La Tène s'identifie avec la domination celtique 
en Europe aussi complètement que l'époque des thermes ou des 
amphithéâtres avec les temps de la domination romaine. Et j'imagine 
que si le mot de La Tène fut accepté « avec enthousiasme en Allema- 
gne », c'est parce qu'il excluait le mot de Gaule J . 

Marseille grecque. — Un de nos collaborateurs rendra spéciale- 
ment compte de l'important volume de M. Vasseur, L'Origine de 
Marseille (fondation des premiers comptoirs ioniens de Marseille 
vers le milieu du vu" siècle; résultats des fouilles archéologiques 
exécutées à Marseille dans le fort Saint-Jean). Marseille, Moullot, igi'4, 
in -4° de a 80 pages et 17 planches. Forme le tome XIII des Annales 
du Musée d'Histoire naturelle de Marseille. Cf. ici, p. 3oo. 

Gravures préhistoriques. — Nous recevons de M. 13. Heber : 
i" Publications de M. Burkhard Reber, Genève, 19 15, in-8°de 19 pages 
(3o3 numéros, le 1" de 1870 : c'est une bien belle activité); a L'âge 
et la signification des gravures préhistoriques (3a pages, Congrès de 
Genève, 191 2) ; 3° Quelques séries de gravures préhistoriques (3a pages, 
id.; à noter l'inscription ou l'ornement de la poterie de Chindrieux); 
4° Sur l'explication astronomique des gravures préhistoriques ( 1 3 pages, 
19 10, extrait delà Revue préhistorique); cf. Revue, 1916, p. 28/i; 5" Une 
station azilienne au Salève et La question de la conservation des monu- 
ments préhistoriques (i3 pages, 191a, Congrès de Genève); <>' l'n 
aperçu sur les anneaux légendaires du déluge et les gravures préhisto- 
riques en forme de cercle de grande dimension (Genève, 19 15, 43 pages, 
extrait du Bail, deilnsl. nul. Gen., t. X.LII); 7" Le séjour des Sarra- 
sins dans notre contrée (id., 191a, a7 pages.; id., t. XL1) ; 8° Les 
fouilles sur l'emplacement de la Madeleine- Longemallc à Genève (1913*, 
■ji> pages, id., ibid.) K 

Lilleboune. — Kavmond Lan lin. I.<i ville romaine de Lillebonnc, 
in-8* de a6 pages, iqi3, extrait de la Revue archéologique. Résuma* 

1. J'ai «lit pourquoi dam cet article (p, a*'-, n. 1 ). 

a. .I7\ii dam mon HUtoiin <ir la Gaoie, .i. dira La rêne. — Comme 

lubdivUloti de 1 u t . .n |<>u ? ^ | « r . r ■ • >'■ 1 

feioooa&c ralvant lee paye (H lit. é» ta (tout* , 1. 1, p< dm rapprocha éfi 

riKiil M c.l.i .|< M. Queîllol (p a .H 7 ) — Cf. encore Journal drs Savants. j.uivut 

3. Il v .t une inteription latine funéraire; le fee-eimllé ne permet peada contrôlai 
Mon 



CHRONIQUE GALLO-ROMAINL 287 

tout à fait excellent de nos connaissances sur Lillebonne. Je doute que 
la population n'ait pas dépassé 3,5oo habitants. M. Lantier obtient ce 
chiffre par celui des places du théâtre (3,500) et par l'évaluation du 
débit des sources (4,5oo). Mais ces calculs arrivent toujours bien 
au-dessous de la vérité. — Juliobona doit signifier forum Julii, et je 
crois que -bona est l'équivalent dialectal de -magus. 

Le sens de « forestis » et de « silva ». — Quoique le travail de 
II. Petit-Dutaillis nous éloigne de l'époque romaine (De la signification 
du mot forêt à i époque franque, extrait de la Bibl. de l'École des Charles, 
iqi5, in-8" de 56 pages), il nous intéresse à plus d'un égard : d'abord 
bien des choses des temps carolingiens continuent l'état romain; puis 
les conclusions sur la méthode germanique sont à retenir et justifient 
ce que nous avons souvent dit ici; enfin, ce travail est un bel exemple 
de critique patiente, logique et sûre. A noter les erreurs, signalées par 
l'auteur, que l'ignorance de la géographie fait faire à l'interprétation 
des textes. 

Guides populaires de Musées. — Dans le Compte rendu pour 
l'année 191 U du Musée d'art et d'histoire de la ville de Genève, 
M. Alfred Cartier annonce qu' « il a élaboré pour l'usage des membres 
du corps enseignant primaire un Guide sommaire aux collections 
archéologiques et historiques ». L'idée est excellente et mérite d'être 
étendue à nos musées de France. Le Guide illustré du Musée de Saint- 
Germain, de M. Salomon Reinach, répond, je crois, à ce but. — Qu'il 
me soit permis de remercier, à ce propos, les rédacteurs de ce Compte 
rendu de la manière émue et digne avec laquelle il ont salué nos 
morts de France, Déchelette, Robert Michel, Adolphe Reinach. Nous 
n'oublierons pas la noblesse et la sincérité de ce souvenir. 

La civilisation des palafittes. — Bœlsche, Der Menschder Vorzeit, 
2* partie, parue à Stuttgart (bibliothèque du Kosmos). 

La civilisation mérovingienne. — La bibliographie de la Rœm.- 
Germ. Kommission s'étend démesurément à chaque nouveau Bericht : 
la voilà qui embrasse la civilisation mérovingienne | Vil. Bericht, 191 a, 
p. a53-35o : E. Brenner, Der Stand der Forschung iiber die Kultur der 
Meroxvingerzeit). 

Julien en Gaule. — Von Nischer, Julians Feldziige am Rhein, dans 
Munnheim. Geschichtsbl. de 191A, t. XV'. 

Terra sigillata. — Cf. le rapport de Oxé dans le Vil. Bericht de la 
Rœm.-Germ. Kommission. 

Temples rustiques. — Je ne connais pas, mais je désire connaître 
J. Gruaz, Le Chasseron et les temples de montagne, Revue historique 
vaudoi-e, t. XXI, igi3. — Je dois cette indication, et quelques autres. 
aux excellentes bibliographies données dans le VU. Jahresberichl de 

1. Voyc7. à ce ->ujet, l'article Die Alarnannische Grenzivûste in der Weslsclurei;. de 
E. Lfithi, dans le Vil. bericht de la Société suisse de préhistoire, p. 167 et sq. 



288 UIVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

la Société suisse de préhistoire, 1914, composé par son secrétaire, 
M. TatarinolT. Et j'y renvoie une fois pour toutes ceux qui s'intéressent 
à la Suisse et à la (iaule (ce Jahresbericht vient de paraître à Zurich. 
i;)i5, en un grand in-8° de 180 pages, chez Béer et C 1 '). 

Dentition préhistorique. - J'apprends parce même recueil l'appa- 
rition d'un travail sur ce sujet dans une revue dentaire suisse : 
F. Schwerz, Ueber Ziihne friihhislorischer Yolker der Schweiz, dans 
Schweiz. lierteljahrsschrift fiir Zahnheilkunde, 191/4, t. XXIV, 
p. i35 et sq. On a l'impression, en Suisse, d'un pays désormais fort 
bien outillé (mieux que nous à certains égards) pour les études 
archéologiques. 

La politique d'Auguste en Germanie. — Nous recevons des auteurs, 
tous deux professeurs en Illinois, The Dejast of \arus and the German 
Frontier Policy of Augustus, by William A. Oldfather and Howard 
Vcrnon Ganter (Urbana, Lniversity of Illinois, 1 9 1 5, t. XII, in-8" de 
118 pages. Prix: 75 cents). Evidemment, les deux érudits connaissent 
fort bien les textes, et leur bibliographie est plus abondante qu'on 
n'eût pu le souhaiter même; et ils sont hien au courant de l'histoire 
romaine. Mais je me demande s'ils n'ont pas trop cédé au désir de 
trouver quelque chose de nouveau et de plier les textes à cette thés 
prouver (et cela était devenu, ces dernières années, le vice des bro- 
chures allemandes, voyez ce qu'en dit très justement M. lVtit-Dutaillis 
dans l'article cité page 287). La thèse des auteurs est qu'Auguste 
n'a pas voulu conquérir la Germanie, ils entendent le disculper 
de celte ambition, qui eut été, en effet, une erreur : l'empereur n'a 
jamais songéqu'à créer au delà du Rhin un Etat tampon (Iniffcr slatr). 
Il m'est assez difficile de souscrire à cette théorie. La Germanie de 
\arus ne ressemblait guère à un Etat, genre Arménie ou Comagène. 
En outre, tampon contre quoi? Il n'y avait rien au delà. Puis, les 
procédés de Varus sont ceux d'un gouverneur et non d'un protecteur. 
Aurait-on créé une prêtrise d'Auguste chez les Chérusques s'il n'y avait 
pas eu province? En réalité, Auguste a commis ou laissé commettre 
maintes sottises eu Germanie sous prétexte d'annexion : el le Bupposeï 
incapable de ces sottises ou de ces faiblesses, et, partant de là. refuse] 

tOUl crédit aux textes anciens me parait d'une méthode <i priori trop 

Inspirée des Universités germaniques; c*esl l'éternel procédé déjà 
caractérisé par Renan : <>n repousse de solides témoignages et on 
y substitue de faibles hypothèses. « »n récuse des textes satisfaisants el 
ou accueille des combinaisons hasardées Ivec leur connaissance 
dei testes mais se laissant guider par eux et non par l'hypothèse, nos 

■ ut- confrères de l'IUinois pourraient rendre de grands len 
,1 l'Antiquité. - .!•' n'aime pas non plus ces excursions, ces chevau 
travers !«• monde entier à propos d'un événement . l'affaire de 
Varui les amène à parler de Pharaon, de la campagne de Darius 



CHRONIQUE GALLO-ROMAINE 289 

contre les Scythes et de Napoléon en 1813. Ici, c'est l'influence de 
Ferrero et non du germanisme. 

Tumulus et terres arables. — M. le D' Gidon a abordé un sujet 
du plus haut intérêt, et que l'archéologie préhistorique n'a que trop sou- 
vent négligé : le rapport qu'il peut y avoir entre le site des monuments 
préhistoriques et la nature du sol environnant: en d'autres termes, 
il a essayé de rattacher l'investigation archéologique à la géographie 
humaine et économique. Et cette initiative mérite à tous égards nos 
applaudissements. 11 est arrivé à cette conclusion : « Les constructeurs 
des tumulus étaient, dans la campagne de Gaen, établis sur les seules 
terres qui aient été arables pour les peuples primitifs. » — D r Gidon. 
Tumulus à coupoles, extrait du Bull, de la Soc. des Antiquaires de 
Xormandie, 191/j, in-8" de 7 pages. 

De la protection des monuments historiques. — Sous ce titre, 
très judicieuses remarques de M. Franck Delage, extrait du Bull, 
de la Soc. arch. et hist. du Limousin. 191 A. in-8° de 20 pages. 

Les Commentaires de César. — M. Salomon Reinach a fait 
paraître dans la Revue de Philologie et tirer à part (1910, in-8" de 
32 pages) le mémoire qu'il a lu à l'Académie des Inscriptions, les 23 
et 3o avril 1910, sous le titre Les Communiqués de César. Très frappé 
des contradictions que présente notamment le livre I des Commentaires . 
il croit que l'ouvrage n'a pas été rédigé à la suite, mais se compose 
d'une série de communiqués, ou, mieux, de mémoires justificatifs 
écrits sous l'impression des événements. Et il est en effet fort probable 
que les livres de César se composent d'éléments écrits ou préparés par 
lui à des dates différentes et juxtaposés sans qu'il ait eu le temps de 
les fondre et unifier. J'incline cependant à croire que l'ensemble 
de l'œuvre est bien une improvisation. — je veux dire par là quelque 
chose d'écrit en hâte, et, plutôt, dicté en hâte, — datant des derniers 
mois de son proconsulat des Gaules. Le texte d'Hirtius. les argu- 
ments tirés des événements ultérieurs (Boïens et Comm) me parais- 
sent avoir plus de valeur que ne leur en reconnaît M. Reinach. 
J'accorde, d'ailleurs, que l'œuvre de César est une œuvre mal faite, 
beaucoup trop admirée par les historiens, les littérateurs et les mili- 
taires. Je n'ai pas sous les yeux ce que j'ai lu à son sujet chez Ramus. 
Mais je me rappelle que Ramus raillait avec esprit et bonne grâce ces 
Commentaires d'un général, où il n'est presque jamais question 
d'art militaire. Et j'accorde encore qu'il y a là un nombre infini de 
sous-entendus et de trompe-l'œil inspirés par la politique. 

Le commerce de Narbonne. — Voici un article de M. Héron de 
Villefosse qui est un vrai chef-d'œuvre de méthode épigraphique. Par 
la comparaison de textes trouvés à Narbonne et au monte Testaccio, 
il a reconnu les noms de deux grands armateurs narbonnais qui 
expédiaient les huiles du Languedoc à Rome, il a soupçonné les noms 



2Q0 REVUE DBS Kl I DIS ANCIEN 

de quelques autres, il a deviné un échange d'affaires régulier entre 
la Sicile et Narbonne, il a rendu aux huiles de France, en face de la 
concurrence espagnole, les droits de vogue traditionnelle qu'on avait 
méconnus, il a montré qu'un navicularius n'était pas seulement un 
armateur faisant le transport, mais encore concentrant la marchan- 
dise dans ses entrepôts après achat au producteur II y a dans ces 
pages un chapitre vraiment capital de l'histoire du commerce de la 
Gaule. Deux armateurs narbonnais, 1910, extrait du t. LXXTV des 
Mémoires de la Société des Antiquaires, 3a pages. 

Le théâtre de Lillebonne. — M. Denize croit, d'après des consta- 
tations, qu'il aurait servi de lieu de refuge « dès les premières années 
du nr siècle». Il n'est évidemment pas impossible que le théâtre ait 
servi de castrum ou de redoute-refuge, puisque Lillebonne ne fut pas 
fortifiée. Mais la date est en tout cas prématurée. Noël-V. Denize, 
Essai sur Juliobona, son théâtre et ses monuments, in-8" de i5 pages, 
extrait du Bull, de la Soc. normande d'Études préhistoriques, t. XX, 
191a. 

Le dieu à la roue. — Figurine en terre cuite trouvée à Néris ; Prou, 
Hall, de la Soc. des Ant. de France, 1910, p. 101. 

A Saint-Bertrand-de-Comminges. — Lizop, Les Fouilles de Saint- 
lh'r(rand-de-Comminges (basilique chrétienne du iv* siècle au quartier 
du Plan), extrait du Bull, de la Soc. arch. du Midi de la France, n 
igi3-i4j in-8°de 12 pages. — Brochure envoyée du front par notre 
jeune, ardent et laborieux ami. Cf. ici, 1 9 1 4, p. 3^8 ; 19 12, p. 3gâ. 

Ciseaux néolithiques : la question des éraflures. — Suite à t étude 
des ciseaux néolithiques (coupe cylindrique ou ovoïde), par M. P. de 
Givenchy, in-8° de 10 pages, extrait du Bull, de la Soc. préhist. 
Jranr., cf. Revue, 1914, P- 3^8. — La question des éraflures amène 
\I. de Givenchy à se demander si elles ne résultent pas, non du hasard 
d'accidents, mais du fait (pie les ciseaux étaient utilisés à l'endroit i>ù 
elles se son^ produites. — Qui sait aussi si quelques-unes de ces 
éraflures ne sont pas intentionnelles, analogues à ces encoches si 
curieuses et si discutées qu'on constate sur certaines monnaies gau- 
loitesP — a J'insiste», dit M. de Givenchy avec raison, « sur L'utilité 
d'étudier les cassures, même les plus légères. » 

mu 11 II LLIAN. 



VARIÉTÉS 



L'archéologie dans les tranchées 1 . — Une villa gallo-romaine. 
Extrait d'une lettre écrite du front . 

6 juillet igi5. 

La terre où nous nous battons, le plateau de P... 2 , vous ravirait par 
la richesse de ses souvenirs historiques. Long de 10 kilomètres et large 
de a seulement, ce plateau, orienté est-ouest, apparaît comme une 
énorme table comprise entre deux vallées, sur lesquelles il se termine 
par des pentes abruptes. 11 est formé par plusieurs couches horizon- 
tales de terrains tertiaires : à la base, une assise de sables très fins, 
de coloration variée dans lesquels s'ouvrent largement les vallées; 
au-dessus, une table d'un calcaire à nummulithes très fissuré et, 
recouvrant le tout, une couche de limon épaisse de i à !\ mètres par 
places. Il est peu de régions agricoles plus variées et plus riches que 
celle-ci : l'humidité des vallées convient aux pâturages; les sables des 
versants sont recouverts par des forets où toutes les essences sont 
représentées : la table calcaire dont les grottes nombreuses forment des 
retraites naturelles appelle l'agglomération humaine autour de ses 
sources peu nombreuses mais intarissables. Enfin, à la surface du 
plateau, aujourd'hui comme autrefois, le limon est d'une fertilité 
merveilleuse; c'est la terre à blé par excellence et le lieu d'élection 
des grandes exploitations agricoles. 

Sur ce plateau, si favorisé par la nature, toutes les civilisations, 
toutes les barbaries, toutes les grandes luttes de l'histoire ont laissé 
des empreintes si visibles, qu'il suffit de regarder autour de soi pour 
revoir le passé. 

Nous les guerriers de 191 5 avons trouvé, en cherchant asile dans 
les nombreuses grottes de l'assise calcaire, des traces de notre prédé- 
cesseur de la préhistoire, des haches de silex, des coquillages, des 
brèches ossifères. 

En fouillant la terre d'un champ de bataille où Napoléon gagna 
une de ses plus belles victoires de la campagne de France, nos 

1. [Cf. Revue, i r» i J , p. 70. — Lettre reçue et communiquée par M. Paul Courteault'. 

3. [Noos ne croyoni pa^ qu'il y ait. présentement (a5 octobre), le moindre incon 
renient i Indiquer qu'il s'agit du plateau de Paissy, au sud-ouest de Craonne, dans 
la région où se trouvait la Bibraxde César (cf. Jullian, Hist, de la Gaule, t 111, p. 353)]. 



202 REVUE OBS ÉTUDES 1NCIENNES 

pioches ont exhumé des boulels de i8i'i, des fragments de fusils, des 
ossements de soldats tombés dans le combat. 

Mais il est une découverte qui, plus que toutes les autres, m'a 
intéressé. En creusant un des innombrables boyaux, qui forme une 
des artères de nos bastions, courtine! ou redans (vieux noms reparus 
dans une guerre toute nouvelle), nous avons rencontré un grand 
nombre de sarcophages d'apparence très ancienne : j 'en ai fouillé 
moi-même .un assez grand nombre, et voici les quelques remarques 
<pie j'ai pu faire. Tous les sarcophages sont orientés est-ouest (la tête 
du mort toujours du côté du couchant). Autour du squelette, tou- 
jours recouvert d'une couche de cendres, on trouve une grande quan- 
tité de grains de blé, de pois, de haricots, que les siècles, par combus- 
tion lente, ont transformés en charbon. 

Un examen du crâne, fait par nos savants docteurs du régiment, 
a permis de se rendre compte qu'ils appartenaient à des dolichocé- 
phales au front bas, à la mâchoire forte et saillante. 

Les quelques boucles de bronze et les très nombreux fragments de 
poterie de forme ancienne trouvés dans les cercueils ne me permet- 
taient pas de dater ce cimetière. 11 y a quelques jours heureusement 
vint s'ajouter un élément nouveau : un de nos soldats, un caporal 
bordelais, occupé aux fouilles d'un abri, découvrit parmi des frag- 
ments de briques, de tuiles, de poteries, une monnaie qu'il m'ap- 
porta. C'est une pièce de bronze jaune pâle presque blanchâtre à 
l'effigie de Marc-Aurèle : l'empereur est couronné de lauriers et porte 
la barbe des philosophes. On peut lire l'inscription suivante : 
M. \MO\IWS \V(i. 1MP. (XXVII ?). 

Au revers est représentée une femme assise sur une chaise à dossier. 
Sa main droite présente une victoire ailée, son bras gauche, levé à 
la hauteur de la tête, est à demi effacé. J'ai supposé que ce person- 
nage est le génie de Home tenant une victoire. 

A mon tour, j'ai fait des recherches et j'ai eu le bonheur de décou- 
vrir trois pièces qui m'ont semblé intéressantes. 

La première est en bronze rouge très dur et a les dimensions de 
notre centime; d'un côté on voit une république casquée avec l'ins- 
cription KOMA, de l'autre la louve romaine regardant Romulus el 
hémus qui tètenl 

La deuxième est une médaille d'argenl dont I»' diamètre est légère- 
ment lupérieur à celui de notre pièce de cinquante centimes. Sut l'une 

- On voit mi autel d'où montent des flammes, avec l'inscrip- 
tion : CONSECRATIO.; sur l'autre, l'effigie de Trajan svec les mots 
D1V0TRAIA.N0. Cette médaille, frappée sans doute à l'occasion d'un 
solennel en l'honneur de Trajan. est admirable. Le dessin de 
la figure de l'empereur, par la netteté .1.- ses lignes, la finesse de 
tilt, .mu tuteur comme un artiste remarquable. 



VARIÉTÉS 2q3 

Une quatrième médaille de la dimension de notre pièce de vingt 
centimes est presque entièrement rongée. On devine sur l'avers un 
buste dont le dessin semble très fin, comme le témoignent ceux des 
détails qui subsistent encore; on distingue deux lettres seulement de 
l'inscription : A.N (Antoninus sans doute). Au revers, un personnage 
est représenté debout et de profil; il a la jambe nue, semble- t-il, le 
bras droit replié à hauteur de la poitrine, le bras gauche tendu à 
demi ; derrière lui, on devine les plis d'un manteau flottant. 

La découverte de ces monnaies et l'examen attentif des décombres 
que traversent nos tranchées et boyaux m'ont conduit à l'hypothèse 
suivante. Aux premiers siècles après J.-C, une grosse villa gallo- 
romaine devait s'élever sur le rebord sud du plateau de P..., là où la 
couche de limon a une faible épaisseur. Les bâtiments d'exploitation, 
construits en pierres du pays et couverts de tuiles qui rappellent 
celles des maisons de notre Midi, se groupaient en deux centres placés 
chacun à proximité d'une source. Devant la ville s'étendaient les 
vastes champs; derrière, les bois couvraient les pentes; au bas. dans 
la vallée, les troupeaux trouvaient de beaux pâturages. 

Cette villa, à n'en pas douter, a été ruinée par l'incendie; les 
pierres et les poteries calcinées, les charbons que l'on trouve partout 
en font foi. A quelle époque s'est produite la catastrophe? Rien de ce 
que j'ai observé ne permet de le dire. Ne peut-on supposer cependant 
que les envahisseurs germains des premiers siècles en sont les 
auteurs? 

Pénétré de cette idée, j'admire les éternels recommencements de 
l'histoire. Dans ces tranchées où je crois retrouver les antiques 
monuments de la sauvagerie teutonne, il me suffit de lever la tète 
pour apercevoir les ruines tragiques d'une grande ferme que les obus 
allemands ont bouleversée: elle portait encore les traces de la dévas- 
tation de 181 4- 

Partout où l'archéologue des siècles à venir portera la pioche sur 
le plateau de P..., il exhumera des ossements mêlés à du cuivre, du 
plomb et de l'acier. Il verra là les restes des soldats de France venus 
du Nord et du Midi pour empêcher que le barbare ne brûle les 
moissons, ne mutile les monuments et ne détruise la civilisation de 
notre patrie. 

F. THOMAS, 

Professeur d'histoire au lycée de La Roclie-sur-Yon, 
lieutenant commandant la ... compagnie, ... d'infanterie. 



GABRIEL LEROUX 



I 



Notre Faculté des Lettres, cni la mort frappe «à coups redoublés dans 
les rangs des maîtres et des étudiants, a éprouvé récemment un 
nouveau deuil. Le 9 juin dernier, en pleine vigueur, en pleine 
jeunesse, notre collègue Gabriel Leroux a été tué aux Dardanelles. 

Parti dès le premier jour de la mobilisation comme lieutenant au 
46* d'infanterie, il avait été blessé sur la Meuse à Stenay, à la fin d'août 
1914, par une balle de sbrapnell qui lui fracassa l'épaule droite. On 
l'avait ramené à l'arrière, à Bordeaux même, et je le vois encore 
étendu sur son lit, au milieu des siens, le visage amaigri, les traits 
tirés, les yeux fiévreux. Il n'était pas affaissé, encore moins découragé : 
il ne connaissait pas ces faiblesses. Il disait seulement, en secouant 
un peu la tête, que l'ennemi avait un outillage extraordinaire et que 
la lutte était très dure. On le soigna dans un hôpital de la ville, mais 
la balle, après je ne sais quelle erreur de radiographie, ne put être 
extraite, et il plaisantait avec ses amis sur cet importun souvenir que 
les Boches avaient incrusté dans sa chair et qui l'empêchait si malen- 
contreusement d'écrire. 

Kncore blessé et pouvant à peine remuer Le bras, comme l'inaction 
lui était plus intolérable que la souffrance, il se fit envoyer à Fontai- 
nebleau, où était le dépôt de son régiment. Là, en attendant mieux.il 
s'occupait de l'équipement. (!<■ l'entratnemenl dos réservistes du 16*. 
Il me l'expliqua dans une lettre. Ses amis, ceui qui l'ont connu me 
sauront ^ r ré d'en copier quelques lignes. Mlles leur rappelleront 
bonhomie malicieuse et sans Bel. Ils croiront encore entendre sa \ 
cette voix un peu voilée, qui disait si tranquillement des choses si 
savoureuses : 

c Je me sens un peu ridicule d'avoir quitté Bordeaux, en annonçant 
que je retournerais bientôt à la guet 

On m'a donné, faute de mieux, le commandement d'une compa- 
gnie du dépôt, besogne sans gloire, mais non sani tracas. J'administre 
une ban informe de 5oo hommes, t"u^ déjà revenus <lu feu et 

plus ou moins aptes à j repartir. le les équipe et je les exerce en 
attendant les demandes de renforts, Et presque chaque semaine, à 



GABRIEL LEROUX 2Cp 

mesure qu'on réclame du monde vers le front, j'embarque un déta- 
chement armé et rééquipé à neuf. lis sont bien gentils et ne se font pas 
tirer l'oreille pour retourner au feu, mais pendant les semaines qu'ils 
restent au dépôt, ils sont paresseux comme des langoustes. J'ai toutes 
les peines du monde à les remuer un peu, à les entraîner; leurs 
façons candides de carotter me rappellent mes élèves de 6". J'en 
ai qui sont déjà deux fois revenus blessés et qui vont repartir une 
troisième. Quand l'ordre de départ arrive, ils s'enivrent incroyablement ; 
mais ils partent tout de même et avec le sourire. » Ce sourire-là, 
G. Leroux le connaissait bien, et s'il le notait sur les lèvres de ses 
soldats quand ils allaient au front, c'est que lui-même, dans les circons- 
tances les plus graves, il savait tout naturellement le garder. 

Quand fut résolue notre expédition des Dardanelles, ses souvenirs 
de l'École d'Athènes revinrent comme un flot à son esprit et il n'eut de 
repos qu'après qu'il eut obtenu d'y prendre part, d'autant plus que sa 
connaissance du grec moderne pouvait être utile. Il s'embarqua donc, 
toujours comme lieutenant, quoique son bras fût encore bien faible. 
Il était du second débarquement anglo-français, à l'extrémité de la 
presqu'île de Gallipoli. L'affaire fut très périlleuse, très sanglante. Le 
27 mai. il y pensait encore non sans tressaillir, comme en font foi ces 
lignes de lui écrites ce jour là : « Nous sommes dans une redoute 
turque, récemment enlevée, littéralement remplie de cadavres qui 
empestent. Mais on s'habitue vite à ce voisinage, et l'on n'en perd 
nullement l'appétit Et puis il y a l'admirable fond du paysage, la 
mer où les cuirassés font une énorme musique, le détroit, la côte 
d'Asie avec le mont Ida. et de l'autre côté, derrière Imbros, la forme 
pointue de Samothrace. Le début a été très dur, les Turcs ayant fait 
l'impossible pour nous jeter à l'eau. Les Anglais ont été splendides, 
nous aussi naturellement, mais nous avons perdu beaucoup de 
monde, et je suis un peu étonné de me retrouver encore là. J'ai été 
proposé pour capitaine, ce qui m'a fort dépité, car j'aimerais bien 
mieux une citation pour porter la croix de guerre sur ma robe jaune. » 
Ce vœu si humble, ce vœu si fier n'a pas été exaucé. Douze jours plus 
tard un projectile turc frappait notre cher, notre douloureux ami, et 
le tuait raide. Tl n'avait que trente-six ans. 

Heureux ceux qui meurent jeunes, disaient les anciens. Cela est 
simplement odieux et les anciens, ce qui n'est pas niable, n'avaient 
pas d'entrailles. Ils n'aimaient pas autant que nous la vie, parce qu'ils 
aimaient moins les leurs. En réalité, rien n'est plus accablant que ces 
morts prématurées, quand elles abattent, en pleine Heur, un être 
vigoureux, pour lequel l'avenir n'a que des promesses, tous coux qui 
l'entourent, que des sourires. Une seule chose peut diminuer la 
douleur de ceux qui assistent, écrasés, à de pareils désastres : la 
grandeur, la noblesse de la cause pour laquelle disparaissent ceux 



296 revue des études VNCIENNES 

qui se sacrifient. La France ne sera victorieuse qu'à cause de l'hé- 
roïsme jeune, confiant, aveugle, de G. Leroux et de ses pareils. Morts, 
il ne faut pas les poursuivre de nos plaintes que, vivants, ils ne tolére- 
raient jamais. Très doucement, très fermement, ils refuseraient nos 
pleurs, s'ils les voyaient. Contenons-les, restons impassibles. C'est la 
vraie manière d'honorer tes morts intrépides (pie de garder le front 
serein qu'ils conservent eux-mêmes dans le tombeau. 

Paul MASQ1 ERAY. 



II 



Né à Lyon le 3 février 1879, Gabriel Leroux, après de solides études 
classiques, préparait le concours à l'École Normale Supérieure, où il 
était reçu le 29 juillet 1899. En sortant de la rue d'Ulm, il fut, durant 
deux ans (1903-1905), boursier d'études à Paris. Admis à l'École 
française d'Athènes (19 novembre 1900), il arrivait en Grèce avec une 
instruction technique déjà très poussée qui devait le classer très vite 
au premier rang des maîtres d'avenir de notre mission d'archéologie. 

Les quatre ans qu'il passa dans la Méditerranée orientale (1900-1909), 
sous la direction d'un savant dont il était plus qu'aucun autre pré- 
destiné à comprendre les exigences de précision lucide et de méthode 
rigoureuse, lui furent extrêmement profitables. Associé aux fouilles 
de Délos, il publia, dans l'Exploration archéologique de l'île, le 
fascicule II : La Salle hypostyle*. En présentant l'ouvrage à 1' académie 
des Inscriptions et Belles-Lettres, le secrétaire perpétuel, G. Perrot, 
l'appréciait ainsi : a Dans l'étude et la description de ce curieux 
monument, M. Leroux a fait preuve d'une remarquable aptitude à 
tirer parti des moindres traces laissées sur le terrain par les dispo- 
sitions anciennes. Il a déjà l'œil très exercé et le jugement très sur 2 . 

Ce premier livre lui en suggéra un autre, qui devint sa thèse prin- 
cipale de doctorat: Les origines de V édifice hypostyle en Grèce< en 
Orient et chez les Romains 3. Il y suivait le développement de l'édifice 
lonnes depuis le mégaron primitif des temps mycéniens ou pré- 
mycéniens jusqu'aux basiliques de l'époque chrétienne en passant par 
les monuments similaires du monde hellénique el de rit die. Non 
moins versé dans les questions de céramographie que dans celles 

bitecture, il consacrait une enquête à un type de vase à long 
1. Un vol. In-s* <!•• 76 pagi t IX planchât, Paris, Ponton 

(M Intrr.. i -, 

I. Un vol ln-8*dexn Beolea d'Athènes et de Rome, 

laei 1 ontomolng, 191 



GABRIEL LEROUX " 297 

col et à panse aplatie, revêtu d'un enduit blanc laiteux, qui lui fournit 
le sujet de sa thèse secondaire: Lagynos 1 . Accessoire de banquet 
célébré par les poètes comiques et par les épigrammes de l'Antho- 
logie, le lagynos, disait M. Châtelain, «c'est la dive bouteille des Grecs 
à l'époque hellénistique. M. Leroux a écrit là un chapitre très nouveau 
de la céramique grecque à son déclin, et il l'a fait à la fois en lettré et 
en archéologue». » L'Académie des Inscriptions et Belles -Lettres 
décerna, en 191 A, à ces deux thèses, une part du prix Fould, destiné 
aux meilleurs travaux sur l'histoire des arts du dessin. 

Entre temps, après avoir enseigné au t,ycée de Nancy (1909- 1910), 
Leroux séjournait deux ans en Espagne (191 0-19 12), comme membre 
de l'École des Hautes Études hispaniques. Son activité au delà des 
Pyrénées ne fut pas moins féconde qu'en Grèce. Il entreprit le catalogue 
des Vases grecs et Halo-grecs du Musée archéologique de Madrid*. 
Cette description, qui est un modèle d'ordre, de sobriété, d'exactitude '■*, 
obtint, en J9i3, de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, une 
attribution sur le prix Saintour. 

Revenu d'Espagne, Leroux était nommé, d'abord au Lycée de 
Bordeaux, puis (10 mars 19 13 ), à notre Faculté des Lettres, où deux 
enseignements lui furent successivement confiés : en premier lieu, 
la conférence de langue et littérature grecques; en second lieu (27 no- 
vembre 1913), le cours d'archéologie et d'histoire de l'art. Soit comme 
helléniste, soit comme archéologue, il se montra hors de pair. Qu'il 
fît revivre les antiquités homériques ou que, tout près de nous, il 
recherchât, dans les créations de la fin du xvm e siècle, les débuts du 
style Empire, ses auditeurs, étudiants ou grand public, subissaient le 
prestige d'une parole nette, mise au service d'une intelligence mer- 
veilleusement étendue. 

Tel est le collègue que la guerre nous a enlevé. Celui qui formait 
si vigoureusement ses hommes au métier militaire, celui qui com- 
mentait si délicatement parmi nous l'Épopée homérique a terminé sa 
vie de capitaine et de savant au pays des héros d'Homère. « On le 
considérait, » écrit un de ses compagnons d'armes, « comme un de 
nos meilleurs officiers. Il était aussi un des plus braves. Il avait eu 
l'occasion de se signaler plusieurs fois déjà dans les combats. Mais 
c'est surtout, pour ceux qui l'ont connu, l'esprit le plus fin, le plus 
vif et le plus généreux qui disparaît. Il a été tué sur le coup, d'un 
petit éclat d'obus au front. 11 n'a pas bougé; il n'a pas été défiguré: il 
souriait un peu encore et n'avait pas lâché sa canne. Pas de mort plus 

1. \ji\ vol. ia-S* de i33 pages, avec a<j gravures. Paris, E. Leroux, 19 13. 
3. C. R. Acad. des Inscr.. igi&, p. O18. 

1 roi. in-8" de xx-33o pages, avec 35 planches (Bibliothèque des Universités 
du Midi, (n>r. XVI. Bordeaux, Fcrct, 1912). 

'1 Cf. Max. Collfgnon, <lans les G. H Aetkl.de» Inscr.. 1 r, 1 3 . p. &38-5&o. . 



IgO IU VUE MES Kl UDES kNCtENft 

douce et plus glorieuse. Nous lavons enterré dans le petit cimetière 
de notre régiment, au haut d'une colline».» Pour un helléniste 
imprégné du génie attique, c'est un tombeau de choix que cette Gher- 
sonèse de Thrace où les ambitions de Philippe se heurtèrent à la 
vigilance clairvoyante de Démosthène. 

Le 20 mai, d'un village de la presqu'île de Gallipoli, Leroux m'en- 
voyait un mot où se peint bien sa vaillance tranquille, toujours relevée 
de bonne humeur et qui, par crainte de s'en faire accroire, se nuançait 
volontiers d'une pointe d'ironie : 

« Nous démolissons les petites maisonnettes de bois découpé pour 
chauffer notre soupe. Il fait un temps splcndidc et c'est un inoubliable 
spectacle que la canonnade des gros navires sur la mer bleue, le 
débarquement continu des paquebots sur les plages et l'avance des 
troupes dans les bois de cyprès semés de stèles. Le pauvre château tir 
Sedel-Bahr ne fait plus qu'un gros tas de pierres. Koum-Kaleh ne 
vaut pas mieux. Nous n'opérons plus dans la plaine de Troie, où 
l'action du début n'était qu'une feinte, qui a d'ailleurs pleinement 
réussi. Je n'aurai pas le remords de démolir les ruines d'IIissarlik^. » 

En Joseph Déchelette, l'archéologie nationale a perdu l'une de ses 
grandes illustrations^. En Gabriel Leroux, l'archéologie classique perd 
l'une de ses plus actives lumières et de ses plus belles espérances. 

Georges RADET. 



i. Lettre du sous-lieutenant Giraudoux, normalien de la promotion de i;»o3. 
i. Ce passade a été cité par le Journal des Débats du 19 juillet, dans la indice con- 
sacrée à Gabriel Leroux, notice qu'a reproduite la Petite Gironde du ai. 
3. Voir lie». El. nne., t. XVI, 191&1 P- 4i7-«lB. 



BIBLIOGRAPHIE 



F. Sartiaux, Troie, la guerre de Troie et les origines préhis- 
toriques de la question d'Orient. Paris, Hachette et C'% 1910: 
1 vol. in- 12 de xi-232 pages, avec 21 illustrations (en XII plan- 
ches) et IV cartes. 

L'idée de ce livre consiste à traiter la guerre de Troie comme un 
événement contemporain. M. Félix Sartiaux, en visitant la colline 
d'Hissarlik, s'est efforcé d'y repérer les scènes de Y Iliade : « J'ai fait 
le tour de la citadelle, recherchant les traces des héros, presque l'em- 
preinte de leurs pas, comme s'il s'était agi d'un fait qui s'était passé 
la veille» (p. 90). L'expédition des Grecs contre la ville de Priam 
devient le préambule de l'entreprise des Alliés contre les Dardanelles : 
« Neuf années du grand Zeus se sont déjà écoulées; les bois de nos navires 
sont pourris et les cordages en sont usés; j'ai perdu d'innombrables 
guerriers et je n'ai obtenu aucun résultat. Signé : Agamemnon. Nous 
sommes au début du poème. C'est le premier communiqué officiel . 
On voit qu'il est sincère et que le généralissime ne craint pas de dire 
la vérité» (p. 201). La guerre de Troie fut, comme la nôtre, une 
« guerre d'usure » (p. 207). Mais il s'agissait de détruire « le milita- 
risme troyen » (p. 21 4). 

Ainsi. l'Épopée homérique n'est pas un jeu de l'imagination d'un 
grand poète : elle évoque et met en œuvre une émouvante période de 
la préhistoire. De même que, pour M. Victor Bérard, l'Odyssée était 
la transcription d'un périple phénicien et la peinture de la vie nau- 
tique d'une certaine Méditerranée », de même pour M. Sartiaux, qui se 
réclame de sa méthode, Y Iliade nous documente sur les origines de la 
question d'Orient et sur la plus ancienne phase connue de la lutte 
pour la domination des Détroits (p. 196). A la base du poème, il y a les 
livres jaunes ou bleus du temps et les relations militaires du G. Q. G. 
(grand quartier général). 

On conçoit que la modernisation du plus vénérable monument de 
la littérature grecque à l'aide de rapprochements avec le grand drame 
mondial de l'heure présente donne à l'ouvrage de M Sartiaux beau* 

1. Cf. Ras. Étud. nnc, t. V, igo3, p. 



300 UKVI E Dl 9 I M M - WCII.WK- 

coup de saveur. Il n'est personne qui ne le lise avec intérêt, j'ajoute 
el avec fruil Car. à côté rie certaines pages dont la fantaisie amuse, 
bien des remarques, personnelles et judicieuses, resteront. Les photo- 
graphies de L'auteur témoignent du sens de l'archéologie et d'une 
remarquable entente de la dominante des sites. 

Georges RADET. 



G. Vasseur, L'origine de Marseille; fondation des premiers 
comptoirs ioniens de Massalia vers le milieu du vif siècle. — 
Résultats de fouilles archéologiques exécutées à Marseille dans 
le Fort Saint- Jean Annales du Musée d'Histoire naturelle de 
Marseille, t. XIII, igih); i vol. in-4* de 284 pages, avec 
17 planches hors texte. 

Ce gros volume est le développement d'une communication à 
l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (10 juin 1910), où 
l'auteur faisait part des résultats de fouilles opérées dans les terrains 
du fort Saint-Jean, fouilles rendues possibles par les travaux de 
construction d'une nouvelle caserne. Il comprend six parties, dont je 
laisserai tout de suite de côté deux, la troisième et la cinquième, 
comme faisant vraiment hors-d'œuvre et n'apportant rien de nou- 
veau : elles ne sont, en effet, qu'un rappel des découvertes du même 
genre faites antérieurement en Provence et même dans le reste de la 
France, et un résumé de nos connaissances en fait de préhistorique 
et de protohistorique dans le département des Bouches-du-Rhême : 
résumés commodes assurément, mais que le Manuel du regretté 
Déchelette rendait à peu près inutiles. 

Les deux parties vraiment nouvelles et utiles sont : d'une part, la 
description des objets trouvés au fort Saint-Jean: d'autre part, la 
publication des renseignements topographiques fournis par les tra- 
vaux de l'assainissement, et communiqués par un des ingénieurs qui 
ont pris part à ces travaux, M. Lan. 

L'auteur décrit d'abord, dans le plus grand détail et avec tous les 

plans et coupes nécessaires, le terrain des fouilles, puis les objets 

trouxés, dont les plus importants de beaucoup sont des poteries 

• pies, allanl du milieu du vu' siècle avant imlre ère jusqu'au iv". 

Chacun de ces tessons, car bien entendu il ne peul -'agir de \ 

entiers, est décrit avec un soin minutieux, et un grand nombre sont 

reproduits sur des planches en couleur d'une remarquable exécution. 
Il \ a là tout un ensemble d'une haute importance, comprenant des 

imens de la céramique rhodiennedu m" siècle, des céramiques 
ioniennes de 1 Isie Mineure à la même époque, d< de style 

métrique, etc , jusqu'aux poteries attiques à ligures rouges de 



BIBLIOGRAPHIE 3ol 

\ 

l'époque classique, le tout parfaitement classé ; M. Vasseur, d'ailleurs, 
a eu recours, comme il était indiqué en pareil cas, à la science et à 
l'obligeance également inépuisables de M. E. Pottier. C'est, en somme, 
toute une mine nouvelle; et précieuse, de documents pour l'histoire 
de Marseille antique. 

D'un genre très différent est la quatrième partie, intitulée : Obser- 
vations relatives à l'étendue et à l'enceinte de Massalia. Il ne s'agit plus 
seulement de descriptions, mais aussi de théories et de discussions. 
Mais les pages essentielles sont celles où M. Vasseur résume les obser- 
vations faites, lors des travaux de l'assainissement, par M. Lan. Ces 
observations remontent à une époque déjà assez lointaine : au Congrès 
des Sociétés de Géographie tenu à Marseille en 1898, M. Lan avait 
donné lecture d'un très long mémoire sur cette question. Malheureu- 
sement, cette lecture avait été faite si vite, et d'une voix si sourde, 
que personne n'en avait pour ainsi dire rien entendu. Je ne sais 
pourquoi, probablement à cause de la longueur du mémoire, il ne 
fut pas imprimé dans les comptes rendus du Congrès. Et depuis, à 
maintes et maintes reprises, j'avais pressé M. Lan de le publier, ce 
qu'il m'avait toujours promis de faire, mais sans jamais s'y décider. 
Il est heureux que nous ayons enfin, sinon le texte complet, du moins 
l'essentiel, qui apporte de très intéressants renseignements, notam- 
ment sur les limites méridionale et orientale de la ville antique. 

Naturellement, 11. Vasseur a voulu traiter à nouveau la difficile 
question de savoir jusqu'où allait la ville haute, et où étaient le camp 
de César et sa fameuse galerie d'attaque. Et il apporte là dessus un 
système nouveau, détruisant celui que, après bien d'autres, j'avais 
cru devoir proposer. Il est certain que l'énormité des chiffres donnés 
par César et par Lucain pour la hauteur de cette galerie est inquiétante, 
et qu'il faut sans doute en rabattre. Mais encore faut-il n'en pas 
rabattre trop, car alors on ne comprendrait plus la célébrité dont ont 
joui ces travaux d'approche, justement à cause de leurs dimensions 
inusitées. Et, surtout, ne faut-il pas citer les textes anciens d'après 
une traduction, mais en donner la lettre même. Exemple : « César, 
Commentaires, II, 10 : Tout cet ouvrage se fit.au pied de la tour, 
à l'abri des mantelets, et, tout à coup, lorsque les Marseillais s'y atten- 
daient le moins, à l'aide de rouleaux dont la marine fait usage, la 
galerie fut poussée contre la tour des ennemis, jusqu'au pied du mur. » 
D'où M. Vasseur conclut qu'y en acceptant les chiffres donnés par 
M. Clerc, la chaussée deTrebonius se serait élevée contre les remparts 
de la ville jusqu'à six mètres au-dessus de leur base, ce qui est en 
contradiction avec le texte de César». Or, voici le texte de César : 
llocopus omne tectum vineisad ipsam turrim perficiunt subitoque 
inopinantibus hostibus machinatione navali, phalangis subjectis, ad 
turrim hostium admovent, ut aedijicio jungatur. » Comment la 
!<•■!■. /•;/ . une. 11 



3o3 tu VUE DES ÉTUDES ANCIEISNI S 

galerie aurait-elle pu aedificio jungi, si elle ne s'y était appuyée sur 
une surface d'au inoins quelques mètres en hauteur? Ces mots 
démontrent précisément l'hypothèse que je soutenais; et c'est d'ailleurs 
exactement ainsi que César avait procédé' devant Bourges (voir C. 
lullian, Histoire de la Gaule, III, p. 45o). 

Sur ce point donc, et sur bien d'autres encore, je ne saurais faire 
trop de réserves. Mais j'en ferai surtout pour ce qui concerne les 
conclusions. M. Vasseur, se fondant sur l'absence de documents 
archéologiques pour telle ou telle période, veut que la Basse-Provence, 
au moment où y parvinrent pour la première fois des navigateurs 
hellènes, ait été abandonnée depuis longtemps ( i .aoo ans \)par la popu- 
lation indigène, et que, par conséquent, il n'a pu y avoir, sur l'empla- 
cement de Marseille, une agglomération d'habitants susceptible d'attirer 
les navires venant de Vlonie. Il m'est impossible d'attribuer une 
pareille importance à la lacune archéologique dont parle M. Vasseur A 
ce compte, on pourrait conclure que la Provence était pour ainsi dire 
inhabitée à l'époque paléolithique! Il faut toujours se méfier des 
lacunes archéologiques : rappelons-nous la fameuse lacune entre les 
temps paléolithiques et les temps néolithiques, si heureusement 
comblée par E. Piette, qui a montré qu'elle n'existait que dans nos 
connaissances, et non dans la réalité. Sans les découvertes du seul 
M. E. Fournier, la période néolithique dans la Basse-Provence nous 
serait à peu près inconnue. Et de ce que Marseille n'a pas fourni une 
seule inscription grecque de l'époque hellénique, devons -nous en 
conclure qu'on y parlait alors une autre langue que le grec ou que 
l'on n'y gravait point d'inscriptions? Et encore, que saurions-nous. de 
ce peu que nous savons sur Marseille, sans le perceim-nt de la rue de 
la Bépublique, qui a mis au jour, relativement, tant de choses? I.;» 
vérité, c'est que la Provence est pauvre, non en documents, mais 
rn chercheurs. De même, dans un ordre d'idées un peu différent, 
comment se fait-il que notre historiographie locale soit si insuffisante? 
Tandis que le Languedoc, si voisin, a publié, il y a plus d'un siècle et 
demi, son admirable Histoire générale du Languedoc, assez solidement 
constituée pour pouvoir être rééditée, nous en sommes encore à Faire 
paraître de simples ouvrages de vulgarisation , comme la nouvelle 
Statistique des liouehes-du- Rhône I Le jour OÙ l'on cherchera, en 
-Provence, avec méthode, et avec obstination, on trouvera, et les 
lacunes prétendues disparaîtront une à une. 

Bl puis, il ne faudrait pourtant pas oublier que, sauf les cas où 

elle est notre seule tes* <■. l'archéologie ne doit être mie l'auxiliaire 

de l'histoire. Or, que deviennent, dans ce système, les renseignements, 

■1 précis pour qui sait les comprendre, <l<- Justin, c'est-à-dire <i<- 

gue-Pomj t le roi Vann lui-même ne sont certai* 

m- n prit pas un III \ 1 1 1 1 ■ . 



BIBLIOGRAPHIE 3o3 

Maintenant, que de9 marins grecs aient fréquenté nos côtes dès 
le milieu du vu' siècle, je l'ai toujours pensé et écrit. Seulement, ici 
encore, il faut faire attention à une chose : c'est que des vases, incon- 
testablement grecs, peuvent aussi avoir été apportés par d'autres que 
par des Grecs. C'est un peu comme si l'on prétendait que les vases 
corinthiens ont été apportés par des marins corinthiens, les vases de 
Naucratis par des Naucratites, les vases ioniens par des Ioniens, et 
ainsi de suite. Pourquoi les Phéniciens n'auraient-ils pas eu leur part 
dans ce commerce, eux les courtiers par excellence? Et les Étrusques? 
Et qui nous assure, enfin, que les Ligures, marins infatigables et 
pirates incorrigibles, n'allaient pas chercher eux-mêmes, ne fût-ce 
qu'en Sicile ou en Sardaigne, les objets dont ils avaient besoin ? 

Dans tous les cas, même en admettant que ces divers objets aient été 
apportés directement par des Grecs d'Ionie, il me parait impossible 
que, comme le veut If. Vasseur, la fondation de ces comptoirs ^ur un 
emplacement vide d'habitants) fût en même temps celle de Massalia, 
et qu'il y ait eu par conséquent une première extension de Massalia, 
antérieure au w siècle. Je pense qu'aucun érudit familiarisé avec 
l'histoire grecque n'admettra facilement cette façon de voir, qu'une 
colonie aurait pu se fonder peu à peu et par apports successifs. Je juge 
superflu de rappeler en quoi une colonie grecque différait de ce que 
nous appelons aujourd'hui une colonie, et me bornerai à rappeler le 
mot d'Aristote : 'H -ôaiç où :ûv to^ovrûv '. 

M. CLERC. 

The Roman eleyiac poets, edited with introduction and notes by 
Karl Pomeroy Harrington, professor of the Latin language 
and literature in Wesleyan L niversity. New York, Cincinnati, 
Chicago, American book Company [191/1]; !\!\ \ pages in-8". 

Ce volume contient un choix d'élégies de Catulle, Tibulle, Pro- 
perce, Ovide meuf des Amours, lier. i3, Tr. I, 3 et IV, 10). A la 
différence des recueils allemands (K.-P. Schul/e, k. Jacoby), AI. Har^- 

t . P.-S. — Je venais à peine de donner le bon à tirer des lignes qui précèdent, quand 
m'est parvenue la nouvelle, si inattendue, du décès de M. G. Vasseur, mort subite- 
ment, en pleine possession de ses facultés. Atteint depuis plusieurs années d'une 
maladie qui aurait exigé beaucoup de repos, il n'a jamais pu se résigner à renoncer 
aux travaux fatigants et à la vie active du géologue et de l'archéologue. Comme pro- 
ur, il sera difficilement remplaçable à la Faculté, où il savait communiquer à 
• tudiants l'ardeur dont il était lui-même possédé. Et tl est à craindre que ses 
travaux les plus importants, notamment l'étude géologique du massif d'Allauch, dont 
il avait fait son domaine, ne soient pas suffisamment au point pour pouvoir être 
publiés. Consciencieux à l'extrême, il avait pris l'habitude d'annoncer sommairement 
ses découvertes, en remettant à plus tard la publication définitive. C'est ainsi que 
ses fouilles à l'oppidum des Pennes-Mirabeau, annoncées par une note à l'Académie 
îles Iris iptions et Bel les- Lettres, SOdt encore inédites; j'espère que son carnet de 
fouilles sera assez complet pour permettre la publication complète. M. C, 



3o4 REVIT DES BTUDES ANCIENNES 

rington ne donne pas de pièces de Catulle écrites en d'autres mètres 
que le distique élégiaque. 

Une bibliographie et une introduction sur l'élégie et le mètre de 
l'élégie ouvrent le volume. L'histoire de l'élégie en Grèce et à Rome 
est résumée avec une précision un peu sèche et une remarquable 
aversion pour les idées générales. Il est vraiment fort heureux que 
M. Ulrich von Wilamowit/.-Moellendorf ait écrit : « Propercc et 
Tibulle devinrent créateurs d'une nouvelle élégie. n Cette doctrine, 
qui était une des idées exprimées par Plessis en 188/4 dans sa thèse 
sur Properce, n'a jamais été prise en considération avant que 
MM. Jacoby, Reitzenstein, Ulrich von Wilamowitz-Moellendorf n'aient 
assujetti leurs lunettes et donné enfin leur décision. Aussitôt, Le 
peloton des philologues a fait conversion à droite et dirige son pas 
de parade vers une autre direction. Mais encore faudrait-il entourer 
l'assertion générale de quelques considérations secondaires. M. Har- 
rington parle, à plusieurs reprises, du lien qui unit l'élégie romaine 
à la comédie nouvelle, à l'épigramme, à la poésie bucolique. I ne 
page n'aurait pas été inutile sur ce sujet, qui est un des plus i n t > 
sants de l'histoire littéraire. Peut-être M. llarrington a-t-il trop pensé, 
comme on le faisait encore récemment, à des rapprochements de 
mots, à ces longues listes d'expressions similaires qui remplissent 
tels programmes de gymnase allemand. Ces comparaisons sont utiles, 
quand elles sont réelles, et quand on montre comment le souvenir du 
poète grec s'est transformé dans l'imagination du Latin et \ a pris un 
accent nouveau. Il faut cependant dépasser ces analyses et aller aux 
analogies plus importantes de sujets, de procédés, de mouvement 
sentimental, d'images et d'idées. En fait, dans L'Antiquité, une même 
littérature d'art et de métier s'est développée en des lieux différents, 
Alexandrie, l'Asie grecque, la Sicile, Rome, et en deux langues 
successivement, mais avec continuité. L'histoire doit substituer à la 
conception des deux Littératures, superposées comme des couches 
géologiques, celle d'une espèce \ivante, qui se développe, s'étend, 
s'adapte el se transforme en passant d'un milieu à un autre. Tantôt, 
on verra un genre littéraire nouveau paraître à côté des anciens et, 
plus mu moins aux dépens d'eux, se laire une place; tantôt, <>n verra 
un même genre poursuivre sa destinée sous un autre climat. On 
aurait voulu que M. Llarrington s'inspirât un peu «le ces idées et 
qu'au moins La bibliographie générale des relations de L'élégie avec 
les autres genre> fût mise ; 'i ga place; on la trouve à propos <|«.. 
Properce, p. ."n , noir 1 . 

de n<- doit pas induire en erreur, M. Llarrington se 

montre indépendant vis-à-vis de la philologie allemande. Dans ce ii\ i<' 

: i' n u. on voit avec plaisir les noms de Seller, Burn, Postgate, Ranv 

say. sans parler d< e n'est pas sa Faute s'il cite plus d'Aile* 



BIBLIOGRAPHIE 3(>5 

mands.'La bibliographie est toujours judicieuse. On a. même dans les 
notes, à l'endroit voulu, la référence essentielle. Cela est fort utile. 
Car les élégiaques latins sont surtout étudiés fragmentairement clans 
les revues; on peut ignorer longtemps tel article qui renouvelle l'in- 
terprétation d'un passage ou d'un poème entier. En revanche, on est 
étonné de ne pas voir mentionné, avec les éditions modernes de 
Catulle, le commentaire critique et explicatif de Benoist et Thomas. 

Le texte est accompagné d'un apparat critique sommaire. On a ainsi 
quelques indications sur les leçons du Romanus (Vat. Ottob. 1839) 
découvert par M Haie. Ce savant prépare depuis longtemps un travail 
sur ce manuscrit et sur l'ensemble des sources du texte de Catulle. 
Les notes communiquées à M. Harrington permettent de juger déjà 
l'intérêt des recherches de If. Haie. Pour Properce, un élève de 
M. Haie, M. B.-L. LTlmann, a récemment posé sous une forme digne 
de retenir l'attention le problème de la filiation des manuscrits. 

Le commentaire, dans le recueil de M. Harrington, est la partie 
importante. Il e?t assez bref, mais, sur les points délicats, il donne 
une solution. On peut, à l'égard de textes souvent si difficiles, n'être 
pas du même avis. Dans Prop., IV, 6, 10, pura laurea ne me semble 
pas être le laurier dont se couronne le poète: à Properce ne convient 
que le lierre (v. 3) : le laurier qui jonche ici la route est le laurier puri- 
ficateur (cf. v. 7). Au v. 12 : res est, Calliope, digna fauore tuo, 
Calliope paraît bien être invoquée comme ayant une tache épique à 
remplir, la glorification d'Auguste et le récit de la bataille d'Actium. 
Au v. 22 : pilaaue feminea turpiter apta (S FL; acta DV) manu, 
V . Harrington préfère acta, mais ne mentionne pas l'autre leçon, qui 
a pour elle l'autorité du Seapolitanus. le seul des manuscrits de Pro- 
perce qui soit antérieur à la Renaissance et de beaucoup le meilleur. 
Pour apta (arma), cf. Sali., Hist., dans Non., p. 235: Tite-Live. XJLTV, 
34, 3; Ces., B. C, I, 3o, 5, etc.; voy. Thés. ling. lut., I, 328, 44. 
Burmann et Markland prétendent que l'ablatif avec aptus n'est pas 
latin; mais feminea manu me parait un ablatif d'instrument de type 
courant, et, d'ailleurs, la construction avec accord le rend légitime. On 
sait avec quelle liberté les poètes usent de cet ablatif avec épithète. 
Quoi qu'on pense du texte, la variante apta aurait dû être indiquée. On 
peut critiquer, en général, le choix des variantes. Il semble qu'on 
devrait être prévenu chaque fois que le texte est corrigé : 20 Nereus ; : 
neruis mss.; 28 una ; : unda mss. — Le v. 40 : Et nimium audent 
prope, ne doit-il pas s'entendre du mouvement de la flotte d'Antoine 
qui engagea l'action après plusieurs heures d'attente? Cf. la suite, où 
le poète pense aux voiles de pourpre du vaisseau de Cléopàtre. La note 
du \ -t insuffisante; quod uehunt a besoin d'une explication. 

\ . >7. femina : Cléopàtre n'est jamais nommée non seulement par 
Properce, mais par Horace, Virgile et Ovide; I.ucain et Juvénal n'ont 



3o6 BEVUE DBS ÉTUDES ANCIENNES 

plus cette horreur. Au v. 59. M. Harrington complique les choses en 
superposant à l'astre de Vénus la comète de la mort de César. Bien 
que Properce soit assez incliné à ces croisements d'images, Idalium 
astram est l'astre de la déesse, séjour de César divinise. Car il ne faut 
pas seulement penser à Properce, mais à Virgile, qui dit Caesaris 
astrum (Bue, 9, 47^ etpalriam sidus (En., VIII, 681). Le vers suivant 
(fio) est exactement expliqué par M. Harrington ; Rothstein en a tiré une 
idée extraordinaire. Vers 63-64 : Ula petit Xilum... \ hoc unum, iusso 
non moritura die : on doit comparer le vœu de l'affranchi dans Hor., 
Sat., II, 3, 282 : Vnum! unum! me surpite morti. Dans les deux poètes, 
nous avons une exclamation. Chez Properce, elle est agencée avec la 
narration. On la dégagerait en reproduisant les paroles mêmes de 
Cléopâtre (ou sa pensée) : Vnum! iusso non moriar die! En subordon- 
nant ce vœu à une phrase de récit, moriar se trouve rattaché au sujet; 
un démonstratif hoc sert à répéter l'idée de moritura et à établir la 
liaison de sens entre le participe futur et unum. V. 65, di melius peut 
signifier di melius consuluerunt ou di melius dent! M. Harrington 
adopte le premier sens, à tort, je crois (voy. la note de Postgate); 
mais alors il ne devrait pas mettre, comme font les Allemands, un 
point d'exclamation après melius : il faut doux-points. 

J'ai préféré concentrer mon attention sur un seul poème, plutôt 
que de disperser sur tout le volume des remarques faites au hasard. 
Aucune des observations qui précèdent ne porte sur une erreur 
positive. Le commentaire est assez exact et précis. Le manque de place 
entraîne quelques lacunes. Souvent, M. Harrington a trouvé plus court 
de donner une traduction qu'une explication. Un index signale les notes 
les plus importantes. Le volume est imprimé presque luxueusement. 

Pau. LEJAY. 

\umerical phrnseology in Vergil. A dissertation submitted tu 
the Facully of Princeton University In candidacy for t lie 
degree of doctor of philosophy, by Clifford Pease Clark. 
Princeton, ioi3; 8g pages grand in-8 u . 

L'étude des noms de nombre dans Virgile a été déjà faite au poinl 

de vin- formel, et il reste sans doute, peu de nouveau à trouver dans 

ce genre de recherches, M. C. P. Clark a pris la question par un autre 

Quels motifs Virgile a t il d'employer tel chiffre précis dans telle 

instance donnée? 

doute, les sources ou les usages imposent souvent 1<- choix 
Quand le poète parle <!<• la double échine du cheval, il ne peut faire 
autrement; il parle en éleveur; non seulement Varron <>u Kénophon 
lui sert de modèle; mais eux-mêmes ne peuvent s'exprimer différem- 
ment, M < lark a un peu trop réduit quelques uns de 1 une 



BIBLIOGRAPHIE 307 

copie des sources. Virgile traduit ou imite; mais le chiffre qui est 
dans la source est commandé par la réalité (vraie ou convenue), non 
par l'imitation ; ainsi pour les deux Ourses du ciel, pour les cinq zones, 
pour les douze signes du zodiaque. Cependant, il a très bien vu, en 
général, que des nombres dans de telles rencontres étaient imposés 
par les circonstances, et cela fait une première partie de la disser- 
tation, les nombres fixés. Ces nombres sont fixés par le rituel ou la 
convention. Par un exemple on verra l'intérêt et le caractère de telles 
discussions. Sur le bouclier d'Énée figure Cléopàtre, « qui ne voit pas 
encore derrière elle les deux serpents », necdam ctiam geminos a 
tergo respicit anguis En.. VIII, 697). Pourquoi deux serpents? Ce 
nombre, d'après une série de rapprochements, parait symboliser les 
deux divinités chthoniennes Déméter et Coré. Quand, plus tard, les 
Érinyes ou les Furies ont remplacé les déesses, le symbole a été main- 
tenu. Les deux serpents de Cléopàtre sont le symbole des dieux 
vengeurs de Rome; les crimes de Cléopàtre, la violation des lois du 
mariage, l'attentat contre la majesté du peuple romain, appelaient sur 
elle le châtiment. Ce résumé d'une étude de plusieurs pages montre 
que le mémoire de II. Clark soulève les questions les plus difficiles 
de l'interprétation, qu'il les dépasse même, en touchant aux antiquités 
et aux usages religieux. 

Une seconde partie traite des « nombres choisis », de ceux que le 
poète a pris par une préférence personnelle. Ainsi Cacus vole à 
Hercule quatre taureaux et quatre génisses (VIII, 207). Pourquoi 
quatre? La comparaison des récits parallèles ne fournit pas de 
réponse. C'est que Virgile a été déterminé inconsciemment par la 
répétition d'un motif. Dans les Géorgiques , IV, 55o, Aristée sacrifie 
quatre taureaux et quatre génisses. Si les divinités chthoniennes sont 
au nombre de deux, le nombre des victimes sera deux. Mais dans 
l'histoire d'Aristée, il y a deux âmes offensées, Orphée et Eurydice, 
ce qui entraine la multiplication par deux : 

Quattuor eximios praestanti corpore tauros 
Ducit et intacta totidem ceruice iuuencas. 

Dans V Enéide, la pensée des animaux enlevés par Cacus a fait surgir 
dans la mémoire du poète les vers des Géorgiques; elle a entraîné le 
chiffre avec la formule : 

Ouattuor a stabulis praestanti corpore tauros 
Auertit, totidem forma superante iuuencas. 

On sait combien le retour des formules a de prise sur l'imagination 
de \ irgile. D'autres facteurs peuvent être en jeu, la portée magique de 
certains nombres, le goût des nombres ronds ou de signification indé- 



3o8 iw:vi K Dis i- I I DES A.NGIBNRE8 

finie: mais, dans tel cas particulier, Virgile choisit tel nombre et non 
pas tel autre. Ainsi son expérience lui fait réclamer quatre labours 
annuels (Géorç. t 1, 47-48); ils lui paraissent nécessaires avec la nature 
du sol italien. 

11. (Mark s'arrête à de nombreux passages déjà discutés par les com- 
mentateurs. Mais le groupement des textes crée une méthode. Si l'on 
n'est pas toujours d'avis sur certaines interprétations, on ne saura 
négliger ces ingénieuses recherches. 

Paul LEJAY. 

Van Millingen, Byzantine churches in Constanlinnple. Londres, 
Macmillan and Co., 1912; 1 vol. in-8° de 352 pages. 

M. Van Millingen est l'auteur bien connu d'un livre excellent sur les 
mursdeConstantinople(fiyran/me Conslanlinople : Ihe wallsof the cily, 
Londres, 1899). Le nouvel ouvrage qu'il consacre à l'étude des églises 
byzantines de la ville impériale n'est pas d'un moins vif intérêt. 
Il a paru quelques semaines à peine avant le moment où MM. Eber- 
soll et Thiers publiaient leur important et remarquable travail sur 
les fit/lises de Conslanlinople (Paris, 1913) : et comme il est inévitable 
en ces matières assez délicates, il y a parfois désaccord entre les résul- 
tats obtenus île part et d'autre. Mais quoi qu'il en soit de ces diver- 
gences d'opinion, sur lesquelles je reviendrai, il convient d'abord 
île louer le soin attenlif avec lequel M. Van Millingen a étudié l'his- 
toire et l'architecture des monuments qu'il nous présente, les plans 
très détaillés qu'il nous en offre, les illustrations abondantes qu'il 
nous donne pour chacun d'eux. 

VA assurément, si l'on voulait chercher chicane à l'auteur sur tel ou 
tel détail, il serait aisé de montrer que son information historique 
n'est pas toujours très <xacle, ni sa documentation très précise. On 
pourrait s'étonner de voir citer (p. 221) le Typicon laineux de l'em- 
pereur Jean Comnène pour le monastère du Pantocrator d'après le 
manuscrit de la bibliothèque de llalki, quand ce texte est publié 
depuis i8q5 dans le recueil de Dmitrievski. Opisanie, etc. Kief 
189JJ, p. 702 et suiv.: on pourrait relever (p. 223) des référés 
parfaitement inexactes, et. ailleurs (p. 22/4), des lapsus singuliers 
ihe abbey of Parisis in Usace, au lieu de Pairis). Il > aurait mau- 
; insister sur ces taches, qui sont cependant regrettables, 
et il vaut mieux eu venir au point essentiel, la classification chrono- 
logique que propose M. Van Millingen pour les églises dont il a 
entrepris l'élu 

Il n 1 d'ailleurs, il faut le dire toul de suiie. quelque incertitude, 
.ni moins apparente, 'loi- cette chronologie Vinsi, l'église méridio- 
nale de la \ 'anachrantos 3 esl placée a 1.1 foi- .m vui' siècle 



BIBLIOGRAPHIE 3o9 

(avec cette mention : possibly earlier) et au x*, au lieu qu'un peu aupa- 
ravant (p. 333). elle est rangée tout simplement parmi les églises de 
la Renaissance basilienne (tu* au xi* siècle). On comprend mal, par 
ailleurs, comment on peut placer au xr siècle le Pantocrator bâti 
sous Jean Comnène(n 18-1 1 A3) et, d'ailleurs, mise à sa vraie date à la 
page précédente. Et par là, l'apparente rigueur de ce tableau chrono- 
logique risque d'induire en quelques erreurs. 

Entre ces églises, deux, par leur plan, offrent un intérêt particulier: 
c'est l'église sud de la Panachrantos(Fenari-Issa-djami) et celle de la 
Pammakaristos (Fetiyé-djamh, qui toutes deux offrent des disposi- 
tions qui semblent procéder de l'ancien plan de la basilique à 
coupole. If. Van Millingen a essayé ingénieusement de retrouver le 
plan primitif de ces édifices (p. 1 34, 102) et il a été frappé de l'ana- 
logie qu'il offrait avec le plan primitif de Saint-André-in-Crisi (Hodja- 
Moustapha-pacha-djami), et de ce fait il a conclu à une origine assez 
ancienne des deux monuments. Mais rien ne prouve l'exactitude de la 
restauration proposée pour Saint-André, où les deux coupoles laté- 
rales, même si elles sont de construction turque, semblent bien avoir 
appartenu au plan primitif. Et tout en accordant que, pour les deux 
autres églises, des remaniements postérieurs ont pu en altérer l'aspect 
original, on ne voit nulle raison suffisante pour faire remonter aussi 
loin des édifices qui semblent dater avec certitude, l'un de l'époque 
des Gomnènes, l'autre d'une époque plus tardive encore (fin du 
xiu siècle', et où apparaît simplement la variété des partis où se 
complaisaient les architectes byzantins de ce temps. 

On pourrait multiplier ces remarques. Il semble, par exemple, assez 
surprenant d'attribuer Sainte-Irène au vnr siècle et un peu téméraire 
de placer Kilissé-djami (traditionnellement identifiée, et sans raison, 
avec l'église de Saint- Théodore) au xif siècle, etc. Ce qui donne sa 
réelle valeur au livre de M. Van Millingen, ce ne sont point ces con- 
clusions, souvent contestables, mais l'étude attentive, minutieuse, des 
monuments. Et c'est. de nous avoir apporté cette étude que nous devons 
à l'auteur une reconnaissance particulière. 

Chari.es D1EIIL. 

Prof. J. Bellucci, Parallèles ethnographiques. Amulettes : Libye 
actuelle et Italie ancienne. Pérouse, Union typographique, 
1 -1 1 5 ; 1 vol. in-8° de 100 pages, avec 58 gravures. Prix : 3 fr. ôo. 

Le fascicule en question est le quatrième d'une collection intitulée 
Bibliothèque des traditions populaires italiennes, où M. Bellucci a fait 
paraître tour à tour : l'en 1903, La grandine nelC Lmbria; 2" en 1907, 
Il feticismo primitivo in Italia; 3° en 1907, Un capitolo di psicologia 
populare, gli Amuletti. Et ce qui ajoute à l'intérêt de ce nouveau 



3lO BEVUE DBS ÉTUDES ANCIENNES 

fascicule, outre sa valeur propre, est qu'il est écrit en français et 
irréprochablement écrit. Voilà vraiment une date à inscrire avec joie 
dans les fastes de notre pays, comme un renouveau de la gloire inter- 
nationale de sa langue. 

L'excellent ethnographe qu'est M. Bellucci a recherohé les types 
communs d'amulettes qu'il a rencontrés en Libye (et l'on voit par cet 
exemple avec quel soin les Italiens ont entrepris, dès le premier jour 
de la conquête, l'exploration scientifique de la Tripolitaine) et qu'il a 
retrouvés également dans l'Italie ancienne. — i° Mains ouvertes. 
Je remarque que certaines pendeloques à cinq branches (n* 3) me 
font penser à des choses vues au Musée de Saint-Germain, lesquelles 
maintenant me paraissent devoir être interprétées comme des stylisa- 
tions de mains ouvertes. — 2 Simulacres de mains à poing serré. 
Chercher au Musée de Saint-Germain si certains objets de métal ne 
sont pas des simulacres de ce genre, plus ou moins dénaturés. — 
3° Formes de poissons. — 4" Coquilles de cypraja. — 5° Pinces d'écre- 
visse (ceci est nouveau pour moi). — 6" Cornes. — 7 Croissants 1 . — 
8° Clefs en fer. Aujourd'hui, en Libye, il arrive même qu'on suspende 
au bétail une clef de boite de sardines. M. Bellucci cite (fig. 37) une 
fibule en bronze avec clef suspendue. Voyez ce qu'on dit ici, p. 209, 
du rôle de la clef. — 9 Disques ou rouelles pour orner la chevelure. 
A comparer avec les objets de la Tène, Ilallstatt ou bronze (M. Bellucci 
n'y manque pas). — 10° Boucles et pendants d'oreilles. — 11° Orne- 
ments spiraliformes. — ia° Ornements en forme de châtelaines. Revoir 
à ce point de vue ceux si curieux qu'ont livrés les temps de Ilallstatt. 

M. Bellucci tend à croire, et je suis tout à fait d'accord avec lui, 
que ceux de ces ornements qui n'ont pas l'apparence de figures, sont 
cependant des figures dégénérées ou stylisées de choses réelles (cf. 
p. 61, «conception figurative»). Dans ce cas, il faudra chercher 
parmi les objets réels l'équivalent de la châtelaine. 

M. Bellucci se garde d'ailleurs dans ses conclusions de toute théorie 
ethnique. Il se borne à dire qu'il y a, entre amulettes de l'Italie 
ancienne et amulettes de la Libye actuelle, de profondes analogies, 
résultai de croyances semblables, de civilisations similaires, <i qu'on 
retrouve d'ailleurs dans le inonde entier. 

J'ai admiré la composition et correction typographique du volume, 
la façon donl les planches sont tirées. La Coopérative Typographique 
de Pérouse ilonne là un modèle que pourraient bien imiter les plus 
orgueilleux de nos imprimeurs français. 

Le présent travail a été lu dans une des séances générales du 
Congrès international d'ethnographie de Neuchâtel, juillel 1914. 

Camiixi h LL1AN 

1 ' ■ 1 



CHRONIQUE DES ÉTUDES ANCIENNES 



La science française. — Invité à prendre sa part de l'Exposition 
internationale de San -Francisco, notre Ministère de l'Instruction 
publique y a constitué une bibliothèque où se trouvent réunies deux 
choses : des livres jaunis par le temps et des publications dont l'encre 
est encore fraîche, les uns témoignant du rôle essentiel que la France 
a joué dans la découverte scientifique, les autres contenant l'exposé 
des progrès dus à son génie créateur. Les premiers, illustres et véné- 
rables, jalonnent, chacun à son rang, l'histoire du passé, marquant 
les diverses dates « où une grande idée fut semée dans le monde ». 
Les autres, simples brochures, ont été groupés en deux volumes « que 
nous présente, en une sobre et lumineuse introduction, M. Lucien 
Poincaré : « Pour chaque science, on a essayé de remonter au moment 
où, en France, un ordre d'études, importantes parle profit intellectuel 
ou moral qu'elles^rocurèrent aux hommes, fut abordé pour la première 
fois et devint l'objet de recherches systématiquement conduites. On a 
voulu marquer l'origine, le point d'où sont partis tant de hardis 
explorateurs pour l'éternel voyagea la recherche de la vérité: on a 
indiqué, sur le chemin tracé par leurs glorieux efforts, les sommets 
d'où ont été aperçus de nouveaux horizons; on a signalé enfin, avec 
quelque insistance, l'étape actuellement atteinte, qui sera dépassée par 
le travail de demain poursuivi dans des directions que l'on a cherché 
à préciser» (t. I, p. 5-6). 

(l'est dans le tome II que se trouvent les notices dont le sujet 
intéresse spécialement nos lecteurs. Chacune d'elles a été rédigée par 
un des maîtres de l'érudition contemporaine. II. Gaston Maspero 
décrit (p. 5-4o) les Études égyptologiques. à partir de 1867, date 
à laquelle le vicomte Emmanuel de Rougé avait tracé, pour une 
circonstance analogue, un premier tableau de celte science. L'Archéo- 
logie classique nous est offerte (p. 41-72) par Maxime Collignon ; les 
Études historiques (p. -3 96), par Ch.-V. Langlois : l'Histoire de l'Art 
(p. 97- 1 15), par Emile Mâle; la Linguistique (p. 117-124), par 
\ Meillet: l'Indianisme (p. i3Ô-i36), par Sylvain Lévi : la Sinologie 

1. l.n Science française, t. I. 3 ;) »",, et t. II, io3 page> in-;< : Pari-. Ministère de l'Ins- 
truction publique et de» Beaux-Arts, 1 9 1 r> . Nombreuse! gravu r e» représentant de; 
portraits Belle impression faisant honneur à la typographie Lar 



3 f a REVUE DES Kl l M S WC1ENNES 

(p. 187-146), par Edouard Chavannes: l'Hellénisme (p. i^7-i65), par 
Alfred Croiset ; la Philologie latine (p. 167-188), par René Durand; 
la Philologie celtique (p. 189-195), par Georges Dottin. 

Chacun de ces dix chapitres est, dans son raccourci substantiel, 
non seulement un hommage éloquent aux précurseurs, mais aussi un 
spécimen des caractères distinctifs de la science française : la netteté, 
le sens de l'ordre et du choix, le courage sans emphase. N'est-il pas 
significatif et tout à l'honneur de la race qu'au moment du plus formi- 
dable cataclysme dont ait jamais souffert notre pays, ceux qui ont la 
responsabilité de défendre le patrimoine national ne se soient pas plus 
désintéressés du front américain que des autres? 

Georges RADET. 

Portraits de César. — Dans une monographie parue avant la guerre 
(Ciisaren Portràls, 3g p. in-8°, 4 planches), un médecin (E. Midler, 
Bonn, 191/1), étudiant les portraits (bustes ou effigies monétaires) des 
personnages impériaux de l'ancienne ttome, les classe par groupes 
familiaux, s'efforce à retrouver la transmission de certains traits ou 
particularités de physionomie, à distinguer l'hérédité masculine et 
féminine, et compare avec les données historiques — reflets, bien 
souvent, de traditions mensongères — les indications (pion peut tirer 
de l'iconographie. Il serait bon de ne pas s'aventurer dans cette voie 
trop imprudemment; car le visage n'est pas toujours le « miroir de 
l'âme », et bien des portraits certains du même personnage se ressem- 

b ' Cnt aSSCZ maL Victor GHAIU.T. 

Les études romaines en Angleterre. — Le dernier numéro du 
Journal of Roman Studies. nous apporte une nouvelle preuve de leur 
renaissance intensive. Ce numéro renferme des articles de G. -II. 
Ilallain <■( Thomas \shbv sur la villa tiburtine d'Horace, de R. Gagnai 
Biir les tarifs douaniers de L'Empire, do Mrs. S. -Arthur Strong sur les 
bas-reliefs sépulcraux romains, d'autres de Mrs. A..-W. Van Buren, 
Esdaile, etc., une très riche bibliographie, où nous lisons en belle 
place le nom de Joseph Déchelette, etc. (1\ , 191 '1. part a). On sait 
que cette revue est publiée par les soin- (le La Society for the promotion 
of Roman Studies. — La Librairie Blackwell annonce la 3' édition du 
livre d'Arnold sur les provinces romaines, une série: Tlif Roman Pro- 
vinces de E.-S. Mouchier (noua avons parlé de L'Espagne; ici. p. 1 1 
Koyds, .1 naturalises ll<uxli><><>l, /<> the Georgics. 



C. .1 



octobre 1915. 



Lé Directeur -Gérant . ;..i - RADET. 



mi\ — iui|if 1 > 11 h. m 1 ne Guirtu i' 



TABLE ALPHABETIQUE 

PAR NOMS D'AUTEURS 



Allise (H.). — Aristophane de Byzance et son édition critique de Platon ... 85 
Bréhier (É.). — Les Cyrénaïques contre Épicure : remarques sur le livre II du 

De finibus bonorum de Cicéron 171 

Cagnàt R. . — Inscriptions de Djemila 34 et iS3 

Chabert (S.). — Virgile maître d'énergie . a44 

Chapot 1 V.i. — Bouché-Leclcrcq, Histoire des Séleucides, t. II (bibl.) 227 

— Keyes, The liise of the Equités (bibl.) . . . . a3i 

— Portraits de César (chron.) 3i2 

Clerc 1 M.). — Vasseur, L'origine de Marseille (bibl.) 3oo 

Cour (A.). — Questions gréco- orientales : VII. Phrygien 98 

Dbosha (W.). — A propos du dieu de Viège i45 et 208 

Diehl (Ch.). — Van Millingen, Byzantine churches in Constantinople (bibl.) . . . 3o8 

Dufocrcq (A.). — Secrétan. La propagande chrétienne, et les persécutions (bibl.). . 80 

Espérandiel (É.). — Note sur une stèle singulière 275 

FlicheiA.). — Batiffol, La paix constantinienne et le catholicisme (bibl.) 160 

Guelliot (D' O.). — Le Musée rémois 211 

Havet (L.). — Notes critiques sur les poètes latins : I. Ovide; II. Lucain ; 

III. Stace 37, 101, 177 267 

Holleaux (M.). — L'année de la bataille de Kynosképhalai i65 

— Étude» d'histoire hellénistique : I. Awtûk $iXo|«&«u . . . • 237 
JuLiiAN (C). — Notes gallo-romaines: LW. La question de la crémaillère: 
LWI. Le problème de l'origine des Germains; LWII. En 
lisant la préface d'Aimoin : LWII1. De l'exactitude topogra- 
phique dans la légende carolingienne 63, m. 186 271 

Collections d'auteurs grecs et latins 224 

— Chronique des études anciennes 84, a35 3i2 

— Chronique gallo-romaine 68, 137. 212 s8i 

— N'avilie, Archéologie de l'Ancien Testament, trad. Segond (bibl.). . 14S 

— Poggi x Genova preromana, romana e medioevale (bibl.) a3a 

— Mortet, M élanges d'archéologie, 1" série (bibl) 157 

— Bicknell, A guide to the prehisloric Rock Engravings in the Italian 

Maritime Alps (bibl.) 81 

— H. et R. Kiepert, Formae orbis antiqui, carte XXIV (bibl.). . . . a3a 

— Cumont, Comment la Belgique fut romanisée (bibl.) 79 

— D r Guelliot, Les pâtisseries populaires (bibl.) 10S 

— Dottin, Manuel de l'Antiquité celtique, 2* éd. (bibl.) 108 

— Duine, Origines bretonnes: Vie de saint Samson (bibl.) 162 

— Haverfield, The Boinnnization of Boman Britain (bibl.) . .... 1 56 

— Haverfield, Boman Britain in 11)13, in 191U (bibl.) 167 233 

— Bel 1 ucci. 1 mulettes : Libye actuelle et Italie ancienne (bibl.) . . . 3og 

— R. et K. Torii, Études archéologiques et ethnologiques : populations 

primitives de la Mongolie orientale (bibl.) tbg 

Lechat(IL). — Notes archéologiques : 1\ 1 

Lejat (P.). — Harringlon, The Boman elegiac poets (bibl.) 3o3 

— Clark. Xumerical phraseolony in Vergil i bibl.) 3o6 



il'j REVUE DES ÉTUDES AÎSCIENNES 



Pagei 



Lhéritier (M.) — Bouchier, Spain under the Roman Empire (bibl.) i55 

Loth(J.). — L'omphalos chez les Celtes 193 

M vu. ii (E et \\.). — lu deuxième tumiilus gallo-romain à Martelange . . . . 377 

Masqobaat (P.). — Gabriel Leroux 39'i 

— Collections d'auteurs grecs et lalins 333 

— Euripide, Hécube, éd. Willem (bibl.) 16g 

Navarre (().). — Pormigé, Remarques sur les théâtres romains à propos de ceux 

d'Arles et d'Orange (bibl.) . . 160 

Pascai <M""J.). — Le prétendu « camp romain » des monts de Caubert . . . . 207 

Pi ech (A). — La Guerre et la Religion 319 

Radet (G.). — Collections d'auteurs grecs et latins 22b 

— Chronique des études anciennes 83, i63, a34 3ii 

— .Sartiaux, Troie, la guerre de Troie et les origines préhistoriques de 

la question d'Orient (bibl.) 399 

— Sartiaux, Les sculptures et la restauration du temple d'Assos en 

Troade (bibl.) a3o 

— Mélanges Holleaux (bibl.) 338 

— Costanzi, Sludi di Sloria macedonica (bibl.) 32G 

Roussel (P.). — Molinicr, Les maisons sacrées de Délns (bibl.) 77 

Rutssen (Th.). — Platon (chron.) 16a 

Thomas (F.). — Une villa gallo-romaine igi 

Toi tain (.).). — Le temple dolméuique de Bellona à Sigus et le sanctuaire dol 

ménique d'Alésia Uï 

\ eslï (L. de). — La question de la clé en archéologie >og 



TABLE ANALYTIQUE 

DES MATIÈRES 



« 1. Articles de fond. 

i° Orient grec — Questions gréco-orientales (A. Cuny) : VII. Phrygien, p. 98-100. 
— Aristophane de I3yzance et son édition critique de Platon (H. Alline). p. 83-97.— 
La date de la bataille de Kynoskephalai (M. Holleaux). p. 165-170.— Etudes 
d'histoire hellénistique : 1. A.*j<ria; 4»tXo)ir,Xou (M. Holleaux). p. 287-243. — Notes 
archéologiques: I\(H. Lechat). p. 1 -33. 

2° Monde latix. — Les Cyrénaïques contre Épicure : remarques sur le livre II du 
De finibus bonorum de Cicéron (É. Bréhier), p 171-17G. — Virgile maître d'énergie 
(S. Chabert), p. 244-266. — Notes critiques sur les poètes latins (L Havet) : I. 
Ovide, p. 37-38; II. Lucain, p. 8S-42 ; III. Stace, p. 101-110, 177-182, 267-270. — 
Inscriptions de Djemila (R. Cagnat), p. 34-36, i83-i85. 

5* Antiquités nationales. — Notes gallo-romaines (C. Jullian) : L\V. La ques- 
tion Je la crémaillère, p. 03-67; LXVI. Le problème de l'origine des Germains, 
p.m-i36; LWII. En lisant la préface d'Aimoin. p. 186-192: LXVIII. De l'exactitude 
topographique dans la légende carolingienne, p. 271-274. — Le prétendu «camp 
romain » des monts de Caubert (M"" J. Pascal), p. 207-208. — Le temple dolmé- 
nique de Bellona à Sigus et le sanctuaire dolménique d'Alésia (J. Toutain) p. 43- 
62. — Un deuxième tumulus gallo-romain à Martelange (E. et R. Malget) p. 277- 
280. — L'omphalos chez les Celtes (J. Loth), p. 193-206. — Notes sur une stèle 
singulière (É. Espérandieu), p. 276-276. — A propos du dieu de Viège (W. 
Deonna). p. i45-i47 et 208. — La question de la clé en archéologie (L. de Vesly). 
p. 209-210. — Le Musée rémois (D' O. Guelliot), p. an. 



II. Variétés. 

Collections d'auteurs grecs et latins (P. Masqueray. C. Jullian, G. Radet), 
p 222-235. — La Guerre et la Religion (A Puech), p. 219-222. — Cabriel Leroux 

(P. Masqueray et G. Radet), p. 294-298. 



III. Bibliographie et Chronique. 

t° Orient orec. — Naville, Archéologie de l'Ancien Testament, trad. Second (C. 
Jullian), p. t48-i4g — R. et K. Torii, Etudes archéologiques et ethnologiques: 
populations primitives de la Mongolie orientale (C- Jullian), p 109-160. 

Eoripiob, Hécabe, éd. w h.li m (P. Masqueray) p. 149-1Ô0. — Cost\nzi, Studl 
di Storia macedonica (G. Radet), p. 226-227. — Bouché-Leclercq. Histoire des 
Séleucides, t. II (V. Chapot), p. 227-228. — Mélanges Holleaux (G- Radet), 
p. 228 a3o. — Sartialx, Tmie, la guerre de Troie et les origines préhistoriques de la 
question d'Orient (G. Radet). p. 299-300. — Sartiaux, Les sculptures et la restau- 
ration du temple d'Assos en Troade (G. Radet, p. 23o-a3i. - Moi.imer, Les mai- 
sons sacrées de D< los (P. Roussel), p. 77-78. 



3l6 Hl VUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

2 Mondb i.uiv — Hahrington, Thr Hoiuan elegiac pools (P. Lejay), p. 3o3-3o6. 
— Ci.ark, Numerical phraseologj in Vergil (P. Lejay), p 3o6 307. — Ketks, The 
Rise of the Equités (V. Chapot), p. a3 1 . — Mortet, Mélanges d'archéologie, i' 
(C Jullian), p. iÔ7~i58. — Formigé, Remarques sur les théâtres romains à |>ropos 
de ceux d'Arles el d'Orange (O. Navarre), p. ir>o-i54. 

Pooei,Genova preromana, romana e medioevale (O. Jullian), p. 232. — Bickhkll, 
A fiuide to the prehisloric Rock Kngravings in the llalian Maritime Alps (C. Jul- 
lian), p. 81 -83. — Yasskur, L'origine de Marseille (M. Clerc), p 3oo-3o3. — 
II. et H. Kiepeht, Formée orbis antiqui, carte XXIV (C. Jullian), p. :>32-233. — 
Gumont, Gomment la Belgique fut romanisée (C Jullian). p. 79-80. — IIaverfield, 
The Romani/ation of Roman Hrituin (C- Jullian). p. i56- 1Ô7. — U \\i:hi iii.n, Roman 
Hritain in 1913, in 1916 (C- Jullian), p. 167 et i33-s34< — Bouchieb, Spain under 
the Roman Empire (M. Lhéritier), p. i55-i5i>. 

Dottin, Manuel de l'Antiquité celtique, 2* éd. (C. Jullian), p. i58. — Hei.lucci, 
Amulettes : Libye actuelle et Italie ancienne (C- Jullian), p. 3oi|-3 10.— I)' Glelliot, 
Les pâtisseries populaires (C Jullian), p. lâS-iôg. 

3° Monde chrétien et byzantin. — Secrétan, La propagande chrétienne et les 
persécutions (A. Dufourcq), p. 80-81. — Batiffol, La pais constantiuienne et le 

catholicisme (A. Fliche). p. i<io-if>2. — Duine, Vie de saint Samson (C. Jullian), 
p. 162. — Van Milmnuen, Byzantine churches in Constantinople (Ch. Diehl), 
p. 3o8-3o9. 

C.HRONIQI E l>i;S ÉTUDES ANCIENNES. — OriCIlt, GrÔCC, IloitlC (V. ChapOt, C. Jul- 

lian, G.Radet, Th. Ruyssen), p. 83-84, 1O2-164, »34-a36j 3n-3i2. 

ClIHONloiE <;\LLO-ROMAINE (C- Jullian). p. 08-7O, I O 7 - 1 'l 'j , > 13-31 8, 281-29O. 



IV. Gravures. 

I de Phocée, p. 83 et feuille de titre. — inscriptions de Djemila, p. 34 
Schiste de Guérande, p. 08. — Le temple dolménique de Bellona à Sigus, p. i 'i el 
dolmen de la nécropole de Bou- Chêne, p \$. — Aill-na Meeran, p. 200; pierre de 

I uroe, p. aoi ; pierre de Mullaghmast, p. 20a. — Le bronn de; Viège au Mu» 
Genève, p. 64; crémaillère de la Tèno, p. lia; crémaillères de Baden, Benken, Wetls- 

«il, Alésia, p. 00. Attributs et symboles, p. i'jC et ao8 ; clés gallo-romaines cl u 
vingiennes, p. 309. 

V, Planches. 
I. Pierre de Casllestrangc; II. Bétyles de Kcrmaria. — III. Stèle trouvi 



REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES T. XVII, 191 5, Pl. I 




FIG. 3. — PIERRE DE CASTLESTRANGE, in situ 




FIG. 4. — PIERRE DE CASTLESTRANGE 
D'après un fac-similé du NmtitMMl ilmtum de Dublin 



REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 



T. XVII, 1915, PL. II 




FIG. 8.— BÉTYLE DE KER.MAMA. PRÈS PONT-L'ABBÉ FIG. 9. — BÉTYLE DE KESMARIA, PRKS rONT-L'ABBÉ 



REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 



T. XVII, 1915, PL. III 





STÈLE TROUVÉE A BOURGES 



ANNALES DE LA FACULTÉ DES LETTRES DE BORDEAUX 



REVUK 



DES 



ÉTUDES ANCIENNES 



Ah'B.,\\- Série. - Un,. El. aHe., Wtll, 1916, t. 



BORDEAUX. IMPRIMERIES (.Ol MOI lEHOt , RUE C.LIKAIDE. <)-II. 



Annales de là Faculté des Lettres de Bordeaux 

et des Universités du Midi 

QUATRIÈME SÉRIE 
Commune aux Universités d'Aix, Bordeaux, Montpellier, Toulouse 

XXXVIII* ANNÉE 



REVUE 

DES 

ÉTUDES ANCIENNES 

Paraissant tous les trois mois 



TOME XVIII 
1916 




Bordeaux : 

PERIT & FILS, ÉDITEURS, 9, RUE DE GRASSI 

Grenoble : A. Gratier & C", a3, Grasdb-Rub 

Lyon : Hbsri GEORG, 36-ia, passage de l'Hôtel-Dieu 

Marseille: Paul RUAT.54, rue Paradis | Montpellier: G. GOULET, 5, Grahd'Bu* 

Toulouse: Edouard PRIVAT, i4, rue dbs Arts 

Lausanne: F. ROUGE & G", 4, rue Haldimajd 

Paris : 

FONTEMOING & O, \. rue Le Goff 



ÉTUDES D'HISTOIRE HELLÉNISTIQUE 

(Suite.) 



II. Lampsaque et les Galates en 197/6. 

Le célèbre décret du peuple de Lampsaque ' en l'honneur 
d'Hégésias et de ses collègues, ambassadeurs à Massalia et 
à Home en 196, — le plus précieux document que nous 
possédions sur la première intervention des Romains dans les 
affaires d'Asie, — n'a point encore fait l'objet d'une étude 
historique assez attentive. J'espère donner cette étude, que 
j'ai depuis longtemps préparée. Pour l'instant, je ne veux 
m'attacher qu'à l'une des nombreuses questions soulevées par 
ce beau texte : ce qui concerne le prétendu conflit de la ville 
de Lampsaque et des Galates Tolostoages. 

Rappelons les circonstances historiques auxquelles fait 
allusion le décret, et résumons-en le contenu. A la fin de 197 
et au printemps de 196, Antiochos III s'efforce de rétablir sa 
suzeraineté sur toutes les villes d'Ionie et d'Aiolide. Trois 
d'entre elles, Smyrne, Alexandreia Troas et Lampsaque, depuis 
longtemps en possession de leurs libertés, ont refusé de prêter 
hommage au roi et ne se sont point laissé intimider même par 
la menace d'un siège. Les Lampsakéniens (comme aussi les 
Smyrniens et les Alexandrins 3 ) ont décidé de confier au Sénat 

i. Lolling, Ath. Mitt. VI, 1881, 9<"> sqq. = Michel, 339 = Dittenberger, Sylloge' 1 , 
37*1 = Inscr. gr. ad res roman, pertinentes, IV, 179. On ne trouve, clans cette dernière 
publication, que la simple reproduction du texte donné par Dittenberger. 11 e^t 
bien regrettable que les éditeurs n'aient pas connu les améliorations considérables 
apportées, dès 1900, à ce texte par Ad. Wilhelm (Gôtt. gel. Anz. 1900, 93-90). — 
Voici une liste, sans doute incomplète, des ouvrages où est étudié ou commenté le 
décret dt- Lampsaque : Mommsen, Ath. Mitt. 1881, lia sqq.; /f. G. I > s , 724, 7^2 (notes); 
Stfihelin, Gesch. der kleinasiat. Galater, 1" éd., 68-60; ■■" éd., !8-4g; Ad. Wilhelm. 
GÔU. gel. Anz. 1900. 93-96 ; Heitr. zur griech. Inschriftenkunde, 261 ; \iese, Gescli. 
der gr. und maked. Staaten, I, ig'i et note 3; II. 643, 761, note 1 ; Bevan, House of 
Seleuem, 11, ',."j-',6 ; C. Jullian, Hist. de la Gaule, I, 38i et note 1; '.08; G. Colin. 
Home et la Grèce, 169; Cardinali. fiegno di Pergamo. 69, note 2; 88; Ad. Reinach, 
Rev, celtique, \\\ (1909), .")3-5."> ; Hïirchner, dans Pauly-Wissowa. VII, 637, s. i\ 
Gulatia, i; Cavaignac, Hist. de l'Antiquité, III. 337. 

a. Ce qui est relatif à Alexandreia Troas ne laisse pas d'être assez compliqué. Il 
n'est pas tout ;'t fait certain que la ville ait réclamé l'appui de Home dès 197 6 
(cf. Cardinali, Régna di Pergamo, 69, 3). Mais je ne puis entrer ici dans l'examen de 
ces questions de détail. 






2 REVUE DES ETUDES ANCIENNES 

la protection de leurs intérêts, et d'implorer son aide par une 
ambassade dont Hégésias sera le chef. En tant qu'habitants de 
la Troade et membres de la Confédération Ilienne. ils se 
peuvent dire « parents » (wftet&ç) des Romains : c'est un titre 
dont ils comptent se prévaloir. Mais, se souvenant qu'ils 
sont aussi, comme colons de Phocée, « frères » (<x$sA<fc!) des 
Massaliotes, et sachant l'estime où sont tenus ceux-ci par le 
gouvernement romain, ils jugent opportun de leur demander 
d'appuyer leur cause auprès du Sénat. Leurs ambassadeurs se 
rendent donc tout d'abord à Massalia, où ils obtiennent que 
quelques citoyens, délégués par le Conseil des Six-Cents, se 
joignent à eux et les accompagnent en Italie. Un peu plus 
tard, à Rome, dans la curie, les Massaliotes, puis Hégésias, 
recommandent successivement la ville de Lampsaque à la 
bienveillance des patres. Ceux-ci décident aussitôt de « com- 
prendre » les Lampsakéniens dans le traité qu'ils viennent de 
conclure avec le roi Philippe; pour le reste, ils renvoient les 
ambassadeurs à T. Quinctius Flarnininus et aux dix commis- 
saires délégués en Grèce. C'est ainsi qu'llégésias et ses collègues 
vont trouver à Corinthe T. Quinctius et les légats, dont ils 
reçoivent le plus favorable accueil... 

Tout le monde est d'avis que, dans le décret, il est parlé, en 
deux passages, des Galates Tolostoages. El la raison en est, 
pense-t-on d'ordinaire, que ces barbares causaient de graves 
embarras à la ville de Lampsaque. Ce sont là les deux point- 
que je me propose de vérifier. 

Entrevue des ambassadeurs de Lampsaque avec les autorités 
de Massalia. 

— \yy//.'.[j.z->'.z :': | Hêgetiai 
L J3' \zxi-x 3UVTtXfotâ}v0U : j]~1? »v îl/îv -.x 'W," r i-:[j.x-x y k[su)92U4-] 
[voç v.; Mx--x)J.\xi t:/.:jv KoXÙv %Ct\ :tt'./'v;jv;v, tat[XQù>v oï\ 

'i"> {-.-'■ ~.'Jj; izr/.z\z<.. nfj?OT9 xfc Cwç] 

i \<ii.-s critiquât. — J'indique ici 1m restitution* que |'ti mi «i«- v « »î r préi 

i il ii-- >ir Dittenberger. Le teste a été plusieurs foie revu par mol sur l'original, cort- 

rapblque d'Athènes ; j';u rniiui tctemenl que j'ai pu 

idue probable I i seub ligne manquante, comme l'a dowî td 

\n libella {Qôtt set An.-. < i la l. 'ii. La nsetitutioo li i propos* • poui l.i liii 

de cette ligne el poui la début de la suivante a'esl natun llemenl qu'approximative 



ETUDES D HISTOIRE HELLENISTIQUE 3 

[rr/y. ~ztzi\i-j-C>rt il: ~z z-yj-.zizztjzxzfyx'. j.zH x[\j~zj ïx] 
[MxsaaXl&ç et]ç *Piij«QV xptvavtsç ;è gp^oipov sTvx'. i^twfuatvre^ k'-] 
[XxSsv zaci twv ï\\x/.zz:{ù' z , j\j.z-ïzz , jzt* ÈTlTCsXtJv u[icèp "^ of,-] 
[j*3u ~::ç t'cv :r,;x]cv -<ôv TY/.sttcx-'uov roXotûv. 

On voit que la ligne ^9 renferme incontestablement le nom 
des Galates Tolostoages '. Quant au caractère véritable de la 
démarche faite à leur sujet par Hégésias auprès des Six-Cents, 
nous essaierons de le déterminer un peu plus loin. Examinons 
tout de suite le second passage, où, selon l'opinion courante, 
les Galates seraient de nouveau mentionnés. 

Réception d'Hégésias et de ses collègues par le Sénat. 

L. 49* C'.ax:;j.['.-Q$'ç se] 

5o [etç TPwjMp \xt-.x t]wv zj[j.zpiz6zj-&> v.x\ xGn uuv«xooT[aXsvn*v] 
[awrûl à/. Ma-sxj'/.ix; v.x: yzr^x-izxç -r,\ wfKkijUM ;j.st' [zt/tdv ci-] 
[r t 7.z\tzi (Ma7irzXiT|T(5v) crjXw-ivJTorv njv eWstav xai rr,v aûpe&v r ( v s^fcvre^ 5t* 
[teXo3ow £'!r aj]-:j; xat àvxvao7x;j.évi»)v -r// feâpgefua'ON ay-] 
[-.z\z s'.a-xv ~cbr] ajTi'jr, x7::/.C' i ".7x;j.év<.)7 zï z&TOtç v.x: ~[iz\ V,-«»iv] 

— L. 43-44 : ^['/.î-JTa; tôv £:; Ma<rax>.t]a/ ir/.oOv ■ko/.-jv Kan MtuavSuwv, Ditt. Mais l'article 
tôv est ici au moins superflu, et, dans Polybe (cf. Hultsch, Erzahl. Zeitform. bei Polyb. I 
(1891), 90 sqq.), je ne trouve que sXitv ou -o'.iîtrôat k/.oOv ou xôv tiàoOv. — L. 45-46 : 
J'ai conservé les restitutions de Dittenberger, non que je les juge bonnes, mais parce 
que je n'ai rien de meilleur à y substituer. Au lieu de [Stîw;] -:['j/o: r,ç.ir:o]fj-M-K je 
penche à croire qu'il faut écrire [u.etx|t(ov ro|ucpc?6]fv?<»v 1 car le pluriel xptvsvttf 
(1. 47) parait rendre ce supplément nécessaire; mais je ne sais où placer le membre 
de phrase rattachant fatpafÇcv] à i\; ti mtpMf*a€t ■Jii'jhz:. Le graveur n'aurait-il 
pas commis quelque omission? Le sens général de la phrase n'a d'ailleurs rien de 
douteux. — L. (6-47 : [iv. Ma<j<Ta>.;a;J, supplément très incertain. — L. 49 : [~y>- 
tov Sî)|i]ov, Ditt. La restitution est certainement trop courte. 

i. Pour les formes diverses de ce nom : ToJiurtoâwytftt, To/.iotooôyioi, To/.oo"to6ôytot, 
cf. Stâhelin. Gesch. der kleinasiat. Galater 3 , 4^, note 3; Brandis, P.-VV. VII, 537, s. v. 
Galalia, 2. 

5. Notes critiques. — L. 5i : [:x tt,; Ma<7<7a]Ài'a:, Ditt. Mais l'article manque 
toujours, dans l'inscription, devant les noms de villes. — L. 5i-5a : [jpMve*], Ditt. 
J'ai préféré [otqxouot], le verbe o.a/.ovw étant celui qu'on emploie régulièrement 
(voir Polybe), lorsqu'il s'agit d'une audience accordée à des ambassadeurs. A la 1. 5î, 
le mot Mxi<7a}'./- 1 T<ov, qui me paraît indispensable, a été omis par le graveur. — 
L. 53-54 : trjx ûmp^ofuoatv <rj|xu.a/_;'av 7tpo:] aCto-i:, Ditt. — L. 55 : le v final de ju]v 
est visible sur le marbre. — L. 55-50 : |xa; njp liïvotpv iy.ô/.)o , j6ov, Ditt. A la 1. 56, 
Dittenberger écrit [c}vtf«vtffi ok aO[-.oi:] /.-).. Je crois que xO|tô;J est préférable: 
c'est maintenant Hégésias, succédant aux députés de Massalia, qui prend la parole; 
cf. I G, \I,4,54î (Délos), I. 11-12 : Èafa«''î['.]ok xak a-jTo; xta. — L. 50-57 : Je dois faire 
observer que le supplément [ — e | ç.\ tûv ra/.a]:t">-', qui sera discuté plus loin, est trop 
court d'au moins une lettre ; la lacune est de dix lettres au minimum et probablement 
de onze. Au lieu de [ijvtfcvtoa 3) k'j[tb; xoi — s|p\ îûv] -/.t>., on peut proposer : 
[t}vfçetvuTt £k aj|xô; Ktjpil te tûv] xt"/.. Notons que la place manque pour écrire 
[i\'tisi-':'7i 'A a-'[-o; /.ai Ta ze|v. tô>v] xt/ . — L So : [spovoAv], Ditt.. ce qui est trop 
court. 



4 REVUE DES ETUDES ANCIENNES 

55 [stcr. xjtîIç pè]v elvat àos/.scTç tû< cr ( ;j.(oi qpâv ?u}j£atve[i, tt;v sk| 
[aîpeatv dbtéXjoudov l^rsiv ty;'. Wjfyeveta[i' è]vefàvia« ce a&|/rbç /.al -t-} 
[pî twv raXa]TÛv(?) /.al tov icporôcétuvfe]; : 2r,;j.s; j-â::;ai fayTtô'. è:- 
[a-i—î'.Aî Tr,];x îcpcséstav *at RgpexaXct aj—j; ;j.zTa [tmv wja-] 
[xp£3CîJT(ov xat] 7T£p\ Ttjc ~(ôv à'XXcov çî/stov y.a'« 9?xeui>v àafçaXsîaç] 

60 [xpsvsetsOat xa]t fnèkp rr,; ttcaîw; -fjy.(ôv fpovr([Ç]etv 8[ia te rîjv 
[7'JYT- V£iav **' "]* jzapyov-ra f/jxîv -pbç aù-où; çiXi[v6p<i>xa *ai] 
[v.à njv yîyîvr ( ][j.£VYjv r ( ;a.Tv JÛffrafflY c'.à ftfxOTafXlijTâv, à$l-] 
fiùv y.a; sttistcXyjv X]a6eîv jujA^épouffav -m: zr,[j.M<. y.-X. 

La restitution des 1. 56-57 — [sjvtçôvifft 81 xu[toç /.a* itejpt tùv 
IY/.a]-:cjv — est due à Lolling 1 . Comme il l'indique lui même, 
c'est le contenu des 1. /17-/49 qui lui en a donné l'idée. Parce 
qu'il avait été question des Galates à Massalia, Lolling a estimé 
nécessaire qu'il en eût été question aussi à Rome; et c'est 
ainsi qu'au début de la 1. 07, — tmv s'est complété en 
[raXaJTÔv. 

Cette restitution a lait fortune. Dittenberger, Ch. Michel, 
les éditeurs des Inter.gr. ad res roman, pertinentes l'ont enre- 
gistrée sans objection. Et les historiens n'hésitent point pour 
la plupart ù affirmer, après Lolling 2 , qu'en [96 les ambassa- 
deurs de Lampsaque sollicitèrent pour leur patrie l'assistance 
du Sénat contre les Galates Tolostoages. Nous lisons chez 
Haubold (De reb. lliensium, 64): « |Hegesias|... qui legatus 
hoc anno |iq6| cum Homanos rogasset, ut patriam a regibus 
vicinis [?] GalUsque defenderent...; » — chez Stahelin {Geseh. 
der kleinaskU. Galater*, /|8) : « Die Lampsakener... legten Ihm 
[dem Sénat] auch ihr Anliegen xtpt tûv lY/.aTiov vor...; — chei 
G. Colin (Rome et la Grèce, i58- i5g) : «Au commencement 
du 11' siècle, l,i région de l'Ida j se sentait fort menacée par les 
Galatet et pur les divers rois du voisinage [?]; aussi, en 196..., 
les villes de Lampsaque, Smyrne et Alexandrie de Troade 
riiNoirnt-elles des ambassades... à Home... pour supplier le 
Sénat de garantir leur Indépendance...; » — chez Ad. Reinacb 
ne celtique t ^y*\\. 53 .">',) : « En cette année J197 6]... on 

1 \th Mai. 1X81. 1 

\tii Miii 1681, ii'i'i ■ iiiiitiic i< h m dsM die 1 .r-, m. 11. h m Rom B] 
1 klase luiiiii-H > 



ETUDES D'HISTOIRE HELLENISTIQUE 5 

voit la ville de Lampsaque députer une ambassade à Marseille 
pour solliciter son intervention à Rome dans certaines affaires 
sept ":<ov IY/.a-:cI>v... '. Les Tolistoagiens s'étaient associés aux 
revendications du roi de Syrie, comme il résulte de l'inscrip- 
tion...; c'est probablement qu'ils comptaient recouvrer [aux 
dépens de Lampsaque] leur part du stipendium d'autrefois. » 

Or, la restitution proposée par Lolling, et toujours acceptée 
depuis lui, ne supporte pas le plus sommaire examen. Elle est 
inacceptable pour des raisons philologiques et historiques qui 
apparaissent aisément. 

Elle est inacceptable philologiquement : i° Parce qu'il faudrait, 
à la l. 07 comme à la 1. 4g, -zo\ :wv Tokoctroarf.iû\ FaXarûv, et que 
la place fait manifestement défaut pour le premier de ces deux 
noms. — 2° Parce que la phrase èvefôvtcrs — ~tz\ -roW raX«wv a 
serait laconique au point d'être inintelligible. On veut que les 
trois mots rapt -rcW IV/aToW soient l'équivalent de xepî toW -;c; 
Vx'/.yt-x: r,;i.Tv B'.assccv-ojv (cf. Polyb. XXXI, 8, l), OU de xspt tojv 
ic'.y.r.y.itTtov toW jzc :ùv PaXatâw sic r,y.5c Y«yov©T**v, ou de quelque 
chose d'approchant. Mais c'est ce qu'il est impossible d'ad- 
mettre. Pour qu'une ellipse si forte fût tolérable, à tout le 
moins faudrait-il qu'il eût été fait mention auparavant des 
méfaits des Galates. Comme il n'en a point été parlé, les mots 
-iz\ 70)7 PxÀaruv réclament une indispensable explication. Ce 
qu'on attendrait, c'est une rédaction telle que celle-ci : vK&xnat — 
v.x: ~iy. Twv IV/.rwov ri xl './.r^x. x- x ~x ii-' xjtwv yerfonâtt xtX.*, ou 
encore : bttyôcturt — xaà -iz\ tôv IV/.r:<ï>v, l'.i-.\ rr;> zc/.-.v r^Mn z&xstv 
sxeSaXevcc vel simile). Mais le texte n'offrant rien de pareil, on 
demeure en pleine incertitude. « Hégésias renseigna le Sénat 
sur les Galates...» A quel propos? Cette question nécessaire 
reste sans réponse. Et c'est pourquoi le prétendu [l Y/.a]-:or» doit 
disparaître, et faire place à un mot qui n'ait pas besoin d'être 

i. Ici, le sens général du décret est complètement dénaturé. Même erreur chez 
C. Jullian. Hist. de la Gaule, I, ' ( o8, et chez Hurchner, P.-W. VII, 527, s.v.Galatiti, 1. 

1. La tournure tpfflmÇtrv ~zy. est, d'ailleurs, irréprochable. Cf.. par exemple, 
Sylloye 2 . a5o, 1. 4-5 (Delphes); Collitz-Bechtel, m.'.. 1. 5o-5i (Krylhrai ; Insctir. 
l'riene, 64, I. ',-5 (Phokaia); Insrhr. Magn. 35, 1. ia-i3 (Képhallénia); Delphinion 
m Milet, iSg, I. (o (Mileti; Ath. Mitt. 1907. jG5, I. 17 (Pergame); Joseph. \nt. lad. 
\l\ . «^9 (décret de P»>r£anie); Diod. \\, 106, S, etc. 

3. Pour cette tournure, cf., par exemple, Sylloye'', l'jt, 1. 5 (Athènes): 'uia- 
•1:1x1-.-.-. Rtpi xvTOÎ ~.x: /yv.t: u: -y. r /:/i--x: /.-'/. 



HEVL'E DES ETUDES ANCIENNES 



expliqué et qui, à lui seul, donne à la phrase un sens clair el 
satisfaisant. — 3° La restitution est mauvaise parce que le mot 
se terminant par — t<ov doit se lier naturellement à ceux qui lui 
font suite : jwn (ov -zzzzzzy.viz: z of^.z: i>-ipzx<. [x-j-uk ïzx-îz-v'hz tfjjx 
-z.zzv.x->. Or, tel n'est pas le cas. Nous savons très bien ce qu'il 
faut entendre ici par un -zzzzïz\j.v>zz z zf^iz: /.-:>.. Tout le reste 
du décret nous en instruit : il s'agit de Vacrcovo\t.ia et de la 
zT,iz/.px- : .x de la ville de Lampsaque, auxquelles attente Antio- 
chos. Mais il n'est pas facile de découvrir le lien qui existe 
entre « les Galates » et les libertés de Lampsaque. La juxtapo- 
sition, dans la même phrase, de deux objets si différents, 
dépendant du même verbe, serait chose par trop singulière. 

D'autre part, la restitution est inacceptable historiquement : 
i° Parce que, à supposer — ce qui n'est pas, comme nous 
le dirons plus loin — que les Lampsakéniens eussent à se 
plaindre des Galates Tolostoages, il serait extraordinaire que 
les députés de la ville eussent commencé par entretenir le 
Sénat de cette querelle. Ils avaient à s'acquitter d'abord 
d'une tâche autrement importante; ils devaient, avant toute 
chose, remplir l'objet propre de leur mission, c'est-à-dire 
demander au Sénat sa protection contre Antiochos. — i° Parce 
que, à supposer encore que quelque conflit se fut produit 
entre les Lampsakéniens et les Tolostoages, les Romains, 
n'ayant pas eu jusque-là de rapports avec ces barbares, non 
plus, d'ailleurs, qu'avec aucune autre nation ou cité de la 
Petite-Asie», n'avaient point qualité pour prendre contre eux 
la défense de Lampsaque. Les Galates et les Romains i*igno 
raient réciproquement. Et ceci, sans doute, n'échappait point 
aux Lampsakéniens, qui ne purent donc avoir l'idée saugrenue 



• rappela la pbrtM 4* T. Livo, \\i\. n, i (Ami.) ! NuHttdam in Atit 
tMtâtet Imbrlmt jiufiului llomamis (ami. aoû). I.a situation était la même en iq6;m a m. -, 
laa U'ini.iiiis m,' connaissaient qu'Euméoèt «'t AnUochoi, • *Ml à t"rt qu'on I cru qu'à 

• n du transfert à Home de l'ldolt <le la Mtittr lilaea, Im Romain* cnln n nt 

••n nriaUoni avoc Im Qalatot. il est aujourd'hui bien établi qui «-« ■ 1 1 « - Idole at 

l non i PawillOOta, mais à PergmOM, aux mains <!' Vitale, lorsque l'ambassade 

|i.ii Ir Scn.it l.i \int quérir. Celte ambassade n'eut all'aue qu'à Allah- 
i Cardinal), RtpM H Prigiima, B8, i . et, eu dernier lieu, L. Illucli, l'Iulol. 
j | Kni|wr. \tnriiK,s)iii-, ig | , WU«OWa, Rétif, und kiillus der 

'.. \d- . ,i|..l., I esl . i-lui île Narrmi.i/r 1.1, \ I. i ij I I < i>. : 
»qq. 



ÉTUDES D'HISTOIRE HELLENISTIQUE 7 

de vouloir mêler le Sénat dans une affaire qui lui était et lui 
devait rester complètement étrangère. 

J'ajoute enfin que la restitution est inacceptable parce qu'elle 
est démentie par le silence gardé sur « les Galates » dans 
la suite du décret. — Comme je l'ai dit plus haut, le 
Sénat, accueillant l'une des demandes d'Hégésias et de ses 
collègues, consentit à « comprendre » la ville de Lampsaque 
dans le traité qu'à ce moment même il avait conclu avec 
Philippe V; mais, pour les réponses à faire à leurs autres 
requêtes, il renvoya les ambassadeurs à T. Quinctius et aux 
dix légats chargés de régler les affaires de Grèce (1. 67-70). Si 
donc la restitution :ùv Vx\x-o>> était fondée, il devrait être à 
nouveau question des Galates dans la partie du décret qui 
résume l'entrevue qu'Hégésias eut à Corinthe avec le proconsul 
et les Dix (1. 70 sqq.). Hégésias, revenant à la charge, aurait 
adressé à T. Quinctius et aux légats — r.iz: wn Vx'/.x-m-/ — les 
mêmes prières qu'au Sénat. Mais nous constatons qu'il ne fut 
point parlé des Galates à Corinthe; d'où nous devons conclure 
qu'il n'en avait point été parlé à Rome. 

Ainsi donc. [IV/.a -r<7>v est une invention, aussi malheureuse 
que téméraire, de Lolling. Et l'on aurait pu s'en apercevoir 
depuis longtemps. Mais, comme l'a dit excellemment G. de 
Sanctis, après avoir montré l'inanité d'une restitution de 
Dittenberger, non moins fâcheuse que celle-ci et pourtant 
acceptée sans défiance, trente ans durant, par tous les criti- 
ques : « La sicurezza con cui la si afferma procède délia 
tendenza, cui tutti, anche gli spiriti più critici, talora indul- 
gono, a ripetere senza discussione le affermazioni altrui '. » 

En réalité, les ambassadeurs de Lampsaque commen- 
cèrent, ainsi qu'il leur était prescrit, par faire connaître au 
Sénat la situation où, dans le moment présent, se trouvait 
la ville. Pour signifier les « circonstances »> ou les « affaires 
présentes », Polybe emploie, et même à satiété, l'expression 
-.'x hiz-.ui-.x ou ;-. v)i"S<\-.zz /.v.yJ. . Rien n'est si commun chez 
lui que les locutions Xéyay, z:x/A-;izhx:. ^zAz'jizHx'., etc. sspi 
7Û>v èvî—Ôtujv, auxquelles il faut ajouter aussi y.xzxzv.i --:z: z&r* 

1. G. de Sanctis, Contributt : etc. ;gi. 



8 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

îve7T'ÔTojv ' . La restitution èvsçovtaeoc xj[-.z: v.x: ~t\p\ tûv èvecTwJTwv 
semble donc tout à fait convenable. Mais si l'on préfère |twv 
jujxôâvj-cwv, ou [tiûv kj^ovJtwv (peut-être un peu court), ou simple- 
ment [tojv T.px^x]-hn 2 , je n'y saurais rien objecter. 

Reportons -nous maintenant aux 1. 4 7 - 4 9 : xpCvavTs; ce 

■/yr^.-xz-t ihx: 3 àr'.'.'ijsav-rô; SjXa6ov zapi -r»ov i];xy.S7''o)v 3-j;j.çÉpcjTav 
È-'.7T0/.v;v 'j[~k; t:j syjj/cj [ ~pz; tcv o^y.Jcv toiv T:X:~-:c:r"!<.>v IV/,a7(ïiv. 
Ici, point d'embarras sur le contenu ni sur le sens littéral du 
texte : « (Hégésias et ses collègues), ayantjugé la chose bonne, 
demandèrent au Conseil des Six-Cents et obtinrent de lui, 
pour le peuple des Galates Tolostoages, une lettre utile aux 
intérêts cru peuple de Lampsaque. »> Mais ce texte si clair 
a fourni matière à d'étranges imaginations. 

A la suite de Lolling, comme nous l'avons vu déjà, on s'est 
généralement persuadé qu'en 197/0, les habitants de Lamp- 
saque avaient « maille à partir avec les Calâtes » Tolostoagc 
ou, plus exactement, que ceux-ci menaçaient la ville de 

1. Aeveiv xtpc (ou vtcàp) tôv ivtonâtttv : Polyb. XV, i, 6; XX, g, 6; XXI, 10, 4; ig, s 

— oia/.iysT'Jai iwpt w»v v/tn-zûzMv : II, 54, i4 ; V, io3, (1 ; XXI, 29, 8 ; — xoivoXoYttetat 
•jnÈp tà>v gvMti&Tttv: IV, -j3, 3; — JîoyXe'jffOai (otaoo'JXtov £-/£'•'') ma: tôv svettiôw : 
II. »6, 3; III, 86, 7; 118, 7; V, 7 5, 9; IX, 3. .', ; XV, 7, •>; \\ I, 3i, 1 ; 3 2 , 3; XX, 1. 1; 
\\l. iâ, 10; WVIII.6, 2; 19, 1; WWIll, 17,0; — oia).a;j.C(iv£tv («rvvoix/.aijLSâvEtv) 
7;sp\ tôv ï'ifj-.M-.un : XV, 17, 5 ; XVI, 25, 1 ; — «TiopEtv (vel simile) Ttept xtôv Èvît-toito)-/ : 
IX, 16,3; XI, 20, 5; XXI, 22, 10; — oiaxo'JEiv Jttpt rôv :vî<tt(.'>t<ov : III, i5, 4; — 
ôiaTaiî'iv iupt Truv rvtffttirwv : V, 74, 8. — Cf. III, 70, 3 ; 70. 9; l\, 37, 1 ; \V. i.">, ', 
\ VI, 1 5, 1 ; \ Ml, 1 4, 7 ; XX VIII, i3, (i ; X XXIX. 1, 1 1. — Les exemples sont presque 
innombrables de ol rvc<rc&CC; xatpof; cf. XXII, 7, 2 : !, tvtffrùt; ypovo;. — A la vérité, 
je ne trouve pas, dans le moment, de document éplgrapbfcruc oll'rant Ta ivtot&ra 
"u '/: :vî'7tô>t£; xaipot, niais c'est, je pense, tin pur basard. Eu revanebe. les exemple! 
de tx siroot&ra (oii vvvtotaxora) — mot dont le sens est d'ailleurs différent — sent 
bien attestés: Inschr. Prient, 124, 1. 5; cf. ihid. i9i, I. j'i-2T>, 27. I)an> le décret de 
Pitané ('>r. </r. m«er. 335), 1. 4-5, au lieu de npujfjVJtct; àiUTTsiD.xadiv npb; tj ;jl i [ ; 

.|v=iT/;xôTf.. 1 --.•,. IfufTiXijvatou]^ il faut tn''s probablement écrire [«©'i 
rcSv w]vt4mpcétcov ktX. 

2. Cf., par exemple, Polyb, XXI, 3g, : X&yidu; imt^onvte mpit tôv zpavjAdîToiv 

— . XXI. '12, g : evv^2pevsv mpl tftv irpocYiuxTMv. — Je rappelle que le mot à suppléer, 

• rifleation faite >nr i«- marbre, devait avoir probablement atx lettre* 
Comp. Polyb ni. u>7. ■ : xplvwv 5) vupftpttv to /.-)■ 
,. LoUlofi "" "'"• 1881 , loo-n. 1 Cf. afommaea, ii'ni. aie; Stlhelin, G*sca. i/<t 

Urinasinl. QalaUt - ' . ". . C. .lulliaii. ///s/. d* (a Caille, I, 'i" s : n Quand |M 

■ 1 imnaaqnon forant maille •'< partir avec loi Galatoa, il- envoyèrent dei 
!• putét aui Marseillais, pour les priai à' intercéder ta leur faveur aoprèi dea Gauloia, 
qu'il» oonnaiaaaient mloux crue peraoone •■: \>i. noinacb. Raa. oatti 1 

m -<• rappelle la prettion oa'oa fa* «i mu [loi Gala toi ar Lamptaqt 

u (l/'iusr 0/ Srlewus. II, 'iG> s'exprime avec 1111 peu plus ili W hal II 

-un mur.' earioua, tbej dellvorod i" Hofeelai |ib<- Maualiota], la \iri<><- >>i tboii 

relattool nrllh 1 ■ ■ « - Gauliof theftbonc valley,a leller to n famoi "i thoToliatoi 

Qaial ommeodiofl i" tbon tii> 



ÉTUDES D'HISTOIRE HELLENISTIQUE Q 

grands dangers ou lui faisaient subir de pénibles vexations. 
Ceci, à vrai dire, soulève quelques difficultés. Une entreprise 
des Tolostoages contre Lampsaque est, à l'époque indiquée, 
malaisée à concevoir. Fixés déjà, comme leurs frères les 
Trokmoi et les Tektosages, sur le plateau de la Haute-Phrygie, 
établis dans la vallée supérieure du Sangarios, aux alentours 
de Pessinonte, les Tolostoages se trouvaient bien éloignés de 
la cote de l'Hellespont, et séparés d'elle par toute la largeur du 
royaume de Pergame, avec lequel ils entretenaient, semble-t il. 
de bons rapports 1 . Gomment, par où seraient-ils parvenus 
jusqu'à Lampsaque, c'est ce qu'on ne voit pas du tout 2 ; à quoi 
l'on peut ajouter qu'au début du n* siècle, les Gaulois d'Orient, 
devenus sédentaires, n'étaient plus les ravageurs endiablés 
de l'époque antérieure 3 , et que les rudes défaites, naguère 
infligées aux Aigosages par les Alexandrins de Troade et par 
le roi Prousias, avaient dû contribuer encore à calmer leur 
humeur aventurière *. Stâhelin et Ad. Reinach ont agité déses- 
pérément ce problème, sans parvenir à le résoudre. Ils ont 
pris, en vérité, une peine bien inutile; le problème est inso- 
luble pour le simple motif qu'il n'existe pas. 

i. Cf. Slahelin, ibid.' 5i, d'après T. Live [= Polyb.|. WW1II, 18, i, texte qui 
n'est d'ailleurs que médiocrement concluant. 

». Stâhelin, dans la seconde édition de sou histoire (48-49), a renoncé aux essais 
d'explication qu'il avait risqués dans la première (5(>-Go). Il s'en tient. en (in décompte. 
à cette affligeante conclusion : « Wir sehen [?] also Lampsakos, einc hellespontischc 
-Sladt, in Bedriingnis durch die Tolistoagier ! Welcher iridié Bedrumjnis nw, uissen 
wir nicht... » Le rapprochement établi par Stâhelin entre l'attaque supposée dont 
Lampsaque aurait été l'objet et le coup de main tenté par les Galates (Tekto- 
sages ou Tolostoages) contre Hérakleia-du-Pont n'a rien de topique. Les Tolostoaj:c- 
étaient sensiblement moins éloignés d'Hérakleia que de Lampsaque; mais, surtout, 
nous ignorons tout à fait à quelle époque se doit placer l'affaire d'Hérakleia. L'indi- 
cation de Memnon (F. H. G. III, 54o, fragm. 38) — aSum tôv 'Pwpoûav il: Ad t'a v 
3i*6t6i]xôwv — demeure extrêmement imprécise. — Quoi qu'en ait pensé Ad. Kei- 
nach (ibid. 54-55). le texte célèbre de T. Live [== Polyb.] sur «le partage de l'Asie » 
entre les trois nations gauloises (XXXVIII, 16, 11-12; cf. Brandis, P.-W. VII, 54c-, 
s. v. Galatia, a) ne nous aide nullement à comprendre comment les Tolostoages 
auraient poussé leurs incursions jusqu'à Lampsaque. Ainsi que le remarquait déjà 
Mommsen (Ath. Mitt. 1881, 114), c'est aux Trokmoi que, d'après ce texte, sont 
attribués les rivages de l'Hellespont. 

3. Cf. Jullian, I, 5 1 i-5 1 5. 

4. Polyb. V, m, 3-4; 6-7. — Il ne faut pas prendre trop au sérieux le passage de 
l'oIybeWI, 4i, 1-3 sur les craintes que les Gaulois auraient encore inspirées. lors 
de l'expédition de Gn. Manlius. aux Hellène- d'Asie, (l'est un de ces développement- 
généraux et vagues, vides de toute indication précise, comme il s'en rencontre assez 
souvent chez cet auteur. Le fait est qu'à la lin du m* siècle nous n'avons connaissance 
d'aucun acte de violence commis par les Galates contre les cités grecques cf. Brandis, 
ibid. "i'it. V ce propos, il convient de remarquer que l'expédition de Manlius n'eut 
pour prétexte que l'alliance des (lalates avec àntioefaos 111: cf. ^tâhclin. ibid* 5t. 



10 RLVIE DES ETUDES AXCIEX3ES 

Remarquons que l'inscription ne dit pas le moins du monde 
que les Tolostoages aient molesté ou tenté de molester les 
habitants de Lampsaque; on le lui fait dire. Et on le lui fait 
dire parce (pion estime que la conduite d'Hégésias, deman- 
dant aux Six-Cents une lettre de recommandation « pour le 
peuple des Galatcs Tolostoages », ne se peut expliquer que 
par cette hypothèse. Mais l'hypothèse est tout à fait superflue. 

Si Ion y veut bien réfléchir un instant, on reconnaîtra que, 
pour beaucoup de raisons, la cité de Lampsaque pouvait avoir 
intérêt à former des relations amicales avec les Tolostoages, 
— soit, par exemple, qu'elle projetât de lever chez eux des 
mercenaires, soit qu'elle voulut les détourner d'en fournir à 
Antiochos ' et contrebalancer la dangereuse influence qu'exer 
çait sur eux le roi d'Asie, soit simplement qu'elle eût dessein 
d'établir avec eux un régime normal de transactions commer- 
ciales, et se proposât d'assurer la sécurité de ceux de ses 
nationaux qui trafiquaient en cette partie du pays galate 2 . 
Or, les Tolostoages étaient gens farouches, peu abordables, 
peu traitables. Si l'on voulait trouver chez eux bon accueil, 
il était sage de ne négliger aucun moyen de se les concilier. 
Les Massaliotes, amis traditionnels de tous les peuples de la 
Gaule, étaient en grand crédit même auprès des Celtes d'Orient ; . 
Une lettre publique, où le peuple de Massalia recommanderai! 
la ville de Lampsaque aux Tolostoages, avait chance de bien 
disposer ceux-ci en sa faveur. C'est de quoi s'avisèrent llcgésias 
et ses collègues, et c'est pourquoi, mettant à profit l'occasion 
unique qui les avatl amenés à Massalia . ils prirent soin 

d'obtenir des Six-Cents cette recommandation qui, le cas 
échéant, pourrait être précieuse ;'i leurs compatriotes. Celle 

démarche si naturelle ne visait que l'avenir; et elle n'implique 
m aucune manière que les Lampsakéniena eussent, dans le 
présent, rien ;'i souffrir des Tolostoages. 

u \m auiiliairei galat» d'Antloobot m i<>r» «le >« guerre contre Rome, 
ef, li m- par Stthetià, faut.' S i-5», al par Brandis, ibid, 5&S-5&3 il «m 

ii' - i ibto qu , i<- n>i . i « - S\ ri<- oommençâl d'enrôler de* Oaulota; al lai 

babitantedt Lampsaque pouvaient craindre qu'il ne le* fil Dérober oonlre leur vilir. 

Uee que fort distante, oonme j';<i 'lit. ti<' la région de 

Lan ni pourtant molni éloigné*! que les Tektosages al lei rrokrool 

établU pli "i rraisernblableuient lés wuli Galatet que oonnuMenl lei 

ikénienti i- se leaqueli ii v eussent queiquei rapportai 

I C i.iiii.i. doI idel 



ETUDES D HISTOIRE HELLENISTIQUE W 

Au surplus, il est une observation, — faite par Lolling 
lui-même ', mais dont, l'ayant faite, il n'a pas tenu compte, — 
que suggère tout de suite la phrase où sont nommés les 
Galates, et qui condamne l'hypothèse communément acceptée. 
Les mots xpvtxnxq zï yzqr.-iz-/ ihv. v.-'l. montrent de la façon la 
plus claire que la démarche d'Hégésias et de ses collègues au 
sujet des Tolostoages fut due à leur seule initiative. Elle n'était 
pas prévue par les ■Ir^.ri.x-x mentionnés à la 1. 43, au texte 
desquels ils devaient conformer leur conduite; ils l'accompli- 
rent de leur propre mouvement, parce qu'ils la «jugeaient 
utile d, sans avoir d'instructions à cet égard. Et c'est ce qui 
explique que l'auteur du décret leur en fasse un mérite spécial. 
Or, les choses se fussent passées autrement, si les Tolos- 
toages avaient alors été pour Lampsaque un péril public : 
en ce cas, la ville eut enjoint à ses ambassadeurs de solliciter 
pour elle l'intervention protectrice des Massaliotes. Si elle n'en 
fit rien, c'est que les Galates ne lui causaient point d'inquié- 
tudes. Et ainsi le texte de l'inscription, dès qu'on l'examine 
avec quelque soin, se trouve signifier précisément le contraire 
de ce qu'on veut qu'il signifie. 

Pour conclure : i* Dans le décret de Lampsaque, le nom des 
Galates Tolostoages ne figure qu'en un seul passage, celui où 
est relatée l'entrevue des ambassadeurs avec les Six-Cents, à 
Massalia. — 2 Ce passage a toujours été mal entendu : il n'y est 
nullement fait allusion à une prétendue agression des Galates 
contre Lampsaque; une telle agression n'a jamais existé, et 
tout ce qu'on a dit là-dessus n'est que rêverie. — Que le décret 
de Lampsaque cesse donc de donner de la tablature aux histo- 
riens des Gaulois d'Asie; il n'a rien à leur apprendre sur les 
faits et gestes des Tolostoages; il montre seulement — ce qui 
est peu de chose — que les Massaliotes étaient bien vus de ces 
barbares, et que les Lampsakéniens pouvaient trouver profit 

à vivre en bons termes avec eux. 

Maurice HULLEAl \. 
(A suivre.) 

Ventillos, iqi4- 

i. Ath. MUt. 1881, ioi : «< Lebrigeos i»t die Erlangung jencs Briefcs al* perv>n 
liches Verdienst der Gesandten auf«ufa««eii elc. » 



QUESTIONS GRÉCO-ORIENTALES 1 



VIII 

LAT. ATR1VM 

On voit par le Wôrterbuch de M. Walde (2 e édition, pp. 67 
68) qu'en somme il n'existe pas de bonne étymologie pour 
atrium. Quelques modernes (par exemple Stolz dans les Indo- 
germanische Forschungen, XVII, p. 89, d'après M. AN aide) ont 
repris l'interprétation de atrium par aler, mais M. Thurneysen 
en a fait justice. De son côté, M. Walde repousse, et avec 
raison, l'idée de M. Thurneysen qui veut rattacher le mot au 
grec a ; .'0p'.:ç, (Jz)-aUJ;'.:;. Restent donc l'opinion de Zimmermann 
(Rezzenbergers Retirage, WIX, p. 276) qui en rapproche 
l'étrusque atar (ce mot, suivant Deecke, signifierait « maison ») 
et celle de Keller (Archiv fUr laleinische Lexicographie, XIV. 
p. r i35) suivant laquelle atrium (en tant que steinernc- 
(Jemach, steinerne Halle ») se référerait à l'étrusque // adra id 
est pelra, connu, paraît-il, par les seholies (de Leyde et Paris) 
.1 lu vénal (Sut. IV, 4o). C'est vers l'une de ces deux dernièi 
opinions que semble pencher M. Walde; en tout cas, il insiste. 
en tête de son article, sur le fait que les traditions les plus 
anciennes indiquent une origine étrusque. H 11 effet, le com- 
mentaire de Servius, citant Gaton à propos du vers 72O de 
Y Enéide, 1.1: 

7u."i ... uorciwjuc i>cr ampla uolutant 
Alria , 

donne d'abord l'étymologie par utrr et ajoute : alii dieuni 
[triam Etrariae rutilaient fuisse quae damât amplis uestibulit 

au . 1. niv, 191s, p. SI H et 

399-4 , l . W I. p. ', 1-V1 I IVII i foll IV i ( I .MU. ' 



Là*, atritm i3 

habebat, quae cum Romani imitarcntur, atria appellauerunt. 
Cf. Vairon (De lingua latinaj : atrium appellatum ab Atriatibus 
Tuscis; Mine enim exemplum sumptum, et Paulus-Festus : dictum 
aalem ... quia id gênas aedificii Atriae primum in Etruria sit 
institut uni. 

Si âtr(ium) est ainsi l'adaptation d'un mot étrusque et si l'on 
considère que les Étrusques étaient en rapports suivis, dès une 
époque très ancienne, avec les Carthaginois et qu'il était même 
intervenu, au vi e siècle, un traité d'alliance entre les deux 
peuples (v. Seignobos, Histoire du peuple romain, pp. 10 et 97), on 
peut se demander si le mot étrusque qu'on admet à la base de 
atrium n'était pas un emprunt punique. En effet, l'étymologie 
de atrium par Atria n'échappe pas au reproche que M. Walde 
adresse à celle du même mot par Cder : c'est une explication 
inventée pour les besoins de la cause; la seule chose qu'on 
puisse en retenir est l'indication de l'origine étrusque du mot. 
D'autre part, on admet aujourd'hui (Thurneysen, Thésaurus. 
s. u.) que le mot aue est un emprunt à la formule punique de 
salutation Hawe(h), cela à cause du pluriel auo (== auete) que 
l'on dit chez Plaute (Poen., vv. 994, 998, 1001), soit phénicien 
* Ilawù « vivez ». Il ne serait donc pas inouï que atrium eût. 
médiatement ou non, la même origine. Or. il existait en cana- 
néen, si l'on en juge par l'hébreu biblique, deux mots dont 
l'un a exactement le sens du lat. atrium et dont la forme e*t 
assez voisine de ce même atrium pour qu'on puisse se demander 
s'il ne s'agit pas de « mots voyageurs » ayant passé de Carthage 
en Étrurie et d'Étrurie à Rome. De ces mots le plus usité est 
Ihi'scr, état construit : Ha T sar, «atrium, uestibulum » (et aussi 
b pâgas, uilla, locus saeplo munitus »). Un des pluriels est 
llu'st'r-im. à l'état construit Ha'sr-e. A la base est un thème 
verbal lia' sar qui, comme l'arabe classique Hazara, signifiait 
« rendre inaccessible, inabordable, enclore d'une muraille» et 
qui, en définitive, présentait le même sens que galar « enclore, 
enclore d'une muraille » (cf. par exemple g'icr a saeptum, 
inurus, locus muro munilus, d'où, on le sait, Vxlv.zx « Cadix » '). 
Quand un T s cananéen a comme répondant un z arabe, en vertu 

1 . Et autres dérivés de même sens. 
Hev. Et. ane. s 



l!\ Ul.\ l I. Dl S II I DES A\(.II.NM> 

des règles phonétiques, on attend un T ([) araméen. Et il saute 
aux veux qu'une forme ararnéenne * IIûTr- s'accorderait mieux 
que toute autre avec atrium considéré comme un emprunt. Mais 
le phénicien n'est pas de l'araméen et, du reste, le thème verbal 
attendu *IJaT<ir- manque dans ce dernier dialecte du sémitique. 
Il y a été remplacé par un thème Htôar- qui, le sens l'indique, 
est une contamination du *HaTar supposé et de gâlar, cité 
plus haut 1 sous sa forme hébraïque, lequel n'existe également 
plus en araméen (racines *H-T-r et *g-d-r). — La même conta- 
mination s'était produite en cananéen, d'où un thème verbal 
Hâiar « entourer, entourer d'un retranchement ». Et c'est à ce 
thème que se rattache le second mot dont le sens et la forme 
rappellent atrium, savoir Ilelcr (pluriel Ilazar-nn, à l'état 
construit Haîr-e). On le traduit par « intcrius aedium conclaue, 
cubiculum; gynaeceum, thalamus, cella pomaria ». 

Au point de vue phonétique, H dans lla'sr- (ou IIaîr-\ 
emprunté aurait été traité comme dans aue (écrit quelquefois 
Itauc, sans que la chose ait plus d'importance que pour 
l'étrusque liadra, adra, cité plus haut). A moins que l'on ne 
prenne en considération l'étrusque atar « maison (?) », on 
partira naturellement de la forme Ha'sr- ou Haïr- comme 
étant à la base de l'emprunt. On aurait eu, dans le premier cas, 
affaire à un groupe - r sr- qui, en étrusque, aurait été adapté 
en -//•-, l'étrusque paraissant ignorer aussi bien que le latin 
(et que le plus grand nombre des langues) le groupe difficile 
.s/-. Dans le second cas, le groupe -or- (c'est-à-dire ancienne 
nient -dr-) était plus facilement encore rendu soit par étrusque 
•dr- (on sait que le latin change -dr- en -//'-), soit plutôt encore 
par -//•-, l'étrusque ignorant, en principe, les Bonores. Toutefois, 
le sens recommande de rattacher atrium à lla'sar plutôt qu'à 
Hëdër. Resterait à voir si la quantité Longue constamment 
attribuée à la première voyelle de atrium ne Lient pas unique- 
ment au l'ait que le mol est toujours nnplo\ r eoinme dactyle 

ou amorce de dactyle dans la poésie heiamétrique. Au reste, 

-il l'agil bien d'un mol d'emprunt . on ne saurait guère rendre 

compte d'une nuance aussi ténue* s i d'autre pari, tout en 

i Formate: *HêTw ~f *ftitr- iiminr. 






LAT. ATRIVM 10 

admettant l'origine non italique du mot, on maintenait le 
rapprochement avec Afria, il conviendrait de rappeler qu'en 
Palestine un grand nombre de villes (10) contenaient HaTsar 
ou un dérivé de la même racine comme premier élément (il en 
est de même pour la racine g-d-r, celle de Vxzv.zz. qui fournit 
au moins quatre noms de villes en Palestine, voir sur ces 
points les dictionnaires bibliques). Même dans ce cas, le mot 
aurait été emprunté comme nom commun, non comme nom 
propre, car il n'y a aucune trace d'établissements phéniciens en 
Italie proprement dite. 11 se serait donc passé pour âtr-(ium » 
à peu près la même chose que pour le mot de sens analogue : 
germanique 'garda: « enclos» (= lat. hortus), got. gard-s, em- 
prunté par le slave commun sous la forme m gordà (v. si. gradn. 
v. gôrod, s. grâd, etc..) et entré depuis dans un grand nombre 
de villes slaves (Xov-gorod, Petrograd, Bel- grade, etc.). On 
pourrait songer également à utiliser dans ce cas la glose 
étrusque (h)adra. Elle est traduite par petra et non par lapis. 
Or, on sait que, dans les idées des Cananéens, « roche, rocher » 
sont synonymes de « forteresse, refuge, protection ». En consé- 
quence (li)adra pourrait se référer lui aussi à un dérivé de la 
racine Ha T sar-, étant donné le sens « rendre inaccessible » 
rappelé plus haut. Un autre dérivé attesté : Ha T sir signifie 
précisément « retraile, tanière, fort de bêtes sauvages ». 

En résumé, Deecke a sans doute bien deviné quand, guidé 
peut-être par le sens de atrium, il a traduit atar par « maison », 
mais il faut entendre par là une grande maison, une sorte de 
palais à l'accès défendu par des murs. De plus, bien que 
l'une des opinions en présence fasse venir les Étrusques d'Asie 
Mineure 1 , il convient sans doute de penser que ce n'est que 
par l'intermédiaire des Phéniciens d'Afrique que les Étrusques 
ont emprunté Ha r s(c)r i . 

i. Cf. Revue, t. XV, p. 4o3, n. 3, ce qui a été dit à propos de teba «colline». 

a. Si l'on admet cette façon de voir, on se rappellera naturellement que en 
«voici» (dont le synonyme ecce est d'après M. L. Havet un emprunt au gr. ïyi 
« tiens») n'a qu'une bonne élymolo^ie (v. Walde 3 , p. î5i, el Boisacq, p. 3j5), celle 
qui l'identilie au mot grec de même sons t;/. Ecce montrant que de tels mots sont 
sujets à passer par emprunt d'une langue à l'autre et en — r^ ne s'expliquant pas par 
l'indo-européen, ne serait ce pas le même cas que pour aae, auo et le mot ne serait-il 
pas emprunté au cananéen (hébr. km « voici », qui se rattache au thème du pronom 
démonstratif hù)? 



l6 REVUE DES ÉTUDES UfGIERlfBS 

Note additionnelle à propos de lat. castra, -ôrum et mots de sens 
analogue dans les langues celtiques. 

De l'article savant, long et touffu de M. A. Waldc dans la 
s' édition de son Wôrlcrbucli (p. i3o) au sujet du lat. caslrtim. 
il résulte que les étymologies proposées jusqu'ici pour ce mot 
sont peu convaincantes et que, d'autre part, l'auteur ne peut 
se résoudre à en séparer une série de mots attestés sur le 
domaine celtique qui créent pourtant de sérieux embarras 
dans l'hypothèse d'emprunts purs et simples au lat. cas tram. 
L'interprétation de castrum à laquelle M. Waldc accorderait 
encore, faute de mieux, la préférence, serait celle de M. Bréal 
(MSL., IV, 83). Elle rattache, on le sait, ce mot à ca.slr<irc 
« châtrer » (soit « couper »)d'où, pour castrum, le sens originel 
de « emplacement separé destiné à un camp ». 11 est inutile 
d'insister sur le peu de solidité de cette construction, étanl 
donné le sens propre de castrum qui est, ainsi que le rappelle 
M. Walde, celui de « camp entouré d'un retranchement et d'un 
fossé». Ce savant n'est en effet pas loin d'admettre, a\ ec 
Whilley Slokes (Ku/ins Zcitschr., \L (1907), 2 / i5 et sui\ . 
comme aperception première : « lieu de refuge » (Bergungsoi l >, 
tant pour castrum que pour les mots celtiques visés plus haut. 

Ces mots sont : vieil irlandais cathir, gén. cathrach (dont 
M. liOlh a expliqué la flexion par analogie de celle de nalhir. 
natdrach « natrix, serpens » [Revue celtique, \\\l. 298J), el 
comique cader « saeptum, castrum, locus munitus •> (\Yhille\ 
siokes, loco citato) 1 . L'opinion définitive de M. A. Waldc (du 
moins celle qu'il exprime la dernière), c'est qu'il \aut bien 
mieux voir dans ces mots celtiques (el de même dans le gallois 
milcr (( saeptum, castrum, locus munitus » — il OOn vient de 
rattacher coder an vieil irlandais cathir, d'après Whitle) 

Slokes |/or. cit.\) une mutilation du lat. <<tslritni. Mais alors 
On m; comprend pas pourquoi le diminutif cuslctliim. qui a été 

1. In revanche {<-[ M. Wilde m ir Itiue pat du loul entendre), co» aul 
nt absolument ^'.niois eair, oatr, mo»en*brelon ew (moderne béer), oornlquc 
1 iti lali oatMr ium! bien que du latin eotlre. 



LAT. ATRIVM 



réellement emprunté par l'irlandais et le brittonique. soit resté 
indemne de la même « mutilation » (moyen irlandais caisse! , 
gallois cestyll, etc., toujours d'après M. Walde. art. castrum. 
en tète). 

Ne serait-il pas plus satisfaisant d'admettre que l'italique 
d'une part, le celtique de l'autre ont puisé à la même source 
que l'étrusque et le latin pour atar. atrium, c'est-à-dire dans 
le vocabulaire punique ancien, que leurs rapports de guerre 
ou autres avec les Carthaginois leur rendaient accessible ? 

Atrium serait dans ce cas décidément venu au latin (et il en 
serait de même de aue, auo) par l'intermédiaire de l'étrusque, 
qui aurait d'abord conservé le // sémitique sous forme d'un h 
réellement prononcé chez lui. mais traité en latin comme 
tous les autres /t, c'est-à-dire comme n'existant pas. Dans cette 
conception, il serait indifférent, à cause de l'intermédiaire 
étrusque et pour la raison donnée plus haut, de partir de 
cananéen Ha T sr- ou de cananéen Iladr-. Quant à castrum 
(mot panitalique à cause de ombr. castruo, kastrlvuf, ace. pi. 
et de osque castrous gén. sg. l ), ce serait un emprunt direct 
au punique et le H y serait rendu « la façon indo-européenne 
par un k, comme il lest incontestablement par exemple dans 
le nom des Giliciens : inscriptions sémit. H-l-k-, gr. K : .\'.v.-(i:). 
Pour expliquer l'italique *«w/r*o-, *castr-u-. il faudrait natu- 
rellement supposer Ha T sr- comme prototype sémitique : 
le -str- s'explique bien par un essai de reproduction du - T sr- 
original. ce groupe de consonnes étant familier à la langue 
dès l'indo-européen (lat. struere. transira, tonstrix, ombr, 



i . M. Walde ne se range pas fermement(et il a certes raison)aux côtés de M. BucL 
qui (Gramm. Ose. a. Umbr. [igoil, a3C) interprète castrous par« capitis » et non par 
« lundi » comme on l'avait fait jusqu'à lui. Cette façon de voir conduit en effet à 
violenter la syntaxe en forçant à traduire ueiro pequo castruo (Via, 3o etc.) par uirorum 
Derudum-ifue (!) capita et à heurter toute vraisemblance phonétique et morphologique 
faisant reconstruire pour castro- un monstre tel que ' capstro- issu lui-même de 
'caput-tro- auquel M. Walde fait bien d'ajouter un double point d'interrogation. — Il 
faut continuer évidemment à traduira KAaiaUfUf par fundos, mais il n'est pas interdit 
d'entendre par là les fermes elle- mémos puisqu'on voit (T. Eugub., p. 90) que certains 
qaartiert de Rome s'appelaient castra (tabellariorum, victimarioram), ce qui fournit 
l'équivalence castra = vicus. 

On comprendrait alors pourquoi le f. r én. osque castrons est celui d'un thème en -u- 
(comme le gén. latin donftt) et pourquoi le mol ombrien est le dérivé d'un thème 
identique ' castru-o-, cf. le nom propro Castru-ius, op. <-it., p. 8y en note). 



l8 BEVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

struhçla, struçla, etc. 1 , et le sens coïncidant parfaitement 
ainsi qu'on l'a vu plus haut (hébr. Ha T sr - « locus saepto 
munitus »). 

Le môme traitement du H sémitique, soit/t*, auraitété réalisé 
par la langue indo-européenne la plus voisine de l'italique, 
savoir le celtique. Ici toutefois ce n'est pas à Ha T sr-, mais ù 
son synonyme Hadr- (hébr. Hëiër « réduit») que l'idiome 
emprunteur aurait donné la préférence. Le latin caslrum et le 
celt. *kat 4-voy.-{-r- 2 sont bien l'un avec l'autre dans un cer 
tain rapport, mais il n'est pas nécessaire (pas plus qu'il n'est 
avantageux) de vouloir les tirer l'un de l'autre. Ce sont des 
emprunts indépendants à la même langue qui présentait 
elle-même deux 8 possibilités : Ha T sr- et Hadr- avec le même 
sens ou peu s'en faut. Le gallois cader apparié par W hitley 
Stokes au vieil irlandais cathir (anc. *kal -f- voy. -f-r-) n'ex- 
plique pas le gall. cair, caer, comique caer, moyen-breton 
caer (mod. kear), et le lat. caslrum (osque castrous, etc.) n'en 
est qu'un quasi doublet, les aspects phonétiques inconciliables 
et les sens divergents du vocable italique et du vocable 
celtique résultant à la fois de ce que le point de départ n'était 
pas absolument un (toutefois il s'agit de deux mois à conta- 
mination réciproque dans la langue originaire) et de ce que 
l'un et l'autre avaient suivi une voie très différente, caslrum 
(*kaslro-, *kaslru) ayant sans doute été pris directement au 
carthaginois par l'italique et *&«/ + voy. -j-r- étant venu au 
celtique des îles peut-être par l'intermédiaire des Celtibrres. 
comme atrium, aue auo) f ën avaient été transmis au latin'* par 
l'intermédiaire des Étrusques. \ CUNY. 

i. Kn MM inwrse, l'arabe, en empruntant le latin enstrnm, l'aile nouveau ramené 
b<ia'sr-u n . Mais la consonne initiale montra que le imita patte par Mi bouchai 
imlo européenne- u\ant de revenir an Mmitique. 

■i. Dim Im emprunta oraux (aneieM) de* Itnjruet Indo-eoropéeoM* ant langues 
MmltiquM, lis ..( i hiMM.'s sonore» de ow dernière* lonl randuat par det lourde* 

. tVItaptOM kl«ti « laurier cattt I, hébr. '<■:■■ mul. i/nlito 

> <>it par exemple il. Kollar {81, p, 76 nota), il en résulte que I* celtique 

'h'it r peut l'expliquer <iirrrtrmrni par un s, -m. Mdar-, le tau* M l'hébreu e'àVi 

1,1 h >i- us ni 11 10 ni lu« ».(- 1°. la pronom ut mn nu ..li-rtit- /.n./i.r. <|ii i 

coutume- mm doute la prononciation locale de >.< dénomination «Mirante* 1 î6tqM< 
l'un ti^nt eoaapte de gadr , qui Ml lui tua*! ira* Mtiafaitanl 1 oui la 
mttqw 
| 1 1 itb 1 au labio | Riei m, I \ 



NOTES CRITIQUES SUR LES POÈTES LATINS 

(Suite et fin.) 



IV 

CLAUDIEN, Bell. Goth. 153. 

La guerre de Pyrrhus a duré cinq ans, celle dlîannibal dix- 
huit, mais en un hiver Stilichon en a fini avec les Goths : 

Hic celer effecit, bruma ne longior una 
Esset hiems rerum, primis sed mensibus aestas 
i53 Temperiem caelo pariter belloque referret. 

Regnoque Birt, Latioque Koch, qui supposent des fautes peu 
explicables. Patri<.a>eque Postgate (Classical Quarterly, 1910, 
p. 260); patrie serait tombé après pariter et le supplément 
métrique bello (on a bellum i5o) aurait été inséré par « a stupid 
scribe ». Je ne puis admettre cette hypothèse; si le vrai texte 
avait eu pariter patrie, c'est pariter et non patrie qui aurait dis- 
paru; quant à ajouter bello, c'est ce qui ne serait venu à l'idée 
d'aucun lecteur (on aurait mis caelo <Cterrae~>que par exemple). 
Je propose populoque; bello est l'arrangement d'un populo 
estropié (pulo, par saut de p à p?). Par populo, Claudien entend 
le peuple de Rome, comme, au vers '|3, les Damnati fato populi 
sont les peuples des diverses villes. Rome maintenant peut se 
redresser iÛ2 Surge precor ueneranda parens); outre qu'elle a 
craint l'ennemi, qui mente profundas Uauserat urbis opes (85-86), 
elle a été internis Furiis exercita plebis (5o). C'est par rapport 
à Rome que le poète définit en lui-même son hiver figuré, 
hiems rerum; c'est pour Rome aussi que reviennent les beaux 
jours. 



20 BEVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

Carm. min. 26,14-16. 

Le poète décrit la source chaude d'Aponus z 

Alto colle minor, planis ercclior aruis, 
Conspicuo cliuus molliter orbe tumet, 

\rdentis fecundus aquae. Quacumque eauernas 
i4 Perforât, offenso truditur igné latex. 

Spirat putre solum, conclusaque subter anhelo 
iG Pumicc rimosas perforât unda uias. 

La répétition de perforât étant intolérable, M. Postgate(Glas- 
sical Quarterly, 1910, p. 260) a indiqué une correction perfuril 
que semble rendre certaine la comparaison de Hapl. Proserp. 
1,17/1-176 (là, à côté de furit per saxa, on retrouve offenso, 
rimosa, ilcr = uias, putria, sans compter cauernas 171 et d'au- 
tres ressemblances d'expression et d'idée entre les deux pas 
sages). Perfuril a été construit avec l'accusatif par Stace, Theb. 
f\, 387-389: Aut tumidum Gang en aut claustra nouissima rabrae 
Tethyos eoasque domos flagrante triompha Perfuris. 

Selon M. Postgate, perfuril devrait être substitué au second 
perforai; c'est à cette même place que d'autres avaient lu 
personal, permeat, perfodit. Mais examinons la suite des idées. 
Le distique i5-i6 prépare les vers 19-22, où Glaudien montre 
qu'en dépit de la fumée et de la chaleur le sol est couvert de 
verdure. Ce distique doit donc peindre ce qui est visible, 
l'échappement des émanations et des eaux, plutôt que ce qui 
se passe dans les profondeurs; effectivement il commence par 
spirat, et il finit par uias. L'expression perforai nias y semble 
très légitime, avec le sens de « frayer des chemins », et cette 
ex pression est ancienne (Gicéron, Tusc, 1,46; cf. ND. 3,g duo 
lamina ab animo ad ocuhs perjorata). Perfurit uias serait d'ail- 
leurs bizarre; le bouillonnement est à sou maximum dans 
l'intérieur, là où le feu et l'eau se rencontrent dans des cavités 

I loses; (1rs qu'il y ;i échappement, le bouillonnement se tem- 
père, et c'est dans les uiae que l'imagination se le figure le plus 
réduit, si l'eau bouillante sortait furieusement par de larges 
ouvertures, Glaudien n'aurait pas manqué de nous peindre un 

padouan : or, il <^t muet sur l'aspect extérieur do l'eau. 

II comme lei uiae aonl rimosae, formées de simple- fissures, 



NOTES CRITIQUES SUR LES POETE> LATINS 31 

il est clair que, là, l'eau « fuit » plutôt qu'elle ne fait éruption. 
C'est donc au vers i4, à côté de ctiuernas, de ojjenso et de tru- 
dilur. que doit se placer l'excellente correction de M. Postgate. 

Carm. min. 32 (De saluatore). 

i. Je traiterai d'abord d'un détail du vers 5. Il s'agit du 
Christ dans l'Incarnation. 

5 Passus corporea mandam (var. -di) uestire figura 

Adfarique palam populos hominemque fateri. 

On a conjecturé dominum et numen, qui graphiquement sonl 
loin de mondain. Moins différent de mundum serait le menlem 
de BirL qui, d'ailleurs, s'opposerait bien à corporea; toutefois 
menlem n'est pas un mot qu'on s'attende à voir altéré; au sur- 
plus, c'est un terme peu théologique 1 . Cherchons autre chose. 

Peut-être doit-on tirer quelque lumière de l'hémistiche 
Adfarique palam populos. Il est actuellement faible: si l'imagi- 
nation trouve merveilleux qu'une personne divine revête une 
forme corporelle corporea figura et assume ouvertement 
la nature humaine hominem fateri ", il est moins frappant que 
la personne divine ait commerce avec les hommes ordinaires 
adfari populos . Songeons à quel point l'auteur de cette poésie 
chrétienne est païen en réalité; songeons qu'il voit tout sous 
le. jour de la mythologie grecque: a-t-il pu s'intéresser ù un 
détail pour lui si classique? Mais qui sait si le mot caché sous 
mundum n'avait pas une couleur neuve, spécifiquement chré- 
tienne, et si, en préparant l'hémistiche Adfarique palam 
populos, ce mot n'en relevait pas à l'avance la valeur littéraire!' 

Je propose Yerbum. Si les foules ont été évangélisées par la 
parole divine elle-même, il y a gradation et non chute quand 
on passe de corporea figura à adjari populos, ce qui n'empêché 
pas hominem fateri de faire gradation à son tour. Une allusion 
moins expresse au A;ycr est fournie par le vers i, Vox summi 
sensusque dei. — Yerbum a dû être écrit ûbum. par û non 
final = uer. Un copiste a transcrit indûment umbum. harha- 

i. Contre wntem au vers 5. Koch invoque le mente du vers 3. Cette objection est 
san> force -i, comme je le suppose, la pièce préseate une transposition grave. 



22 REVUE DES ETUDES ANCIENNES 

risme dont mundurn est l'arrangement. Ou peut-être, plus 
exactement, mundum est- il l'arrangement d'un aumbum. Car 
un ms. du x # siècle, qui sera cité quelques lignes plus bas, a 
devant mundum non pas corporea, mais corpore. Si l'arché- 
type avait de même corpore, la leçon corporea a pu être res- 
tituée par divers copistes sous la double suggestion du mètre 
et défigura. 

Au vers 7, Quemque utero devient Quem uerbo dans le ms. 
le plus ancien (ix* siècle). La variante uerbo atteste indirecte- 
ment l'existence d'une correction marginale, destinée par son 
auteur au vers 5, mais qui a été fourvoyée par un nouveau 
copiste. M. Birt préfère uerbo à utero parce que, dit-il, Clau- 
dien suit l'évangile de Jean. Je m'empare de l'argument en 
faveur de mon hypothèse. Et le texte de Jean (1,1/1) ô \i\-z; 
zxpz rféveco, cadre mieux avec un accusatif uerbum au vers 5 
qu'avec un ablatif uerbo au vers 7 ; le Verbe est présenté comme 
incarné, non comme incarnateur. 

11. Le vers 5 rendu lisible, des difficultés diverses affectent 
l'ensemble du morceau. Le vers 7, qui manque dans V 
(xi* siècle) ainsi que dans un ms. du x* siècle (Birt p. lxxx 
note 7), et que plusieurs critiques ont tenu et tiennent pour 
apocryphe, a effectivement l'air d'être un corps étranger 
intrus; son Quemque, pourtant, serait singulièrement apte à 
continuer le quem du vers 2 ; quem a rapport à la filiation 
paternelle et Quemque à la filiation maternelle. — Les secondes 
personnes domuisli f\ et subisti 16 sont séparées par des troi- 
sièmes personnes. Et l'incohérence grammaticale es! liée à 
une incohérence logique; l'Incarnation et la Rédemption sont 
traitées séparément, comme si l'esprit du poète ne les liait pas 
ainsi qu'il est naturel; bien mieux, cequi concerne la Hédemp 
lion est coupé en deux (vers '\ d'une pari, vers 16-18 d'autre 
part). — Dans ces conditions, le développement sur la mater- 
nité miraculeuse de Marie fait digression, et le Quin qui le suit 
au reiï i(i esta peine intelligible. 

Concluons, que devant ce Quin doit être transporté le groupe 

des troll vers \ 6. Ils auront été sautés, puis rétablis en mai 

supéi ienre; on peut conjecturer qu'il > a eu coi rite entre le 



HOTES CRITIQUES SLR LES POÈTES LATINS 2? 

rétablissement à cette place et l'omission par le copiste V du 
vers 7, qui commençait la page de l'archétype. Entre les deux 
désignations du Ad-yoç, Vox 2, et uerbum 5, il y a en réalité un 
intervalle de douze vers. 

La transposition faite, la pièce De saluatore a la forme suivante : 

Ghriste potens rerum, redeuntis conditor aeui, 

Vox summi sensusque dei, quem fudit ab alta 
3 Mente pater tantique dédit consortia regni, 
7 Quemque utero infusum (var. inct-) Mariae mox, numine uiso, 

Virginei timuere sinus, innuptaque mater 

Arcano stupuit compleri uiscera partu 

Auctorem paritura suum; — morlalia corda 

Artificem texere poli; mundique repertor 

Pars fuit humani generis; latuitque sub uno 

Pectore qui totum late complectilur orbem; 

Et qui non spatiis terrae, non aequoris unda 
10 Nec capitur caelo, paruos confluxit in artus; — 
h Impia tu nostrae domuisti crimina uilae, 

5 Passus corporea Verbum nestire figura 

6 Adfarique palam populos hominemque faleri; 
16 Quin et supplicii nomen nexusque subisli 

Vt nos subriperes leto mortemque fugares 
Morte tua; mox aetherias euectus in auras 
Purgata répètes iaetum tellure Parentem. 
Augustum foueas, festis ut saepe diebus 
Annua sinceri celebret ieiunia sacri. 

Ainsi apparaît le sens général. Le poète de cour, qui comme 
poète est un païen, a dû composer une pièce chrétienne de 
circonstance (on va voir que annua ieiunia désigne les austé- 
rités des jours saints). Il lui a fallu résumer la doctrine de 
l'immolation du Christ pour les hommes; il l'a fait sèche- 
ment, sans ombre de sentiment personnel. Avant de s'exé- 
cuter, et pour dire quelque chose, il a traité avec une com- 
plaisance relative un thème qui parle moins au cœur des 
croyants, mais qui prêtait à ses antithèses, celui de la nais- 
sance divine; ce thème avait, d'ailleurs, son utilité logique, 
puisque la naissance est la préparation indispensable de l'im- 
molation future. La difficulté pour Claudien était de finir son 
morceau chrétiennement. 

Il s'est tiré d'affaire par un tour de passe-passe. Il admet, 
sans le dire, que présentement le Christ est mort (c'est ce 



lt\ REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

sous-enlcndu mémo qui indique la date des jours saints), puis 
il annonce la résurrection de Pâques; le Christ va remonter 
dans les cieux auprès du Père. À quoi donc s'occupera Là-haul 
le Ressuscité? à protéger l'empereur, à lui assurer de nom- 
breuses austérités en fin de carême, ce qui est une belle trou- 
vaille pour dire une longue vie. Le pensum religieux, accepté 
à contre-cœur, aboutit à une gentillesse courtisanesque, qui 
coûtait moins que le reste à la conscience littéraire de Glaudien. 
Au vers 8, la leçon la mieux attestée est tumuere (variante 
i/itumuere; dans le ms. du i\ e siècle, tumore). Elle ne donne pas 
de construction acceptable (en vain M. Birt veut justifier la 
syntaxe aliquem tumere, être grosse de quelqu'un, par le nescio 
i/uid... fumet de Sénèque, Thyeste 267-2G8). J'adopte sans 
hésiter la leçon plus intéressante des excerpta Gyraldina et d'un 
ms. du xiir siècle, timuere. Elle respecte la grammaire et elle 
cadre avec le slupuit du vers suivant, ainsi qu'avec numine uiso. 
Timuere et stupuil jurent, d'ailleurs, avec la doctrine chré- 
tienne. Glaudien semble supprimer l'Annonciation; peut-être 
ce « chrétien » n'avait-il jamais lu l'évangile de Luc. Il avait, 
en tout cas, oublié Juvencus ( 1 ,52 ss.), quoique, d'après M. Birt 

p. lxiv), ce poète soit une de ses sources. 

Au vers 19, la plupart des mss. ont repetens, qui ne pourrait 
se construire que si on mettait un point après Morte tua 

vers 18) et une simple virgule après tellure Pareutem (vers i<)). 
J'avais pensé d'abord à ponctuer ainsi, mais la disposition de 
la fin était forcée, et la subordination de la religion à la cour- 
lisanerie devenait franchement impudente. Il faut lire répète*; 
le ms. du x* siècle cité à propos du vers 7 a perpetee ', et J 
( xur siècle) a repelis. 

Rapt. Proserp. 1,139-141. 

I>cs|>c\il uli unique 
ll.iu.i Cries; raptiiM|in- liinrns dieu cteca fultirt) 
Cotnmendai StculU fuiiim tua gtutdia terrlt. <<>m. I w 
Infldii Ltiibui natam cominiiil ilendam. (Ona. D.) 
r 4l Aelhern desemil. SicuUuqut relegoi in OTOI lu>rns I ^W 

Ingeoio confiai lod rrinacrla quoodam... 

1 \u vwv ii, ii- m-" m i.- m- ;i rtpHor pour rtptrtor. 






SOTES CRITIQUES SLK LES POETES LATINS 20 

Les vers i3o,-2 13 manquent dans ABC; en marge B orr ajoute 
i4o; A"*" ajoute i^o, puis 189. 

Les vers i3g et i4i font trop manifestement double emploi 
pour que personne songe à les conserver ensemble. Birt, Hein- 
sius, Koch suppriment i.'jo-i '11 et gardent i3q: Biicheler. plus 
justement, supprimait 139, qui est fabriqué avec des mots de 
1 90- 196 (tibi gaudia nostri Sanguinis et caros ulerl commendo 
labores ; mais Biicheler était obligé de remanier la fin de i^o 
comitatur ademptam . 

Je suis persuadé, pour ma part, que seul le vers i/jo est 
authentique, et que 189 d'une part, i4i de l'autre, sont deux 
fabrications indépendantes, destinées à remplacer î^o omis 
par accident. i3g est l'œuvre d'un excellent versificateur, ce 
qui n'a rien d'étonnant même si le vers n'est pas antique (il 
ne figure dans aucun ms. antérieur au xm* siècle»; fiuiim, que 
Birt s'imagine être indispensable, est du moins une jolie 
trouvaille d'interpolateur (cf. abdidit 180). i^i, attesté dès le 
xii* siècle, semblerait être d'un raccommodeur maladroit; les 
temps des verbes coordonnés par que y jurent deseruil. 
relegal ; l'ellipse defiliam y est plus que dure; relegal (un peu 
suspect métriquement, Birt p. ccxv) y est sans propriété, car 
Gérés se déplace elle-même pour aller cacher sa fille au pied 
de l'Etna. Mais le texte doit être altéré; je lirais Siculas prolem 
egit, car si prolem egit a été contracté en prolegit par saut de 
e à e, l'arrangement -que relegal était quasi fatal (que est omis 
dans S 1 ). — Aethera deseruil est inspiré de 196, Qaam nos 
praelulimus caelo. 

Au v. 1 3g, S (xiv* siècle) a une leçon bizarre : sydera au lieu 
de rjuudia; S f ' rr et A™" substituent, non sans bonheur, pignora, 
qui a été probablement suggéré par pignus 179. 

Dans le vers i'i<>. alendam ne vaut rien, car Proserpinc n est 
plus un nourrisson (cf. serunndum 179). Il faut certainement 
partir de la lectio diffieilior et lectio uetustior (non men- 
tionnée dans koch!) iluni. donnée par F (xir siècle); alendam 
est dans S (xiv* siècle); dans \\ (\ni" siècle), elle est de pre 
mière main selon Birt, mais sur un grattage, llara se retrouve 

1. S ou S">" a d'ailleurs arrange releyat in horas en relegerat horas. 



a6 REVUE DES ÉTUDES A>CIENNÉS 

dans les additions marginales de À eo " B eo "(A corr a ituram avec m 
exponctuée). .le propose et oris, qui sera coordonné avec 
Laribas; c'est oris } non Luribus, qui prépare Ingcnio conjisa loci. 
Uris, la Sicile; Laribus, les Cereris tecta du vers 2.S7, le palais 
d'acier construit par les Cyclopcs voisins pour être un refuse 
inexpugnable. Le etokis supposé a pu facilement être lu 
itora, dont //ara est l'arrangement. 

En somme, le texte original devait présenter l'aspect suivant : 

i38 Flaua Cercs; raplusquc timens (heu cacca fuluri) 

iio lundis Laribus natatn " commisit et oris, 

i\'à tngenio confisa loci. 

Claudien donc ne nommait pas encore la Sicile, pas plus 
qu'il ne faisait la moindre allusion à la construction d'une 
forteresse cyctopéenne. La seconde négligence est surprenante; 
la première ne l'est pas ; ou plutôt ce n'est pas une négligence, 
puisque Trinacria est le premier mot de la phrase suivante. 

La lacune de ABC commence après i38 et finit avant a 1 '1 : 
elle correspond à 70 vers du texte imprimé, mais peut être les 
feuillets perdus de l'archétype ne contenaient-ils que 7a vers 
(soient deux feuillets à 18 lignes la page), les vers i£2-2i3. 
Dans ce cas, l'archétype de ABC, ou un ancêtre de cet arché- 
type, aurait sauté 1/40 à la jonction de deux feuillets (ou de 
deux cahiers?) et ni la fabrication 139 ni la fabrication 1 \ 1 n y 
auraient été insérées à la place. Une explication de ce genre 
me sourirait plus que celle de Birt, qui (p. cxlviii) suppose une 
mutilation volontaire. Quoi qu'il en soit, je ne crois pas qu'on 
puisse échapper à l'hypothèse d'une omission fortuite de i4o 
et de deux suppléments forgés par des lecteurs différents, 
Commendal SicuMt jartim sua gaadia territ el Vethera deteruit % 
Siculcu ftroleni eyil (?) in or 09. Ces deux suppléments ont 
pénétré tous deux dans s et dans I) (dans l>. en 5 évinçant le 
rers 1 \o). Le premier 1 pénétré en outre dans la sonne de 
\' B "; le second, dans PW. Ce qui suppose, au Moyeu \. 

de nombreuses ('dilations entre manuscrits. 

Lotis H \\|| 

d'om itltohtt d'importance * l'ordre **t*m Uwibat donné* \>.*r l'édition 
ngriniui. 



STATUETTE EN TERRE CUITE 



MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE NATIONAL DE MADRID. 



Le savant catalogue publié par M. Gabriel Leroux a fait 
connaître l'importante collection des vases grecs et italo-grecs 
du Musée archéologique de Madrid', dont quelques spécia- 
listes à peine soupçonnaient la richesse ; seules deux ou trois 
pièces de choix, comme la coupe d'Aisonou le cratère d'Asstéas, 
étaient célèbres. Le grand lécythe à fond blanc, pièce de pre- 
mier ordre, extrêmement rare et précieuse par les dimensions 
et la technique, n'était connu que depuis l'étude magistrale de 
M. Collignon 2 . 

Nous espérons que beaucoup de temps ne se passera pas sans 
que l'École des Hautes Études hispaniques nous donne aussi 
le catalogue des figurines d'argile du même musée. Ces figu- 
rines, on peut le dire, sont absolument ignorées, bien que les 
séries en soient abondantes et renferment beaucoup de mor- 
ceaux excellents; car l'étude de M. Eduardo de Hinojosa est 
assez ancienne, et a paru dans un luxueux ouvrage fort peu 
répandu 3 ; le Catalojo del Museo arqueologico nacional (tome I), 
qui en donne l'inventaire à la date de i883, n'a pas été mis dans 
le commerce, et deux articles plus récents de M. José Ramôn 
Mélida, l'un de i884, l'autre de 1902. ne sont pas suffisamment 
connus' 1 . Cela n'est pas juste, car les séries formées par l'achat 



1. <;. Leroux, \ases grecs et italo-grecs du Musée archéologique de Madrid, biblio- 
thèque des Universités du Midi, fascicule XVI, 1912. 

a. Monuments l'iut, XII. p. 43 et suiv., pi. V. 

3. Museo espanol de Anligiiedades, IX, p. 5o4. 

'i. J.-R. Mélida, Sobre las esculturas de barro cocido griegas, etruscas y romanas del 
Museo ar<iucologic<> nacional. — ld., Donacion Stiïtzel, Barros griegoi. 



M\ti DES ETUDES INCtENNES 



de la Collection Tomas Isensi, en 1876, par la récolte de 
D. Juan de Dios de la l\ada y Dclgado au cours d'un voyage 
scientifique en Orient, en 1869, par une donation de Theodor 

Stùtzel en 1901, par des trou- 
vailles faites en Espagne même, 
à diverses époques, contiennent 
des terres cuites grecques, romai- 
nes, étrusques, chypriotes, ibéri- 
ques et ibéro-romaines, qui sont 
d'un grand intérêt. 

Certaines statuettes ne dépare- 
raient pas les vitrines des plus 
grands musées ou des collections 
particulières les plus fermé* 
pour permettre d'en juger il nous 
suffira de présenter celle qui porle 
le n° 3167. Elle a été donnée par 
M. J.-B. Serpieri, que connais 
sent bien tous les « Athéniens 
de notre génération, à M. de la 
Hada. Serpieri ne pouvait envoyer 
au Musée de Madrid un plus admi- 
rable spécimen de l'art des coro- 
plastes attiques. 

C'est une jeune femme élancée 
et svelte sans maigreur, portant 
avec noblesse sur un cou robuste 
et de larges épaules un peu car 
réea une tête grave et belle 1 . Elle 

est debout, la jambe gauche 
nient avancée, les picdfl nus. dans une attitude où la sim- 
plicité la plus pure s'allie à une suprême élégance. Vêtue à la 

mode ionienne, du chitonh plis froncés qui dégage la naissance 

I L'avanf bras sortant d'une ample manche ouverte, 

• 1 <iu grand Aimaltb/t qui, drapé en écharpeen travers du buste, 




1 i.a IgnriiM est btiifci <\r 3i otnUnt mprii \* haut socle cubique qui 

la pot 



-TA METTE EN TEBRE Cl ÎTE DO MUSEE ARCHEOLOGIQUE DE MADRID 30, 

sous les seins, remonte par-dessus l'épaule gauche et tombe 
plus basque les genoux, elle soutient sur le poignet gauche un 
pan de l'étoffe, tandis que la main nue est posée sur l'estomac, 
et de sa main droite qui pend avec grâce, elle soulève légère- 
ment le châle dont elle pince un pli entre le pouce et l'index. 

Qui ne reconnaîtrait dans cette figure un peu hautaine le bel 
art sévère des Athéniens entre les guerres médiques et Phidias, 
art dont les productions, encore assez rares dans nos musées, 
ont corrigé sous les influences doriennes les finesses un peu 
mièvres de l'archaïsme avancé sans en perdre pourtant tout 
à fait le souvenir, et préludé à la sobriété vigoureuse de la 
beauté classique qui se crée? 

Certes, nous n'avons sous les yeux qu'une modeste figurine 
industrielle, fabriquée par des procédés sommaires : si le 
devant du corps est estampé avec soin dans un creux bien 
préparé, le revers n'est pas modelé; c'est une simple galette un 
peu arrondie, dont les bords se raccordent très sommairement 
et sans précision aux bords de l'estampage antérieur. D'ail- 
leurs, le moule même de la face est usé, si bien que le modelé 
est partout, ou à peu près, rond et flou; les détails sont trop 
souvent estompés et mous, par exemple aux mains, aux pieds, 
aux plis de l'himation, à la tète surtout, dont la bouche est 
peu dessinée, vague et lourde, dont les yeux sont informes 
et morts. Toute la surface de la figurine ne garde de la colora- 
tion qui l'avivait et la précisait que les taches clairsemées 
du bain de chaux préliminaire ; c'est ainsi que les cheveux qui 
encadraient si joliment le front entre deux gros bandeaux 
de fort relief, ont perdu avec leurs couleurs les fines ondula- 
tions qui eu allégeaient la lourdeur, et qu'a disparu peut-être la 
fleur aux fines nuances dont l'on peut admettre l'épanouisse- 
ment entre les seins, comme un bijou précieux 1 ; et c'est ainsi 

i. Notons, d'ailleurs, que c'est ici une simple hypothèse, que l'état de la figurine 
défend de soutenir avec insistance. Au lieu de la tige d'une fleur, on pourrait aus'i 
bien supposer que les doigts pinçaient un grain de blé que, vu sa petitesse, le coro- 
plaste n'aurait pas ligure. Dans le premier cas, la statuette représenterait Coré, dans 
le second, Démcter. Mais il est aus>i fort possible que la main n'ait rien tenu du tout, 
^t «oit simplement représentée dans un geste gracieux de repos. La femme n'en pour 
rnit pas moins représenter Démcter ou Coré, mais elle i>ourrait aussi tout simple- 
ment figurer une dame athénienne. 

liev. El. wie. 3 



3o REVUE DES ÉTUDES \>(. H:\NES 

que ne nous charme plus le contraste du plissement rose 
du chiton et des larges plans azurés ou des plis tuyautés de 
Vhimalion. 

Malgré ces imperfections de facture et des fautes plus 
graves, comme la longueur exagérée des pieds, malgré le 
manque de retouches, malgré les injures du temps, Déméter, 
Coré, ou dame athénienne — car on peut hésiter entre ces 
identifications — l'œuvre est admirable par la pureté de l'idée 
et par l'ampleur du style. Une fois de plus on est étonné d'un 
effet si grand obtenu par des moyens si simples ; sans effort, 
sans recherche où se sente la fatigue, l'humble modeleur 
d'argile trouve la majesté du port et la noblesse de l'attitude 
— incessu patuit dea — l'expression sereine du visage, l'harmo- 
nieux ajustement des étoffes qui révèlent pudiquement la 
savoureuse fermeté du corps, les plus heureuses dispositions 
des plis droits s'opposant aux plis obliques, des froncements 
pressés, calamistrés et symétriques à la mode ancienne contras- 
tant avec les plis larges et libres à la mode des contemporaines 
de Cimon, fils de Miltiade : c'est qu'à cette époque déjà le 
génie des maîtres sculpteurs rayonnait jusqu'au fond des 
ateliers populaires; les plus obscurs imagiers donnaient en 
de rapides figurines vendues pour quelques oboles des sœurs 
dignes d'elles aux déesses sublimes dont commençaient 
à s'enorgueillir les temples; Phidias était né. 

Pierre PAKIS. 



NOTES GALLO-ROMAINES 



LXIX 



ÉPOPÉE ET FOLK-LORE 
DANS LA CHANSON DE ROLAXD 

Parmi les mille problèmes que provoque le folk-lore, un 
des plus délicats à résoudre est celui de ses rapports avec les 
œuvres littéraires, et, plus particulièrement, avec les poèmes 
épiques. 

Que des épopées, comme l'Iliade, l'Odyssée ou l'Enéide. 
aient engendré des faits de folklore, des contes, des noms de 
lieux-dits, qu'on se soit montré en Asie les endroits des com- 
bats célébrés par Homère, et en Italie les ports ou les chemins 
d'Enée décrits par Virgile, c'est probable : un poème fameux 
agit sur l'esprit des foules ■ pour y créer de nouvelles fantaisies, 
rameaux populaires qui prolongent et étendent l'oeuvre mai- 
tresse élevée par le génie d'un écrivain. 

Mais, inversement, les auteurs de ces œuvres ont consulté, 
pour les bâtir, les propos et les récits qui se répétaient sur 
leurs héros dans les écoles et chez le vulgaire. Loin d'avoir 
créé de toutes pièces la légende, les poètes d'épopées l'ont reçue 
en grande partie des pensées populaires qui les environnaient. 
Un poème comme l'Enéide est le plus brillant des chaînons 
de la gloire mythique d'Énée, car c'est le chaînon complai- 
samment ciselé par un grand artiste; mais ce n'est qu'un 

i. Encore que ce soit sans doute le plus sou\ent par l'intermédiaire de quelque 
commentateur local, plus érudit, plus curieux et plus bavard que les gens de son 
entourage. — La diffusion du folk-lore d'Ulysse en Occident, par exemple (cf. Stra- 
bon, X. VU, 3, 17 ; I, a, 18 ; etc.), ne peut s'expliquer que par des gloses de voyageur» 
plus ou moins érudits icf. Revue, 1912, p. a83-i). 



3a HEM K DÉS ÉTUDES ANCIENNES 

élément d'une longue chaîne d'écrits et de propos dont l'ori- 
gine demeure encore mystérieuse 1 . 

C'est le cas de la Chanson de Roland. 

Assurément, faute de textes antérieurs, nous ne saurons 
jamais ce que l'auteur du poème a emprunté à ses devanciers : 
et je comprends sous ce mot tous les récits, populaires 2 
ou savants 3 , qui pouvaient circuler sur la mort de Roland. 
Pourtant, il m'a toujours semblé que ces emprunts étaient 
plus considérables qu'on ne le croit d'ordinaire. 

I. Faits de folk-lore archéologique 4 . 

L'auteur a pris soin lui-même de nous indiquer deux faits 
qu'il a pu constater 5 : il s'agit de deux objets dont le popu- 
laire rattachait l'origine à la vie et à la mort de Roland. 

i° Voici, à Blaye, les tombeaux de Roland et de ses deux 
compagnons : 

Entresqu'à Blaive ad cunduit sun nevuld 
E Olivier sun noble cumpaignun 
E Varceves<me, ki fut sages e pru:. 
En blancs sarcous fait mètre les seignurs 
A Seint-Romain : là gisent li barun^. 

i. Cf. l'article, bien fait, de llossbach, chez Pauly \\ issowa, I, c. ioi3 et s. — Je ne 
croil pas, par exemple, que Virgile ail eu le premier ridée de donner pour origine 
au nom de Gaète, Caieta, celui de la nourrice d'Knée (Enéide, VII, .">) : cette étymologie 
populaire doit être antérieure au poème (cf. Strabon, V, 3, (i|; sur cette question 
particulière du folk-lore toponomastique de la légende d'Knée, cf. Preller, V éd., Il, 
p. 3 16-7. 

1. Je ne veux nullement dire, par ce mot, que cet récits fussent la création spon- 
tanée du populaire : l'origine pouvait en être, et même, comme je l'indiquerai, devait 
en être dans les cercles d'école. Mais ils étaient populaires par les circonstances. Ic« 
milieux et les formes où il- -e développaient 

M. J'appelle ainsi, non pas les anciens documents historiques, comme la l Ut 
Caroli d'Êginhsrd, qol pouvaient mentionner la mort de Koland, mais les narration- 
en prOM latine qui avaient pu être composées sur ce thème, analogues, par eiemplc, 
à Vllistorin du paeudo I urpin (celle-ci, d'ailleurs, sans doute postéricuro à la 
Chtuuon), Cf. p. 'i3-'i'i. 

ippeile ainsi te taii d'Attribuer I un personnage célèbre oui un groupe de 

nnea blatoriaues des monuments ou objets antiques. 

■ e- peui cependant exclure l'hypothèse que Turold ait pria cette constatation 
(de l'cxisionce dee deui objets) dans quelque tourct pu lui, par 

1 temple guide ou récit de pèlerinage. Cf. 1 

' e- iler nie t s m, ,| s marquent bien qu'on montrait dès lOIS l< 

iphagea I Saint-Romain de biare. — Tsverniei (Jfer Vorgnchbkt$ atet eti/rsa». 

RoUmdsUâ , n'a pas compris ce que j'ai dit (flOSHWfa, \\Y, 1 

n ai pas attribué à l'aiileiii même de la Chanson le fait de placer le tom- 



NOTES GALLO-ROMAINES 33 

2° C'est également le cor de Roland qu'on montrait dans la 
basilique de Saint-Seurin de Bordeaux : 

Desur Valter seint Sevrin le barun 
Met l'olifant plein d'or e de niant/uns ' 
Li pèlerin le veient ki là vaut' 2 . 

Le cor que l'on montrait à Bordeaux était largement fendu 3 : 
et c'est sans aucun doute ce qui a provoqué, chez l'auteur de 
la Chanson \ l'épisode de Roland brisant avec son cor la tête 
d'un Sarrasin : 

Fenduz en est mis olifant el' <jros â. 



beau à Blaye parce que Blaye était la première terre vraiment française et royale, j'ai 
attribué ce fait à la « tradition populaire » utilisée par lui. — Je crois de plus eu 
plus que, pour comprendre le rôle mythique de Blaye, il faut regarder dans l'entou- 
rage littéraire de Guillaume V (cf. p. U~, n. i). 

i. Il y a contradiction, au moins apparente, entre ce fait et le fait que Roland, au 
cours de la bataille, aurait perdu les ornements de son cor d'ivoire : 

Ça jus en est li eristals e li ors 

(vers 3296). Mais il est fort possible que les ornements d'or, de pierre ou de verre qu'on 
montrait sur le cor de Saint-Seurin fussent présentés comme rajoutés par Charle- 
magne. 

2. Vers 3685-7- — Le pseudo-Turpin prétend que le cor fut primitivement déposé 
à Blaye, < aux pieds de Roland, » mais qu'il fut ensuite « indignement» transféré 
à Bordeaux (p. 54, Castets). 11 est possible que ce soit un simple propos que les 
guides de Blaye devaient tenir devant les pèlerins; mais il est également possible que 
le clergé de Bordeaux ait réclamé et obtenu une part des reliques de Roland : Blaye 
est du diocèse de Bordeaux, et c'est à Blaye que, en 1027, l'archevêque de Bordeaux 
fut désigné par les ducs Guillaume d'Aquitaine et Sanche de Gascogne et consacré 
par lesévèques (Adémar, III, 70) : dans une circonstance de ce genre, par exemple, 
un don de reliques a fort bien pu se produire. Je ne crois pas, contrairement à 
Ph. Aug. Becker, qu'il y ait eu concurrence intensive entre les sanctuaires de Blaye 
et de Bordeaux ou en tout casque cette concurrence ait pu agir sur la formation de 
la Chanson de Roland. 

i. Il n'y a pas de doute que le cor montré à Bordeaux ne fût fendu : Tuba vero 
cburnea scilicet scissa a/md Burdegalam tirbem in beati Severini basilica habetur (Codex, 
p. 43). 

I. Soit que les guides lui aient fourni l'explication, soit qu'il l'ait imaginée 
lui-même. — Une autre explication donnée par les guides était que le coravait été 
fendu par le souille surhumain de Roland : Tubam sonando oris sui venlo. .. per médium 
divisit(Cod.. p. 43). Il ne serait pas impossible que l'auteur de la Chanson ait connu 
cette tradition sur l'origine de la fente du cor, et qu'il ait voulu la réfuter, en insistai) l 
-ur la « grand'peine » avec laquelle Roland put sonner (1761-4, 1780-7, 2100-2, 21081. 
Chose étrange, Turold dit que Roland, à sonner, rompit, non pas le cor, mais sa 
tempe (?io3, 176$, 1786): peut-être y a-t-il eu confusion ou concurrence entre doux 
traditions différentes, soit que Turold ait appliqué à la tempe ce qu'on disait du cor, 
soit que l'auteur du Codex ait appliqué au cor ce qu'on disait de la tempe. De toutes 
manières, j'établis un lien entre la tradition rapportée par le Codex et les détails 
donnés par la Chanson. — Voyei, sur tontes cm histoires du cor, G. Paris, Horntinin. 
XI, p. 5o6 et s. 

j. Vers 2196. 



34 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 



II. Faits de folk-lore instrumental 1 . 

3° On sait que le cor de Roland avait une sonorité mer- 
veilleuse, que, d'ailleurs, sa fente ne diminua pas a : Charle- 
magne en perçut les sons à des lieues de distance 3. Il est très 
probable que la portée surnaturelle du cor de Roland n'est 
pas de l'invention du poète, et que, avant lui déjà, l'instru- 
ment avait pris sa place parmi les innombrables instruments 
de dieux ou de héros, dont le populaire, depuis des milliers 
d'années, se répétait les effets merveilleux. 

4° et 5° La Chanson de Roland mentionne deux autres 
instruments surnaturels : l'épée de Roland, qui coupe la 
pierre sans s'ébrécher 4 , et l'épée de Gharlemagne, fameuse 
par « les trente clartés » qu'elle lançait 5 . — Il est probable 
que les hommes du temps attribuaient les vertus de ces épées 
aux reliques enchâssées dans les pommeaux ,; . Mais le thème 
de ces épées, infrangibles et flamboyantes, n'en est pas moins 
emprunté aux plus vieilles légendes occidentales. 

Je ne saurais cependant décider si Turold est le premier qui 
ait appliqué ces légendes aux épées de Roland et de Charle- 
magne, ou si un autre ne l'avait point déjà fait avant lui. L'un 
et l'autre sont possibles. 



i. J'appelle ainsi les vertus ou actions attribuées à des armes on des instruments 
conservés ou disparus. 

l. Vers 3i iy. - Cette contradiction est devenue fameuse dans la critique contem- 
|joraine comme argument contre l'unité de la Chanson: si elle «'tait l'ouvra d'un 
seul auteur, al ou dit, il n'eût pas signalé «pie le cor résonnait sur lu; tel alirei aprél 
avoir raconté comment il s'était fendu. Mail raisonner ainsi, c'est sulistituer. 
comme l'a fait si souscrit Mttfl critique des chansons de gMM, l'esprit géométrique 
.i l'esprit de linesse. Mal à H place dans la critique liMoriquc et littéraire, l>'al»»r.l 
j'imagine qu'il \ ;t fente et lente, et (pie, même fendus à Pcx trémitc du pa\illon. 

certains «ors d'ivoire peuvent garder leur sonorité. Puis, il s'agit d'un oor mer 

Milieux, dont la vertu surnaturelle devait être Bu dessus de lous les .il cidenls 

I704-S, 171 ; ;rnn: Irrnlr liirrs. ce qui ne 

veut pu- dire d'ailleurs que ( murlrmagiie soit à lo lieues), 1766^ 

', \ oyea itropti 

Ml a&oa : Ki enscun jur murt trenlr rlurtr: . VOyei toute II ttropbe llS. — 

L'emploi du nombre trente et, Ici, n S) est également traditionnel, -t est constant 

dans I' il de geste. 

1.. Sel' , , ■ . . • 



NOTES GALLO-ROMAINES 35 



III. Faits de folk-lore météorologique. 

6° En revanche, l'auteur de la Chanson a sans doute emprunté 

à autrui ' le récit des prodiges 2 qui annoncèrent la mort de 

Roland : 

E terremoete ço i ad veirement . . . 
Nen ad citet dunl li murs ne cravent. 
Cuntre midi ténèbres i ad granz, 
Wi ad clartet se li ciels nen i fent$. 

Tremblements de terre qui renversent les murailles des villes *, 
ténèbres en plein midi 5 , ce sont les prodiges qui ont accom- 
pagné de tout temps les grandes batailles ou les morts des 
héros. — Et, comme tous les narrateurs de ces prodiges 6 , 
le poète ne manque pas de les garantir, ço i ad veirement " . 

7° C'est dans le même ordre de légendes qu'on citera le 
miracle, si élégamment décrit par la Chanson, de Charlemagne 

i. Cf. p 41-45. 

a. L'auteur de la Chanson, au reste, n'abuse pas des présages populaires. Le seul 
que je rencontre, en dehors de ces prodiges météorologiques, est celui de la chute 
du gant tendu par Charlemagne à Ganelon (vers 333-5). 

3. Vers 1457-1437. 

4. Terrxque dehiseunt (Virgile, Giorg., I, 479). 

5. Impiaque xternam limuerunt saecula noctem(id., 466-8). 

6. Le folk-lore est coutumier de ces affirmations de bonne foi et d'exactitude 
(nous en avons constamment la preuve sous nos yeux, à propos des légendes créées 
par la guerre actuelle; cf. Revue, iqiS, p. 73-4); et, de même, les rédacteurs des vies 
de saints ont toujours été prêts à se porter garants de ce qu'ils racontent. Le narra- 
teur d'un fait merveilleux affirme et atteste (aut a nobis visa aut fidelium veraci 
relatione comperla, dit entre dix mille Éginhard, dans son Historia translationis bb. 
Marcellini et Pétri, S g4; Migne, CX1V, c. 5o4). 

7. Vers 1427. — Comme Turold n'a pu être témoin de ces faits, cette attestation 
a dû être empruntée par lui à quelque ancien récit, et, selon toute vraisemblance, 
à celui du pseudo-saint Gilles (p. 41-45) : car la Kaiser Karl Mmjnns's Kronike dit 
positivement (je me demande d'après quelle source) que ce dernier avait raconté ces 
prodiges : <aint Gilles dit que ce prodige arrivait à cause de Roland parce quil 
devait mourir en ce jour» (trad. Gautier, Cltanson de Roland, 1872, t. Il, p. 257). — 
C'est donc probablement à ce pseudo-saint Gilles qu'est due la quadruple indication 

.rapliique de la Chanson, indiquant les limites du tremblement de terre (vers 
!3o) : 

De Seint-Michiel de F Péril jusquas Sein:, 
De Besenrun tresqu'as por: tir Guitsand. 

Est-ce le hasard qui a guidé le choix de ces quatre localités? est-ce quelque 
arrière-pensée de l'écrivain? une étude approfondie «le l'histoire de ces lieux nous 
éclairerait-elle à ce sujet? Kn tout CM, la mention de Sein: (qui doit être \anten et 
non Cologne) comme lieu de France (vers i4s3)est intéressante i noter. 



3C REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

arrêtant le soleil et retardant la nuit jusqu'au moment où il 
aura vaincu les Sarrasins : 

Se culchet à tere, si priet damne Deu, 
Que le soleill facet pur lui ester ■ . 

Je doute également que Turold ait inventé de toutes pièces le 
récit de ce prodige : attribuer un pareil miracle même à un roi 
eût dépassé, en ce temps-là, les bornes des libertés permises 
même à un poète. Il faut qu'il ait lu quelque part que Charle- 
magne, comme un saint, servait d'instrument aux miracles 
de Dieu 2 , et il est probable qu'on lui attribuait déjà celui du 
soleil arrêté pendant la bataille 3 , le prodige de Josué^. et le 
prodige qui convient le mieux à un chef d'armée. 

IV. Faits de folk-lore descriptif 3. 

Voici deux épisodes de la Chanson qui résultent et de la vue 
directe des lieux où la tradition plaçait la mort de Roland et 
des légendes qui se formèrent sur les détails du paysage. 

8° Sur la prairie de Roncevaux, où tombèrent les corps des 
héros francs (autres que celui de Roland) , Gharlemagne va 
cherchant ses guerriers : 

De tantes herbes eV prêt truvat les Jlurs, 

Ki sunl vermeilles de V xanc de no: baruns ~ . 

i. Vers i447*448i. 

a. Le vers de Turold (a.'»58) : 

Pur Carlemagne fist Deus vertut mult grant, 
pourrait être la traduction de quelque phrase latiue : le vers a l'allure technique 
d'un résumé' hagiographique, car Mrtul est loi employé comme le latin virta$, dan- 
le sens de miracle, et c'est Dieu, et non Charlemagne, qui opère à la demanda du roi. 
Ce qui est constant dans les vies de saints. 

3. Il ne s'agit que d'un simple retard dans le OOUOhef du soleil. Pour le p-emlo- 
Turpiu, le miracle dura trois jours, proloiigata rst dics illu $i>atio tfuasi trium dit/uni 
1 : c'est le même procédé de majoration successive que dan- les différente! vie* 
• lun mémo saint. 

',. Il > a identité à peu prêt absolue entre les miracles de Joeué et de Cliarle- 
magne (Jotué, i<>, |J). 

jppellf ainsi l'explicalinn de certaines particularité- observée- dan- l'.i-|>e. t 

lu paysage, des plante- ou dea pierre- La préoccupation principale >|ui détermine 
Isa ré. ii- ou propos, dan- cette olasss de folk-lore. e-t celle de l'oenem. — Nous 

iv. m- l.i mention incidente .l'un autre Lut de celte -nie ,l.m- la CfcMJOA, celle de 
me div me des eaux d'Ail 'vers |6A) : 

en KOI bebu 'i»c l>eus fuir MM I fiit, 
• I -.. ItSS et -. 
7. \ M • 



NOTES GALLO-ROMAINES ^7 

Aujourd'hui encore nous pourrions admirer ces a fleurs 
vermeilles» : ce sont les adonis gouttes-de-sang, si nombreuses 
et si curieuses à voir, par les jours de printemps ', dans les 
prairies des Pyrénées. Et depuis des siècles le populaire 
répète qu'elles sont teintes du sang des héros chrétiens. 

11 est vrai que les propos qui mentionnent cette belle légende 
sont postérieurs à la Chanson de Roland. Dira-t-on que c'est le 
poète qui l'a créée? Ce n'est évidemment pas impossible : mais 
cela suppose qu'il est allé à Roncevaux, qu'il a vu les adonis et 
qu'il a rêvé et imaginé à leur sujet. 

Mais je croirais plus volontiers que lorsqu'il est allé à Ron- 
cevaux, les gens du pays avaient déjà répandu sur ces fleurs 
le souvenir du sang des guerriers. De tout temps, aussi loin 
que l'on remonte dans les traditions populaires, la pourpre 
des adonis ou des anémones a passé pour la trace éternelle 
d'un sang à demi-divin 2 . 

0" Le plus beau des épisodes de la Chanson de Roland 3 est le 
triple effort du héros pour briser son épée sur la pierre *. Or, 
on montrait à Roncevaux les pierres que Roland avait frappées 
de Durandal, et sur ces pierres on voyait les brèches faites 
par le glaive saint 5 . 



1. Mai-juillet. Il ne faudrait pas en conclure que la bataille eut lieu au printemps : 
la précision de la légende n'est pas le reflet de la réalité historique. 

a. F los de sanguine concotor ortus. Ovide, Met., X, 735. Je laisse de côté le rùle 
mythique des aubépines et des coudriers, qui ne parait pas se trouver dans la rédac- 
tion originelle de la Chanson (textes de Chàteauroux et de Venise, éd. Fœrster. p. 3oo 
et ioi). Mais, en tout cas, le rédacteur de cette addition a dû voir ou connaître les 
coudriers et les aubépines de Roncevaux. Que l'imagination populaire ait rega r d é 
aubépines et coudriers comme poussés seulement sur les corps des chrétiens, cela 
s'explique par la vertu que l'on a si souvent, de tout temps et en tout pays, accordée 
à ces deux espèces d'arbustes; et je supposerai, là encore, un emprunt fait par le 
poète à une légende locale, plus volontiers que la création de celte légende par 
le poète lui-même. 

3. Vers 3199 et s. 

4. Turold dit d'abord (ii-]3)perruns luisanz de marbre; mais ensuite il ne parle plus 
que de pierre brune (a3oo), sardanie (a3ia), pierre bise (a338). — Les pierres qu'on 
montrait à Ibaneta étaient, au dire du pseudo-Turpin, du marbre (lapidem marmoreum, 

— On pourrait vérifier surplace, sous les ruines de la chapelle (p. 4a). 

5. Dans la Chanson, aucun doute n'est possible : il y a, tout près l'un de l'autre, 
quatre perruns ou rochers (3372): l'un, sur lequel sans doute il se tiendra ; les trois 
autres (cf. 3875), sur lesquels il frappera, le premier de dix coups (a3oi), les deux 
autres, peut-être d'un coup seulement (a338 et a3is). Au contraire, le plus ancien 
guide, le Codex\p. i5 et 43), parle en deux fois d'un seul rocher fendu par trois coup» 
{fielronus, <]uem liotolandus... a summo usque deorsum per médium trino ictu sridit). Et je 
crois bien que là est la réalité : un énorme rocher adhérent à la montagne, fendu 



38 KEVI E DES ÉTUDES ANCIENNES 

Dira-t-on que la Chanson de Roland est antérieure à cette 
légende, et que celle-ci est née de la lecture du poème, les 
gens de Roncevaux ayant cherché sur leur montagne des 
rochers et des brèches pour y appliquer les hauts faits du 
héros? Dira-t-on, au contraire, que l'auteur de la Chanson, en 
visitant les lieux, aura vu ces rochers et ces brèches anonymes, 
et qu'ils lui auront suggéré l'épisode de son poème? 

Je crois plus volontiers que, dès avant la Chanson, les 
hommes du pays connaissaient déjà les pierres et leurs 
blessures, et que déjà ils les montraient aux voyageurs sous 
le nom de Roland : Turold les aura vues, aura entendu ce 
qu'on en disait, et il aura tiré de ce simple propos, — brèches 
faites par l'épée de Roland, — un épisode pour son poème 1 . 



Ceci , du reste, — que Turold ait emprunté à une parole popu- 
laire l'épisode de la pierre ébréchée par l'épée du héros, qu'il 
ait su transformer cette parole en une scène de soixante vers. 
merveilleuse de vie, de variété, d'allure verbale et de beauté 
morale, — cela ne diminue en rien la valeur du poème et la 
grandeur du poète. Tout au contraire. Le poème gagne en 
beauté pour n'être point sorti en entier de l'imagination d'un 
homme, pour avoir ses racines sur l'espace et dans le temps, 
sur les lieux sacrés du sol national et dans les traditions 



par trois rainures profondes, de manière à produire quatre perrons, ceux dont parle 
d'abord la Chanson (2272). L'auteur de la Chanson aura arrangé les choses autrement, 
en faisant de trois de ces perrons trois pierres frappées lUCCeuivement par Roland. 
— Ce qui achève de nie faire supposer que les pierres en question liaient des 
oaeoti de rochers adhérents à la montagne, c'est que le Codt.v dit à un endroit que 
la chapelle d'Iboneta fui bâtie (p. \'.i) super petronum. 

Il e-t rrai qu'ailleurs il dit qu'on montrait la pierre (p. iâ) in aoclatfa ; 11 Bel rrel 
BBOON que le pseudo-Turpin (p. '(5) parle de lapis marmorcus, erectus in prato. et 
tendu en deux : et œla pourrait nous faire songer à l'un de ces polietoin préhil 
torique-, dont les rainures ont été si souvent attribuées à des armes de héios 
(SéDillot, III. p. koo), Mais l'expression in ipja est ragUO, et il nie seml. le hien que le 
paeudo-Tnrpln M période Roncevaux que par oui-dire. 

1 . Il ■al pusMhle, probable môme, que la Chanson emprunta un certain nonihre de 
I- .1 d'autres thèmes courants du folk-lore, par exemple ù ce que l'on pourrait 
appeler le foi. k-i ou \ vie iiumaimk, huimmi, 1 <>i rriquK Kl MIUTAIM 

ainsi oue 1 idée de taira du neroa le neveu du roi eal assez banale dans les traditions 

|H>pul.iire<t |)e inèmr, le rôle assigné au Initie Genolon peut filr» ">ii^.ri j loul M 

qui ie répète sur les trahi d- oheû L'épiaode da Roland moureul 

ii) peu! '"lie ■ | ilemenl nn propoi da Folk lora milita 1 



NOTES GALLO-ROMAINES 3g 

naïves des âmes populaires. Et l'auteur nous apparaît d'autant 
plus grand qu'il a su faire beaucoup avec presque rien, et 
mettre une des plus belles scènes de la poésie française où il 
n'y avait qu'un humble rocher fendu et un vulgaire propos 
de folk-lore. 

Et pour cela, et pour bien d'autres choses encore, la Chanson 
de Roland est un poème tout autrement vibrant et national 
que l'Iliade pour les Grecs et Y Enéide pour les Latins II touche 
vraiment au sol où s'est faite notre propre histoire; il reflète 
la façon dont le populaire racontait cette histoire. Ses héros 
sont tout autrement près de lui qu'Énée l'était de Virgile 
et Achille d'Homère. Turold a mis dans leur âme les croyances 
et les rêves qui faisaient l'idéal de la France au lendemain de 
l'an mil. La mentalité des personnages est autrement belle, 
variée et humaine que celle d'Achille et des siens, d'Énée et 
de son entourage, tous plus ou moins figés dans des types 
déjà consacrés par l'art et parla tradition. 



Mais le caractère populaire de la Chanson n'empêche pas 
que son auteur n'ait travaillé en érudit, à la façon de Virgile: 
entendons-nous bien, en érudit du xi* siècle, disposant de 
fort médiocres ressources et d'une méthode plus médiocre 
encore. 

Je crois d'abord qu'il a fait le voyage de Roncevaux. De 
cela, nous avons deux séries d'indices. D'abord, les deux 
légendes locales qu'il rapporte, celle du rocher et celle des 
adonis. Puis, la description qu'il nous donne des lieux où 
Koland combattit et mourut '. 

Le grand combat 2 eut lieu dans le a camp » 3 , c'est-à-dire la 

i. A défaut de la vue des lieux mêmes, consulter Colas, La voie romaine de Bor- 
deaux à Aslorga dans ta traversée des Pyrénées, 1913 ; cf. Revue, igia, p. 17J et ». 

a. Je dis le combat de la légende; car, pour ïe combat réel, s'il a eu lieu dans les 
défilés de Roncevaux. ce ne peut être que l'abbaye de ltoncevaux, à droite en 
allant vers la France, sur la route romaine, lorsqu'elle gravit, à travei > bois, les 
pentes méridionales de l'Astobiscar (voir les cartes de X. de Cardaillac, p. r>4y, et de 
Colas, p. 43). 

3. « Le camp» (vers 1 338, 1S69, a 184, aaoo). — M. Colas (p. 4a) a rait une hypothè-e 
très acceptable, qui ajoute encorp à la précision génjrniphique de la Chanson : il dis- 
tingue entre i* « les ports de Cize », que traverse Charlemagne au moment du combat 



40 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

plaine découverte ■ qui s'étend entre Burguete et l'abbaye, et 
qui est le val proprement dit de Roncevaux. C'est là où meu- 
rent tous les compagnons de Roland, et l'on y voit encore le 
ruisseau d'eau vive où ils essayèrent d'étancher leur soif avant 
de mourir 3 . Mais ce n'est pas là où il meurt lui-même. 

Quand il voit que la mort approche, il quitte la plaine pour 
gravir la montagne 3 , de manière à mourir, comme il l'avait 

de Roland (vers 583, 719, 1703, 2939), et qui sont la traversée de la haute montagne 
outre l'Astobiscar et Château-Pignon (carte, p. 07), et a* « les ports d'Espagne », où 
Roland essaie d'abord d'arrêter les Sarrasins (vers 8a/i, n5a), et qui sont les défilés 
d'avant Burguete du côté espagnol. Au débouché de ces derniers déniés, vers la 
France, se trouve le « val herbu » où arrivent les ennemis (v. 1018) et qui est le petit 
plateau devant Burguete. Ce n'est qu'après avoir été refoulés par la montée des 
Sarrasins que le* Français s'établirent dans la plaine entre Burguete et Roncevaux 
pour y livrer le grand et dernier combat (à partir du vers 1668?). — Voyez par 
exemple, chez Lafli (Viaggio, p. i4a), la distinction très nette entre i* les ports de 
France, a" le pays de Boncevaux à Burguete, mollo grasso e fertile, 3° et, ensuite, le 
mauvais défilé des ports d'Espagne, assai aspro e di rnolti diruppi e spaventevole . 

1. Par mi une valée (vers i&dg). — 11 y a, en effet, dans la Chanson de Roland, un 
détail en apparence insignifiant, mais qui montre bien l'idée fixe du poète d'insérer 
dans son œuvre tous les détails topiques qu'on montrait aux pèlerins de Roncevaux. 
Turpin, pour réconforter Roland qui se pâme, vent aller chercher de l'eau au ruis- 
seau voisin, et Turold dit alors (vers aaa5) : 

En Rencesvals ad un eire curant. 
De la même manière, le guide du Codex rappelle aux voyageurs que s'ils veulent 
boire de l'eau saine (quie sunt sana sibi ad bibendum, p. 11), ils doivent prendre 
p. S) celle du ruisseau qui descend de la montagne, et qui, à travers Roncevaux, se 
dirige vers Pampelune [decurrit Pampiloniam : sans doute dans la direction de lu 
route de Pampelune], ruisseau qu'on appelle tiuna [c'est IVrobi actuel ; liuna devait 
être une expression commune en basque pour désigner le ruisseau de la montagne). 
— Aujourd'hui, et sans doute depuis des siècles, ou attire l'attention des voyageurs 
-ur deux fontaines déterminées, celle de Roland, au pied d'un monticule, celle do la 
Vierge, qui émerge «d'un bloc mouluré » (de Cardaillae, p. 'u<i), et il est probable 
que, suivant les guides, l'une et l'autre fontaines ont dû passer jadis pour celle de 
Roland. Mais je crois que, dans la Chanson, l'expression d'« eau courante » désigne le 
ruisseau actuel, le Jlumen du Codex, et, peut-être même, est la traduction de ce mot 
latin ou d'un mot similaire. 

a. Note précédente. 

S, Vers |s6S et s. : 

Plus qu'arbaleste ne poet traire un nuarrel 
| plus de la portée d'une arbalète; plus loin, lorsque ChâritmigBfl fera le même 

chemin à la recherche du corps, de Roland (v. a86S), le poète dira : 

Plus (ju'hum ne poet un bastuncel getrr. 
Les deux expressions conviennent très bien à II montée île la hauteur, entre Iton 
1 \ et la chapelle, un peu plus d'un kilomètre]. 

Devers Kspnignr m Mil '•» un guarri 

->i l'on lUppOM que Roland, eu allant vers la France, arri\é au carrefour actuel 

de la rouie moderne qni monte à la chapelle et du rieui chemin qui vi à Châv 
Pignon, si l'on suppose, dis-je, qu'il prend à fauche cette route de II chapelle, il 
ibendonnei i droite in mute de France, qui était ilon celle de Chiteau- 
.11 et qui .iii.nt tert le nord est, pour se dlrlgei vers l'ouest, c'eal I dire veri 
l'E«pagu< 11 icmble que <<■ devint une tradition persistante, ii Iboneta, de mai 



XOTES (.ALLO-HOMAlNE^ 4* 

juré', face à l'Espagne 2 . Cette hauteur qui lui permettra de 
regarder l'ennemi , c'est celle d'Ibaneta , qui commence à 
l'abbaye même, et qui porte les ruines 3 de la fameuse chapelle 
dite de Gharlemagne. — Roland gravit donc cette hauteur, en 
suivant la route qui est aujourd'hui la grande route de France, 
laquelle, sur ce point, est encore l'ancienne route des pèlerins 
de Saint-Jacques et des armées médiévales. 

On monte quelques centaines de pas, on laisse à droite la 

quer le levant pour la France et le couchant pour l'Espagne (Domenico Lafïi, Viaggio, 
1676, p. i3a). 

Le guaret dont parle la Chanson doit être cherché au bas de la chapelle, là où sont 
aujourd'hui les bois; ce devaient être les terres de l'hôpital de Saint-Sauveur. C'est 
après avoir traversé ce terrain qu'il arrive à la hauteur de la chapelle :] 

En sum un tertre, desu: dous arbres tels. 
[De même pour Charlemagne, vers 3874 : 

Desuz dous arbres parvenu: est amunt. 
On devait montrer les deux arbres, dont la présence était toute naturelle près de la 
chapelle.] 

1. Charlemagne déclare à ses barons (vers a863 et s.) : 

D'une raisun ot Rollant parler : 
« Ja ne murreit en estrange regnet 
» Me trespassast ses humes e ses pers : 
» Vers lur pais avreit sun chief turnet. 
d Cunquerrantment si finereit li ber. » 

Cette pensée, de regarder un pays ennemi pour le conquérir de son visage et de 
son regard, était assez répandue en ce temps (comme sans douteen d'autres). C'est ce 
qui explique le célèbre épisode de l'aigle du palais de Charlemagne à Aix-la Chapelle 
retournée par Lothaire, en 978, du côté de l'Allemagne (Hicher, III, S 7 1)- — H serait 
possible que ce propos de Roland, rapporté par Charlemagne, eût été emprunté 
parTurold à quelque donnée antérieure, peut-être au pseudo-Gilles. Ce que pourrait 
confirmer le fait que le mot conquerrantment paraît bien un latinisme (inspiré de 
triumphaliter ?) 

2. Je crois qu'à cet égard la tradition est plus ancienne que la Chanson. Cf. vers 
j3 7 6 : 

Envers Espaigne en ad turnet sun vis. 
Il est bien évident, à lire ce vers et bien d'autres, que l'on distinguait très nettement 
dans cette région (sans doute des deux côtés de la chapelle de Charlemagne) terre 
de France et terre d'Espagne et que la frontière avait dès lors une valeur morale et 
presque mystique bien supérieure à celle d'une limite féodale. — Nous retrouverons 
celte idée encore au xvn* siècle, dans le Viaggio de Lalïï (p. 102;: Usciti da detta 
Capellina dassimo un' occhiata indietro alla Francia, dicendo : Addio Francin. Dio sa se li 
rivedremo più, e nel dire cost facendo il primo passo per scendere a basso ci venero le 
lagrime su gl' occhi, et una certa passione al cuore, si che stassimo un' hora senza polcr 
mai par lare l'uno ail' altro, ma scendendo a basso, arrivassimo a Roncisvalle, lontano dalla 
Capelletta, donde partissimo, duc tiri di moschetto. 

3. 11 y a un dessin des ruines chez Colas Ip. ay). Il y en a un de la chapelle (avant 
-a destruction en i884) signé J. Quicherat dans les Épopées françaises de Léon 
Gratter (s* éd., III, p. 563); on y voit les deux arbres et les trois rochers : j'ai tout 
lieu de croire que ceci est une plaisanterie. Une bonne description des ruines chez 
X. de Cardaillac, La bataille de Roncevaux (Revue des Pyrénées, igio, p. 26 et s. ). 
M. de Cardaillac cite une description et un bon dessin de la chapelle avant sa dévas» 
talion chez Mané y Flaquer, Viaje al paît de los Fueros. Cf. p. 4j, n. 3. 



^3 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

route des pèlerins, qui s'en va gravir les pentes d'Astobiscar '. 
C'était alors la route de France : c'est par là que Gharlemagne 
est parti. — Mais Roland ne veut pas prendre cette route: il 
continue à monter sur la gauche, devers Espaignc. 

Quelques pas encore, et il s'arrête devant les pierres où il 
voudra briser son épée a . C'est sur ces pierres qu'on élèvera 
la chapelle de Saint-Sauveur 3 , dont vous voyez aujourd'hui 
encore les ruines à gauche de la grande route. Sous ces ruines, 
je suis sur qu'on retrouverait les rochers fendus par Durandal. 

Tout autour, dit Turold, il y a un pré. A côté des pierres, 
il y a deux arbres. C'est sous l'un d'eux que Roland va mourir' 1 . 
— L'herbe croit toujours à cet endroit, et de tout temps il n'a 
pu y manquer des arbres. C'est exactement en ce point que le 
héros est mort. L'auteur de la Chanson a fait le pèlerinage, et, 

i. Voyez la carte, Colas, p. ii ; et ici. igis, p. 175. 

a. L'abbaye de Roncevaux est à <)84 mètres (carte Prudent), la chapelle u'Ibancla 
est à io(')G mètres; la hauteur est donc de cent mètres environ (carte de Colas, 
Le). De Cardaillac donne g58,5o pour la vallée et io6(>,5o pour le col d'Ibaiïela 
(p. 667). 

3. P. 4i, n. 3; Colas, p. 3o-3i. C'est la cnpella sancti Salvatoris, ou Caroli, ou 
Hollandi, des anciens textes. — Il se pose, à propos de cette chapelle, la question 
suivante. Est-elle antérieure à la formation de la légende de Roland, et le clergé de 
l'endroit se sera-t-il borné, lors de la formation de la légende, à y faire concourir 
les pierres de la chapelle? ou l'installation de la légende à Konecvau\ ne serait-elle 
pas une chose antérieure, et n'aurait-on pas à dessein élevé celte chapelle à l'endroit 
précis où on croyait qu'était mort le héros? N'oublions pas que lorsque la légende 
s'est emparée de Roland, elle l'a tout de suite assimilé à un saint. Christi martyr 
l>rcliosu$ (Codex, p. i3). 
'1. Vers 2267 et s. : 

En sum un tertre, desu: dons arbres bels 
Quatre perruns i ad de marbre faiz. 
Sur l'herbe verte si est caeiz envers.... 
Hait sunl li />ui e mult hait sunt li arbre. 

(('.'est bien le spectacle (pie l'on a de la chapelle en regardant du c6M de la mon- 

t.r_'iie ltoiȎe.] 



Vers 33:) 7 -8 : 
. > 7 .">-*"» : 



liesuz un pin i est <ile: curant. 

Sur l'herbe verte s'i est eulchie: adtte. 



Li qattU Itollnn: se jut datai M pin, 
Envers Espa'ujne en ad turnel sun vis. 

C'cit là où Charlcmagnc va le retrouver, vers 3874-38711 : 

Desu: dons arbres parvenu: est nmunt ; 
Lm 'olps Huilant cimut eu Ireis perruns. 
Sur llierlir rrrtr veit ijrsir sun nerubl. 

Vol nmeol rapréianla qu'on — ootrall latahoeai I* ohapelle al lai 

.. n n t. n. ni . 1 n oontra bai cari Roneavaux, le yuérat; toul i ool4 de ta 1 as 

]u\\r, i.v .i.'m .irinr- (dont an pin) •! h 



NOTE^ GALLO-ROMAINE- 43 

sur ses indications, plus précises que celles de n'importe quel 
guide, nous pouvons le refaire après lui, et retrouver le lieu le 
plus saint de toutes nos légendes nationales. 



Je dois dire, en toute franchise, que la preuve du pèlerinage 
de Turold à Roncevaux n'est point faite et ne pourra jamais 
être faite. Rien n'empêche de supposer que ces indications 
locales, si précises et si exactes, il les aura copiées dans un guide 
à l'usage des pèlerins 1 . — Et cela nous amène à un nouveau 
problème au sujet de l'auteur de la Chanson et de sa façon de 
travailler. A-t-il lu des écrits concernant son héros? 

Il en cite deux, à plusieurs reprises, et avec assez de 
netteté. 

I. Les Gesta Francorum, chronique latine à laquelle il 
emprunte : 

i" Le nombre des païens, quatre mille, que Roland et ses 
compagnons tuèrent à Roncevaux 5 : 

2° Le nombre des corps, quatre cents, que Charlemagne 
trouva autour de Turpin 3 ; 

3° Le dénombrement des trente colonnes de l'armée sarra- 
sine' 1 ; 

\° L'assertion qu'en terre de France l'empereur n'a que 
de bons vassaux 5 ; 

i. J'ai à peine besoin de rappeler que la Chcmson de Roland pose airiM le même 
problème que l'Odyssée, celui de la source géographique. Mais, tandis que pour la 
Chanson, il me paraît préférable de croire que la source est le voyage même de 
l'auteur, pour VOdyssèe. j'accepte, sans restriction d'aucune sorle, la théorie de Bérard. 
l'utilisation d'un périple (Bérard, Les Phéniciens et l'Odyssée). 
a. Vers i684-5 : 

// est escrit es cartres e es briefs, 

Ço dit la Geste, plus de quatre milliers. 

Les Gesta disaient donc avoir emprunté le renseignement à d'autres écrits, 
chartes ou lettres, très vraisemblablement imaginaires. 
3. Vers 1093-3096 : 

Ço dist la Geste, 

d'après un témoignage attribué à Charlemagne lui-même. 
!t. Vers 3a6a : 

Geste Francur trente eschieles i numbrent. 
5. Vers i4i3-i : 

// est escrit en la geste Francur : 

Bien est -il dreiz en la 1ère majur 

Que bons vassals uni nostre empereur. 
Celte parole est placée dans la bouche de Turpin. Je ne serais pas étonné, eu 



Vl REVUE bES ÉTUDES WClK\\l> 

5° La convocation des seigneurs pour juger Ganelon '. 

Ces renseignements sont donc surtout d'ordre statistique, et 
il n'y a aucune invraisemblance à ce qu'ils se soient trouvés 
dans une chronique latine et que Turold les y ait copiés. — 
J'entends, cela va sans dire, une chronique sans caractère 
authentique, pleine d'amplifications et de légendes, dans le 
genre de certaines parties des Gesta Francorum de l'époque 
mérovingienne, et peut-être leur continuation 3 . 

II. Turold cite un autre écrit relatif à Roncevaux, et auquel 
il emprunte quelques détails sur l'aspect du champ de bataille 3 : 
cet écrit serait l'œuvre d'un homme ayant vu ce champ de 
bataille, sans doute pendant ou tout de suite après le combat ' : 
ce témoin oculaire serait « le baron saint Gilles », et son 
récit, continue Turold, est conservé au monastère de Laon 5 . — 
Il va de soi qu'il s'agissait d'un récit merveilleux, mis par 
son auteur sur le compte de saint Gilles. 

comparant ces citations, si dans ces Gesta Charlemagne et Turpin, et non Holaud. 
fussent au premier plan. — C'est peut-être également dans ces Gesta que Charle- 
magne attestait la valeur de Turpin (vers 3090-91) : 

En la grant presse mil colps i fierl e plus , 

Pois le dist Caries qu'il n'en espargnat nul. 

Tout cela pouvait se trouver dans une lamentation funérairr sur Turpin, censée 
prononcée par Charlemagne, et analogue à celle que le pseudo-Turpin lui mrmr 
prête à l'empereur sur Roland (p. 5o-5i). 
1. Vers 37/12 et s. 

// est escrit en l'anciene Geste 

Que Caries mandet humes de plusurs Icrcs. 

3. L'opinion courante est que ces Gesta n'existaient pas ri que Turold le* aurait 
imaginés pour donner confiance. — Et cela est substituer, à une assertion positive rt 
vraisemblable une hypothèse sans aucune nécessité, l't des Gâta, dans le genre dr 
' 'H \ que nous laissent deviner les citations de Turold, sont la chosr la plus natu- 
relle dans l'historiographie carolingienne. 
3. \ ers 3oq5-8 : 

Ço dist la Geste e cil ki el' camp fut, 

I.i ber sein: Gilies, par Ici Deus fait vertu; , 

En fist la cartre el' muslier de Loïun. 

Ki tant ne set ne l'ad prud entendut. 

'1. Il y • deux hypothèses possibles. Ou bien Cilles aurait vu le champ dr lt.itaillr 

( ' ( o'> cadavres autour de Turpin, les unv par mi féru:, les aulrr-, décapités; vers 

j.»ij-.'>), rt cela seulement dans une vision (o'est 06 que dit In Stricker, vers 1 1 •"). <>n 

Mon il l'aurait m à la suite la CharlemigiM ta texte de Turold m me parait 

justifier que cette dernière hypothèse. 11 rst possible que œ pseudo-Gilles décrivait 

ta champ de bataille comme ta peeudo>Turpln qui. lui aussi) !<■ contempla ^n\ 

barlemaarna (p. be ''t s.). 

\ t'éfiiaa épisoopale ds Laon) 11 asl possible que oe peaudo»Gil!ei ail été 

'oui posé dans cr œntre scolaire. Ne pas oublier que Laon tient dam laCtantoa nue 

t. ic 1 mur qo'l oelle d'Ail (vers j^i"> : Laoa 1 asl ooaama la lecondi 

■ 



NOTES GW.LO-KOMAINES ^5 

C'est à ce récit que la Chanson emprunte la description des 
prodiges qui annoncèrent la mort de Roland 1 , et peut-être 
celle du miracle du soleil arrêté par Charlemagne 2 . 

III. A ces deux écrits 3 , consultés par Turold, faut -il en 
ajouter un troisième, un itinéraire ou un voyage réel de 
pèlerins, auquel il emprunterait toutes ses données topogra- 
phiques ? les tombeaux à Blaye, le cor à Bordeaux, la pierre 
d'Ibaneta, les adonis de Roncevaux et le chemin de Roland 
marchant à la mort? — Je préfère croire que tous ces détails, 
Turold les aura vus et notés lui-même : s'il les eût empruntés 
à quelque guide, ils se seraient dénaturés dans la transmission 
et nous seraient arrivés moins précis dans le poème; d'ailleur-. 
les guides et itinéraires de ce temps étaient assez sobres en fait 
de minuties topographiques''. 

Et tout ceci encore, d'avoir étudié dans les livres 5 et d'avoir 
observé sur les lieux, est loin de nuire à la gloire de l'auteur 
de la Chanson. 



i. P. 35. 

i. P. 35, d. 7. On peut, je crois, supposer une certaine analogie entre ce pseudo- 
Gilles et le pseudo-Turpin. 

3. Il est un détail qui me fait croire que Turold a connu en outre un récit ou une 
tradition formée près de Carcassonne (à moins qu'il ne l'ait emprunté aux écrits ci- 
dessus indiqués). C'est l'histoire de Kotand présentant, près de cette ville, une « pomme 
vermeille » comme symbole des couronnes des rois qu'il a vaincus en Espagne 
(v. 38'i-8) : il est bien difficile, vu la précision du détail, que l'auteur ne fasse pas 
allusion à un fait connu et rapporté par quelque auteur antérieur à la Chanson (de 
même Schneegans, Die Quellen des sog. Pseudo-Philomena, Strasbourg, 1891, p. iT>). 
Les (iesla ad Cnrcassonam (éd. Schneegans) ne mentionnent pas cet épisode, soit qu'ils 
l'aient négligé dans l'écrit dont ils se sont inspirés, soit qu'il se trouvât dans une 
source différente de la leur. En tout cas. la scène doit se passer à Lagrasse et faire 
partie du groupe très abondant des histoires imaginées par les gens de cette 
abbaye. Et j'ai tout lieu de croire qu'ils ont travaillé avant le temps de la Chanson de 
Holand, dès le x' siècle; cf. Revue, 1910, p. ?>7i et s. — Cette offrande de la pomme 
me paraît être également quelque rite populaire, se rattachant au folk-lore de ce 
fruit, le plus riche de tous les fruits en rites et mythes populaires. 

Peut-être aussi Turold a-t-il encore connu un récit sur la trahison de Ganelon, récit 
composé par quelque érudit, qui le faisait descendre d'un des assassins de César 
(strophe i«ii, Gautier : en admettant, ce dont je doute, que le passage soit primitif). 
J'ai vainement cherché à quel nom il avait pu faire allusion : C, Annius [Cannius], 
Caniniu» iraient bien, mais ils n'étaient pas parmi les meurtriers de César. 

1. Voyez le Codex, p. id et ,'j3. 

.1. Il me parait de plus en plus certain qu'il y a beaucoup de latinismes dan* la 
Chanson de Holand. « J'ai moi-même pu aligner en face du texte d'Oxford de nom- 
breux passages parallèles de textes latins, a m'écrit h ce sujet M. Wilmotle 
»o BO». i'i!."> . Cf. p. 'ii, n. 1. Sur les analogie! de la Chanson avec la littérature 
lalipc antérieure, \oycz un excellent article de M. Wilmotte dan* la lirvnc histo- 
rique de iqi5. C\\, p. sii et s. 

fin . ICt. nue, '. 



46 Ri; VI h DES ÉTUDES ANCIEN M 

11 résulte donc de tous ces faits de folklore que la légende 
de Roland avait pris profondément racine dans les pêne 
populaires avant que Turold eût composé son poème. Elle 
avait déjà, sur la route de Roncevaux, marque à son empreinte 
les curiosités de la nature et les ruines des temps passés. 

Ce n'est pas elle, assurément, qui avait fait du sang des 
guerriers la pourpre des fleurs et des entailles d'un rocher 
les marques d'une épée surnaturelle. Ce sont là récits plus 
vieux que l'histoire de Roland, et que le populaire répète 
depuis des siècles, se bornant à changer les noms des coin bal 
tants. El il est possible que dans l'Antiquité on ait attribué à 
quelque héros hellénique, à quelque Hercule local les adonis 
et les brèches de Roncevaux. Mais il fut un temps où la 
vogue de Roland devint assez forte pour que son nom leur 
fut imposé. 

A cette vogue de Roland, à cette mainmise de son nom sur 
le folk-lore, il faut, je crois, trouver une cause littéraire ou 
savante, une origine écrite ou scolaire. 

Que des personnages illustres soient devenus, dès leur 
vivant, des sujets de propos ou de récits populaires, il n \ a 
pas à en douter 1 : nous le voyons de nos jours; et, dans 
l'Antiquité, saint Martin est un exemple frappant du folk-lore 
saisissant l'homme de son vivant » et ne le lâchant plui 

i. Cf. Hevue, iyi.î, p. ;'i. Le difficile, «Tailleurs, a'esl point d'entrer dans la 
légende «>u Le folk-lore, et cela pont arriver à d'autres <jii*;i <le grands chefs et de 
grandi -aints. Le difficile ett <l*y rester, et je croll que, pour cela, il est besoin que 
l'imagination, et le souvenir populaires soient soutenus et nourris par un travail 

constant «le l'école. 

i. Sulpice sévère, \ iin Martini, i3 (le pin qui, dans sa chute, s* détourne de 
Martin); i& (l'arme qui disparaît); etc. il ne s'agit d'abord, comme pour Charte- 
raagne(o, .'<), que de réélis Le nom de Martin m s'eal peul être attaché 1 «pic plus 

lanl à «le- détails «lu sol. 

3. Un autre exemple typique est fourni par Charleuia^nc. Il SSl bien certain que 

le t'dk-lore «'est emparé de lui «lès son vivant : rayes la source miraculeuse née sprfes 
u destruction de l'Irtnensul i InnsiM d'Êginhard «'t «!«• Lorscb, 778)1 les deui bou- 
« in r* Bamboyants 1 Is défense de Siegbursj (addition sus Annal/et de Lorscb, 776 
Innombrables présage i qui snn o ncè ra nl sa mort (Sgmbsjrd propos de 

folk lore ont dû ilé* lor.s donner naissance .« d'assez lonjjs récits, qu'on Se répétail 

«lans mort, annales) al biographes aidant, la légende n'aal plus 

lortta dos Usâtes «le Chariemagne, et 1 dû s*j mo ntr er sous des récibi «!«• plus en plus 

..us douta tous les thé - 1 kliars au rolWore Mais '«i 

dssemanl continu du Mit- ion- d«- ciiario «■ 1 inséparable «lu travail d'école, et 
plu- «-n piu> grand «|n«- ta souvenir <ii- Cha riens igné Jouail dans Ui 
s de oaus (Ice oleros surtout) qui réfléi blasaient al qui écrivaient Cai Ch 



HOTES GALLO-ROMAINES 47 

Toutefois, cet avantage, d'entrer vivant dans la légende, 
d'y entrer par sa vie et d'y rester pour toujours, cet avantage 
parait réservé aux grands chefs, militaires et religieux, à des 
vainqueurs et à des saints. Ce ne fut point le cas de Roland. 
Il ne semble pas que, vivant, il ait été différent des cent capi- 
taines qui entouraient Charlemagne '. 11 ne semble pas qu'il 

magne, outre la longueur et la gloire de son règne, outre les services propres rendus 
aux différentes églises, représentait, pour les hommes du x* siècle, d'une part, le 
pèlerin armé qui propage l'Evangile (et il n'importe qu'il ait combattu les Saxons 
plutôt que les Sarrasins : tout celaétaitgent païenne); et il représentait, d'autre pari, 
le vrai roi des Francs, le champion des Francs et des Gaulois contre les Germains 
(il ne vint jamais à l'idée de personne, et peut-être ne lui vint-il jamais à l'idée 
à lui-même, qu'il pût être un Germain). — Reste à savoir quand le nom de Charle- 
magne passa, du folk-lore narratif, ou du récit légendaire, au folklore topogra- 
phique, je veux dire quand ce nom s'appliqua à des routes, à des ruines, à des croix : 
sur ce point, jusqu'à plus ample informé, je ne trouve rien d'antérieur à l'an mil. 

i. Je dis « il semble », car il n'est pas absolument impossible que Roland ait 
accompli, de son vivant, des actes héroïques, célébrés quelque part. Car il reste tou- 
jours à se demander pourquoi l'école et la légende, des trois morts illustres de 
Roncevaux: Eggihard, regiœ mensse praepositus, Anselme, cornes palatii, Roland, Bri- 
tannici limitis prxfectus, pourquoi on n'a retenu que ce dernier (Éginbard, s y). La 
réponse à cette question se trouverait peut-être dans quelque document contem- 
porain de Charlemagne qui nous échappe. — Si vraiment il avait été enseveli à 
Blaye et si on lisait son épitaphe sur son tombeau, cette épitaphe (vu les motifs que 
nous allons indiquer à l'instant) suffisait pour que la légende se développât sur la 
route de Blaye à Roncevaux. — En faveur de cette hypothèse d'un transfert du corps à 
Blaye, on peut alléguer : i° que Charlemagne paraît bien être revenu sur le champ 
de bataille (Éginhard, S y); a" que des transferts de corps de ce genre étaient 
fréquents; 3° que Blaye avait autour de Saint-Romain un cimetière sacré recherché 
des grands; 1° qu'on possède (JPoel. Lat. sévi Carolini, I, p. ioy) l'épitaphe d'un com- 
pagnon de combat et de mort de Roland, Eggihard, tué à Roncevaux près de lui et 
enterré dans une église de Saint-Vincent [sans doute près de la tombe même du 
saint, en Agenais, ultra Garonnam ; cf. Fortunat. Carmina, 1, 8, et non pas, comme 
on le croit d'ordinaire, à Saint-Vincent de Daxj ; et saint Vincent était, dans le Sud- 
Ouest, un saint aussi célèbre que saint Romain de Blaye (s'il a perdu en vogue, 
c'est en partie parce que sa tombe ne se trouvait pas, comme celle de Romain de 
Blaye, sur la grande route des pèlerins). — Après tout, même si Boland n'a pas 
été enterré à Blaye, on a pu y découvrir, comme à Compostelle la tombe attri- 
buée à saint Jacques, une tombe avec le nom de Rotholandus ou quelque chose 
d'approchant, qu'on aura cru la sienne. Et quand on songe au besoin que l'on avait 
en ce temps-là de rechercher les tombes de tous ceux qui avaient approché Charle- 
magne (voyez à Casseud, Aimoiu, De miraculis, I, i ; Migne. C\\\l\, c, 806), quand 
on songe à l'extraordinaire impression qu'a toujours faite dans le monde chrétien, 
depuis le iv" siècle, la découverte des tombes ou des reliques présumées de saints ou 
de héros (par exemple, vers ioio, la tète de saint Jean-Baptiste à ^ngély; Adéinar, 
III. 56), il n'en fallait pas davantage pour produire, au x* siècle, un débordement 
extravagant d'écrits d'école d'abord, de faits de folk-lore ensuite, de poèmes enfin. 
Blaye avait tout ce qu'il fallait pour produire ce phénomène: elle était sanctuaire 
célèbre, rendez-vous de seigneurs et d'évèques (cf. p. 33, n. a), centre d'une 
seigneurie et d'un clergé actifs, relai de première importance sur la route de Saint- 
Jacques, lieu frontière entre Gascogne et France. Sur ces trois gîtes essentiel» 
delà plus grande route chrétienne du monde, Blaye, Roncevaux et Saint-Jacqm ■>. 
les deux premiers appartenant à Boland par sa tombe et par sa mort, la légeodi 
de Roland devait passer et primer toutes les autres. Il serait donc utile, je le 
répèle encore (cf. p. M, u. .">), d'étudier de très près ce qui a pu se faire, dan- 



48 REVUE DES ÉTUDES IKCfENIfES 

ait été célèbre autrement que par sa mort. Et je crois que le 
populaire l'a peu connu de son vivant et l'a oublié après sa 
mort. Entre ses actes et sa légende, il y a eu, selon toute 
apparence, un long hiatus. 

Je doute également que son retour ou plutôt son entrée 
dans la vie populaire ait été d'abord l'œuvre du populaire 
même. Il faut quelque chose pour provoquer, pour aider ce 
travail du vulgaire sur les ruines et sur le sol, j'entends quel- 
que chose qui vienne du dehors, un enseignement d'école, 
un écrit répandu, des propos de gens soi-disant informés. 
Nous savons très bien pourquoi Marius ", après vingt siècles 
d'oubli absolu, est devenu le héros de la Provence, dépossédant 
peu à peu César ou le diable sur les ruines ou les rochers J , 
y mettant son nom au lieu et place du leur : la gloire contem- 
poraine du vainqueur des Gimbres est due tout entière, et je 
ne fais de réserve d'aucune sorte, à des entreprises d'érudits, 
sans lien avec des souvenirs qui seraient venus du passé, sans 
lien non plus avec des pensées populaires; ce sont des récits 
ou des travaux de savants (on pourrait les citer) qui, depuis 
1800, gagnant de proche en proche, partant des académies ou 
des bibliothèques pour arriver dans les villages, agissant à la 
fin sur l'esprit du peuple, ont créé de toutes pièces la pari de 
folk-lore qui est aujourd'hui celle de Marius 3 . 

Pareille chose a dû arriver pour Roland au dixième siècle, 
à cela près que bibliothèques et académies, en ce temps là, 
étaient surtout domaines de prêtres. D'ailleurs, ces piètres 
m -semblaient, comme tournure d'esprit, aux savants qui ont 

la vie de cloître et d école, chez, ces seigneurs et ces clercs d'Aquitaine auxqueU 

Hlaye tenait si fort à cœur. Kt je pense ici à Adémar de Chabannes (p. 5k. q, 

et à son milieu, à ce Guillaume V d'Aquitaine, qui vint si souvent à Hlaye (Adémar, 

III. 'h et 69), qui fut >i curieux «le rieui livrai (p le, n. 5), si passionné pour le- reii« 
q u«- 111. 56), et grand pèlerin 'le Salut*Jaoquei "ù il alla régulièrement (III 
Comment, lotii les pas île ce pèlerin quasi royal, lettré et dévot, reliquei et légendet 
n'auraient elles pai germé de imites parti nu II route de Saint Jacquet — Je ne puii 
m'empècher cependant de croire à quelque document ou écrit relatif à Roland, à 
quelque ehoee de plut • trcotutaiK lé qu'une tomba apocryphe. 

1 . Cf. lirriir dM II- "'i''. 1809, p -'i I 

mme le remarque SébiUot (II, p, ici), Ilariue, dani la légende de la chanaaén 
• ii lai (Stôtiitiqt hr*-ttti Kiii'mr, il, p. <r > >; ftértnger-rftrand . SeperttttiMi 

■ irnncet, 11. iSod, p. i'n), oonatruite an une antle nuit par atarius, le nom de 
M u "i- » dû remplacer, au \ n' etèM le, un autre nom, al peut-être celui du diable. 
Lalm traraui aidant, la 1 réatioo oontlnue, 



NOTES GALLO-ROMAINE? ^9 

fait de nos jours la vogue populaire et rurale de César, de 
Marius ou d'Hannibal: ils étaient des travailleurs à tendances 
fort subjectives, désireux de placer leurs saints et leurs héros 
sur les routes qui leur étaient les plus familières et dans les 
lieux qui leur étaient les plus chers. 

Gomme les noms de Marius ou de César, celui de Roland, 
avant d'être fixé par les prêtres et les pèlerins de Roncevaux 
sur la pierre d'Ibafieta ou sur les fleurs de la vallée, le nom 
de Roland a dû être répandu par quelques écrits, amplifiant 
et commentant les faits racontés par les historiens de Charle- 
magne; et je viens de rappeler que l'auteur de la Chanson cite 
deux de ces écrits, les Gesta Francorum et la narration du 
pseudo-Gilles. 

Que ces écrits aient été répandus par les pèlerins de Saint- 
Jacques, passagers de la route de Roncevaux, hôtes habituels 
des sanctuaires de Blaye,de Bordeaux et d'Ibafieta, qu'ils aient 
été exploités par les abbayes, les collégiales, les prieurés, les 
stations de tout genre qui jalonnaient cette route et héber- 
geaient ces pèlerins, je l'ai si souvent dit, et depuis si long- 
temps 1 , que je n'ai plus à revenir sur le rôle des routes et des 
stations de pèlerinage dans la formation des chansons de 
geste. — Encore faut-il que ces pèlerins et ces clercs aient eu 
des récits pour éveiller et guider leur curiosité 2 . 

Il est donc probable que l'histoire légendaire de Roland, 
longtemps avant la Chanson, longtemps avant sa vogue sur la 

i. Romania, XXV, 1896, p. 161 et s. P. 1G6 : «Nous sommes de plus en plus 
convaincus du rôle primordial joué par les pèlerins dans la formation de la légende 
carolingienne... Ces deux faits, la route et le cimetière avec sa basilique... seront les 
déterminants les plus énergiques de la légende... C'est le long du chemin que le 
peuple refait l'histoire... Et les tombes l'invitent à localiser. » De même. Rev. des 
Et. anc, 1899, p. 237. 

a. On peut dire, il est vrai, qu'il leur suffisait pour cela de lire Éginhard, les 
Annales ou l'Astronome, et qu'il n'est nul besoin de supposer un intermédiaire entre 
ces récits initiaux et le travail des adaptations locales fait par les guides, par les hôtes 
des pèlerins et par les pèlerins eux-mêmes. Et cela, à la rigueur, est possible. — Mais 
remarquons ceci : i* Éginhard et les autres ne parlent absolument pas de Ronce- 
vaux, encore moins de Blaye et de Bordeaux : si l'on a pensé simultanément à 
Roland dans ces trois stations, ne serait-ce pas le résultat d'un commentateur à 
Éginhard, qui les aurait nommées toutes trois? a* Le folk-lore, lorsqu'il s'agit d«> 
personnages historiques dans le cas de Roland, c'est-à-dire popularisés longtemps 
après leur mort, n'intervient qu'à la suite d'un commentaire au texte initial: 
3* l'auteur de la CVtuns.m signale lui-même de- COmmenUirea de ce genre, av. c lèi 
Gesta et le pseudo-Gilles (p. 43-45). 



5o REVUE I>ES ÉTUDES ANCIENNES 

route des Pyrénées, a été imaginée 1 et racontée dans quelque 
centre d'étude, par quelque écolâtre de cathédrale ou de 
monastère, et répétée dans la France entière par des centaines 
de ses disciples. Pour expliquer la formation de cette légende, 
et, d'une manière générale, celle des chansons de geste, des 
romans héroïques et des vies de saints, il faudra examiner 
de très près le travail d'école chez les derniers Carolingiens 
et les premiers Capétiens. 

N'oublions pas que dans ces écoles 2 de Laon*, de Fleurv '•, de 
Limoges 5 , on se piquait d'érudition; qu'on s'y informait a\ee 
soin de tous les héros de notre histoire nationale depuis 
Priam, ancêtre des Francs, jusqu'à Charlemagnc; qu'Adémar 
de Chabannes, par exemple, le brillant élève de Saint-Martial 
de Limoges , signale une enquête d'érudits à propos du chef 
de saint Jean 7 , une autre sur l'authenticité des Gesl« Pipini 6 ; 
quAbbon et Aimoin, par exemple, les coryphées de Fleurv, 
cherchaient par toute la France les vestiges des palais de 
Charlemagne 9 et des maisons de Brunehaut 10 . Et je ne serais 

i. Oue l'on pût imaginer, au dixième siècle par exempta, de* histoires de ce 
genre sur une simple ligne d'écrivain, c'est ce qu'il serait facile de montrer par une 
multitude d'exemples tirés de la vie des saints. Le propre de la littérature à demi 
savante et à demi populaire, dans ce siècle, est précisément dans îles écrits de ce 
genre, où se mêlent les noms historiques, les récils île miracles et de visions, etc.. 
tout ce que le pseudo-liilles OU les (lesta devaient renfermer sur Itoland et Turpin. 

2. Je ne cite que celles où je peux supposer, par quelque indice, qu'on ait pari. 
de Roland. 

S, l\ hh, n. 5. 

lt. ici, n. 9 et io. 

.">. J.' longe ici à Adémar de Chabannes, qui a été élevé à Saint-Martial de Limoge* 
(Comnumoratio abbatum, Migne, CXLI. c. 84), et qui s'eat Intéressé à Itlaye (llist., III, 
kl), l.e travail d'école qui s'est fait eu ce temps-là eu Aquitaine autoui de Martial 

de Limogea peut expliquer celui que d'autres, dans le même pays, ont pu taire 
autour de Itoland de Blaye. Ne pas oublier la curiosité érudite du duc Guillaume n . 

grand lecteur et collectionneur de livres ( Adémar, lliat.. III. ,i 
0, Ici, n. o. 
7. Découvert à Angélj vers ioio. 

\ léiuar, III, Mi : In t/estis uitti'in l'i/iini,... rrtirrlur |sur la léle de Jean], ri sec//, 
titra <le tO fûetû [autres (icstti, complètement apnery phe«.| Mquaqttam liO* futitls *b 

eruditu dijudicelur, La légende de Pépin appâtait dont comme déjà formée dans les 
> • 1 ils .1 1 léaiaatiquea du xi* siècle 

\imoiii. \ Un ibbonis, ïo; lh iniriiculis a. Bensdieti, I, i, 8 : il s'agit du eoi-diaanl 
palais de Charlemagne i Casseuil, Et les textes d' Aimoin prétest I trois iolu* 
tlom que lea ruinée étaient réellement celles du palaia; qu'Abboa et Aimoin auront 
fsiths premier* cette identification; qu'ils auront répété un on-dlt populaire plus 
ancien que leui - La fait d'avoir copié, au neuvième siècle, l'épitaphe 

d'Ego, n 1 i> '17,11 i) f montre qu'un pouvait l'inléresseï alors 

m .ris de Rom evaui. 

D*i qu' Aimoin raconte qu'il vil eo luvergne, dans là tut '« 



NOTES GALLO-ROMAINES 01 

pas étonné s'il fallût regarder dans une de ces écoles pour 
y apercevoir le berceau de la légende de Roland. 

De toutes manières, pour arriver à constituer la Chanson de 
Roland, — sujet, épisodes et forme, — il a fallu, outre le récit 
du fait initial, plus ou moins oublié ou négligé, il a fallu 
un travail d'école, plus ou moins sérieusement fait, une série 
d'adaptations locales, plus ou moins populaires, et. à la fin. 
primant tout le reste, l'effort personnel d'un très grand poète 1 . 
— Il serait intéressant d'examiner dans quelle mesure ces 
quatre éléments ont également contribué à former d'autres 
épopées, françaises ou antiques 2 . 

Camille JULLIAN. 



maison de Brunehaut : Ostendilur lapidea domus Brunichildis (H.Fr.,pr., i). La manière 
dont il parle ici et ailleurs (IV, i) des constructions de Brunehaut montre qu'il a 
constaté plutôt que déterminé ces appellations : .Fdificia, sane abipsa construeta usque 
in koc tempus darnntia. ostenduntur tam innumera ut ineredibile videalur ab nna muliere. 
et in Austria tanlummodo et Burgundia régnante, tanta in tam diversis Francité par libus 
Jieri potuisse. Ce teste est très net : le folk-lore s'était déjà emparé de Brunehaut dans 
la Krance entière. Et alors se pose le même problème que pour le folk-lore de Roland : 
cette vogue doit être le résultat de quelque écrit d'école, Gesta Francorum ou autre. 

i. Et un poète, je crois, qui a délibérément voulu, comme par exemple Ronsard 
sous la Renaissance, enrichir la langue française naissante, à la fois de thèmes 
traités jusque-là surtout par la langue latine .(et. p. 43-i5), et d'expressions nou- 
velles inspirées également de la langue latine (cf. p. 45, n. 5). 

a. De toutes les épopées qu'il m'a été donné de lire, l'Odyssée, si différente qu'elle 
soit, comme ton et comme sujet, de la Chanson de Roland, est peut-être celle qui s'en 
éloigne le moins par sa structure organique. Elle aussi (cf. p. 3g-!|2)doit s'inspirer 
d'un voyage sur des routes connues. Elle aussi fait une part très importante, sur les 
stations de ces routes, à des épisodes fournis par le folk-lore : par exemple, la grotte 
de Calypso est conforme au type consacré de la grotte des fées, et Ulysse au type du 
mari retenu par une fée de grotte; et il y a, dans l'odyssée, vingt épisodes nés de 
même «le propos et de contes populaires. — L'Enéide, elle aussi, emprunte bien des 
détails à des propos sur lieux -dits (cf. p. 3s, n. i) et à des idées populaires : le rameau 
d'or qu'Eni'e dépose en offrande au seuil du palais de Proserpine ressemble singuliè- 
rement à la branche de gui que nos paysan- offrent à la fée invisible des grottes. — Il 
y ;t l>eaucoup moins de folk-lore dans l'Iliade; ou, plutôt, il y en a dans la mesure 
où le folk-lore a produit la mythologie hellénique. — Et le folk lore est réduit à son 
minimum dan- la plus artificielle et la plus ennuyeuse des épopées que je connaisse, 
la Franeiade : je n*j vois ( I. II, p. i3o, Jannet) que l'allusion «à ce flot dizenier, boufi 
de Nents, horreur du marinier», et encore est-ce chez Ronsard bien plutôt réminis- 
cence érudite qu'inspiration populaire. 



LE SAINT-MICHEL DE CIZE 

1)1 CODEX DE COMPOSÏELLE ET DU GUIDE DES PÈLERINS 



M. Joseph Bédier ' identifie le Saint-Michel que mentionnent le 
Codex de Compos telle et le Guide des pèlerins avec un \ illage du même 
nom qui se trouve à trois kilomètres de Saint-Jean-Pied -de-Port, hors 
et assez loin de l'ancienne voie romaine et de la route qui conduisait 
au sanctuaire de saint Jacques. 

Voici ce qu'en dit le Codex : 

A portibas vero Cisereis * usque ad sanclum Jacohum tredecim dietse 
hdbentar. Prima est a villa Sancti Michablis guœest in pede portuum 
Ciserx, versus scilicet Gasconiam 3 . . . 

A portibas vero Cisereis in beali Jacobi ilinere usque <t<l dus basi- 
licam Gallœcianam hœ villa majores habentur. Primitus in pede eiusdcm 
montisCiserei, versus scilicet Gasconiam, est villa Sancti Michaelis*... 

Inde circa portus Cisereos habetur tellus liasclorum, Italiens urbem 
Baionam in maritima versus seplentrionem ...In hac terra mali porti- 
geri habentur, scilicet circa portus Cisereos \in\ villa qu:r dicitur 
llostavalla et villa Svnoti Joiunnis kt Sancti Michablis chus 
l'OKTITM Ciskr i:">. . . 

Qaapropter prœcipimus et exoramas ut hi portageri et rex Arago- 

nensis c;eteri</ue divites, (/ni tributi pecuniai ul> eis àecipiunt, omnesqu* 

i. Les légende» ipiquet, i. III, Paris, 190, p i^'i et carte en repanl. 

3. Cize, en basque Qarazi, 'le gond* liant, élevé » el de :i« pointe », pointe haute, 
élevée. On dit gartujtar d'un naturel ou d'un habitant du peysdeCise. \oici quelles 
•ont les variante»- que donnent le» chartes, les chroniques et les chansons de geste : 
port de Sure, var. Si;rr, \i" sièch' (Chanson de Roland, > ! 7 j<») ; —portus 

Osaris, xn' siècle (Conrad, Kuolandes-lict, etc. ); — Citent portus. mi* siècle (Citron. de 
Tarpîn); — Citera, Citera, \ers 1 168, vaUit autt dicitur Cizia, 1 19e, arehidiaeonad» Cizia, 
isS3, arehidiaeoni <Ji:ia, 1 a t "» < '> , vaUit gîtas <Jir;ia dicitur, pseudo-charte d'Arsins (vers 980) 
• 1 fausse bulle de Pascal il (1106) fabriquées dans la seconda moitié dn kiii' siècle(XJvre 

d'or de Itayonnr) ; — trrram de Cita, 1189 (Arch, des liasses Pyrénées, />' 5961); — 

imritis Sitarse, m* siècle (Roger de Horeden); — les pors de Cisaire, *i\" ilicle 
(Gkron. de Saint Démit) le- auteurs arabe- écrivaient Bori Jetar, BoH Sehesar, 
Bord Sckezaroun, et Francisque Michel voyait dans ce nom celui plus i>u moins 
altén auquel des chaînons deg*eate {Hesonde BordetuattA li Romuu 

Stpl 8*Çtt) attribuaient le-> Voies romaines, appelées aussi chemins, chaussées de la 

Brunehault, Bruneholi '>u Pruneau iimt. dr la guerre et Vovarrs en 

ri /'.','.. p.ir i.uiIUuiih- Anrli.r. I'. 11 1. 1 .111-1. i' . 

3. /y Cêdemde 8abU-Jaeqaet de Gompoetelle, publié par le P, Fidel Fila el Julien 

11. l'un*, i.ss | f 1 >« - L 1 1 111 -*. p, ', 

1 nu. 



LE SAINT-MTCHEL DE CTZE 



53 



illorum consentientes, scilicet Raynuindus de Solis et Vivianus de 
Acromcnteet mcecomes deSancto Michaei.e eum cunetis progentis suis 
venturis. una cum pr&fatis nautis et Arnaldo de Guinia eum omni 
progenie sua venlura • . . . 

Quant au Guide des Pèlerins, il jalonne ainsi la route qui menait à 
Puente la Reina : Villa S. Miciiaelis, Portus Ciserei. Hospitale 
Rotolandi, villa Runcievallis. etc. 

Il est évident que ces citations ne concernent pas le village de Saint- 
Michel, appelé en 1364'. et à une époque beaucoup plus reculée, 
San Miguel el Viejo et que les Basques nomment, dans leur langue. 
Eyheralarre « Lande du Moulin », mais bien la petite ville de Saint- 
Jean-Pied-de-Port dont un faubourg, construit dans la première moitié 
du xii e siècle, portait également le nom de Saint-Michel. Ce quartier, 
actuellement dit d'Espagne, était encore appelé naguère Iriberria, mot 
basque qui signifie « la ville neuve ». 

Et on comprend facilement que le pèlerin rédacteur du Codex ait 
pu confondre le faubourg avec la ville, qu'il désigne, d'ailleurs, par 
les deux noms unis. 

Une tradition ancienne, rapportée en 1700 par l'intendant Lebret 3. 
attribuait à Charlemagne les fortifications du bourg primitif; mais il 
est plus probable que l'édification en fut faite dans la seconde moitié 

1. Codex, pp. i3-ii. — Dans La Vasconie (t. I, 1898, in-8', p. a35, n. 2), j'ai identifié 
les personnages nommés dans ce passage, moins le roi d'Aragon, qui. sûrement, 
était Alphonse H, dit le Chaste (1 iOj-i 179), et démontré que cette partie du Codex Tut 
écrite entre 1170 et 1177 ou P' us exactement entre 1 170 et 11 73, s'il est vrai qu'Arnaud 
île Mont, moine de Ripoll. en prit copie à cette dernière époque. M. Bédier (op. cit., 
p. 100. n. i) constate que de récents critiques (par exemple M. G. Brûckner, Das 
Y traitais des Rolandliedes :ar Turpinschen Chronik, 190», p. »4) ont adopté cette opi- 
nion, à tort selon lui, car elle gène son système. Mais les objections du savant pro- 
fes>eur ne sont pas sérieuses, car l'identification du vicomte 4e Suint-Michel est 
absolument certaine et elle prouve l'exactitude des autres. 

Le pays de Cize, dont Saint-Jean-Pied-de-Port était la capitale, eut de 1070 à 1178 
quatre seigneurs particuliers qui se succédèrent de père en fils et dont le dernier, 
qui hérita de son père en 1169 {La \aseonie. t. II, 1902, p. s56), a pu, seul, être 
désigné par le titre de vicomte. En effet, il devint vicomte de Soûle en 1170. au décès 
de Navarre, sa tante maternelle. 11 vivait encore le i5 mars 1178, et était mort le 
19 mai suivant. A cette date, Raymond -Guillaume II, son oncle à la mode de 
Hretairne du coté maternel, lui avait déjà succédé comme vicomte de Soûle el il 
mourut en l'an 1200, âgé d'environ quatre-vingts ans. 

Il est puéril de prétendre, comme le fait M. Bédier, que ce Raymond-Guillaume 
de Soûle (le Raymundus de Solis) n'evistait pas en 1 173 ou en 1 177, ou que l'auteur du 
Codex imagina les noms des personnages que j'ai identitiés d'après des documents 
précis. Raymond-Guillaume était le tils de Guillaume, apanage en Soûle ou en 
Lavedan, frère puîné d'Auger P'vïcomte de Soûle et, en partie, de Lavedan. Ce dernier 
lut père de Navarre, femme d'Auger, vicomte de Miramont, et d'une autre tille 
mariée vers n38 à Sanche II Ramire, seigneur de Cize (voy. La Vasconie. t II, 
pp. 4G.Î-467). 

3. Arch. de Pampelune, caisse iy, n' j. — Voy. Brutails, Documents des archives île 
la Chambre des comptes de Savarre, Paris, 1890, in-8", p. 99. 

3. Mémoire sur la \avarre (liulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau 
II' -ri,-, t. \\\lll, p. 197). 



V'i HEViE m:s éti'hes anciennes 

du xi* siècle par Sanclie I"-Fortun, premier seigneur de Cize, fils 
puîné de Fort I ,r -Fortun, vicomte d'Arberoue, et petit-fils de Fortuit I er - 
Sanche, vicomte de Labourd • . 

En 1276, dans un moment où il avait à combattre quelques riconi- 
bres rebelles, Fustache de Beaumarcliais, gouverneur du royaume de 
Navarre, réunit les faubourgs de San Miguel et de San Pedro à la ville. 
en les faisant enceindre de murailles, et au commencement de l'année 
suivante, les jurats de Saint-Jean- Pied -de- Port reconnurent que le 
gouverneur avait déboursé l\o livres de bons morlàas « para la 
sarazon a de noslre bide » 3 . 

Dès lors et jusqu'en janvier i368, les habitants furent soumis à un 
impôt de zermenage pour l'entretien de l'enceinte, et des comptes 
de i364 et de 1367 n0lls apprennent que cet impôt était perçu dans 
les trois quartiers de la ville : le Burgo mayor, le barrio fie San Miguel 
et le bar rio de San Pedro 1 *. 

Charles II, roi de Navarre, en raison des services qu'il avait reçus 
de la ville de Saint-Jean-Pied-de-Port, l'affranchit, par lettres patentes 
datées de Sangiiesa le 16 janvier 1 368 (n. st.), de tous les droits de 
zermenage qui lui étaient dus par todas las casas et plaçai une eran 
dentro de los muros de la dicta villa, del Burgo mayor, de lu rua de 
San Miguel, de la rua de San Per que son dentro de los cercus et 
cerrazon de la dicta villa, et qui pouvaient valoir au roi, en chacune 
année, 8 1. 10 s. 8 d. et demi de morlans blancs 5. 

Jean de JAURGAIN. 

La note de M. J. de Jaurgain intéresse particulièrement l'histoire et 
la structure des routes romaines de la Gaule. On a cru longtemps (pic 
la route romaine des Pyrénées abordait la montagne en venant par 
Saint-Michel-le-Vieux. J'ai essayé moi-même, étant à Saint-Michel, da 
retrouver le soi-disant vieux chemin qui aurait gagné la crête (de 
Saint-Michel à Erreculus), et je ne l'ai point trouvé : il y a là de bien 
fortes déclivités. Si au contraire la route romaine prend la montagne 
à Saint-Jean-Pied-dc-Port (ce qui me paraît désormais certain; cf. 
Revue, igia, p. 181 -3), elle devient un type parlait de routa romaine 
de montagne, commençant la montée dès (pie possible, et se tenant 
toujours sur la crête, à la ligne de séparation des eaux. (1. J. 

1. Ixx VaS'-onie, l. H, pp. itt, t&O cl iSi, 

■j. Sarra:on, enceinte lortiliéc. 

3. Areh. liai., J. 614, n* .17H. — La livre ilr Morlàas \al.iil ;ilnh francs 
de uoln- monnaie actuelle et l'argent trait au moins lil lois plus île pouvoil >| o «■ 
maiulenaiit. 

4. Ar<h .!•• l'ampelune, < i n' ; • le, 

». liid . . j jiT - 1 hn.-ot .-•<n lii nu -es pal Cliarlek Ml. \r j . QUI 



MONUMENT MARSEILLAIS PRÉTENDU ANTIQUE 



Le hasard vient de faire retrouver un monument dont le médecin 
et archéologue marseillais J.-B. Grosson écrivait, en 1773, qu'« il n'en 
reste plus aujourd'hui de vestiges •>, ce qui ne l'empêche pas d'ailleurs 
d'en donner un dessin, d'après nous ne savons quelle source '. Ce ne 
sont point des fouilles ou des travaux de construction qui l'ont mis 
au jour : il était tout simplement encastré dans le mur d'une maison 




située dans les vieux quartiers. Il est actuellement au musée du Vieux- 
Marseille. 

Grosson en connaissait d'ailleurs fort bien la provenance, qu'il 
indique en ces mots : « Autel antique, qui a servi longtemps de fonts 
baptismaux à l'église paroissiale de Saint-Laurent, n Seulement, pour 
lui, le monument était, primitivement, un autel destiné au culte de 
Cybèle : « Le sphinx et le lion qui soutiennent cet autel étaient des 
emblèmes propres à cette déesse; le lion marquant la force, on 
représentait Cybèle dans un char attelé par deux de ces terribles 
animaux ; et le sphinx désignant la surabondance, était propre à 
représenter la fertilité de la terre, n Je ne sais où le bon Grosson a 
puisé cette dernière assertion ; il est bien connu aujourd'hui que le 
sphinv chez les Grecs n'est autre chose, au moins à partir du vi* siècle 
avant notreère, qu'un symbole funéraire 2 ; mais (irosson est très excu- 
sable de l'avoir ignoré. 

1. Hernril îles antiquités et m'inum-nls marseillais, p. m pt pi. \. n" j 
i. Voir Dictionnaire les Antiquités grecque* et romaines, ». v. Sphinx. 



.06 



REVUE DES ETUDES ANCIENNES 



Cette attribution et la date à laquelle il faut faire remonter le 
monument ont été contestées par l'abbé Barges, qui a vu là « un monu- 
ment d'origine orientale et se rapportant au culte de quelque divinité 
pbénicienne, telle qu'Astarté ou la Vénus de l'Olympe pbénicien. On 
sait que sur les médailles et les monuments puniques, cette déesse est 
représentée montée sur un lion furieux et haletant, symbole de la pas- 
sion, dont on lui attribuait l'inspiration et les indomptables ardeurs » ■ . 

Il y a quelques années, j'ai eu l'occasion de déclarer que l'une et 
l'autre attribution étaient certainement inexactes, et qu'il fallait pro- 
bablement voir là un monument du Moyen-Age 2. Devant l'original. 




toute démonstration me paraît superflue : aussi bien la base consti- 
tuée par des animaux, motif si fréquent au Moyen-Age 5, que la déco- 
ration de la partie supérieure le démontrent surabondamment : c'est 
une œuvre de l'époque romane, du \n* siècle sans doute, peut-être 
même postérieure, car on sait quelle longue résistance le style roman 
eil Provence a opposée au gothique. Et le prétendu autel n'a jamais 
•té <pic ce que Grosson savait qu'il avait été, à savoir les fonts baptis- 
maux de l'église Saint-Laurent, ou, peut-être, \u ses dimension! 
restreintes (haut. 0,27, long. 0,28, larg. 0**75), simplement un béni- 
tiei Et l'on s'en est serri jusqu'en plein vrai* siècle, où un curé peu 
soucieux d'antiquités l'aura remplacé par un beau bénitier tout neuf. 

M. CLERC. 



1. Hrclirrchr* afékéoUtgltOêt ttir les colonies /ihénirinines du littoral relto- Uijurien, 
; Lu Phéniciens dttlU lu régla* dt Marseille, p. ii (i«)Oi). 

h. pu exemple, C Kni.ni, Vannai d'archéologie française, 1. p 

et li K 



SÉVÈRE ET LES HELVETES 



Dans les Anzeiger filr Schiveizerische Allerturnskunde de 19 10, 
V livraison, M. Gart, dont on connaît le zèle érudit pour les antiquités 
de son pays, vient de publier une belle inscription trouvée à Avenches. 
Il me semble intéressant de la porter à la connaissance des lecteurs de 
la Revue. Je dois les prévenir que les compléments que j'adopte ne 
sont pas tout à fait ceux que l'éditeur a proposés. L'excellent fac-similé 
qu'il a joint à son article permet d'arriver, me semble-t-il, à une 
conclusion certaine. 

IMP CAES L Septimio 
S EVEROP3m»AC- A ug 
G O N S E RVATon' O I I !.££ 
H E L V E T I p VbliCe 

La troisième ligne doit se compléter : conservat[ori] orb[is]. 
L'expression est digne de remarque ; on ne l'a rencontrée encore que 
pour des empereurs postérieurs à Septime Sévère « . 

R. GAGNAT. 



UN PROJET DE RESTAURATION 

DU PALA1S-GALLIEN DE BORDEAUX AU XVIII' SIÈCLE 



Tourny, le grand intendant de Guienne, ne passe pas pour avoir 
été archéologue. Il n'eut pour les derniers vestiges du Moyen -Age 
à Bordeaux qu'un respect fort médiocre. Voici pourtant un projet de 
restauration des ruines du Palais- Gallien qu'il fit dresser par son 
architecte Portier'. L'idée lui fut, d'ailleurs, suggérée. Le 8 juillet 
1746, le ministre de la guerre. d'Argenson, en lui accusant réception 

1. Cf. de Ruggiero, Dix. c/iigr., s. v. Conservator. 

2. Arch.dcp. de la Gironde, C 1 168. — A cette pièce, non signer et non datée, esl 

joint un brouillon au crayon, d'une rédaction moins soignée et de la même main, 
qui parait être telle de Portier. 



58 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES 

de la demande des jurais de Bordeaux relative à la création d'un 
Jardin public, lui écrivait : « J'ay toujours été étonné qu'ils n'ayent 
pas pensé à reparer, ou du moins à netoyer L'amphithéâtre de Gra- 
tien (tic)y que j'ay vu dans un grand abandon. Quoy qu'il ne 
soit que cl 1 1 Bas-Empire, c'est un morceau précieux qui ne m'a pas 
paru à négliger. M. de Basville s'est acquis beaucoup d'honneur 
à faire revivre, pour ainsy dire, et reparer les beaux monumens 
d'antiquité qui se trouvent en Languedoc, et. la province confesse 
aujourd'hui sans peine qu'elle doit beaucoup à ses soins '. » Tourny, 
piqué peut être d'émulation par l'exemple de son collègue de Toulouse, 
prit bonne note de l'observation et du conseil. Le projet, remarquable 
pour l'époque par la discrétion et le respect du monument qui l'ont 
inspiré, reçut-il un commencement d'exécution ? Je l'ignore. En tout 
cas. lorsqu'on 1701 Tourny fil remblayer et aplanir le terrain du 
Jardin-Public, une partie de la terre nécessaire fut extraite des ruines 
du Palais-Gallien*. S'il ne fit pas restaurer l'amphithéâtre, il le fit 
du moins nettoyer. 

pAur. COURTE AU LT. 



Etat des réparations à faire à l'entrée du Palais- (iallien 
qui est au couchant pour conserver la façade de lad. entrée. 

PREMIÈREMENT. 

Au jambage de la grande arcade à gauche en entrant, il conviendrait 

j mettre jo doublerons de pierredurequi feront socle et retraitlc de 2 pou* H 

lesd. doublerons de a pieds de long sur un pied de largeur et un pied de 

hauteur \o ' ^ 

A celui à droite, il serait nécessaire d'y en mettre. . 20, , 

,,, u j 1. j • . v \ doublerons. 

ht aux deux jambages de 1 arcade suivante a<s 

Au dessus du socle au jambage de la grande arcade à gaucho en entrant, 
il j a entre les rangs de brique quatre intervales de pierre m iie qu'il faut 
BUtei réparer, de a pieds t> poucesde hauteurchaqun, où il entrera à chaque 
intervale 7 pierres en la hauteur des a pieds 6 pouces, sur a/j pieds de 
pourtour: lesd. pierres de 11 et i<S pouces de longueur, (i poucefl de largeur 
et 'i pouces de hauteur. 

I iitie ces intervales sont Irais rangs de Inique qu'il faut aussi réparer. 

dechaqun -'i pieds de pourtour, dont chaque dead. rang* en sa hauteur 

• instruit de 3 briques, les unes de 1 •< pouces de largeur et la BUtrei 
pOUCei e| 1 pouce 1 - d'épaisseur. 

lu jambage à droite, 1 intervales Buatl de 1 pieds ii pouces sur 10 pledi 

de pourtour, de pareille construction que les premici - 

Entre cet inlervalea, '\ range de inique, de chaque 10 pieds de pourtour 
ei de même cooairucUon que les précèdent. 

1 krefa •!• i> . I n8ô. <i »/■■/. /u.w. ,ic i,i <;innt.ir, 1. wwiii. p 1 
». Anh. mini, de i l ' , 1 omptei de la illlo, 1761 Cl Aw. kUl.4g 

H r. mai-avril 191:'", p. i»; 



0» PROJET DE RESTAURA TtOH DU PALAls-GALLlE> DE BORDEAUX 00 

Aux jambages de la j' arcade, deux inlervalesa chaqun de 3 pieds 6 pouces 
de hauteur et de pourtour réduit 7 pieds, qui font ensemble 1 j pieds, aussi 
de pierre sciée. 

Deux rangs de brique, ensemble i4 pieds de pourtour, id. que les 
precedens. 

Au dessus de la grande arcade, une brèche à fermer à la frise, de 5 pieds 
de longueur réduite sur 3 pieds de hauteur réduite et 3 pieds d'épaisseur. 

Au dessus de lad. arcade, dans la longueur de lad. brèche, un rang de 
brique qui forme corniche, où il faut 3 briques sur la hauteur. 

Une autre brèche à fermer dans la petitte arcade au dessus de la 
grande, de 5 pieds de longueur, 3 pieds de hauteur et 3 pieds 6 pouces 
d'épaisseur. 

A la même hauteur est la corniche du soubassement ou piédestal du 
second ordre, où il en manque i3 pieds de longueur avec 3 briques sur la 
hauteur. 

Réparer le fronton et le couvrir d'un rang de brique posée sur un mortier 
de chaux et ciment. 

Au dessus de lad. arcade en dedans reparer et fermer des troux avec 
moilon et brique en la hauteur de l'architrave et de la frise, d'environ 
4 pieds G pouces de haut, sur environ 28 pieds de long. 

Deux pilastres aussi à reparer avec moilon et brique, de chaqun 5 pieds 
6 pouces réduits de pourtour sur i5 pieds réduits de haut. 

La seconde arcade ensuivant étant très endommagée ne peut se réparer 
qu'en la démolissant. Elle a 16 pieds de largeur et 2 pieds 6 pouces d'ex- 
trados; les piédroits ont 4 pieds d'épaisseur. Il faut 3 briques de hauteur 
pour l'extrados, de chaqune 10 pouces, et 4 pour l'épaisseur, qui font 
800 briques, sçavoir 400 de i5 pouces sur 10 pouces et les 400 autres de 
9 pouces sur 10 pouces et 1 pouce 1/2 d'épaisseur. 84 autres briques qui 
forment le cintre du dessus de l'extrados, de 10 pouces de longueur et 
même épaisseur. Il faut aussi 900 pierres sciées de chaqune iô pouces de 
longueur, 7 pouces de largeur et 3 pouces d'épaisseur. 

Les culées ou reins de lad. arcade ont ensemble 24 pieds de longueur 
sur 4 pieds d'épaisseur et l) pieds de hauteur réduite. 

Il faut aussi couvrir led. mur, qui a 36 pieds de longueur sur 4 pieds 
6 pouces d'épaisseur, d'un rang de brique posée sur un mortier de chaux 
et ciment. 






CHRONIQUE GALLO-ROMAINE 



Les trouvailles d'or en Poitou. — Comme l'indique M. Chauvet 
dans la brochure mentionnée plus bas, M. L. Charbonneau- 
Lassay avait pressenti ce caractère du trésor de Nesrny dans une 
brochure intitulée Les bijoux d'or et d'urgent du Poitou pré-romain 
(Fontenay-le-Comte, 1910, in-8 n de 22 pages, extrait de la Revue du 
Bas-Poitou) : travail qui renferme un inventaire complet de toutes les 
trouvailles de ce genre, avec renseignements et bibliographie à 
l'appui. Voilà un exemple à imiter. Le jour où nous aurons un rele\< ; 
de ce genre pour la France entière, bien des erreurs disparaîtront. Ht 
nous verrons enfin clair dans cette question de l'or gaulois, capitale 
pour l'histoire économique de notre pays dans les temps avant Home. 

Le Trésor de Nesmy. — J'allais écrire une note sur le fameux trésor 
de Nesmy, lorsque m'arrive sur ce sujet une excellente brochure de 
M. Gustave Chauvet (Le trésor de l'étang de Nesmy, Poitiers, 1 91 5, 
in-8" de 17 pages, extrait du Bull, de la Soc. des Ant. de l'Ouest, 191.» 
Il arrive à cette conclusion, que je me préparais à développer, que ce 
trésor, contrairement à l'opinion courante, n'appartient pas à l'époque 
du bronze, mais bien à l'époque gauloise, et voisine de la conquête. 
La présence d'un sanglier enseigne, d'une main enseigne (cf. ici, 1915, 
p. 3o9-3io, le travail de M. Bellucci], bien d'autres indices ne laissent 
aucun doute. Kl il faut rapproeber ce trésor de l'étang de \>sm\ de 
ceux que les proconsuls romains allaient chercher dans les lars sacrés 
dea Vblques Tectosages. Ce travail est fait avec la netteté de compo- 
sition et la richesse de documentation qui caractérisent toujours les 
brochure! de M. Chauvet. 

Un Marseillais à Syracuse.— A Syracuse (Scavi, \ll. C>, igi5, 
p. ifl 

IENOKPIT02 
H4>AI2TOKAEoY 
MAIIAAinTHI 

Probablement un marchand marseillais du temps de rliéron II. 
Nouveau témoignage tut les relations entre Marseille el la Sicile. 

Musée d'Angoulème. — Gustave Chauxet, l" Htuét archéologique 

tl'Amjnulanr . 1 Têtnpt i>rrlitst<>rn/ties ; r Collection G, ÇhaUVetj 



CHROMQIE GALLO-ROMAINE 6l 

forme le fascicule V des Petites notes d'archéologie charentaise. Angou- 
lême, Despujols, 1916; in-8° de 42 pages. Point de départ d'un 
catalogue méthodique, avec vignettes, de ce musée; bonne biblio- 
graphie, descriptions précises, et quelques documents inédits (de 
Paul Broca, par exemple). 

Position des menhirs. — Marcel Baudouin, La loi de position des 
menhirs périsépulcraux ou entourant les mégalithes funéraires (extrait 
du Bull, de la Soc. préhist. franc., 1914)- Paris, 1914 : in -8" de 
46 pages. Ils sont placés, en règle générale, « sur les quatre lignes 
solaires ». — J'ai déjà dit ce que je pensais sur ces recherches (191D, 
p. 294). Elles sont conduites avec une patience infinie, elles partent 
d'un principe qui est juste, c'est que et les cultes astraux et les 
questions d'orientation ont une importance capitale chez les peuples 
des temps du bronze. Et cependant, dans l'espèce, je ne suis pas 
encore convaincu. 

Pieds humains. — Et je fais la même remarque pour le nouveau 
travail du même infatigable chercheur. Baudouin. Les sculptures et 
gravures de pieds humains sur rochers. Paris, 191 A ; in-8° de 121 pages 
^extrait du Congrès de Tunis, Association française pour l'avance- 
ment des Sciences). 

Puits funéraires. — Je n'ai jamais pu m'expliquer, pour ma part, 
la colère qu'excite, chez certains érudits, la mention de puits funé- 
raires. Il doit y avoir là un résidu de vieilles querelles, auxquelles 
d'ailleurs je ne veux point me mêler. J'ai toujours considéré comme 
fort probable l'existence de ce mode d'inhumation ; je ne compren- 
drai pas autrement et les nombreuses découvertes funéraires faites 
dans les puits et aussi le sens donné par les Anciens aux mots puteus 
et puticuli. Il y a donc à examiner de très près les renseignements 
donnés par MM. Baudouin et Lacouloumère sur la nécropole du 
Bernard, un instant rendue fameuse par les recherches de l'abbé 
Baudry (La nécropole gallo-romaine à puits funéraires de Troussepoil, 
Le Bernard (Vendée), étude topographique d'ensemble. Paris, 1909, 
in-8" de 92 pages (extrait du IV" Congrès préhistorique, Chambéry, 
1908). 

Le castrum de Juliobona. — Sous ce titre (Rouen, 1910; in-8° 
de 46 pages), M. Léon de Vesly étudie avec grand soin la muraille de 
Lillebonne, fin du m" siècle. Chose curieuse! Je me suis parfois 
demandé, en lisant ce travail, si vraiment cette muraille n'avait pas 
utilisé, beaucoup plus que les constructions similaires, des édifices 
antérieurs. J'avais même autrefois douté que Lillebonne ait été fortifiée 
(Revue, 1916, p. 291). Certaines banquettes de base, la régularité de 
l'appareil, la présence de la brique seulement à une certaine hauteur, 
m'ont fait supposer que certains pans n'ont pas été construits dans 
leur partie inférieure pour la muraille, mais employés par elle. Il 

Hev. Et. ane. 5 



6a IU.\ l I DES I l I DES \ \<:n.\M-> 

faudrait, pour vérifier la chose, étudier de très près l'ajustage de* 
matériaux. — La forme du casirum, oblongue, avec sa grande rue 
unique et ses ruelles perpendiculaires, me parait rappeler celle de 
Scnlis (cf. Revue, ioo3, p. 35); mais ici la grande rue (rue Césarinc : 
quelle est la plus ancienne mention P) forme le grand axe. 

Trêves et Constantinople. — Bréhier, Constantin et la fondation 
<lr Constantinople, extrait de la Revue historique, CXIX, 1910, in-8" 
de 3a pages. Excellent. Montre bien que cette fondation n'a nullement 
été déterminée par des motifs religieux, mais uniquement par des 
raisons politiques et militaires. Comme tout se tient dans l'histoire 
de ce quatrième siècle, j'aimerais savoir si l'hégémonie de Trêves n'a 
pas répondu à des pensées similaires. Mais je reviendrai là-dessus. 

Boutae;cf. 1 91Z1, p. 437. — Dans une note de 20 pages, MM. Ch, Mar- 
teaux et Marc Le Roux (extrait, je crois, de la Revue savoisienne) nous 
mettent au courant de toutes les fouilles récentes faites aux Fins 
d'Annecy. Et ceci est excellent de précision et d'abondance Grâce à 
leur manière de présenter les choses, MM. Marteaux et Le Houx nous 
font vraiment assister aux fouilles et nous apportent comme la photo- 
graphie des couches, heure par heure. Grâce à eux, nous pouvons 
vraiment apprécier le sous-sol et sa valeur archéologique. Ah ! si 
chaque lieu de fouilles en France avait ainsi sa chronique, quels mer- 
veilleux répertoires nous posséderions! Et avec toutes nos revues 
savantes, ni la place ne manquerait aux travailleurs, ni les travailleurs 
à la place. 

Cachettes monétaires de Normandie. — Tirage à part de 4 pages, 
signé de \ esly, extrait de la Revue numismatique. Il y a là deux lignes 
bien marquées, le long de la Seine et le long d'une zone allant de la 
mer (Eu) à Rouen. Je ne m'expliquerai cela que quand j'aurai sous 
les yeux une carte des villas de la Basse-Normandie. 

L'origine des Germains; cf. Revue, 1910, p. mets. — (i. Poisson, 
la Race germanique et sa prétendue supériorité. Clermont, Impr. j, r én.. 
i<)if). in-<S* de 3a pages. M. Poisson a bien rappelé que les Germains 
Boni en réalité, comme tous les peuples antiques, et sans doute plus 
que les autres, un mélange d'êtres différents, Ligures, Celtes, Slaves, etc. 
Il croit que les Alfes de l'Edda sont un peuple bracbycéphale qui 
introduisit en Allemagne la civilisation 'lit' 1 lusacienne, <'t il rappro- 
che le nom dos Alfes du fameux radical préoeltique alb. — Je crois 
d'ailleurs que sous ce radical, qu'on trouve appliqué à quantité de 
choses différentes, Meuves, montagnes <>u localités, il j ;i eu réalité des 
mots divers. — J'hésite, comme toujours, à faire Intervenir la brachy- 
céphalie si la dolichocéphalie dans ces sortes ds recherch* 

Le quarantième des Gaules. — Une inscription de Vintimille 

innét épigraphique, iqi5 n 58)fai( connaître un Batnu qui a été 
procuntfor d'Hadrien ad \ \ \ \ Gall. Cela ne signifie pas qu'il ail été 






CHRONIQUE GALLO-ROMAINE 63 

en résidence à Vintimille. C'est un chevalier originaire, semble- t-il, de la 
localité (ce qu'indique sa tribu, Falerna, qui est celle de Vintimille). 
Il n'en est pas moins intéressant de constater que les empereurs n'ont 
pas répugné à confier ces fonctions délicates d'intendant des douanes 
de Gaule précisément à un homme de la frontière gauloise. 

La question des remparts calcinés.— Bull, arch., mai iqi5, p. n : 
Guillon et Gapitan, à propos de l'oppidum de Bègues près de Gannat 
(oppidum de 3 hectares 1/2, conservé à l'époque romaine). Je ne 
serais pas étonné qu'il y eût là un locus important, chef-lieu de 
pagus. 

Crochets à suspendre les amphores. — Espérandieu dans le 
même recueil, mai, p. vi. — J'ai des doutes, je songe plutôt à quelque 
instrument à suspendre des objets d'étalage, viande, etc. M. Espéran- 
dieu parle d'usure des cordes ou des anses d'amphores lors du trans- 
port de ces dernières. Je ne sais si les transports étaient assez fré- 
quents ou assez longs pour amener une usure. 

Tuiles légionnaires dans la région de Dijon. — Cf. Bull, arch., 
mai iqi5, p. vm et s. M. Héron de Villefosse rappelle à ce propos 
(cf. Bull., 1908, p. i35) les constatations faites à la gare de triage, près 
le parc de Dijon, sur la route de Chalon à Langres. 

L'enceinte romaine de Tours. — Plan relevé d'une poterne (hau- 
teur, 3 m 4o; largeur, 2 m 75), etc., de Clérambault (Bull, trimestriel de 
la Société archéologique de Touraine, XX, i ,r juin iqi5). 

Lug et Lugoves. — Sous le titre le Dieu Lug, la Terre-Mère et les 
Lugoves ( 1 9 1 5 . in-8" de 26 pages, extrait de la Revue archéologique), 
M. Loth apporte d'importantes contributions à l'étude des divinités 
célestes et chthoniennes dans l'ancienne Gaule et chez les Irlandais. 
— J'ai l'impression, en ce moment, que Lyon, ou plutôt Lugdunum, 
signifiait bien, comme on l'a dit, mons lucidus, ou. si l'on préfère, 
mons clarus, que le nom était aussi celui de la colline sainte (Clarus 
mons) qui devint Clermont, que ce nom venait de ce que la montagne 
était consacrée à quelque dieu de lumière, à quelque Apollon gaulois, 
ou, si l'on aime mieux, à Bélénus : ce qui explique la vogue particulière 
du culte apollinaire à Lyon et à Clermont, la présence du corbeau 
dans la légende lyonnaise, etc. Mais je me réserve de creuser plus 
avant dans ce problème. Si cette hypothèse était justifiée, on compren- 
drait pourquoi, sous le nom de Lug, les Irlandais imaginaient le plus 
beau des dieux, le dieu des arts, un dieu lumineux par exemple : 
ce qui ressemble bien à un Apollon. Et les Lugoves (comme aussi les 
Lougiœ) seraient des Junones, ou mieux des Lucin&, autrement dit 
des Mères accoucheuses. — Que mons Clarus se rapporte au culte 
apollinaire ou solaire, c'est ce que montrent les monnaies où Claritas 
est nettement une figure solaire. — Du même genre doivent être les 
dieux à l'épithète «blanche» ou «brillante», Albiorix, Candidus. 



Ii'i îtKVi i DES il i m s \m;ii>>ES 

Luucetius, etc. El si les ôpithètes s'appliquent parfois à Mars, n'oublions 
pas qu'il y a eu des Mars radiés et solaires. 

Maintenant, la vogue de l'Apollon de Claros et de son oracle a-t-il 
pu contribuer, sous l'Empire, à faire naître çà et là cette appellation 
de mons Claros (par une sorte d'étymologie populaire) ? Ce n'est pas 
impossible. Mais enfin rien ne justifierait cette hypothèse. — Voyez 
une récente étude de M. Toutain sur cet oracle (Bull, des Antiquaires 
de iqi5, p. i4i sqq.). 

Aux Martigues. — La question de la fameuse Colonia Marilima fait 
que l'on doit s'intéresser de très près à tout ce qui concerne les 
Martigues (où d'ailleurs je n'ai point, jusqu'ici, placé la Marilima). 
Voici une sépulture des premiers temps de l'Empire qu'y signale 
M. Héron de Villefosse, d'après le docteur Fouque (Bulletin des Anti- 
quaires, 1915, p. i3i). 

Camille JLLL1AY 



Le sanctuaire de Nesmy. 

Vous me demandez les plus anciens noms de Nesmy. B. Fillon 
et Quicherat se sont occupés de cette question. Voici le résumé des 
principales notes que j'ai à ce sujet : 

1 Nesmy est situé dans la vallée de la Vaudoire; une charte de 1273 
qui faisait partie de la collection Fillon dit : Vallis nigra prope 
Naimilium. 

a* Les documents des xr et ni* siècles écrivent : Naimilium ou 
Naismulium, Naimiliacum, Nesmilium. On prononçait alors Naimi 
ou Nêmi; quand le français prévalut, on écrivit (d'après Fillon) Nés mil 
et Nesmy. 

3* Dans une lettre de Quicherat à B. Fillon, du 1 1 octobre 1879, il 
est dit : « Ne mil est, pour moi, l'équivalent d'un thème primitif latin, 
qui aurait été Nemelillus ou Nemelillum. » 

V Le mot gaulois Nemetis, Nemelum a une signification connue. 
analysée par A. -F. Lièvre dans son mémoire sur les Fana. 
iny serait un petit sanctuaire. 

G. CHAUVET. 

1 . Cf. p. 60. 



VARIÉTÉS 



L'Archéologie dans les tranchées l : tombeaux d'Éléonte 
sur l'Hellespont. 

(Planche I) 

Extrait d'une lettre écrite des Dardanelles, le 17 septembre 191 5 : 
... « A cent mètres du poste où je suis, des obus ont déterré des 
sarcophages. Le champ de fouilles a été encerclé de fils de fer 
barbelés et un sergent-moine de Jérusalem avec des corvées fait des 
fouilles *. Outre les sarcophages on voit de grandes jarres en terre 
cuite dont quelques-unes sont presque intactes»... 

D r A. P..., 

Aide-major de 2* classe au 56 e colonial. 

Par le courrier suivant, le D r A. P... envoyait une photographie du 
champ de fouilles, due à M. le commandant Chaudeigne; nous la 
reproduisons sous la forme d'un dessin très précis dû à l'amabilité 
de M. Ed. Lacoste, professeur à l'École des Beaux-Arts de Bordeaux. 

Nombre d'objets découverts, en particulier des terres cuites du 
style moyen de Myrina, sont arrivés au Louvre. M. Ed. Pottier en a 
entretenu ses collègues de l'Académie des Inscriptions (Comptes 
rendus, 6 août 191 5, p. 282-285; cf. la séance du 22 octobre 191 5). 
La nécropole découverte par les obus est celle de la ville d'Éléonte. 

P. P. 



Collections d'auteurs grecs et latins. 

L'idée d'une nouvelle c